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LA LAÏCITÉ QUESTIONNÉE
La position d’un responsable d’association laïque de Saint-Etienne
Accueillir tous les enfants sans discrimination
mercredi 25 février 2004, par Raymond Vasselon


J’interviens ici (*), à partir de mon expérience, comme militant d’une association laïque traditionnelle de quartier (**). C’est un quartier considéré comme difficile, "sensible" dit-on en "langage politique ville". Ça veut dire que des gens pauvres, des familles immigrées y vivent. Entre autres activités, nous faisons du soutien scolaire, de "l’action périscolaire", comme on dit. Des enfants sont pris en charge le matin et chaque soir : nous accueillons 40 à 60 enfants tous les jours et plus pendant les vacances scolaires.

Au passage, je veux dire que si les parents sont parfois démunis, manquent de temps, sont perdus dans la complexité, parfois brisés par le chômage, ils n’ont pas démissionné. Ils veulent que leurs enfants réussissent leur scolarité, deviennent de bons citoyens, considérés, avec un bon emploi. Ils nous le disent. Ils ont confiance en nous et dans l’école. IIs attendent beaucoup de l’école. Des femmes qui portent le voile nous amènent leurs enfants. Ils sont à l’école publique. Mais nous avons aussi des enfants de l’école privée du quartier, où dominent les idées des Chrétiens. Il n’est jamais venu à l’idée de personne de fermer la porte du soutien scolaire à un enfant ou un jeune du collège à cause de la religion de ses parents. Je dois dire que les jeunes avec qui nous avons parfois des difficultés ne portent pas de signes religieux ni des barbes, mais plutôt des signes très visibles de mode vestimentaire coûteuse (blousons, chaussures). Nous supposons que la publicité les a convaincus que ces signes étaient indispensables à l’affirmation de leur personnalité. C’est-à-dire que le dieu qui nous pose parfois des soucis n’est pas celui des Musulmans, ni celui des Chrétiens mais celui de l’argent.

Dans notre cadre, les parents ont des rapports plutôt bons. Nous ne sommes pas dans un "sanctuaire". Dans notre quartier s’est installé et persiste un très fort vote FN (plus de 20 %), supérieur à la moyenne très élevée de Saint-Étienne. Nous savons que cela exprime, dans le milieu populaire, le poids des idées de repli, de rancœur, de fermeture aux autres, de xénophobie.

Notre quartier est très représentatif de cette société qui va mal, où les files d’attente s’allongent devant les restos du cœur et les antennes de l’ANPE où les hôpitaux sont débordés, où les prisons implosent, où les mécontentements catégoriels s’empilent, les haines montent, le mépris s’installe.

Nous avons observé, dans la durée, que les enfants ignorent totalement le racisme. La rencontre de cultures différentes semble plutôt beaucoup leur plaire et créer un climat créatif et de saine curiosité. Ce constat est fait par beaucoup d’autres associations agissant dans notre région dans des contextes similaires. C’est une base solide de réflexion pour reformuler la laïcité et pour construire la cohésion sociale et humaine du monde moderne.
La défiance, la peur de l’autre, la haine de l’autre ne sont pas des données de départ chez les individus.

Je dois dire tout d’abord que, comme beaucoup de gens, j’ai été très surpris et pris de cours par cette " affaire du foulard " et l’ampleur que les médias et les responsables politique y ont donné. Car, très franchement, dans nos discussions avec les enseignants, les animateurs, les éducateurs, ce problème n’était pas du tout sur la table avant que les médias, le gouvernement, des responsables politiques en fassent une polémique centrale.
Cette construction qui a débouché sur la loi anti-voile a eu comme but de dissimuler les vrais problèmes comme cela a été souvent dit.
Cette affaire a donc été un masque, mais pas n’importe lequel. Ce masque appartient à la panoplie des partisans de la logique d’affrontement des civilisations, de l’incompatibilité des cultures. Ils veulent maintenir, y compris bien sûr par la guerre, la perspective dominante, dans les rapports avec ces régions du monde qu’ils considèrent uniquement comme un vaste réservoir de matières premières et de travail bon marché. Il leur faut démontrer sans cesse que ces régions sont peuplées d’humains de second rang qui doivent être rappelé à la raison régulièrement.

Ce sont dans ces raisons qu’il faut chercher les fondements du débat fabriqué qui a débouché sur cette loi répressive. Ce sont aussi ces raisons qui font que la loi Perben a été votée dans un silence quasi complet des médias. C’est pour ces raisons aussi que des responsables politiques et certains experts ont décidé, au prétexte de sauvegarder la mission civilisatrice de l’école, d’en exclure des enfants et des jeunes.

Et puis la France n’en a pas fini dans sa relation avec le Maghreb autour de la question coloniale. Et il est vrai que parfois la laïcité a servi d’alibi civilisateur à la colonisation. Tout cela est profondément ancré, dans tous les milieux.

Une personne qui a eu des responsabilités dans l’enseignement public local, réagissant à la manifestation stéphanoise du 14 février nous a posé la question suivante : ..."Une école pour tous" est-ce une école où chacun arrive précédé de ses étendards transmis ou imposés par les adultes qui sont derrière " ?
En tant que militant associatif, je lui demande : où avez-vous vu enfants et parents arriver à l’école en brandissant ces étendards qui vous effraient ? Etes-vous sûr d’apprécier raisonnablement la situation ?
Par contre, oui, tout enfant vient avec le paquetage culturel que lui ont préparé ses parents, sa famille et doit être bien accueilli.

