Réseaux citoyens de St-Etienne
Accueil Qui sommes-nous Nous contacter Nous aider Plan du site Admin
   
Vous êtes ici : Justice sociale / Droits sociaux > Le revenu universel, vite !
A la une
Agenda
Albums photos
Images à la une
Envoyez la musique !
La France insoumise / Jean-Luc Mélenchon
Nous sommes Grecs
Agroécologie
Agriculture paysanne
AMAP et réseau des AMAP
AMAP-Saint-Etienne
L’avenir du mouvement des AMAP
Les Amap dans la Loire
FAQ - De la ferme au quartier
Collectif Zérogm42
Collectif "nourrir l’humanité"
Maison de la semence
G.R.A.I.N. / Via Campesina
Collectif Liberté Justice Palestine
Chroniques pour la Palestine
Moyen-Orient et monde arabe / Georges Corm
Réseau RESF
Réseau Solidarité Rroms
Egalité des droits / Antiracisme
Une école pour tou(te)s
Survie / Françafrique
Quelle connerie la guerre !
Collectif "personne à la rue !"
Justice sociale / Droits sociaux
Assises droits sociaux
Forum des droits sociaux
Logement
Non au CPE !
Santé
Services publics
Travail / Emploi / Retraite
Portail pour l’accès aux droits sociaux
Le travail social dans la crise
Terrain d’entente
Groupe de réflexion "travail travail !"
Réseau salariat
Ecole / Education populaire
Justice écologique
Collectif Action Climat - CLAC
Sortir du nucléaire
Démocratie
Démocratie participative
Porto Alegre/St-Etienne
Libertés
Europe
Sortir du capitalisme
TAFTA
Changer la mondialisation ?
Forums sociaux
Changer la gauche ?
Gouvernement Hollande-Ayrault-Valls
Gouvernement Sarkozy
Chronique d’une élue citoyenne
Ville de Saint-Etienne
Conseil municipal
Elections municipales 2008
C’est notre histoire
Culture / idées
Les Héroïnes
Libres paroles
Des livres, des films, des sites...
Cafés citoyens au Remue-Méninges
Atelier de philosophie
Université Populaire - Laboratoire Social / Collectif Malgré Tout
Médias
Qui sommes-nous
Réseaux/Associations
“FRACTURE SOCIALE”
Le revenu universel, vite !
La redistribution sociale est à repenser. Si on la basait sur les droits fondamentaux et sur le travail ?
lundi 12 mars 2007, par Roger Dubien


Il y a 12 ans, Chirac se faisait élire sur le mensonge cynique de la lutte contre la fracture sociale. Au moment où il part, des records de pauvreté et de richesse sont atteints...
Ce week-end aura lieu le FSL de St-Etienne dont le thème est la lutte contre la pauvreté. L’un des ateliers sera consacré à la proposition d’un revenu garanti. Le texte ci-dessous est une contribution à cet atelier...

Au fil des jours se télescopent des “informations” sur des réalités qui restent pourtant quasi absentes du débat des présidentielles : aggravation continue de la pauvreté et nouveaux records de profits et de richesses.

Abîmes de pauvreté et sommets de richesse...

Par exemple :
-  Les Don Quichotte et d’autres ont rappelé qu’il y a en France entre 80 000 et 100 000 SDF. Il y avait 15 000 sans logement en 1954, au moment de l’appel de l’abbé Pierre...
-  les Restos du coeur créés en 1985 sont débordés en 2007 et décident maintenant d’ouvrir toute l’année. 700 000 personnes y ont eu recours pour manger cet hiver !
-  la France compte 7 millions de pauvres, dont 1 million d’enfants, 3 millions de smicards, environ 4 millions de chômeurs, 20 millions de personnes vivant dans la précarité.

Mais :

-  Les profits du capital s’envolent en France. Les groupes du CAC 40 battent tous leurs records : déjà 94 milliards d’euros de profits en 2006 pour les 35 groupes qui viennent d’annoncer leurs résultats (86 milliards en 2005 pour les 40). En tête Total : 12,6 milliards d’euros. Mais aussi Suez : 3,6 milliards (+ 43,5%). Bouygues (bâtiment, TF1 etc...) : 1,246 milliard d’euros (+ 50 %). LVMH (B. Arnaud) : 1,87 milliard (+30 %). Vinci (BTP, concessions d’autoroutes...) : 1,27 milliard (+ 31 %). Société Générale : 5,2 milliards (+ 18,6 %). BNP Paribas : plus de 7 milliards...

