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Le dialogue des civilisations pour construire ensemble un autre monde, ou bien la barbarie.
Il va falloir choisir.
jeudi 18 mars 2004, par Roger Dubien


On n’oubliera pas tout de suite le massacre de Madrid. Stupeur, abattement, colère devant cette violence aveugle, ces deux cents morts, toutes ces souffrances, ces vies brisées, toutes ces familles qui vivront pour toujours avec la blessure d’une absence.

Des images d’horreur. Des images qui sont celles de la guerre. De réalités qui sont le quotidien de millions de personnes sur la planète, en général assez loin de chez nous, ce qui aide bien alors à les supporter.
Des images qui doivent faire réfléchir tous les humains de bonne volonté, pour essayer de trouver une réponse à cette question : comment tarir la source du malheur ? Comment sortir de ce monde brutal et injuste, dans lequel tant de vies humaines ne valent quasiment rien.

L’Espagne, c’est tout près, alors on se rend peut-être mieux compte de ce que c’est qu’une tuerie. A quel point c’est ignoble, INHUMAIN.
A la télévision, quand c’est un peu plus loin, "avec du recul", on peut s’habituer, et même peut-être finir par regarder bombarder une ville - Bagdad par exemple, ou Belgrade... - presque comme on regarde un feu d’artifice ou un jeu vidéo, une prouesse technique, en oubliant que là où sont tombés les bombes et les missiles, il y avait des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, à qui ressemblaient tant les enfants, les femmes et les hommes des trains de Madrid.
Par "guerre propre", avec "zéro mort", il faut toujours comprendre : zéro mort du côté de celui qui tue. Et, toujours, beaucoup de morts du côté de ceux qui reçoivent les bombes.
On sait maintenant que dans cette direction-là, ça risque de tomber de plus en plus de tous les côtés, n’importe où, sur n’importe qui, souvent de préférence, quand même, sur ceux qui n’y sont pour rien.
Dans un monde où la vie de centaines de millions de personnes ne vaut quasiment rien, c’est la vie de n’importe qui peut être en danger. ça s’appelle la barbarie.

Alors, est-ce que nous voulons d’un tel monde de fous ? Ceux qui ont fait ça à Madrid sont des assassins. Leur objectif était de tuer. Il faut les arrêter.
Tuer, c’est aussi ce qu’ont fait Bush, Blair et Aznar en Irak, ce que fait Sharon en Palestine occupée au mépris de toutes les lois et du droit international, où 3.000 personnes - des jeunes surtout - sont tombés depuis septembre 2001. Des enfants qui ressemblaient à Muhammad et à Ghadir, venus à St-Etienne et Lyon pour que soient enlevées les balles tirées dans leur tête.
Il n’y a dans ce rapprochement aucune circonstance atténuante pour les assassins de Madrid. Juste un appel à sortir de cet engrenage de malheur dans lequel des forces, qu’elles aient comme "outils" des B52 et des Tomahawks US ou des bombes d’Al Qaïda, sont en train de nous entraîner. Les deux visages d’une même monstruosité.

Ils ont baptisé ça "la guerre des civilisations". Un concept - "clash of civilization" - popularisé par un dénommé Samuel Huntington dans un célèbre article de "Foreign Affairs", mais qui a été forgé dès 1990 à propos de l’Islam. Il s’agissait alors de trouver un ennemi de remplacement au communisme effondré, notamment pour justifier la poursuite du développement de l’énorme machine de guerre. Au bout de quelques années, après diverses hésitations, il a été décidé que l’Islam ferait l’affaire. Et le New York Times titrait en 1996 " The Red Menace is Gone. But Here’s Islam". C’est cette théorie qui est aujourd’hui au pouvoir avec l’équipe Bush. Pour faire ça, d’anciennes créatures de la machine de domination et de guerre, comme Ben Laden, peuvent rendre de précieux services.

Ce qui est extraordinaire, c’est la réaction profondément humaine et citoyenne de millions d’Espagnols. Immédiatement debout pour se dresser contre le crime. Pour nommer les criminels, quels qu’ils fussent : assassins ! Regardant au fil des heures la réalité en face. La plupart des témoignages disaient les deux choses : "on veut la vérité" et "c’est le résultat de la guerre dans laquelle Aznar nous a entraîné contre notre volonté". Comme ce jeune qui a écrit sur un mur de Madrid : "Aznar, tu as voulu la guerre, regarde les conséquences".
Les Espagnols s’étaient mobilisés 10 fois plus que nous contre la guerre en Irak, manifestant par millions semaine après semaine. Ils ont fait immédiatement le lien entre le malheur qui s’est abattu sur eux et la participation de leur pays à la croisade de Bush.
En quelques heures, des millions de personnes ont décidé de virer Aznar qui leur mentait pour gagner des élections, et les avait embarqués dans une guerre à laquelle ils s’étaient opposés.
Ce sont eux qui ont fait le rapport entre la politique de guerre avec Bush et le massacre de Madrid.
Aznar aussi, a fait immédiatement le rapport. Et c’est bien pourquoi il a essayé de manipuler l’information jusqu’au bout. Un mensonge de plus, après ceux sur les "armes de destruction massive".
Le nouveau gouvernement espagnol voit bien lui aussi le lien avec la situation du monde. La preuve : il annonce le changement de la politique étrangère, et le retour des troupes. Il annonce vouloir tourner le dos à Bush et se rapprocher de la France et de l’Allemagne qui se sont opposées à la guerre.

