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Gus Massiah : Construire un nouveau projet pour le mouvement social
vendredi 22 juin 2007


Comprendre ce qui vient de se passer avec l’élection de Sarkozy, réfléchir aux façons de résister et de travailler à la transformation sociale...
Voici ci-dessous des notes sur une interview de Gus Massiah, que l’on peut écouter sur le site du journal Regards, à cette adresse : http://www.regards.fr/file/admin/itwmassiah.mp3

(...) La gauche est interpellée, mais ce n’est pas seulement par rapport aux élections. La question est : quelles sont les grandes questions qui se posent à notre société et au niveau mondial ? Et quelles réponses la gauche apporte-t-elle à la situation actuelle, par rapport à des objectifs et des valeurs.

D’abord, il y a des évolutions de longue période : nous sommes dans une phase de la mondialisation : la phase néolibérale, qui commence dans les années 80. C’était une grande rupture dans l’organisation du monde et de nos sociétés, et du capitalisme (de 1945 à 1980 - “les 30 glorieuses” - ce qui le caractérisait = la montée en puissance d’un capitalisme industriel, d’un modèle social keynésien et fordiste, d’un système international avec une forme de régulation et d’un système géopolitique organisé autour de la guerre froide).
Quand on passe à après 1980, l’ensemble de ces éléments a changé :
-  Ce n’est plus le capitalisme industriel, c’est un capitalisme financier, c’est le marché mondial des capitaux qui définit la nouvelle régulation, et la référence pour l’organisation de chacune des sociétés et du monde.
-  C’est le développement du marché mondial avec l’ajustement de chaque société au marché mondial.
-  Et surtout c’est une contre offensive menée par les forces dominantes au niveau mondial aux 3 grandes contradictions qu’ils avaient rencontrées dans le passé : au mouvement de décolonisation, à l’Europe de l’est et l’Union soviétique et à la question des luttes sociales.
Cette contre offensive se développe à partir de 1979, et elle correspond aussi à un changement de direction à l’intérieur même du mode de production dominant (pour simplifier capitaliste).

Quelles sont les formes de cette contre-offensive ? C’est une contre offensive sur chacun des champs :

-  1 - ça commence d’abord par le coup d’arrêt à la décolonisation - qui s’appuie d’ailleurs sur la crise de la décolonisation elle-même. Impulsée par ceux qui dirigent (G5 puis G6 puis G7 puis G8). Elle s’appuie sur les contradictions internes : la nature des régimes issus de la décolonisation (souvent répressifs...) issus de la décolonisation, avec une rupture de l’alliance entre ces régimes et peuples.
Et offensive externe : la reprise en mains, à travers la gestion de la crise de la dette qui va permettre de réduire chacun de ces pays et de les obliger à s’ajuster au marché mondial.
Par rapport à ça, la gauche ne dit rien. Elle laisse faire, et même accompagne. Non compréhension que c’était une première “étape” de la remise en cause des équilibres sociaux et politiques dans la période d’avant. Donc, montée en puissance de l’hégémonie US, en alliance indéfectible avec l’Europe et et le Japon. Se traduit par le contrôle des matières premières et la montée en puissance des grandes firmes multinationales appuyées par un contrôle extrêmement fort des médias.

-  2- dès 1980, offensive contre les soviétismes (terme de Samir Amin - plutôt que socialisme). Cette offensive s’est déployée et va être déterminante à partir de 1989, mais ça commence par une offensive externe : Reagan, à travers la course aux armements qui empêche dans ces pays le passage d’une accumulation primitive à des formes de redistribution. S’appuie sur des contradictions internes : la question de la démocratie et des libertés, la rupture de l’alliance entre les régimes et les peuples. Et le rejet par les peuples de ces régimes.
C’est en 1989 que ça va être patent symboliquement, mais c’est à partir de 1980 et de l’offensive de Reagan...
C’est d’une importance considérable : c’est une défaite politique pour les pays de l’Est, mais ça remet en cause le système géopolitique qui était fondé sur un équilibre entre les grandes puissances pour achever de donner l’hégémonie aux Etats Unis, notamment militaire, et idéologique. Et c’est une défaite idéologique majeure puisque même ceux avaient combattu et critiqué la nature des régimes soviétiques vont se retrouver entraînés dans la contestation de l’idée que l’on peut dépasser le capitalisme. C’est la deuxième raison de l’échec de la gauche aujourd’hui : l’effondrement de ce qu’étaient les courants communistes dans notre société et notamment en France. Echec historique dont on n’a pas encore fait le deuil. Même si dans certains pays des formes ont pu être prises comme en Italie, en Allemagne... Pas en France : n’y a pas eu le deuil de cette période. Donc, l’effondrement d’un des pôles importants de la gauche n’a pas encore été remplacé.

