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Emploi, chômage, exclusion : l’autre version des faits
dimanche 2 mars 2008, par Mohamed Chouieb


Le traitement nouveau du chômage

« Que faut-il faire lorsqu’on propose deux offres d’emploi sérieuses à un chômeur et que celui-ci les refuse ? » Posée comme ça, à la cantonade, au peuple honnête et laborieux, la question ne peut qu’obtenir une réponse imparable du style : « Il faut châtier d’une manière exemplaire les coupables ! ».
Comme le bûcher et le supplice de la roue ont été abolis depuis des lustres, de même que les exécutions sur la place publique, il faudra, malheureusement, se tourner vers des peines alternatives, forcément plus douces que ce que réclame, à juste titre, le bon peuple. Lui, qui se lève tous les matins pour faire gagner des points de croissance à sa patrie bien-aimée et, accessoirement, nourrir sa famille et payer les crédits de la voiture et de la maison. Alors, lorsqu’on lui apprend que des gens, des fainéants, des profiteurs, tous des gens de mauvaises mœurs, vivent à côté de lui, que dis-je, sur son dos, sous prétexte qu’ils ne trouvent pas de travail alors qu’ils le refusent quand on leur en propose, et pas qu’une fois..., il ne peut que réclamer justice.

Le problème, c’est que ce n’est pas tout à fait comme cela que ça se passe dans la réalité. Je parle, bien sûr, de l’emploi dans le secteur marchand.

- D’abord, l’ANPE ne propose pas et n’a jamais proposé d’emploi au sens où le sous-entend le politique. Elle ne fait que positionner des demandeurs d’emploi dûment inscrits et répertoriés par ses services, sur des offres d’emploi préalablement récupérées auprès des employeurs, c’est-à-dire, un peu plus de 30% selon les estimations les plus crédibles, des offres d’emploi disponibles sur le marché du travail. Le restant était, avant l’ouverture du marché pour les opérateurs privés, pourvu par les circuits personnels et le bouche-à-oreille.

- Ensuite, il faut savoir que, pour une offre d’emploi, plusieurs candidats sont proposés ou, plutôt, orientés, invités à postuler pour cette offre (j’en ai connu des pauvres naïfs qui ont postulé puis qui se sont présentés, tout guillerets, pour un poste sur lequel ils pensaient être les heureux élus par la grâce de l’Agence et qui sont revenus démoralisés, n’ayant même pas été reçus par l’employeur qui avait déjà fait son choix parmi le premier flux de postulants, envoyés tout comme lui par la même agence, et ayant même oublié de tamponner leur feuille de route, preuve de la réalité de leur démarche...). Car c’est toujours l’employeur qui fera le choix en se basant sur des critères que lui seul connaît et dont il vérifiera la conformité après un entretien avec le candidat, si ce dernier arrive à cette étape. Mais, avant d’arriver à cette étape, il faut franchir l’écueil du C.V., c’est-à-dire, être sélectionné au vu des informations déclinées sur le C.V. Et là, c’est la véritable loterie car des exigences rationnelles et objectives, comme l’aptitude, la qualification, l’expérience, et même la mobilité (permis + voiture) sont allègrement mélangées avec d’autres critères aussi irrationnels qu’illégaux, comme l’âge, le sexe, le nom et l’origine réelle ou supposée ou l’adresse du candidat et qui, souvent, prennent le dessus lors du choix final. Si, après cela, la personne est recrutée, elle le sera aux conditions salariales de l’employeur. Car, même si, en théorie, cette question devrait être négociée entre les deux parties, dans la pratique, la situation du demandeur d’emploi, et à fortiori, lorsqu’il est demandeur d’emploi de longue durée, est telle qu’il est tenu d’accepter ce qui lui est offert sous peine de se retrouver fiché dans la rubrique « a refusé un emploi ! » et être sanctionné par la suspension de ses indemnités ou de son RMI. Ainsi, même si cela existe, il est extrêmement rare que l’échec de l’embauche relève de la responsabilité du demandeur d’emploi qui refuserait de prendre un poste pour motif salarial. Généralement, quand cela arrive, il s’agit de personnes qualifiées et expérimentées mais qui, par un mauvais hasard de la vie économique et sociale telle que nous la vivons actuellement, ont perdu leur emploi et à qui on proposerait un déclassement humiliant et douloureux.

Cette situation s’est encore complexifiée depuis deux ans avec la confirmation de la fin du monopole légal de l’ANPE qui a vu l’officialisation du partage du marché avec les opérateurs privés, c’est-à-dire, en l’occurrence, les agences de travail temporaire.
Ainsi, un employeur n’a plus l’obligation de déposer son offre uniquement à l’ANPE, mais a aussi le choix de la déposer parmi l’un ou chez plusieurs opérateurs. Cela veut dire que la même offre d’emploi peut être publiée par plusieurs canaux à la fois avec quelques avantages éminemment politiques :
- donner l’image d’un marché de l’emploi pétillant et tonique,
- mettre en évidence la soi-disant pénurie de main-d’œuvre,
- et, last but not least, montrer du doigt les oisifs afin de leur imputer la responsabilité de leur déchéance pour mieux les sanctionner ensuite.

