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5 ANS APRÈS LE 11 SEPTEMBRE 2001
Le régime de guerre aujourd’hui
dimanche 10 septembre 2006, par Philippe Zarifian


Il y a 5 ans, au lendemain du 11 septembre et des premiers discours de Bush annonçant l’ouverture d’une guerre de longue durée contre le "terrorisme" et désignant l’axe du mal, j’avais décidé de prendre ces discours au pied de la lettre, tout en modifiant leur interprétation.

La thèse que j’ai alors défendue était que nous étions entrés dans une nouvelle période du capitalisme, dont les événements du 11 septembre et les discours de Bush n’étaient que le symptôme. Période du capitalisme caractérisée par l’entrée dans un régime de guerre, durable, affectant tous les aspects : économiques (les ressorts de l’accumulation du capital), politiques, idéologiques, sociaux. Dans mon esprit, à cette époque, régime de guerre ne signifiait pas nécessairement des guerres permanentes, mais du moins un recentrage, autour de la question de la guerre, du régime capitaliste, même si, bien entendu, il n’allait pas totaliser tous les aspects de son fonctionnement.

J’avais indiqué que ce régime de guerre, d’un type nouveau, associait deux faces.

Une face externe, c’est-à-dire des guerres menées, militairement et avec l’usage d’un vaste réseau de renseignements, sur sol étranger, non pas contre des pays, mais contre des "terroristes".

Une face interne, sous forme d’une guerre menée par un Etat, sur son propre territoire, contre tous les terroristes réels, mais surtout potentiels, se traduisant par ce que j’ai proposé d’appeler : la mise en place d’un régime sécuritaire de contrôle. Même si ce régime pouvait, en interne, au début, se donner des cibles "étrangères" (immigrés, au faciès arabe en particulier), il avait pour vocation d’englober toute la population.

Cette double face, externe et interne, avait une conséquence sur la recomposition des forces que les gouvernements des principaux pays capitalistes devaient organiser et aligner pour assurer ce nouveau régime de guerre. J’émettais l’idée qu’il était insuffisant de se polariser sur les seuls moyens militaires. Il fallait y associer la police au sens large du terme, c’est-à-dire l’ensemble des moyens de surveillance, de contrôle et de répression, ainsi que, grâce aux nouvelles technologies, la mise en place d’un vaste réseau de fichage et de surveillance, utilisant la mise en fiche (et en images) d’une large partie de la population, et ceci, en utilisant, non seulement la réalisation de ces fichiers, mais leurs croisements, fichiers au sein desquels dangers externes et dangers internes se rejoignaient (pour faire face à un ennemi potentiellement mobile).

Guerres d’un type nouveau : non pas guerre entre pays ou entre blocs de pays, non pas guerre armée conventionnelle contre armée, mais des guerres que les stratèges américains qualifiaient d’asymétriques.

C’était la définition de l’ennemi qui était nouvelle (en réalité, ce sont les Russes qui ont été les premiers à l’utiliser de manière systématique). Le mot de "terroriste" avait plusieurs particularités :

-  il ne disait rien sur les motivations de cet ennemi, mais se référait uniquement à un moyen d’action (agir par le terrorisme, depuis les attaques individuelles, jusqu’à l’utilisation des fameuses armes de destruction massive, d’autant plus dangereuses, qu’elles étaient dans les mains de terroristes barbares),

-  ces terroristes pouvaient prendre différentes formes : des réseaux, des gouvernements, de groupes d’individus, voire des individus isolés. Et il convenait, si possible, de ne plus se laisser surprendre, c’est-à-dire de mener des guerres et de réaliser des arrestations préventives,

-  c’était aux forces capitalistes, anti-terroristes, de mettre des réalités tangibles derrière ce qualificatif. Autrement dit, c’étaient à elles de qualifier l’ennemi, de décider qui était ou non terroriste. C’est ainsi que le gouvernement iranien devenait "terroriste", alors que, bien entendu, Israël ne l’était pas.