3 - au niveau des luttes sociales
36 a été un moment où un équilibre nouveau a été réalisé entre profit et travail. 68 : 2ème avancée ... Grenelle a été une nouvel équilibre entre travail et profit...
Et par rapport à ça, il y a eu reprise de l’offensive à travers le chômage et la précarisation. Et c’est d’ailleurs la nature même du système néo-libéral : on passe de politiques fondées sur le plein emploi à des politiques fondées sur la lutte contre l’inflation, c’est à dire la revalorisation des profits.
C’est le 3è échec de la gauche. Le plus grave probablement. Les autres portaient sur les conditions internationales d’une politique de gauche possible ; là, la gauche va se partager entre ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire contre le néolibéralisme et qu’il faut accepter des politiques de gestion pour essayer de tenir au mieux, et ceux qui pensent qu’on ne peut que les contester globalement (gauche antilibérale / gauche sociale libérale - simplification peut-être à tort). C’est une division qui dure encore et qui va partager très durablement la gauche...

Le résultat de ces 3 non réponses, c’est que la gauche n’a pas été capable de formuler un nouveau projet.

Le mouvement altermondialiste...

A partir de 90-95 quand même, il y a une reprise des luttes sociales, des luttes dans le Sud, et sur les questions de démocratie et de libertés. Ça se traduit par la montée en puissance du mouvement altermondialiste.
Ce mouvement altermondialiste, Il faut en prendre la mesure. Je pense que c’est là que se situe une partie de l’avenir.
Ce mouvement altermondialiste, il part d’une affirmation : le refus de la fatalité. Après 1989, l’idéologie se reconstruit à partir de deux idées : la fin de l’histoire, de Fukuyama (on ne peut pas faire mieux que le marché et le capitalisme), et la guerre des civilisations de Huttington (le social ce n’est pas fondamental, ce qui compte c’est la guerre, entre les civilisations).
La montée en puissance du mouvement altermondialiste après 1995 affirme que non : un autre monde est possible, il n’y a pas de fatalité. C’est à travers les FSM que commence à émerger une convergence des mouvements qui sont des mouvements de contestation et de refondation. Mouvements qui commencent à mettre en avant la nécessité d’une alternative, et qui s’appuient sur des propositions développées dans le système des Nations Unies à travers la réponse que les Nations Unies (les grandes conférences des Nations-Unies) a apporté à la question du G8.
Car le G8 était une manière de marginaliser les Nations Unies. En réponse à ça y a eu une alliance entre les mouvements associatifs et un certain nombre d’Etats, à travers les grandes conférences des Nations Unies, dont la première a été la Conférence de Rio en 1992 justement sur la question de l’écologie et du développement. Qui a marqué un grand moment de l’offensive idéologique. Entre l’appel de Heidelberg initié par Allegre qui disait aux chefs d’Etats : n’écoutez pas les écologistes et les développementistes qui sont des obscurantistes et qui veulent remettre en cause la grande alliance entre la science et l’industrie. Et d’autres (Global Chance...) qui disent : il faut trouver un autre type de développement possible, dans lequel il y a un rapport important entre l’écologie, le social et la démocratie.
C’est là que commence à naître ce nouveau courant altermondialiste. Puis conférence des Nations Unies de Vienne sur les droits humains (économiques, sociaux et et culturels). D’Istambul sur le logement, de Pékin sur les droits des femmes, de Copenhague sur le social...
C’est là que se forme le corps de propositions repris et réorganisé de l’altermondialisme.
Ce courant est porteur de propositions alternatives, et il a une base sociale extrêmement large.
C’est à Seattle, passage de l’anti-mondialisation à l’alter-mondialisation, que va être décidée l’unification du mouvement syndical mondial qui vient d’avoir lieu il y a un an à Vienne. C’est là que va naître Via Campesina, le mouvement des No-Vox, la grande alliance entre les écologistes et les consommateurs, c’est là que le mouvement de solidarité internationale va prendre en compte cette nouvelle mondialisation, et que par exemple le CRID va s’investir ...
Donc, apparition d’une nouvelle base sociale qui est la base sociale de la reconstruction d’un projet alternatif.

Ce que porte le mouvement altermondialiste ...
Petit à petit, il a mis en avant une orientation stratégique alternative, et pas seulement des propositions alternatives. C’est l’idée que par rapport au fait que le monde doit être organisé par l’ajustement a marché mondial, et au marché mondial des capitaux, on a avancé l’idée que le monde pouvait être organisé autour d’autre chose : de l’accès aux droits pour tous, d’où l’idée des droits économiques sociaux et culturels, des droits civils et politiques.
C’est une orientation stratégique qui s’impose aux différents mouvements et change la culture des mouvements, leur orientation stratégique...

