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Petite leçon d’orientation
mardi 23 octobre 2007, par Mohamed Chouieb


Comment ne pas perdre le nord en ces temps de déréglementation effrénée où tous les repères se débinent, où la droite se confond avec la gauche, où l’hiver peut surgir en plein été et l’été en plein hiver, où on coupe des arbres pour fabriquer du mazout, où les virus mutent, les plantes se modifient génétiquement, les glaces fondent, les ours polaires se morfondent et les vaches mangent de la viande ?

Même si Coca Cola, avec le concours intéressé de Monsieur Le Lay et de Madame TF1, s’ingénie à me brouiller les sens en occupant les parties libres de mon cerveau, j’ai décidé de mettre le paquet pour tenter de retrouver ce nord que d’aucuns assurent qu’il est perdu à jamais. Et quoi de mieux qu’une boussole pour cela ?

Un petit rappel pour commencer.

Qui ne se souvient, pour les gens de ma génération, de la plume « sergent major » à la pointe frottée contre un aimant et qu’on place sur un petit bout de liège pour mettre ensuite le tout sur une soucoupe remplie d’eau ? Sitôt posée sur l’eau, notre brave petite plume se mettait à rechercher avec un acharnement pathétique toujours la même direction, le nord magnétique de notre planète, criant dans son langage à elle : « papa, maman, où êtes-vous ? ». Et là, mettant fin à notre émotion, l’instituteur d’expliquer que nous avions là, devant nous, les principes de l’orientation magnétique, plus prosaïquement, comment fabriquer une boussole, c’est-à-dire un instrument qui permettait de retrouver le nord quand on l’a perdu.
Simple comme bonjour, ce montage va nous permettre de nous orienter de la manière suivante : la pointe de la plume indique le nord, derrière, c’est le sud, la droite, c’est l’est et la gauche, c’est l’ouest. Ce sont les quatre points cardinaux. Pourquoi cardinaux ? J’avoue que je n’en sais fichtrement rien ! Peut-être un hommage à ces chers cardinaux de Richelieu (1585-1642) et Mazarin (1602-1661) qui ont si bien marqué l’histoire de France ? Allez donc savoir !
Plus tard, on nous apprendra que ce qui se situe au nord se dit « septentrional », au sud, « méridional », à l’est , « oriental » et à l’ouest, « occidental ».

Les problèmes posés par la boussole

Mais une fois le principe de la boussole exposé, cela ne voulait pas dire que tout était réglé. C’est plutôt là où les problèmes ont commencé car, pour s’orienter, il faut toujours se situer par rapport à un point donné. Et quel point ? Au début, chacun prenant la position de son nombril comme point de référence par rapport au reste du monde et comme chacun sait qu’il y a autant de nombrils que d’êtres humains, ce fut une belle pagaille avec plein, plein de centres du monde. A tel point que l’humanité s’en trouva à un moment totalement désorientée, les voyageurs perdus, le courrier bloqué, les navires détournés, les courants inversés, les alizés enlisés ... et je ne sais quoi encore. Cela créa une situation d’autant plus intolérable qu’elle nuisait au commerce et faisait perdre des points de croissance. Cela finit par pousser l’ensemble de l’humanité, pour une fois unanime, à mettre de l’ordre dans tout ça et de réglementer même de manière arbitraire.

Pour ce qui est du nord et du sud, ce fut très simple de fixer des règles qui fussent facilement compréhensibles par le commun des mortels. Ainsi, comme tout le monde, certains esprits obscurantistes mis à part, bien entendu, savait déjà depuis un certain temps que la terre était ronde et qu’on était fixé dessus grâce à l’attraction que son noyau exerçait sur nous et qui agissait comme une sorte de super glu immatérielle et élastique, il fut facile de décréter que le nord était constitué par la partie où les gens se tenaient à l’endroit sur terre et le sud là où ils étaient collés par les pieds.
Pour l’est et l’ouest, par contre, ce fut beaucoup plus difficile, chacun estimant que celui qui est à sa droite lorsqu’il regarde en direction du nord, est un Oriental et celui qui est à sa gauche est un Occidental.

