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2007, année zéro de la gauche
vendredi 1er juin 2007, par Jérôme Vidal


Comment ne pas voir que la « préférence nationale », qui, une fois encore, a hanté la campagne présidentielle, est un des principes au fondement de l’Etat social, et qu’ainsi la « lepénisation » des institutions, bien que toujours contestée, est en un sens originelle, qu’elle est inscrite dans la distinction « républicaine », opérée au sein de la population vivant dans ce pays, entre citoyens-nationaux et étrangers, ce qui donne toute sa force et son réalisme aux mots d’ordre frontistes ?

Comment ne pas entrevoir, de ce point de vue, que le racisme contemporain, loin d’être une regrettable pathologie des classes populaires, que suffirait à expliquer la concurrence accrue sur le marché du travail, est fondamentalement un racisme d’Etat, alimenté par ses élites, et indissociable de processus de « subjectivation » nationale des citoyens, c’est-à-dire de processus de production et d’inscription corporelle, affective, linguistique, intellectuelle de la « francéité » à travers ce que l’on appelait naguère des « appareils idéologiques d’Etat » tels que l’école ?

Comment ne pas voir, de surcroît, si l’on souhaite entrer dans une analyse plus précise de la conjoncture présente, que, comme l’ont démontré de façon définitive Simone Bonnafous dans L’Immigration prise aux mots (éd. Kimé, 1991) et Maxim Silverman dans Deconstructing the Nation (Déconstruire la nation), le vocabulaire et les leitmotive du lepénisme ne sont que la reprise de thèmes d’opinion largement diffusés dès avant la première percée électorale du FN ?

Ce sont Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre qui ont lancé le projet fantasmatique d’une politique du retour des travailleurs immigrés - supposés étrangers aux réalités sociales de la France, selon une formule employée plus tard par Pierre Mauroy à propos d’ouvriers en grève - et mis en circulation l’équation « tant de chômeurs = tant d’immigrés de trop ». C’est le Parti communiste qui a acclimaté l’idée d’un « seuil de tolérance » au-delà duquel « l’intégration » - traduction contemporaine de « l’assimilation » coloniale - ne serait plus possible.

Comment ne pas voir de plus que le thème de la « lepénisation des esprits » a justement pour effet d’« invisibiliser » cette diffusion, certes complexe et modulée, du « lepénisme » au sein du champ politique et idéologique, comme s’il était circonscrit au FN et à son électorat prétendument « populaire » (le racisme de classe joue ici à plein régime), alors que celui-ci n’a fait que cristalliser des motifs idéologiques en circulation dans l’ensemble de l’espace social, notamment au sein des classes moyennes et supérieures, notamment au sein de larges sections de l’électorat socialiste, quand même sous des formes euphémisées et accompagné d’une bonne volonté antiraciste sincère (l’inconscient politique ignore la contradiction) ?

Comment ne pas voir que depuis trente ans, à l’heure de la crise de l’Etat national et social, le ressort de la « lepénisation des esprits », à droite comme à gauche, repose sur la nécessité de légitimer des politiques antisociales en agitant le drapeau national, en payant de monnaie de singe les classes populaires et moyennes ?

Comment ne pas voir, en particulier, que le PS - incapable de formuler et d’inventer les termes d’une réponse de gauche à la « crise », réduit à n’être qu’une machine électorale préoccupée de sa seule reproduction, se faisant en conséquence l’artisan par excellence de ladite « modernisation » (avec d’autant plus d’efficacité que, en raison de sa coloration passée, il était, du moins dans un premier temps, bien mieux placé pour neutraliser ou paralyser toute critique de gauche), naviguant au gré des sondages (ne pouvant donner le la à l’époque, il lui fallait bien suivre quelque ritournelle) - a trouvé dans la lutte contre le FN de quoi cimenter autour de lui un consensus négatif, par défaut, prenant ainsi l’électorat de gauche en otage, se présentant comme le seul rempart face à une droite et un FN qui ne tirent leur puissance que de son impuissance et de ses renoncements ? Et cela, alors même que ce parti contribuait à diffuser dans l’opinion l’idée d’un « problème de l’immigration » : Laurent Fabius affirmant que Jean-Marie Le Pen pose de vraies questions. Lionel Jospin s’accordant avec Jacques Chirac pour dire que « l’identité française » devait être défendue ; Michel Rocard déclarant, en une formule remise au goût du jour par Nicolas Sarkozy, que « la France ne peut accueillir toute la misère du monde » (ajoutant néanmoins qu’elle doit « savoir en prendre fidèlement sa part »), comme si toute cette « misère » souhaitait s’installer en France.