Mais cette avancée qui se confronte aux quatre questions = l’écologie, la guerre, le social, la démocratie, n’est pas encore capable de les imposer sur le plan politique. Y a un hiatus, pas de continuité entre l’évolution du mouvement social et l’évolution des formes politiques que peut prendre ce mouvement social.
C’est le débat dans lequel nous sommes et c’est un débat de long terme. Cf Wallerstein : qui dit que le débat fondamental est le débat stratégique.

Donc, quelle est la stratégie politique, comment construire une stratégie politique ? Là dessus, nous sommes en cours de recherche et nous n’avons pas réellement de solution. Ce que nous voyons dans le mouvement altermondialiste, c’est qu’il y a plusieurs types de solutions possibles.
Evidemment, il y a une grande insatisfaction par rapport au modèle dominant en politique = il faut créer un parti pour conquérir l’Etat pour changer la société. Mais on voit bien que la plupart des partis sont devenus des partis-Etat avant même d’avoir conquis l’Etat, d’où le désaveu par rapport aux politiques dans les sopciétés... Et d’autre part, l’Etat reste un moyen très important de changer la société mais n’est pas le seul moyen de changer la société et jusqu’à maintenant il l’a toujours changée dans le sens de la construction du capitalisme. Donc, il s’agit de trouver d’autres formes, non pas de tout jeter mais de réfléchir sur comment construire à partir de là une nouvelle équation stratégique ... Et là dessus, il y a beaucoup de propositions en cours :

Pour certains l’idée que le mouvement social mène des luttes et puis passe la balle aux partis qui vont marquer, ne fonctionne pas forcément. Ça peut exister, mais ça ne fonctionne pas forcément, et ce n’est pas évident que ce soit la seule voie possible. D’ailleurs cf Grenelle : il y a eu un échec politique en 68, mais la meilleure négociation sociale depuis 36. Donc il y a d’autres manières de peser dans l’équilibre des pouvoirs que de passer par les partis. ça ne veut pas dire que les partis soient inintéressants, parce que les partis sont des outils importants pour les formes électorales, qui sont quand même des éléments importants de la démocratie, mais qui ne représentent pas l’ensemble de la démocratie.

Question : (...) Renforcer les liens entre les associations, les syndicats et les partis politiques ?
-- Il ne s’agit pas seulement de renforcer les liens, il s’agit aussi de redéfinir la nature de ces liens. Si on est dans le modèle classique : les mouvements mobilisent, et les partis gouvernent, on n’y arrive pas. D’où l’importance des mouvements au niveau de la démocratie représentative, de la démocratie participative, des formes d’action et de pouvoir nouvelles à inventer, et dans lesquelles les partis ne sont plus les seuls instruments...
D’autant plus que par rapport aux entreprises et aux administrations on voit la naissance du mouvement associatif qui prend de nouvelles formes y compris à travers l’économie sociale et solidaire, et puis les collectivités locales qui apparaissent aussi comme des formes nouvelles d’institutions et de mobilisation... Ce sont des éléments nouveaux à prendre en compte au niveau d’une vision d’ensemble.

Il y a d’autres éléments possibles : en Amérique Latine : nous voyons l’arrivée de certains gouvernements à certaines formes de pouvoirs (Brésil, Vénézuela, Bolivie, Equateur...), qui se réclament de l’altermondialisme, avec des mouvements sociaux importants... C’est une deuxième forme de construction d’une réponse politique.

Une 3ème forme intéressante a été développée en Inde : le mouvement indien, après le Forum Social de Mumbaï, a décidé d’accepter l’alliance que lui faisait le parti du Congrès qui n’avait que la majorité relative et qui avait le choix entre une alliance avec les intégristes et avec une partie de la gauche indienne
La gauche indienne a dit : participation sans ministre. Nous ne ferons pas tomber ne gouvernement, mais nous allons négocier notre soutien, mais nous n’aurons pas de ministre car nous savons où cela conduit. Ils ont obtenu le vote de trois lois : une sur l’éducation pour tous, une sur la petite corruption, et une loi qui prévoit que tout paysan indien aura 100 jours de travail payés par an...

Nous en France, nous n’avons pas encore trouvé de réponse de formalisation politique à l’avancée du mouvement social et à la montée en puissance du mouvement altermondialiste.
Il y a plusieurs raisons :
-  l’incapacité pour la gauche d’avoir un projet crédible (et c’est valable pour les différentes partis de la gauche) aussi bien sur la question de la gestion du libéralisme (social ou anti - libéral), que sur d’autres questions : comment résister à la mondialisation néo-libérale, quelle place donner à l’Etat et à la nation par rapport aux formes de mobilisation mondiale...
-  une raison externe : nous avons, en Europe, EU, Japon, montée en puissance d’une droite extrême qui a marqué points, qui se construit sur la légitimation d’une partie de l’extrême droite et ensuite sur des alliances passées entre droite et extrême droite. Ces formes de populisme se sont développées dans tous les pays européens (Italie, Autriche, Danemark... et aussi Québec, Etats-Unis avec Bush, Japon...). Probablement c’est une réponse ou peur des sociétés nanties par rapport à la nécessité de changer le monde : elles ne sont pas prêtes à accepter l’abandon d’un quelconque privilège. Et donc ce sont les partis les plus rétrogrades qui l’emportent sur plan idéologique. Et tant que’on n’a pas d’autre projet à mettre en face, évidemment...
Ces droites extrêmes se mesurent à l’importance du capital financier, des multinationales, des médias, et aussi à gestion de l’insécurité car less gens ont peur. Cf France 70% des gens ont peur de devenir SDF... Cette insécurité est gérée par une idéologie sécuritaire...