-  Enfin, par définition, un terroriste ne pouvait être que barbare, voire inhumain, purement porté par ses passions, incapable de raison. On était donc en droit de les traiter comme des animaux dangereux (arrestations brutales, tortures en tous genres, etc.) Ce terme de "terroriste" avait un autre avantage : en l’utilisant avec les mêmes connotations, mais sous forme atténuée (en disant "barbares" ou "racailles"), on pouvait utiliser les forces de police de façon parallèle aux forces militaires et donc mener ensemble les deux fronts de la guerre. Cela imposait que la justice officielle voit ses moyens de plus en plus mis à la disposition du régime sécuritaire (sans parler de l’usage de moyens illégaux).

A l’époque, fin 2001 donc, je m’interrogeais sur les causes de l’entrée dans ce régime de guerre. Certes, il y avait des causes classiques : relancer l’accumulation capitaliste par les commandes d’armement et d’équipement des polices, mais surtout mettre en place un vaste système mondialisé de contrôle et de fichage (supposant lancements de satellites, mise en place de réseaux interconnectés mondialement de prises de données sur les populations et leurs déplacements, capacité à faire, au sein de ces banques de données, des traitements sophistiques en "point à point", individu par individu, ce qui demandait la mise au point d’algorithmes très complexes) et expérimenter des bombes très coûteuses d’un type nouveau. Ce n’était donc pas seulement l’armement classique qui était mobilisé, mais les formes les plus avancées des "nouvelles technologies".

Néanmoins, je me disais que, pour une fois, les causes premières n’étaient pas idéologiques, mais politiques. Les gouvernements capitalistes avaient peur. Peur de quoi ? Cela était difficile à caractériser, même pour eux. Mais une peur de la diffusion de processus socio-politiques, qui échappent complètement à leur contrôle. Peur de la montée en puissance et en nombre des "non-civilisés", c’est-à-dire des résistants et contestataires de l’ordre capitaliste (ordre qui, de toutes façons, s’était durci : chômage, précarité, exclusion, marginalisation, montée effrayante de la pauvreté à l’échelle mondiale, etc.). Il y avait un gros risque d’isolement des forces capitalistes, et surtout de contestation de leur légitimité.

La thématique : civilisation (occidentale) contre terroristes (barbares et inhumains) était facile à utiliser dans ce cadre. Mais il faut remarquer que la civilisation dont Bush, puis tous les chefs de gouvernement occidentaux (sans parler des Russes), parlaient, comme devant être défendue, était une civilisation arrêtée, sans mouvement, donc sans capacité à proposer un avenir. Seule la technologie était nouvelle. L’idée selon laquelle "l’Histoire était finie" faisait partie de cette vision. Il fallait défendre une civilisation, privée désormais de tout dynamisme novateur, qui était "éternisée", pour ne pas dire sacralisée.

Lorsque j’ai avancé cette thèse et que je l’ai présentée dans des articles de l’époque, la vérité oblige à dire qu’elle n’a intéressé qu’un petit public, et est restée sans succès, ni diffusion. Aucune force politique ou intellectuelle ne l’a reprise. A titre personnel, ce n’était pas grave : je n’en attendais aucune gloriole ou reconnaissance. Mais ce qui me posait problème, c’est que ce type d’analyse ne soit pas pris en compte, voire pris au sérieux. C’est aussi la raison pour laquelle, dès cette époque, je n’ai jamais cessé de critiquer la notion de "libéralisme" (et donc d’anti-libéralisme), non pas du tout pour une querelle de mots sans intérêt, mais parce qu’elle signifiait une erreur très profonde d’analyse de la nouvelle période du capitalisme.

Le moteur n’était plus le "libre marché", mais au contraire, un renforcement des tendances monopolistiques (dont les technologies liées au nouveau régime de guerre étaient le centre d’impulsion). Il n’y avait pas "désengagement de l’Etat", mais au contraire un fort réengagement, à la fois législatif, judiciaire, pratique, et idéologique, vers l’effort de guerre. Dans le cas de la France : l’effort de guerre interne primait, du moins temporairement sur l’effort proprement militaire.

La thèse de l’entrée dans une époque "libérale" me semblait radicalement fausse et conduisant à des propositions alternatives, pleines de bons sentiments, mais "à côté de la plaque", datant d’une autre époque, avec une considérable sous-estimation de la mondialisation et du régime sécuritaire de contrôle.