-  Le magazine Forbes vient de publier son palmarès des grandes fortunes dans le monde. Les riches sont plus nombreux (946 milliardaires en dollars en 2007 au lieu de 793 en 2006) et de plus en plus riches. Bill Gates continue (avec 56 milliards de dollars) à caracoler en tête, mais on trouve parmi eux 15 français, emmenés par B. Arnaud (7ème - 20 milliards d’euros), L. Bettancourt, et F. Pinault, le grand ami de Chirac-la fracture sociale ( ! + de 11 milliards d’euros).
A eux tous, ils possèdent une fortune de 3 500 milliards de dollars, presque 2 fois le PIB de la France (environ 1 700 milliards d’euros).
3 500 milliards de dollars, alors que les 700 millions d’habitants des 50 “pays les moins avancés” (cf PNUD) ont un revenu cumulé inférieur à 600 milliards de dollars. Donc, 946 individus - le gratin du capitalisme néolibéral - ont une fortune égale à 6 fois ce qu’ont pour survivre 700 millions d’êtres humains.
Autre chose : la Dette publique de l’ensemble des pays en développement est de 1 500 milliards de dollars, même pas la moitié de la fortune de ces 946. Et le remboursement de cette dette coûte chaque année 200 milliards de dollars aux pays du Tiers-Monde...

Ainsi, la pauvreté ici ne cesse de s’aggraver, le Sud crève du pillage, et en face des richesses i-ni-ma-gi-na-bles sont accumulées. Comment se fait-il que nous supportions ce scandale ? Parce qu’on nous en fait un spectacle - tout comme pour la guerre - dans les médias ?
Et en plus ils se plaignent ! En France, les très riches sont à peine effleurés par l’impôt sur la fortune et par l’impôt sur le revenu. Puisque c’est la TVA, et d’autres taxes payées par tous, qui alimentent pour l’essentiel les caisses de l’Etat. Depuis des années, c’est cadeaux sur cadeaux aux plus riches. Mais ça ne leur suffit pas. Alors direction la Suisse, la Belgique, Monaco... Mais que vont devenir les 7 millions de pauvres si les riches les laissent tomber ? Est-ce qu’on ne devrait pas aussi carrément payer les riches pour qu’ils restent ? !
C’est au fond ce que dit Sarkozy - et d’autres - dont l’objectif est de faire sauter toutes les limitations à la voracité du capital. Les privilèges qu’il dénonce, ce ne sont pas ceux de sa classe, ce sont ceux des “régimes spéciaux de retraites” et surtout ceux des pauvres qui dépendent des minima sociaux... Et puis, “travaillez plus si vous voulez gagner plus” !

S’attaquer à la pauvreté, c’est d’abord une question de volonté politique : si on le veut, on le peut !

Urgence sociale : revoir tout de suite la répartition des richesses créées...

Qui osera prétendre que les très riches et notamment ces grands patrons qui gagnent 300 fois le SMIC, acquièrent ces fortunes en travaillant et que ce n’est pas au détriment de la société ? La vérité c’est que depuis le début des années 1980, la répartition des résultats entre le travail et le capital n’a pas cessé de se dégrader. toujours moins pour le travail, toujours plus pour le capital. Il faut donner un sérieux coup de barre. Augmenter le smic et les salaires, les minima sociaux, imposer beaucoup plus fortement les fortunes et les profits. Bref, revoir tout de suite la répartition des richesses créées dans les entreprises. C’est une question de justice et de respect de la dignité humaine.
Evidemment ceci ne peut pas se limiter à une défense des “avantages acquis” de ceux qui ont des “avantages acquis”. A moins de vouloir aider Sarkozy, on ne peut par exemple pas dire : “maintien des régimes spéciaux de retraites et point à la ligne”. Qu’est-ce qu’on propose pour ceux qui n’en ont pas, et qui ont sans doute travaillé autant, mais pas dans les mêmes filières. On leur dit “mauvaise pioche” ? Pour des millions de personnes, les avantages acquis dont bénéficient d’autres sont des inégalités vécues. Il faut revoir tout ça, dans une démarche de justice. Mais il faut aller plus loin, et éclairer un autre point...