Ce qui vient de se passer maintenant en France : il n’y a pas seulement échec de la gauche, il y a aussi une réussite de la droite, qui est la forme de ce mouvement des droites extrêmes au niveau européen, avec un peu de retard, mais avec des formes particulières. Parce qu’en France, Cf Marx, après des périodes de contestation, il y a toujours retour au bonapartisme. Qui est la forme française du populisme. C’est quoi le bonapartisme. Voir Napoléon1er, Napoléon III, De Gaulle... : c’est une manière d’avoir un discours dans lequel il y a à la fois identité nationale et souveraineté nationale, le camp de l’ordre et la compassion sociale. Ce n’est pas un régime qui élimine complètement les pauvres - c’est un régime qui accepte les privilèges (cf Sarkozy à Malte) - mais aussi c’est une attention - compassionnelle, assistanat - portée aux pauvres. Les pauvres ont leur place dans la société même s’il faut qu’ils acceptent une place subordonnée... Ça peut peser. Plus le contrôle des médias, plus l’alliance complète de la bourgeoisie sur un nouveau projet... Mais je pense que le plus important dans l’évolution des bonapartismes est le suivant : la société française est grosse de modernisation possible, or elle est bloquée. Parce qu’aucun des deux camps n’arrive à l’emporter sur l’autre complètement : le camp de gauche a pu résister, a pu empêcher le camp de droite de faire ses réformes, mais n’a pas pu imposer les siennes et imposer un autre projet. Donc des gens (les 6%...) disent : à la limite, peu importe si ça bouge mal, mais autant que ça bouge ; donc laissons une modernisation s’implanter... Comme le second empire a été un moment de très grande modernisation économique, technique etc... Je pense que dans un premier temps c’est cette idée de la modernisation que Sarkozy a réussi à capter : sortir du blocage. C’est possible que dans un premier temps... La bourgeoisie va investir un peu plus... Mais ce que nous apprennent les évolutions des bonapartismes français, c’est que c’est sur la question des privilèges, et des libertés, du lien entre la lutte pour les libertés et les luttes sociales, ou de la guerre, que finissent les bonapartismes (2ème empire, De Gaulle Mai 68...).

Question : (...) Face à une droite décomplexée, est-ce qu’il ne faut pas une gauche décomplexée, avec un langage de gauche, reparler de communisme, de socialisme... ?
-- Les mots ont leur importance mais ne remplacent pas les prises de conscience. Ils peuvent y aider, parfois non. Parler de communisme et de socialisme aujourd’hui ? pourquoi pas, j’en parle, mais beaucoup de gens disent : c’est quoi, c’est le communisme réellement existant qu’il y a eu en Union soviétique que vous préconisez ?... Tant qu’on n’a pas fait le deuil... Ce qu’il faut c’est gagner sur le fond.
Du point de vue du mouvement social (c’est cela qui nous intéresse, ce n’est pas “la gauche”, c’est le mouvement social), il y a des éléments sur lesquels nous pouvons nous appuyer. L’accès aux droits pour tous, l’égalité de l’accès aux droits pour tous (apports du mouvement altermondialiste) : c’est ça le socialisme et le communisme. C’est une manière plus simple de dire aux gens : voici une perspective pour laquelle ça vaut la peine de se battre...
Il ne suffira pas de se décomplexer. La droite a gagné parce qu’elle a construit son discours, et son projet, en 20 ans (en arrivant à convaincre que les inégalités sont naturelles, que c’est en combattant les incivilités...). Elle a construit un corpus. Nous, il faut critiquer, mais construire notre propre corpus. Aller chercher dans la pensée scientifique et philosophique actuelle ce qui fonde l’égalité, l’accès au droits pour tous, qu’est-ce qui fonde les valeurs qui fondent le socialisme ou le communisme du 21è siècle. Et pour cela il faut accepter d’aborder les questions qui nous divisent : qu’est-ce que c’est que le rapport entre social-libéralisme et anti-libéralisme - pas sur le thème : lequel doit écraser l’autre - quelle va être l’alliance conflictuelle entre les deux, qui va permettre de construire un nouveau projet crédible.

