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Divagations d’un ouvrier sur presse
(1ère partie)
vendredi 22 septembre 2006, par Mohamed Chouieb


Bercé par le vacarme de l’atelier et le bruit familier de sa machine, Dédé appuyait machinalement de ses deux mains, sécurité oblige, sur les boutons de commande de la presse à découper. Boum ! Le choc de l’acier qui craque sous la terrible poussée des vérins hydrauliques. Les mains se libèrent pour mettre les chutes d’un côté et la pièce découpée de l’autre, prendre une pièce brute, la placer sur l’outil, appuyer des deux mains sur les boutons de commandes...

Il repensait aux calculs qu’il avait réalisés un jour de pluie pendant ses vacances. Il faut dire qu’il aimait le calcul, exercice imposé devenu vocation tardive par la vertu des fins de mois difficiles.

5 secondes par pièce donc 720 pièces par heure multipliées par 6 heures de travail (7 heures par jour moins 30 minutes pour la pause et 30 minutes pour les manipulations des marchandises dans les ateliers ). Cela donne 4 320 pièces par jour minimum arrondies à 5 000 pour toucher une petite prime de 3 € par jour.
Pour un mois de 20 jours de travail (c’est rare mais c’est plus pratique pour les calculs) il aura produit 100 000 pièces pesant 500 grammes chacune, obtenues en découpant des plaques d’acier brut pesant 750 grammes l’une. Comme il a fallu porter chaque plaque deux fois, une fois pour la placer sur la presse et une autre fois dans les deux caissons, l’un affecté aux pièces finies et l’autre aux chutes, cela veut dire qu’il aura manipulé 75 tonnes d’acier pendant ce mois de travail. Pour gagner 926 € nets auxquels il faut ajouter sa prime de rendement de 60 €, soit un total de 986 € nets.
75 tonnes pour un SMIC, il trouva cela normal, l’euro pesant tellement lourd sur le marché des devises qu’il en faut si peu pour faire face à 75 tonnes ! Dommage qu’il ne pèse pas aussi lourd quand il s’agit de vivre avec un SMIC.
Pour les loyers, il comprend bien que ça soit cher, la pierre et le béton étant si lourds, mais pour les courses au supermarché ou pour le plein d’essence, il n’a jamais bien compris.
Mais ce n’est pas cela qui va lui gâcher le moral et lui faire perdre de vue la chance qu’il a de travailler avec tout ce chômage, les délocalisations, la mondialisation, les pays de l’Est, les immigrés, la Chine...
Avoir la chance de travailler dans l’entreprise leader mondial dans la fabrication des plaques de blocage de roues de secours de camions ! Dire que 75 % ( 3 sur 4 ! ) des poids lourds qui circulent dans le monde portent une plaque de blocage fabriquée dans son entreprise, une plaque de blocage qui est passée entre ses mains ! Rien qu’en y pensant, Dédé retrouva la vigueur et l’entrain qui l’ont toujours accompagné dans son travail d’ouvrier sur presse.
15 ans de travail, cela veut dire 12 375 tonnes d’acier passées entre ses mains calcula-t-il.
S’il continue comme ça, il pourra battre le record de France et donc du Monde puisque Dédé sait - c’est Roger, l’ancien syndicaliste qui le lui a dit- que l’ouvrier français, lui pour ainsi dire, possède la plus forte productivité du monde.
Il faut dire qu’il a toujours secrètement rêvé de battre ce record vieux de 54 ans, toujours détenu par un métallo stéphanois, véritable bourreau de travail, qui a manipulé 45 035 tonnes d’acier avant de prendre sa retraite. Avec un fameux record quand même qui fait oublier que son détenteur est parti avec le dos et les mains cassés et qu’il n’a pu profiter que trois années de sa retraite à taux plein avant de rendre l’âme. Ce qui comptait en ces temps-là c’était surtout la beauté du geste. Des comme ça, il y en a de moins en moins. Que voulez-vous, les gens sont tellement assistés !
Mais Dédé est inquiet. Depuis que ces imbéciles de la gauche ont instauré les 35 heures, l’espoir de battre ce record s’amenuise d’année en année. C’est sûr que si on était resté aux 49 heures, ça aurait été plus facile.
Comme il suit l’actualité, il a appris par la télé que le gouvernement est en train de réfléchir comment les gens comme lui pourraient travailler plus...pour gagner plus. Si la droite gagne les prochaines législatives, c’est sûr qu’il battra ce record. Il fit un vœu et appuya des deux mains sur les boutons de la presse à découper... boum !

A suivre




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