Il faut tenir le coup et réagir. Il faut réagir parce que cette loi se situe dans une logique répressive et sécuritaire. De l’avis de certains spécialistes de l’école, qu’on n’entend pas beaucoup dans les médias bien sûr, nous avons affaire à une invraisemblable surestimation des questions de la sécurité dans les établissements scolaires.

C’est une dérive dangereuse. Il ne faut pas que le sécuritaire l’emporte sur l’éducatif. Ne laissons pas développer la vidéosurveillance, les vigiles, les prisons au détriment de la solution des problèmes sociaux, de l’éducation, de la culture. On a l’impression que certains responsables politiques veulent imposer l’idée d’un sanctuaire sécuritaire en lieu et place de l’école pour toutes et tous.

Il faut réagir en développant l’action citoyenne avec toutes celles et ceux qui rejettent une organisation de la société basée sur des clivages culturels, confessionnels, corporatistes, ethniques. Il faut agir pour que chacun puisse Vivre en fonction et à partir de ce qui le constitue dans sa culture et dans ses racines. Toutes et tous, animées de valeurs communes de justice de paix, construisons ensemble l’école et la société de demain. Il ne faut pas laisser faire ceux qui mettent sans cesse en avant ce qui divise et qui prétendent que les particularités mettent en danger notre société.

Des choses existent déjà...
Par exemple on voit autour du FSE mais aussi à Bombay au niveau mondial, la présence de gens d’horizons très variés, venant de milieux religieux ou philosophiques différents, travailler sur des propositions pour vivre autrement et ensemble à l’échelle de la planète. C’est extrêmement positif.

Il existe des réseaux citoyens qui luttent contre l’exclusion au sens large.

On peut développer la lutte contre l’échec scolaire. Des associations à Saint-Étienne travaillent dans les quartiers sur cette question. Le rapport du CERC qui traite de la pauvreté des enfants indique que les enfants pauvres sont très nettement plus en retard à l’entrée en 6e que les autres enfants. Au moins un quart des enfants pauvres appartient aux familles issues de l’immigration. Dans leur cas, la lutte contre le risque d’échec scolaire est primordiale nous dit le même rapport. Les enfants pauvres ne posent pas problème à l’école et à la société : les enfants pauvres posent LE problème de l’école et de la société. Il faut développer l’action périscolaire de qualité. Les vraies questions de l’école sont là, il faut les remettre sur la table.

Il faut veiller à l’information et à la formation, sur ces questions, des Éducateursen développant débats et conférence sur ces sujets. On trouve trop souvent, dans la vie associative, un niveau d’information et de formation insuffisant sur l’histoire du monde, sur les cultures donc sur les enjeux du vivre ensemble. C’est souvent le niveau de l’information de TF 1 qui donne le ton. J’ai discuté avec des responsables d’écoles qui ont approuvé la loi sans conviction, uniquement parce qu’elle les libérait du poids d’une décision dont ils ne maîtrisaient pas la dimension sociétale.

Il faut lutter ensemble contre les discriminations à l’emploi.

Des jeunes issus de l’immigration sont quasi systématiquement confrontés à des attitudes ségrégatives lorsqu’ils recherchent un emploi. Des artisans, certaines entreprises de services hésitent à les engager, malgré leur bon niveau de formation, par crainte de subir une réaction de méfiance de leurs clients. Le risque de pauvreté est six fois plus élevé pour les familles dont le chef a une formation de niveau bac dès lors qu’il est immigré ?

Il faut lutter ensemble contre toutes formes de discriminations.

On rencontre sans cesse des attitudes ambiguës, empreintes de défiance chez les gestionnaires de logements, qu’ils soient publics ou privés, dès lors qu’ils traitent une demande émanent de personnes ou de familles d’origine maghrébine. Il est incontestable que la ségrégation existe aussi au niveau de l’accès à des responsabilités associatives, syndicales, politiques.

Sur ces questions et bien d’autres, il faut se rencontrer et discuter pour agir. Déjà des formes d’action, des réseaux, des groupes de réflexion existent, aidons-les et développons l’action citoyenne de terrain. Face à la tentation autoritaire, face à l’idée selon laquelle il faut des chefs et une élite, il faut faire vivre la parole de tous, la démocratie participative, la maîtrise citoyenne de l’action publique, des budgets publics.

La démocratie citoyenne et participative dans les quartiers, les villes et à tous les niveaux de la société c’est l’élaboration commune de l’espace public et des projets partagés. C’est la ré-appropriation citoyenne de la politique,
Cela nécessite la mise en perspective commune des actions et l’utilisation des moyens suivant les priorités humaines. Cela permet la rencontre et le travail commun avec les intellectuels et les créateurs. Cela donne le goût de s’élever intellectuellement pour maîtriser le cours des choses.

Cela nécessite aussi la réflexion et des consensus sur une échelle de valeurs communes et leur actualisation permanente et là, nous pouvons concrètement travailler à notre projet commun.

(*) Ce texte est la contribution de Raymond Vasselon lors de la conférence-débat qui a eu lieu jeudi 19 février à l’AL de Tardy sur "Islam et laïcité". Plus de cent personnes ont participé à cette soirée-débat au cours de laquelle Michel Morineau, Saïda Kada, Yamin Makri et Gérard Di Cicco sont également intervenus.

(**) Raymond Vasselon est l’un des responsables de l’Amicale Laïque du Crêt de Roch à St-Etienne. 




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