Question : et les formes d’organisation (partis politiques ou gauche mouvementiste...) ?
-- Non, les formes d’organisation, c’est un problème très important, mais c’est un problème second par rapport au projet et au mode d’engagement. Ce ne sont pas les formes d’organisation qui permettent de construire le projet. On trouvera les formes d’organisation...
Le plus important, c’est l’espoir et l’engagement. C’est ce que nous apprend le mouvement altermondialiste. C’est le refus de la fatalité. C’est à partir de là qu’on reconstruit. Evidemment, il faut résister, pas à pas, et on va devoir résister aux offensives (...) Mais il faut reconstruire un projet fondé, sur le long terme, et commencer tout de suite. Et aussi d’autre part trouver de nouvelles formes d’engagement et de nouvelles formes d’expression politique.




> Gus Massiah : Construire un nouveau projet pour le mouvement social
23 juin 2007

Pour un projet alternatif

 Ce qu’écrivait Gus Massiah dans Politis en novembre 2002... (Lire sur le site de Politis 

L’achèvement du projet social-démocrate rend urgente la définition d’un nouveau projet politique, porteur d’une transformation sociale radicale.

La période est marquée par la montée des mouvements identitaires, populistes et intégristes de toutes natures. En France, le 21 avril, la présence d’un candidat fasciste au deuxième tour de l’élection présidentielle, même si elle a suscité un considérable sursaut de rejet dans toute la société, est venu confirmer et amplifier la montée des droites populistes et fascisantes en Europe. Elle a rappelé qu’il n’y a aucune linéarité entre la progression du mouvement social et citoyen et sa traduction sur la scène politique. Le mouvement citoyen mondial est confronté à la nécessaire réinvention du politique.

Cette situation illustre douloureusement l’analyse de Gramsci quand il écrivait : " Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair obscur surgissent les monstres ". L’ancien monde est en crise, et la crise du néolibéralisme met en évidence les limites du capitalisme en tant que mode de production dominant. Mais son dépassement n’est pas fatal, si le nouveau monde ne s’affirme pas, il peut se régénérer en inventant de nouvelles formes comme il l’a montré dans les années trente ; il peut aussi conforter les monstres.

Les populismes fascisants et les divers intégrismes ne sont pas des accidents ; il importe de s’y attarder. Il faut pour les caractériser revenir sur la légitimation d’une pensée liberticide et moralisatrice. Cette pensée traduit un doute et un mal être, la peur de l’avenir. L’Humanité a peur pour son avenir ; les risques de toutes natures sont devenus majeurs et les réponses politiques paraissent impuissantes et dérisoires.

La mondialisation néolibérale accentue de manière fantastique l’insécurité et le sentiment d’insécurité. L’insécurité sociale qui résulte de la remise en cause du salariat, de la précarisation de l’emploi, de la destruction des systèmes de protection sociale, de la montée des inégalités. L’insécurité culturelle qui naît des mécanismes d’exclusion, des délires des purifications ethniques, de la montée du racisme et de la xénophobie, du rôle structurel des discriminations dans la ségrégation sociale. L’insécurité fondamentale qui naît des dangers pour la survie de la planète et de l’espèce humaine, de la réalité des risques majeurs de l’écosystème, des manipulations génétiques incontrôlées, de l’arrogance d’une modernité scientiste qui exclut une part croissante de la population mondiale. L’insécurité politique qui résulte de l’incapacité ressentie de maîtriser l’évolution des sociétés, de la primauté de la gestion des situations sur la transformation en profondeur des réalités, du désaveu général des élites, du recul dans le règlement pacifique des conflits, de la violence dans la reproduction des formes de domination et dans la nature des pouvoirs.

Pour mieux saisir l’utopie identitaire et régressive qui chemine et enfle dans cette situation, revenons sur le cas de la France. La présence de Le Pen au deuxième tour de la campagne présidentielle n’est pas anecdotique. Elle conforte, auprès d’une partie de l’opinion, la banalisation de ses thèses et de ses opinions. Elle lui permet aussi de prendre une option sur le débat idéologique, d’imposer les questions à traiter et la manière de les traiter. Pour apprécier ce que représente cet agenda et la manière dont est engagée la bataille idéologique, nous pouvons partir des cinq référendums proposés par Le Pen pendant sa campagne. Le premier référendum proposait le rétablissement de la peine de mort dans la lutte contre l’insécurité et le terrorisme. Le second référendum proposait de fonder sur la famille le redressement moral en interdisant l’avortement, en revenant sur les PACS et en valorisant, par le salaire familial, le rôle traditionnel de la femme. Le troisième référendum proposait de s’attaquer à l’immigration, de revenir sur la conception de la nationalité et de la citoyenneté en la fondant sur le droit du sang plus que sur le droit du sol, de remettre en cause des naturalisations en insistant sur les devoirs par rapport aux droits, d’organiser des départs massifs d’étrangers. Le quatrième référendum proposait de sortir de l’Europe en subordonnant la souveraineté nationale à une conception nationaliste étroite. Le cinquième référendum proposait de renforcer une conception de l’État autoritaire assumant sans mauvaise conscience son caractère répressif.