Le miracle de Greenwich

C’est là qu’intervint le génie européen, aidé en cela peut-être par la supériorité technique et économique que venait de lui conférer l’invention de la machine à vapeur et, aussi, de l’utilisation à grande échelle de quelques canonnières, à vapeur, bien entendu. Ainsi, arbitrairement, on décida le 1er octobre 1884, que le méridien passant par la localité de Greenwich, faubourg de la capitale de la première puissance économique et militaire de l’époque, sera la ligne de partage du monde entre l’Orient et l’Occident. Ainsi, tout ce qui est à la droite du méridien de Greenwich, lorsqu’on regarde vers le nord, est oriental et tout ce qui est à gauche est occidental.
Ce qui fait que, selon cette convention admise par l’ensemble de l’humanité, mis à part, bien entendu, quelques esprits obscurantistes pour qui la terre est toujours plate, la France est un pays oriental puisque les trois-quarts de son territoire se situent à droite du méridien de Greenwich. Un peu plus oriental que l’Algérie qui, elle, n’a que les deux tiers de son territoire qui s’y situent. Le Maroc, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Mali, sont totalement occidentaux, autant que l’Amérique et plus que l’Angleterre dont une partie du territoire la fait un peu basculer vers l’Orient. Et, en fait, sur un plan purement rationnel, c’est-à-dire occidental et greenwichien, hormis le Portugal et l’Irlande, tous les pays européens sont orientaux.
Comment se fait-il alors qu’un Européen puisse passer des vacances au Maroc et être persuadé d’avoir effectué un séjour dans un pays oriental ? Ou qu’une très sérieuse chambre de commerce régionale puisse expliquer, dans un guide des affaires en Algérie, que « les Algériens, comme tous les Orientaux, prendront le temps de bien réfléchir avant de vous répondre... ». Pourquoi les rattacher à l’Orient plutôt qu’à l’Occident ou, au moins par souci d’exactitude, au Sud de ...la Méditerranée ?
Pourquoi aussi, un maghrébin parle-t-il d’Occident quand il veut parler de l’Europe ?

Hypothèses

Personnellement, et avec toute la subjectivité et la mauvaise foi qui seyent à une personne réputée orientale, je me hasarde à avancer plusieurs hypothèses pour expliquer cet état de faits :

1 - Malgré leur esprit cartésien et pragmatique, les Européens fonctionnent toujours à l’émotionnel et se réfèrent encore aux Croisades pour se situer par rapport à l’Autre. Du style : nous sommes allés vers l’Orient pour libérer le tombeau du Christ des mains des Musulmans, donc tous les Musulmans sont en Orient et tous les musulmans, des Orientaux.

2 - Ou qu’inconsciemment, les Européens refusent toujours le méridien de Greenwich trop rattaché à la perfide Albion et, insidieusement, situent encore le centre du Monde, là où il a toujours été, c’est-à-dire, en Mésopotamie qui a été, on le sait, avec l’invention de l’agriculture, de l’élevage, de l’écriture, du commerce, de la monnaie, des arts, du bronze, du fer... etc., le berceau de la civilisation. Ainsi, au nom de ce principe, tout ce qui à notre droite lorsqu’on est à Bagdad et qu’on regarde en direction du nord, est oriental et ce qui est à notre gauche, est occidental. Mais cette explication ne tient pas la route car, dans ce cas-là, même l’Egypte serait en Occident. Ce qui, avouons-le, serait totalement paradoxal même si nous savons qu’un paradoxe existe déjà, puisqu’un petit pays au nord-est de l’Egypte, a toujours été considéré comme faisant partie intégrante de l’Occident, à un point tel que ses clubs sportifs disputent les championnats européens comme s’ils étaient en plein cœur de l’Europe. Pour quelle raison ? On ne sait pas bien pourquoi. Peut-être parce que la voracité de ce pays ainsi que la brutalité des rapports qu’il entretient avec son voisinage rappellent-elles à l’Europe qu’il partage avec elle de larges pans de sa culture et de sa civilisation. Mais ça, ce sont les mystères insondables de la géopolitique qui, bien entendu, ne sont pas à la portée du premier oriental venu.

3 -Ma troisième hypothèse s’appuie sur la supposition, je dis bien supposition, que l’Europe n’est, en fait, qu’un ensemble immature, à la fois craintif et paranoïaque, qui ne se résout pas à exister par lui-même et qui, de ce fait, se retrouve obligé de se mettre sous l’aile protectrice d’un grand frère beaucoup plus puissant que lui. Et comme ce grand frère réside en Amérique et que l’Amérique se trouve bien en Occident selon la convention de Greenwich, alors, par mimétisme, et aussi pour être bien au chaud du bon côté du fusil, sait-on jamais avec ce grand frère un peu nerveux de la gâchette, l’Europe est partie, elle aussi, en Occident.

4- Il y encore une autre hypothèse qui, je l’avoue, recueille le plus mes faveurs. C’est celle de l’Europe très intelligente, visionnaire et courageuse, qui se bat avec toute son énergie pour sauvegarder ses intérêts dans le concert de la mondialisation et qui a compris que, dans deux ou trois décennies, la Chine et l’Inde allaient tellement avancer qu’elles déplaceraient le centre du Monde vers leur région. Alors, comme elle nous a habitués à le faire depuis deux siècles déjà, l’Europe a pris de l’avance sur les autres pays qui n’ont encore rien compris à ce qui se tramait et s’est positionnée d’une manière claire par rapport à un phénomène qu’elle jugeait inéluctable.

Ce ne sont là que quelques hypothèses formulées par quelqu’un qui s’efforce de penser pour ne pas laisser de la place libre dans son cerveau mais qui sait, au fond de lui-même, que la vérité est encore plus compliquée. Et, au vu de la manière dont sont gardés les secrets-défense, surtout dans un domaine aussi sensible que celui de l’orientation, je pense que ce n’est pas demain que nous la connaîtrons.

Comme quoi, il ne suffit pas d’avoir une boussole pour ne pas perdre le nord par les temps qui courent.

Mohamed Chouieb

Le 21 octobre 2007




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