La “relance de la croissance” ne fera disparaître ni le chômage ni la pauvreté...

Le schéma classique (notamment dans la gauche traditionnelle) : relancer la croissance, pour relancer la consommation, et donc la production, ce qui créera des emplois pour les chômeurs, et donc des salaires, et fera reculer la pauvreté, etc..., ne fonctionne plus. Il est nécessaire de prendre les choses à un niveau beaucoup plus fondamental.
D’une part il faut discuter de quelle croissance on parle, car il faut bien s’interroger aussi sur un “mode de développement” fou - le capitalisme - qui est en train de détruire la planète.
D’autre part le système sait très bien produire beaucoup plus sans embaucher. L’augmentation continue de la productivité du travail le permet. Il peut d’ailleurs aussi vendre beaucoup plus (en délocalisant et en important), et gagner beaucoup d’argent sans produire plus ici. Voir comment fonctionne la machine infernale de la grande distribution...
Bref : une relance de “la croissance” n’empêchera pas que le chômage, la précarité et la pauvreté continueront à s’aggraver pour des millions de personnes. On a déjà vu ça à la fin des années 1990. Si création d’emplois il y a quand la croissance accélère, elle est faible et en plus il s’agit pour beaucoup d’emplois précaires, qui fabriquent des travailleurs pauvres. Comme l’explique le sociologue Loïc Wacquant, un “système de marginalité avancée” s’est mis en place progressivement au cours des 30 dernières années et on est dedans.
Pour en sortir, il faut de nouvelles réponses, beaucoup plus radicales.

Mettre en place un revenu universel d’existence...

Au vu de ce qui se passe en France, mais aussi aux Etats Unis, Loïc Wacquant propose de “disconnecter la subsistance du travail salarié” : mettre en place un revenu de base, un revenu universel d’existence, un revenu garanti, on l’appelle comme on veut...
Sa proposition amène plusieurs questions...

-   Serait-ce immoral ou est-ce éthique ?   
Est-ce que c’est choquant d’assurer à chaque être humain un revenu qui soit déconnecté du travail ? Et si c’était la reconnaissance de la dignité de chaque personne humaine et l’affirmation du choix de la civilisation ?
On fait le pari que ce saut en avant dans la civilisation aidera à ce que chacun s’engage dans des activités utiles à la société. Et puis bon, ce ne sont pas les riches qui accumulent des masses d’argent sans rien faire qui vont faire la leçon.
D’ailleurs, si l’on regarde en arrière, on voit qu’en fait il y a eu d’autres étapes dans cette direction :
En 1936 : création des congés payés. Pour certains, un scandale : des “salopards” qui n’avaient le droit de vivre que s’ils allaient travailler chaque matin (ce qui n’était pas le cas pour tout le monde, n’est-ce pas), pouvaient arrêter de bosser pendant 15 jours tout en étant payés.
1946 : création de la sécurité sociale, dans un pays pourtant mal en point. Les travailleurs salariés malades - et leur famille - pouvaient se faire soigner sans avoir besoin de payer l’ensemble des soins. Il s’agissait d’une vaste extension d’un système mutualiste mis en place de façon inégale dans quelques professions au cours des décennies précédentes.
Il est aujourd’hui largement reconnu que ces inventions ont été des avancées de “civilisation”, un (bon) “enrichissement” de la société.
Ensuite, on a d’ailleurs eu d’autres étapes, plus atténuées (car les mesures étaient beaucoup plus limitées) : création du RMI, création de la CMU...

-   Est-ce financièrement et fiscalement possible ?  
Mais on a déjà aujourd’hui beaucoup de bribes d’un tel système, à travers le RMI, la CMU, les allocations chômage et autres, les emplois aidés et les divers systèmes d’aide à la survie, qui sont tellement empilés, embrouillés et contradictoires que même ceux qui sont chargés de les appliquer s’y perdent et que ceux qui devraient en bénéficier s’épuisent à courir de l’un à l’autre.
Il est temps de rassembler toutes les ressources éparpillées dans ces dispositifs (et gaspillées aussi dans leur gestion bureaucratique) et de créer quelque chose de simple et d’efficace. Dont on verra sans doute que ça ne coûtera pas beaucoup plus que ce qui y est consacré aujourd’hui de façon peu efficace.