Voici donc le programme du populisme d’extrême droite. Même si on peut estimer que moins de 20 % des électeurs en France font le lien entre les cinq domaines et adhèrent à un programme fascisant cohérent, il faut admettre que sur chacun de ces points, des opinions plus larges peuvent se retrouver. Il faut donc veiller à ne pas être embarqué dans un saucissonnage consistant à persuader, question par question, de la cohérence et de la nécessité d’une idéologie régressive. C’est pourquoi il n’est pas acceptable de considérer qu’il s’agit des bonnes questions même si les réponses sont mauvaises. Bien sûr, il ne suffit pas de ne pas répondre à ces questions, il faut bien arriver à y répondre. Mais il faut aussi se demander pourquoi ce sont ces questions qui sont posées et de cette manière, impliquant une réponse inacceptable. Il y a beaucoup d’autres questions au moins aussi importantes, comme, par exemple, les inégalités, les exclusions, les discriminations, l’absence de libertés. Accepter de ne pas les prendre en compte dans le débat c’est accepter déjà le champ des réponses. C’est pourquoi, dans la bataille des idées, gagner par rapport à l’opinion la possibilité de définir les questions et la manière de les poser est une étape fondamentale. La question n’est pas secondaire. D’autant que la stratégie de l’extrême droite est de forcer la droite, et même une partie de la gauche, à se déterminer et à se définir par rapport à ses positions.

Pour lutter contre les nouveaux monstres, les alliances les plus larges sont à construire en réponse à la pensée liberticide. Pour autant, il est illusoire de penser répondre à cette utopie régressive et sécuritaire en abandonnant les projets de transformation sociale pour rassurer et rallier des couches sociales sensibles au sentiment d’insécurité. Plus l’extrême droite impose son idéologie, plus la course au centre s’enfonce à droite. Pour répondre à l’insécurité et à la crainte de l’avenir, pour que l’espoir l’emporte sur la peur, il nous faut pouvoir montre qu’un nouveau monde, meilleur, est non seulement possible, mais qu’il est aussi nécessaire.

Le mouvement citoyen mondial et la reconstruction du politique

Le mouvement citoyen mondial est gros d’un nouveau monde. Il construit ce nouveau monde à partir des pratiques multiples ; sociales, associatives et citoyennes. Il le construit à partir des résistances, sans oublier comme l’affirme Miguel Benassayag que " Résister c’est créer ! ". Il le construit à partir de l’espace d’élaboration, de propositions et de confrontations que représentent le forum social mondial et ses déclinaisons continentales, régionales, nationales et bientôt locales. Il lui faut aujourd’hui prendre à bras le corps la question du rapport à la scène politique traditionnelle. De ce point de vue, il est intéressant de délier deux dimensions, celle des projets politiques et celle des partis politiques.

La définition d’un nouveau projet politique est en gestation, mais la prise en compte de l’évolution des anciens projets et, dans certains cas leur deuil, n’est pas vraiment achevée. Il ne faut certainement pas négliger la montée des idéologies qui travaillent les sociétés ; même quand elles se veulent " en réaction " et prennent des formes de rappel à des ordres anciens, elles ne peuvent être appréciées en dehors des espoirs d’émancipation qu’elles cherchent à canaliser ou à contenir. Ainsi des idéologies nationales, nostalgiques de l’Etat-Nation idéel, par rapport à des revendications d’identité détournées en nationalisme. Ainsi des différentes tentatives de sécularisation de l’islam, par rapport à des revendications de dignité détournées en intégrisme. Ainsi des réaffirmations chrétiennes reliant le rappel au rigorisme religieux et l’appel à la justice sociale, par rapport à des revendications de morale détournées en moralisme.

Tout un travail reste à faire pour revisiter les projets politiques de dépassement du capitalisme et s’interroger sur leur épuisement et leur possible régénération. Le projet communiste, y compris dans ses déclinaisons d’extrême gauche, ne s’est pas complètement affronté à la dégénérescence de ce que Samir Amin a baptisé " le soviétisme ", à l’incapacité de penser la question des libertés dans la rupture et aux limites de l’avant-gardisme. Dans la dernière grande période du PCI, le Parti Communiste Italien, il y a déjà deux décennies, Berlinguer avait prévenu : " La force subversive de la révolution de 1917 s’est épuisée ". Le projet libertaire conserve de la vigueur ; il avait mis en avant dès le départ la question de la nature de l’État mais, précisément sur cette question il ne s’est pas vraiment renouvelé depuis la 1re Internationale. Il demeure le seul courant qui affronte une vision radicale du rôle des individus et qui a su se nourrir de la révolution intellectuelle qui a charrié la psychanalyse comme on a pu le voir à travers les mouvements des années soixante. Le projet politique des Verts est encore émergent ; il correspond bien à un nouveau paradigme, celui du système-monde planétaire, du rapport entre écosystème et développement, de l’appréhension des générations futures. Il est le plus sensible à l’évolution de la pensée scientifique sur l’incertitude et le vivant ; mais il reste encore incomplet car si aucun projet politique ne peut se construire sans prendre en compte la question écologique, aucun ne peut s’y limiter et probablement choisir de la mettre au centre de sa problématique.