La collusion des intérêts de ceux qui décident et de ceux qui possèdent fait qu’actuellement, il est devenu très difficile de savoir le pourquoi du comment de situations complexes mais que la propagande médiatique présente au commun des mortels d’une façon schématique et caricaturale. Et, à chaque fois qu’un thème est balancé par les médias lourds dans le débat public et que le bon peuple est pris à témoin pour donner son avis, c’est qu’il y a une thèse, une version à faire passer qui n’est pas forcément la bonne mais qui est celle qui sert les intérêts des puissants.
Il en va ainsi pour la question du chômage et de l’exclusion. Personne ne connaît la version des acteurs principaux, celle des chômeurs et des exclus, pour la bonne et simple raison qu’ils n’ont aucun moyen pour se faire entendre. Dans ces conditions, le bouc émissaire est tout trouvé. Ou plutôt, le veau émissaire car, finalement, le bouc, avec sa paire de cornes, n’est pas aussi démuni que le veau pour ce qui concerne les moyens de défense.

Le mythe de la pénurie de main-d’œuvre

Parler de « pénurie de main-d’œuvre » à l’heure qu’il est en France, c’est, tout simplement, faire insulte à ces trois millions de personnes qui, depuis des décennies, sont exclues de la vie à leur corps défendant. C’est accréditer la thèse que les emplois sont disponibles à foison mais que les fainéants, les profiteurs n’en veulent pas, préférant vivre au crochet de la société et des braves gens qui se lèvent tôt. Et rejeter sur d’autres la responsabilité d’une situation alors qu’ils en sont les principales victimes.
A moins d’être un heureux rentier par la grâce de son ascendance ou...de la Française des jeux, dans la société où nous vivons, chacun a besoin de travailler. Au-delà de la place privilégiée que la notion du travail occupe dans la mémoire collective française, c’est devenu une question de vie ou même, de survie. Penser qu’une personne a trouvé son compte et qu’elle profite de la société avec les quelque 300 euros perçus mensuellement au titre du RMI c’est, décidemment, méconnaître la dramatique humiliation que connaissent toutes ces femmes et ces hommes parqués dans ce statut à la périphérie de la société ! Tout le monde veut travailler, chacun veut travailler pour ne pas être exterminé et s’il ne le fait pas, c’est qu’il ne le peut pas !

Il n’y a pas pénurie de main-d’œuvre en France, il y a pénurie de compétences et excès d’exigences.
On nous dit que le bâtiment recrute sur le ton du « le bâtiment recrute...tout le monde qui veut bien travailler ! ». Dans la réalité, le bâtiment, comme toutes les autres activités, d’ailleurs, ne recherche que des personnes qualifiées. Des manutentionnaires, des aide-maçons, des aide-ceci et des aide-cela, personne n’en veut ou rarement. Et il y en a tellement sur le marché que les postulants ont très peu de chances d’accéder à un emploi lorsqu’il se présente. Selon une étude de la Direction régionale du travail publiée en 2005 intitulée « Les difficultés de recrutement en Rhône-Alpes », il y aurait en Loire sud, 224 demandes d’emploi d’ouvrier non qualifié du BTP pour 28 offres et 125 demandes de maçon qualifié pour 60 offres. Comme on le voit, la notion de pénurie est quelque chose de très subjectif, des employeurs considérant qu’il y a pénurie à partir du moment où ils ont moins de cinq candidats parmi lesquels ils auraient à choisir pour pourvoir un seul poste de travail...

On nous dit qu’il y a des emplois dans l’hôtellerie et la restauration et que pour y travailler, il suffit juste de le vouloir. Dans la réalité, les exigences sont extrêmement sévères à cause du nombre considérable de demandeurs d’emploi non qualifiés auxquelles s’ajoutent des personnes ayant fait des études supérieures dans des domaines n’offrant pas de débouchés. De ce fait, l’accent est moins mis sur les compétences professionnelles des individus, que sur leurs aptitudes à se conformer à des conditions de travail inimaginables sur le plan des horaires, de la précarité (intérim ou CDD courts), des déplacements, de la flexibilité (je vous appelle lorsqu’il y a un « coup de bourre...), de la pénibilité ou du salaire. Et, malgré cela, des cohortes de femmes et d’hommes sont disponibles en permanence pour occuper ce genre d’emploi ainsi que peuvent en témoigner les statistiques officielles. Selon la même étude de la Direction régionale du travail, pour la région Rhône-Alpes il y a plus de trois candidats par offre d’emploi dans l’hôtellerie-restauration, un secteur pourtant déclaré touché de plein fouet par la pénurie de main-d’œuvre. Cela montre clairement que les chômeurs, les exclus ne sont pas des profiteurs, ce ne sont pas des parasites, ce ne sont pas des bons-à-rien, ce sont des gens comme vous et moi que les derniers avatars du capitalisme ont rejetés, comme ils en rejetteront de plus en plus, à la périphérie de la société et de la vie. Ce sont ces candidats qui sont restés sur le carreau lorsqu’on a eu à choisir un parmi tant d’autres, ce sont ceux qui n’ont pas répondu à la énième convocation mensuelle de l’Agence pour « faire le point sur vos recherches d’emploi » et qui se sont retrouvés radiés, ce sont ces femmes et ces hommes qu’on a déclassés la veille de leur cinquante ans, ce sont ces jeunes qu’on a fourvoyés sur des voies sans issue, ce sont ces femmes isolées que l’on punit parce qu’elles ont refusé de prendre une mission d’une heure à vingt kilomètres de leur domicile, ce sont ces travailleurs qui ont osé ouvrir leur gueule pour dire qu’ils en avaient assez de se faire pressurer pour enrichir les multinationales ou tisser des parachutes dorés aux requins. Et, si nous n’y prenons pas garde, ce sera moi, ce sera vous, ce seront nos enfants, ce seront des gens que nous ne connaissons pas mais qui, en réalité, nous sont tellement proches.

Mohamed Chouieb




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