Nous sommes 5 ans après. Que peut-on dire ? Je suis moi-même tout à fait partial sur ce sujet. Mais je pense que l’évolution, pendant ces 5 ans, m’a donné raison. Je n’en tire aucune gloriole : personne, de censé, ne pouvait souhaiter une telle évolution.

Quelques faits nouveaux cependant se sont ajoutés :

-  tout d’abord, je pensais en 2001 que le régime de guerre pouvait admettre des périodes de pause, qu’il ne s’agissait pas nécessairement de guerres permanentes.

Or la réalité a montré tout à la fois :

* une diffusion des guerres, pour l’instant concentrée au Moyen Orient, en Afrique et dans le Caucase, guerres nombreuses, mais surtout : interminables, inachevables. C’est l’aspect le plus frappant, difficile à prévoir. Bien sûr l’Irak, l’Afghanistan et la Palestine en constituent l’archétype. Pourquoi inachevables ? Parce que ne s’attaquant, ni à une armée classique, ni même à un gouvernement, mais à des membres de populations locales (le phénomène Al Qaïda étant marginal), ces guerres "préventives" entraînaient une résistance impossible à vaincre, car se ressourçant en permanence dans la population et dans l’agression subie. Et parce qu’en face, l’armée occidentale, quel que soit son label (alliance autour des Etats-Unis, OTAN, et maintenant ONU), était trop bien armée pour être vaincue elle-aussi. D’où des guerres effectivement interminables, allumant, dans un nombre significatifs de cas, des guerres civiles très meurtrières.

* Et une nouvelle caractéristique de ces guerres : l’indistinction entre civils et militaires. Encore une fois, ce ne sont plus des guerres "armée contre armée", avec leurs règles, leur déontologie. Ce sont des guerres "totales" qui visent, de la part des gouvernements capitalistes, à éradiquer la barbarie. Or la barbarie n’est pas seulement dans les combattants, mais aussi dans les populations dont ils sont issus et qui les soutiennent. Il convient de tout détruire. Indistinction entre civils et militaires et mépris du droit international, sans cesse bafoué.

* Enfin ces guerres sont menées avec un cynisme sans précédent. Tout est bon pour les justifier, jusqu’aux mensonges les plus grossiers, et la vie humaine, pour autant qu’elle ne soit pas "occidentale", n’a plus aucune valeur, pas davantage que la parole donnée ou les engagements pris, qui sont aussitôt violés. Dans ce domaine, Israël excelle et a, sans aucun doute, ouvert la voie.

-  mais se rajoute un autre aspect, auquel je ne m’attendais pas à ce point là : ces guerres ont suscité des résistances et des rejets profonds. Elles ont suscité une nouvelle prise de conscience politique, très positive. Certes, les "résistants" peuvent résister sur le front d’une guerre externe, mais ils peuvent aussi résister à la mise en place et au durcissement du régime sécuritaire et d’exclusion interne. Il y a différentes sortes de résistances, suivant la manière dont les citoyens sont agressés. Et en même temps, dans ces résistances, s’engendrent des vertus éthiques : d’accueil, de solidarité, de rapprochements en civilisations, de dialogues nouveaux. Manque probablement, encore aujourd’hui, la capacité à lier ces résistances et les formes d’intelligence du monde et d’analyse qu’elles suscitent à la caractérisation d’une nouvelle période du capitalisme.

Pour dire les choses autrement : le capitalisme, comme système (et pas seulement comme "politique") s’en tire bien pour l’instant. On doit noter un étrange partage des rôles. Alors que ce sont les gouvernements, hommes politiques, appareils militaires, policiers, de renseignement et de surveillance, qui sont au devant de la scène, on doit remarquer que les firmes mondialisées sont devenues "innocentes", "invisibles", voire "vertueuses".

Plus aucune force politique (ou presque) de les dénoncent, alors qu’elles restent au cœur du système économique et bénéficient, en sous main, de l’ordre, de l’armement sophistiqué et des destructions opérées par ces guerres.

Voici ce que je pense : la réalité a confirmé que nous étions entrés dans un régime de guerre, mais il conduit à des affrontements plus violents encore que ceux que j’imaginais en 2001.

Paris, le 9 septembre 2006.

Ce texte est publié sur le site personnel de Philippe Zarifian




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