Il nous faut insister sur le projet politique social-démocrate, dans la mesure où les partis qui s’en réclament sont difficiles à contourner dans la question des alliances qui peuvent s’opposer aux courants de la droite, particulièrement dans ses affirmations populistes et fascisantes. Proposons là encore de séparer la question du projet politique de celui des partis. Partons de l’hypothèse que le projet historique de la social-démocratie est définitivement achevé ; cette hypothèse est avancée de plusieurs côtés, encore récemment par Pierre Rosanvallon. Ce projet s’opposait à l’idée de la nécessaire transformation révolutionnaire en proposant le dépassement par la réforme. Il impliquait une puissante organisation de la classe ouvrière capable de négocier à travers les syndicats ; la promotion de la propriété sociale à travers les nationalisations, les mutuelles et les coopératives ; l’État-Providence. La crise du projet communiste et l’effondrement du soviétisme réduisent les capacités de négociations et cette vision n’intègre plus les transformations profondes du mode de production capitaliste et des rapports de classes liées, notamment, à la nouvelle phase de mondialisation.

L’achèvement du projet d’un dépassement du capitalisme par une réforme progressive est une nouvelle donnée du rapport entre mouvement social et mouvement politique ; le projet social-démocrate n’est plus une position stable. Quels sont alors les projets compatibles avec le cadre existant de l’économie mondiale. Le projet néo-libéral dominant évolue de plus en plus comme un projet plus conservateur et autoritaire que libéral. Il est représenté par la politique économique et sociale de Bush aux États-Unis. La référence au marché paraît alors servir à faire passer des politiques autoritaires et répressives correspondant aux alliances de classes recherchées. Le projet social-libéral est candidat à sa succession. Même s’il est compatible avec la mondialisation néo-libérale Il n’est pas de même nature. Il partage la priorité à l’efficacité et aux politiques de croissance attribuées au marché. Il prend acte de l’ajustement au marché et des contraintes internationales et propose une alliance de classes et des politiques économiques et sociales compatibles. Il redéfinit le rôle de l’État et la conception des services publics fondés sur les filets sociaux et des politiques spécialisées pour les pauvres. C’était la politique Clinton, c’est plus directement la politique de Blair.

Le rêve des néo-keynésiens d’une politique stable, afin de revenir à un État-Providence, se heurte à l’achèvement du projet social-démocrate et à la différence de nature avec le projet social libéral. La rupture porte sur le rapport entre les bases sociales et le projet de transformation sociale. C’est sur la question de l’exclusion, des discriminations, des inégalités que se fait la différence. C’est une question de conception ; entre une société avec moins d’exclusions et une société sans exclusion. La conversion au libéralisme et l’intériorisation des contraintes découlent de l’idée qu’une société sans exclusion n’est pas envisageable dans un avenir prévisible. Cet achèvement du projet social-démocrate interpelle aussi les conceptions de l’extrême gauche fondées sur le débordement. Si le projet perd toute référence au dépassement du capitalisme, la discontinuité l’emporte. La division du travail entre gauche de gouvernement et gauche de contestation devient plus difficile. La nouvelle distinction portera moins sur le fait que la gauche de gouvernement ne va pas assez loin, qu’elle trahit les attentes. La définition d’un projet alternatif devient déterminante.

L’évolution des projets politiques n’épuise pas celle des partis politiques. Ce n’est pas parce que le projet social démocrate est achevé que le parti socialiste, ou les partis socialistes dans le monde vont disparaître subitement. D’abord parce qu’il y a une forte inertie historique, ensuite parce que l’idée qu’un parti modérément réformiste et social est nécessaire n’a pas perdu de son actualité. Mais, la place du parti socialiste change et l’ouverture d’un nouvel espace politique, celui d’une transformation sociale radicale, prend une plus grande acuité. Le parti socialiste a encore de beaux jours devant lui en tant que parti de gouvernement. Comme le parti radical qui a incarné le projet républicain, il a survécu à l’obsolescence de ce projet dans sa confrontation au projet socialiste ; une queue de comète peut occuper l’espace longtemps après le passage de la comète. Cette perception nous libère d’une certaine manière dans nos rapports avec les partis sociaux-démocrates ; nous pouvons apprécier l’intérêt qu’ils peuvent présenter dans certaines situations sans être encombrés par ce sentiment bizarre, par la désillusion constante alors même qu’on ne se faisait plus aucune illusion.

