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Divagations d’un ouvrier sur presse
(2ème partie)
vendredi 29 septembre 2006, par Mohamed Chouieb


Dédé est soucieux. Il se fait carrément du mouron depuis que Roger, l’ancien syndicaliste - il ne faut pas trop prononcer ce mot, même précédé du qualificatif "ancien" car il fait peur à beaucoup de monde, sans doute une histoire d’allergie ancienne... - lui a expliqué que les patrons français des entreprises du CAC 40, la bourse de Paris quoi ! touchent en moyenne des salaires qui font 400 fois le SMIC.
Dédé n’est pas envieux ni revendicatif car il sait très bien qu’il est citoyen d’un pays dont la devise est "Liberté, Egalité, Fraternité" et que c’était même marqué sur les pièces de monnaie quand le pays était franc. Il sait que si ces gens touchent autant d’argent, ce n’est pas une affaire de copinage, de magouilles de conseils d’administration cooptés ou de brigandage en col blanc comme certaines mauvaises langues le susurrent perfidement. Il sait que si ces gens sont si bien payés, c’est qu’ils le méritent certainement, la nature les ayant supérieurement dotés au point qu’ils doivent avoir des capacités de travail 400 fois supérieures à celle d’un ouvrier moyen.
Même si Dédé a bien conscience qu’il est un ouvrier supérieur à la moyenne, nationale et donc mondiale, il recommence à se faire du souci pour son record, mais cette fois, ce n’est pas pour une question de temps de travail puisque de ce côté-là, les choses sont en train de s’arranger. Il a peur qu’un patron du CAC 40 n’ait l’idée de lui faire concurrence.
Il l’imagine déjà sur la même presse à découper, peut-être même un peu plus moderne que la sienne, statut de patron oblige.
400 fois ce qu’il est capable de manipuler, c’est-à-dire 1 500 tonnes d’acier par jour, soit le tablier du viaduc de Millau (36 000 tonnes) en 24 jours de travail ! Onze tabliers par an !
Alors que Dédé n’a même pas manipulé la moitié d’un tablier en 15 années de travail, un patron du CAC 40 pulvériserait le record bientôt séculaire du stéphanois (45 035 tonnes) en à peine 31 jours de travail ! Quand bien même il aimait les chiffres, ces derniers lui firent carrément peur.
Pour oublier tout cela, il redoubla d’ardeur au travail, faisant souffrir la machine, couiner les vérins et déborder les bacs jusqu’au moment où il reprit ses esprits.
Mais qu’est-ce qu’il était bête ! Mais le record ne pouvait être battu que par Dédé lui-même car jamais un patron du CAC 40 ne pourrait être affecté sur une presse, fût-elle à découper ! Quel gâchis ça serait !
Il réalisa que les calculs qu’il avait faits, il les avait basés uniquement sur la force de travail physique, chose qui lui était la plus familière mais qui donnait des résultats complètement erronés. Car, même s’il est en général doté d’une force et d’une condition physiques irréprochables et...soigneusement entretenues et préservées, ce qui distingue un capitaine de l’industrie et des finances - les deux allant maintenant de pair - du quidam moyen, c’est surtout son intelligence et sa vivacité d’esprit. Et ces qualités sont si rares et si précieuses qu’il ne viendra à l’idée de personne d’en affecter un seul sur un poste de production, même sur une presse toute neuve.
Ces pensées rassérénèrent Dédé qui se mit à s’imaginer les préoccupations d’un patron du CAC 40 au cours d’une journée de travail ordinaire et à les comparer avec les siennes.
Prenons par exemple le lundi 2 octobre 2006. L’ouvrier commun pense déjà, mesquinement, à son prochain week-end, c’est-à-dire dans cinq jours. Le patron, lui, il pense déjà à ce qu’il fera dans 400 fois 5 jours, c’est-à-dire dans 2000 jours, ce qui l’amène au week-end du 25 et 26 mars 2012 ! Cela tout simplement ahurissant et ne fait que confirmer l’obligation de respect et même de déférence, que tout commun des mortels doit manifester à l’égard de notre extraordinaire bande de patrons du CAC 40 .

Bien entendu, cela ne veut pas dire non plus qu’un patron du CAC 40 ne peut pas penser à des choses plus immédiates, à très court terme, à des sujets très terre-à-terre, tout comme vous et moi.
Penser à une fin de mois, par exemple, réfléchir aux sous qui vont rentrer et aux sous qui doivent sortir, gérer son petit quotidien. Et se rendre compte parfois, comme l’a fait le co-patron français du groupe E.A.D.S., que le projet Airbus A 380 allait subir des retards très importants dans la livraison de l’appareil - à cause de sa gestion, cela soit dit en passant - et que cela allait se savoir. Et que, par conséquent, la bourse allait réagir négativement et plomber le cours de l’action de son entreprise dans un délai très court.
Et comme ce monsieur est, il ne faut pas l’oublier, un être doté de capacités très supérieures, il a tout de suite réalisé que si l’action EADS plongeait, il allait perdre 10, 15, voire 20 % de la valeur de ses " actions en bourse sur lesquelles il a jeté un dévolu volontaire et très intéressé" (traduction libre du terme anglo-américain "stock option" n.d.l.r.) et ainsi, il a vendu dans la foulée, en un tournemain, ses quelques centaines de milliers d’euros bien mérités, cela va de soi, avant d’annoncer le retard catastrophique du programme A 380. Et a ainsi, grâce à ses capacités, sauvé sa fin de mois.
Dédé se mit à penser à un temps où les chefs préféraient sombrer tel un capitaine avec son bateau plutôt que d’accepter de survivre à l’échec. Cela allait de la démission au suicide en passant par l’exil, le vœu de pauvreté et parfois même, de chasteté. Mais ceux qui procédaient de la sorte n’étaient que de faibles âmes, pas des patrons du CAC 40 taillés dans l’acier de la plaque de blocage des roues de secours de camions. Ou que peut-être, tout simplement, parce que le CAC 40 n’existait pas et que les patrons étaient de simples humains sans même des stock options.

Il émergea de ses pensées quand il s’entendit soupirer pour s’apercevoir que l’atelier était silencieux. Ses camarades cassaient la croûte depuis un moment. Il se rendit compte qu’il avait irrémédiablement perdu treize minutes de son temps de pause réglementé à la seconde près par la magie des 35 heures. Bien fait pour sa gueule, il n’avait qu’à ne pas trop réfléchir. Mais quoi ? Pour qui se prend-t-il à réfléchir ainsi ? Pour un patron du CAC 40 ?
Le temps d’y penser et il a encore perdu soixante-seize secondes, il ne reste que 944 secondes pour manger. Il va falloir faire très vite ou c’est l’avertissement avec versement au dossier.




> Divagations d’un ouvrier sur presse
30 septembre 2006
DIVAGATIONS D’UN OUVRIER

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