Comment ne pas voir qu’une telle logique, si elle pouvait être électoralement payante à court terme, ne pouvait à moyen terme qu’achever la dissolution du bloc historique, culturel et politique, du « peuple de gauche », déjà entamée par la transformation postfordiste de l’économie capitaliste et la réorganisation de celle-ci à l’échelle mondiale, et donc se miner elle-même ?

Comment ne pas voir aussi, à l’heure de sa précarisation structurelle, l’imposture que représente la reprise en choeur par la gauche de l’antienne de la « valeur travail » ? Comment ne pas voir que la réponse de la gauche de gauche à cette situation - critique du « néolibéralisme », défense des « acquis », défense du compromis social-démocrate qui soutenait l’Etat social et la société salariale (et leurs dispositifs de discipline et de contrôle social) -, si elle vaut mieux que celle du PS, quand elle ne se disqualifie pas par des accents « souverainistes » ou « républicanistes », est insuffisante et impuissante, qu’elle trahit une incapacité à prendre toute la mesure des « temps nouveaux » ?

Comment ne pas voir, enfin, s’agissant du résultat de l’élection présidentielle, qu’il n’est que la traduction de la dissolution du bloc historique du peuple de gauche, du brouillage des identités de classe et du flottement des identités politiques qui s’ensuivent, ouvrant ainsi une période qui peut être caractérisée, selon une expression paradoxale empruntée à l’historien britannique Edward P. Thompson par Etienne Balibar, de « lutte des classes sans classes » ?

Comment ne pas voir combien vains et même obscènes sont les commentaires proposés de cette élection. Ces commentaires ne visent qu’à déterminer la part de responsabilité des uns ou des autres dans la défaite - au regard de cette faillite dramatique des gauches et de leur toile de fond : le désastre global, social et écologique, qui ne cesse de s’approfondir, la mise à sac de la planète, l’intensification à un degré inconnu jusque-là de l’exploitation capitaliste à l’échelle mondiale.

A quoi s’ajoute l’emprise inégalée, partout, d’oligarchies qui peuvent bien, ici ou là, s’accommoder d’une dose de démocratie ou de libéralisme politique, mais qui toutes travaillent à la mise en place de sociétés de contrôle, de sociétés « sécuritaires », dont la nature relève, selon des expressions proposées dès 1977 par Gilles Deleuze, d’un « néofascisme », d’une constellation de « microfascismes » de forme inédite.

Nous avons la conviction que l’effort pour apporter des réponses à ces questions et à ces constats est aujourd’hui nécessaire si nous voulons briser le cercle de l’impuissance et retrouver une certaine puissance d’agir, si nous voulons déployer une politique effective visant à maximiser le contrôle collectif sur les institutions, nationales et transnationales, qui gouvernent nos vies et les possibilités concrètes d’une égale liberté de tous et de toutes.

Si nous nous montrons incapables de répondre à ces questions, aussi dramatique que soit l’élection de Nicolas Sarkozy, celle-ci risque fort de n’apparaître bientôt que comme une péripétie parmi d’autres de la course au désastre qui s’est engagée. Il nous faut donc bien prendre la mesure de l’urgence que nous persistons à ne pas reconnaître. There is no time, chantait déjà Lou Reed à la fin des années 1980.

Cette tribune de Jérôme Vidal est parue dans Le Monde du 17 mai

Jérôme VIDAL est éditeur (Editions Amsterdam - www.editionsamsterdam.fr)

Jérôme VIDAL publie en septembre 2007 un essai intitulé “La Fabrique de l’impuissance 1 - La gauche et l’idéologie libérale-sécuritaire”. Un livre dont la publication sera simultanée de celle de “La Fabrique de l’impuissance 2 - L’école entre domination et émancipation”, de Charlotte Nordmann.

En septembre, toujours aux Editions Amsterdam, paraîtra un recueil d’articles de Stuart Hall intitulé “Le Populisme autoritaire - Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme”.
(pour plus d’informations, voir sur le site des Editions Amsterdam).




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