L’achèvement du projet social-démocrate et la banalisation des partis socialistes rendent plus forte l’actualité de la construction d’un nouvel espace politique correspondant aux avancées du mouvement citoyen. Certains estiment déjà qu’il faut donner la priorité à la construction d’une gauche plus à gauche, moins libérale et plus attentive aux intérêts des couches populaires et à l’alliance entre les salariés et les exclus. D’autres considéreront que la priorité est de construire une gauche de la gauche capable de peser sur l’évolution et pour cela mener les ruptures nécessaires à la construction d’une nouvelle force politique. Pour ma part, et sans que cela soit nécessairement antagonique avec les deux autres approches, je donnerai la priorité à la construction de nouvelles modalités du rapport entre le mouvement social et le politique. Je me référerai donc plus volontiers à la conception que Gramsci avait de la construction d’un mouvement politique de masse. Prenons pour exemple le rôle que pendant l’affaire Dreyfus, le mouvement a joué en mettant les droits de l’Homme au centre du débat politique et en permettant à l’opinion de se saisir de ce débat politique. De même, dans les années trente, après la montée électorale de l’extrême droite et la tentative de coup d’État de 1934, le mouvement qui a amené les partis politiques divisés et réticents à mettre en avant un programme social, permettant ainsi la victoire du Front Populaire.

Il s’agit donc de s’interroger sur les espaces politiques qui en France contribuent au renouvellement du débat et des pratiques politiques. Citons notamment, dans le désordre : les syndicats et les mouvements sociaux confrontés à la remise en cause du salariat comme statu social et à la montée de la précarisation ; les mouvements des exclus qui mettent en avant l’égal accès aux droits notamment pour le logement, l’emploi, la liberté de circulation, la citoyenneté de résidence ; le mouvement paysan qui repose la question de la nature du progrès porté par la mondialisation, des risques majeurs d’une recherche scientifique orientée par le profit et qui réinvente les formes de lutte de la non-violence active ; les mouvements écologistes qui mettent en avant les droits des générations futures et les inégalités écologiques dans le monde ; les mouvements de contestation des formes dominantes des politiques et du système international qui posent la question de la mondialisation, de la redistribution et des paradis fiscaux ; le large mouvement de solidarité internationale qui pose la question de la solidarité internationale comme valeur et comme stratégie et qui propose le partenariat entre sociétés ; le mouvement de défense des droits humains, individuels et collectifs qui porte la défense des droits par les citoyens et qui élargit leur combat aux droits économiques, sociaux et culturels ; les mouvements féministes qui mettent en avant la lutte pour l’égalité et contre les discriminations ; le mouvement de lutte contre l’extrême droite qui pose la question des formes de résistance au racisme et à la xénophobie ; les mouvements qui posent, particulièrement au niveau local, la question du rapport entre la population et le territoire, entre la démocratie représentative et la démocratie participative ; etc. Tous ces mouvements contribuent à l’invention des valeurs d’émancipation et à la définition des programmes alternatifs qui permettront la reconstruction du politique.

L’évolution du politique ne se réduit pas à l’évolution des partis et des échéances électorales. Le désaveu du politique est plus profond que la déception provoquée par les pratiques de pouvoir et que la désillusion par rapport aux programmes proposés par les partis qui représentent les grands courants d’opinion. Le politique fondé sur les pratiques sociales et locales, les mouvements sociaux et citoyens, les engagements individuels n’a pas faibli.

L’émergence du mouvement citoyen mondial pose une question plus fondamentale dans le rapport entre le social et le politique. Il s’agit de la nécessaire réinvention des formes de la transformation sociale, des formes d’organisation, de l’avenir de la forme-parti. Rappelons la formule d’Immanuel Wallerstein quand il rappelait l’équation stratégique : il faut construire un parti, pour conquérir l’État, pour transformer la société. Le mouvement ouvrier, après en avoir débattu pendant des décennies, a reconduit cette équation qui avait servi à la bourgeoisie dans sa construction du capitalisme. Les partis gardent leur intérêt comme acteurs déterminants de la scène électorale dont on ne peut sous-estimer l’importance mais qui ne résume pas le politique. Peut-on pour autant encore séparer les partis des États et l’État reste-t-il le seul opérateur de la transformation sociale ? Comment penser le débat stratégique et les formes d’organisation à l’échelle mondiale ?

jeudi 28 novembre 2002

Gus Massiah est président du Crid (Centre de recherches et d’informations sur le dévelop-pement), animateur du Cedetim (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), de l’Aitec (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs) et membre fondateur d’Attac.

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