-   Mais alors, plus personne ne voudra travailler ?   
Là, c’est vrai, il y a un pari sur l’humanité.
Pas très étonnant que certains parmi les très riches qui profitent avec égoïsme et cynisme de fortunes complètement déconnectées d’un travail pensent que tout le mode a envie de vivre aux crochets des autres.
Mais on peut faire un autre pari : celui que, assuré d’une vie humaine pour lui-même et pour ses proches, chacun aie envie et aie à coeur de faire un travail ou une activité utile à la société et intéressant pour lui-même. Et qui lui permettra d’avoir un revenu allant bien au-delà de ce minimum pour vivre.

Loïc Waquant parle d’un “défi historique pour nos sociétés”. Ce salaire universel du citoyen devrait être lié à d’autres mesures : accès gratuit à l’enseignement, droit à la formation tout au long de la vie (notamment pour ceux qui n’y ont pas eu droit), garantie universelle pour le logement, la santé, les transports...

On est bien devant un défi pour l’avenir de notre société : s’enfoncer dans la barbarie ou faire le choix de la solidarité.
"Tout est possible", dit Sarkozy. C’est le discours des barbares, de ceux qui pensent pouvoir ne rien respecter, surtout les principes de la vie. Non, tout n’est pas possible. Mais il est possible de prendre des décisions politiques - et de faire des actes - de justice sociale, de respect de la dignité humaine, de partage des richesses, de solidarité.
Il est possible d’augmenter les impôts payés par les riches. Si certains ne le supportent pas - il paraît que 2 milliardaires partent chaque jour -, qu’ils se cassent !
Il est possible d’aider les pauvres, de défendre les enfants (1 million d’enfants pauvres en France selon l’INSEE, 2 millions selon les critères européens !). D’augmenter les revenus provenant du travail. De créer des emplois dans les activités utiles à la société. De développer des services publics pour fournir les biens communs nécessaires à une vie collective civilisée.

Cette nouvelle répartition sociale serait donc basée sur deux piliers : le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et donc le droit de chacun-e à un revenu lui permettant de vivre et de s’engager dans des activités utiles à tous. Et sur cette base, le droit de chacun à faire un travail utile à la société et à en retirer un revenu.

A discuter, non ?


Ecouter une émission de “La-bas si j’y suis” avec Loïc Wacquant, sur la pauvreté et le revenu universel

Emission rediffusée en septembre 2006. Daniel Mermet interroge Loïc Wacquant, professeur de sociologie à l’Université de Californie (Berkeley), qui fut un des proches de Bourdieu.
Loïc Wacquant y explique pourquoi, alors que les inégalités, la pauvreté et la marginalisation s’étendent dans les quartiers populaires, alors que s’installe ce qu’il appelle un “régime de marginalité avancée”, les réponses anciennes (croissance, création d’emplois... qui sont de plus en plus précaires) ne fonctionnent plus. Face à ce qu’il appelle “un défi historique” pour nos sociétés, il propose des innovations radicales, autour de la mise en place d’un revenu universel.

Pour écouter cette émission : cliquer sur http://www.la-bas.org/article.php3 ?id_article=978.
Puis, dans la colonne de gauche aller dans la partie “écouter cette émission” et cliquer sur la dernière ligne “parias urbains”.
Loïc Wacquant a publié en 2006 "Paria urbains - Ghetto - Banlieues - Etat”, aux éditions La découverte.




Dans la même rubrique :
L’appel de Vienne pour le Droit au revenu
Ô boulot
Ce dimanche 17 octobre journée mondiale du refus de la misère.
Le 17 octobre : journée mondiale du refus de la misère.
Une journée de vacances en famille à Marseille
Ce 17 octobre 2007, vingtième anniversaire de la journée mondiale du refus de la misère
Chômeurs : pourquoi tant de haine ?
Première victoire des chômeurs recalculés contre l’ASSEDIC.
Pour le retrait du projet de loi RMI-RMA
Une expérience à Rennes pour associer les habitants-usagers au fonctionnement du CCAS.




Proposer un article | Nous contacter | Plan du site | Admin | Accueil