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Faire du chiffre..., et après ?
mardi 15 janvier 2008, par Anne Sara Le Cardiet


Cet article est publié sur le site web du Portail pour l’accès aux droits sociaux

Des retours « volontaires » organisés par l’A.N.A.E.M. (retours sans suite sur place), des expulsions du territoire français, des expulsions de squatt ou de terrains, en France, pendant la trêve hivernale,... C’est comme cela que le gouvernement français expulse le « problème des sans papiers » hors de ses terres, sans se soucier de « l’après ».
La dimension humaine de ses dispositifs ? ? ? Elle est inexistante.

Il y a quelques semaines, j’ai été tout particulièrement choquée par la situation d’un jeune homme qui vit au squatt de Montplaisir à Saint Etienne. Il a 25 ans, à peu près le même âge que moi. Pourtant, nos vies sont bien différentes : j’ai un emploi, un toit, du chauffage, une douche, je mange bien tous les jours, j’ai une assurance maladie en cas de pépin, je peux sortir avec mes amis, bref profiter un peu de la vie. Lui, il n’a rien de tout ça : il est rrom roumain, il était seul en France depuis quelques mois, pour fuir la misère en Roumanie, trouver un travail et envoyer un peu d’argent à sa mère restée là-bas. Le seul emploi qu’il a trouvé ici en France, c’est la vente du journal « Sans abris » dans Saint Etienne. Ca ne lui rapporte pas grand-chose, mais il s’en contente. Parfois bien sûr, il travaille au noir.
Seul en France, dans des conditions difficiles, pensez vous qu’il soit venu pour faire du tourisme ? Il n’a même pas d’adresse en Roumanie, juste le nom d’une ville et d’un département quand je lui demande où l’on peut le trouver ou le contacter là-bas.

En août, il a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français dans un délai d’un mois. Il a alors quitté la France pendant quelques jours un mois après avoir reçu ce papier. Je peux l’assurer, puisque je l’ai accompagné, et ne suis pas la seule à pouvoir témoigner de cette sortie du territoire français.
Un mois après environ, il a tout de même été expulsé au titre de cette O.Q.T.F..
Pourquoi ? Il s’est fait arrêté pour être passé au rouge.
En voiture ? Non, à pied, sur un passage piéton !
Extraordinaire, n’est ce pas ?

Lorsqu’il a été arrêté, il a été placé en garde à vue jusqu’au lendemain midi, puis conduit au centre de rétention de Saint Exupéry. Deux jours après, il a été jugé au tribunal de Lyon. Il a ensuite demandé à faire appel de la décision. Cet appel a été rejeté, alors qu’il a présenté au juge des documents prouvant qu’il pouvait être hébergé chez une personne salariée. Cet appel aurait pu donner lieu à trois types de décisions de la part du juge : soit son assignation à résidence chez une personne française, soit sa libération, soit sa remise en centre de rétention, pour un délai de 15 jours : c’est la décision qui a été prise pour lui.
Le lendemain, un avion partait pour la Roumanie et il était à bord. Cet avion l’a déposé à Bucarest, c’est-à-dire à environs 500 km du lieu où il a de la famille en Roumanie. Il n’avait alors pas d’argent en poche, était en pull alors que la température était bien en dessous de zéro. Pour lui faciliter la tâche à son arrivée, son avion a atterri dans la soirée, vers 20h je crois. Imaginez le nombre de train qu’il peut y avoir à cette heure là ! Et pour traverser la Roumanie, en plus !
Pour prendre un taxi de l’aéroport à la gare de Bucarest, il a vendu son portable au chauffeur. C’est comme cela que ça marche en Roumanie ! Il lui restait alors de quoi se payer une partie de son billet de train. Il a pris 2 trains différents pour arriver à destination. En descendant du premier train, il a dû attendre plusieurs heures le suivant dans le froid, sans avoir mangé. Il nous a dit avoir pleuré de froid.

Le plus étonnant, c’est qu’il n’était pas accompagné. Ainsi, l’avion faisant escale en Allemagne, il a failli s’y arrêter, pensant qu’il était déjà à Bucarest. Cela prouve de nouveau que le but de la manœuvre est bien de pouvoir comptabiliser une expulsion de plus et que la suite importe peu. Peut-être que bientôt les personnes expulsées seront embarquées dans le premier avion disponible, quelque soit la destination, pourvu qu’ils dégagent ! Qu’est ce qu’il faut pas faire pour être élu ministre du mois !

Ce jeune homme, une semaine après son expulsion, était de retour en France.
Dans ce cas précis, quel est l’intérêt de cette expulsion ? Pour ce garçon ? Pour la France ?
Aucun. Mais ils sont nombreux à vivre ces situations, qui leur imposent de tout reconstruire à chaque fois, tout comme lorsqu’ils sont expulsés de squatt en squatt.
Cette façon de se débarrasser du « problème » en se ventant des chiffres est à la fois inhumaine, irresponsable, illogique et n’apporte aucune solution, que des emmerdes en plus pour les personnes qui le vivent.

Il est vraiment temps qu’une prise de conscience se fasse à tous les niveaux de la population quant à la gravité de la situation des personnes étrangères qui souhaitent venir vivre en France. Peut-être que si l’on parvenait à réveiller et alerter toutes les personnes qui n’ont pas conscience de cette situation, on pourrait faire avancer le casse tête. Il me semble que c’est lorsque l’on rencontre les gens, quand on est avec eux face à leurs galères qu’on ne peut plus être insensible à la situation.

Petite parenthèse : au centre de rétention de St Exupéry, il y a 3 pièces minuscules pour les visites. Aucune intimité, pas de portes. Une des pièces se situe même juste derrière le portique détecteur de métal. Cette pièce est donc ouverte à tous les personnels qui se trouvent à l’accueil. Et ils ne sont pas peu nombreux.
Pour les familles l’attente se fait dehors, devant le portail du centre, attente qui dépend du nombre de visiteurs. Il peut y avoir 3 visites en même temps, elles durent environ 20 minutes. Chacun passe dans l’ordre de son arrivée.

A deux, nous sommes allés rendre visite à ce jeune homme à St Exupéry pour l’encourager à faire appel de la décision du juge. Un membre du personnel policier (un responsable semble t-il) du centre de rétention nous a demandé qui nous étions, le nom de notre association et la raison de notre présence. Après nous avoir questionné sur la nationalité du jeune homme que nous venions voir, elle nous dit simplement que, de toutes façons, une fois arrivé dans son pays, il pourrait revenir quand il le voudrait en France.
QUEL SENS A DONC TOUT CELA ?

Anne Sara

15 janvier 2008.




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