L’Espagne nous donne donc une leçon : le refus de la fuite en avant dans la haine. Ce n’est pas le délire raciste qui a pris le dessus. On n’a évidemment pas entendu d’excuses trouvées à Al Qaïda, mais pas non plus d’amalgame et de demande d’une nouvelle guerre "contre les arabes". Contre la guerre et le mensonge, ils ont changé de gouvernement, en prenant d’ailleurs pour cela ce qu’ils avaient sous la main à ce moment-là.
Pourtant, l’Espagne n’est pas épargnée par le racisme, on sait ce qui se passe dans certains endroits avec les travailleurs immigrés marocains, par exemple dans la région d’El Ejido. Mais ils n’ont pas demandé l’enfoncement dans la guerre des civilisations. Au contraire. Et le nouveau chef du gouvernement a dû annoncer tout de suite le prochain retour des soldats d’Irak.

Oui, quel monde voulons-nous ? Et quel monde allons-nous laisser aux enfants d’aujourd’hui ? Un monde d’inégalités et de pillage avec un Nord (lui-même de plus en plus inégal : un à deux millions d’enfants pauvres en France au dernier rapport) dans lequel 20% de l’humanité consomment 80% des richesses de la planète, en continuant à piller le Sud, hier par l’esclavage puis la colonisation, aujourd’hui par l’échange inégal quotidien et la mécanique de la dette ?
Un monde de haine et de surarmement dans lequel les puissants materont régulièrement par la guerre avec des armements de plus en plus destructeurs les désordres permanents nés de la misère dans un "tiers-monde" ( ?) majoritaire qui est en train de s’enfoncer dans la pauvreté ?
Des sociétés occidentales riches, mais avec des millions de chômeurs, de précaires, de pauvres, de "délinquants". Et pour les surveiller un délire sécuritaire croissant avec partout des caméras vidéo, des écoutes téléphoniques et des satellites capables de tout voir et de viser à tous les Echelons ? Et des prisons qui débordent avec maintenant en France plus de 61.000 détenus, tous précédents records battus ?
Une sécurité ça, ce monde d’injustices, de haines et de répression ? Merci bien.
Il y a pourtant des forces qui veulent nous emmener dans cette direction suicidaire pour l’humanité, dans laquelle on n’arrêterait plus d’égrener les guerres et les attentats. Parce que oui, y a un rapport entre ce monde injuste et guerrier et le terrorisme, ils se nourrissent mutuellement.
Aurons-nous la force de faire en sorte que tout cela fasse partie - au plus vite - de la préhistoire de l’humanité ?

Si l’on regarde de quoi est malade notre monde, on peut voir aussi quels sont les remèdes, dans quel sens nous devons travailler pour construire cet autre monde que nous sentons possible.
D’abord, un désarmement radical. Arrêter de produire des armes et détruire celles qui existent. Utiliser les énergies et intelligences à des oeuvres de vie. Les armes, c’est fabriqué exprès pour tuer. Et quand c’est fabriqué, ça tue. La paix sur la Terre ! Le respect absolu de la vie humaine.
Un partage des richesses à l’échelle de la planète, une re-localisation de l’économie. Moins pour nous, plus pour eux. L’abrogation de la dette. La justice !
Une attention à la Terre, à notre planète, qui est en train d’être détruite. L’écologie !
Donc, sortir de ce capitalisme de plus en plus globalisé, qui broie et avale tout, qui transforme tout en marchandises, y compris les êtres humains eux-mêmes, qui fabrique des centaines de millions d’hommes exclus de tout et mène l’humanité à sa destruction.

Nous devons aussi faire effort pour regarder la planète avec les yeux des autres, et nous interroger sur ce que sont les "valeurs universelles". Elles ne se réduisent pas aux valeurs créées en Occident. Des valeurs humaines ont été créées par de nombreuses civilisations. Elles donnent du sens et de la beauté à la vie humaine, elles sont universelles elles aussi. Sont universelles les valeurs les plus humaines que l’humanité s’est forgées. Non à l’uniformisation occidentale du monde ! Respect et dialogue des cultures et des civilisations. Si l’exceptionnalité ça veut dire quelque chose pour la France, c’est peut-être aussi valable pour ailleurs, non ?

Pour nous, la construction de l’Europe est l’un des chemins. Mais quelle Europe ? Sûrement pas une Europe anti-US qui ne chercherait qu’à prendre la place des Etats-Unis pour continuer en gros la même domination, avec un peu plus de "régulation". Il n’y a pas d’autre monde possible sans le développement du Sud, sans une autre mondialisation, qui ne soit pas cette globalisation capitaliste du monde, qui ne soit pas une occidentalisation du monde, qu’elle soit sous empire US, ou sous domination euro-occidentale.
Car les réactions identitaires contre lesquelles on veut nous faire entrer en guerre - en guerre des civilisations - sont un résultat de cette uniformisation occidentale du monde.

Y a-t-il un chemin pour marcher dans cette direction ? S’il y en a un, c’est la démocratie. Mais pas une démocratie de spectacle et de manipulation dans laquelle la politique est de plus en plus mise en scène des décisions imposées par les forces du capitalisme globalisé. Pas la démocratie délégataire qui permet à des politiciens et à des appareils de confisquer les pouvoirs et de faire - en général (pas de chance, Aznar) - tout autre chose que ce que veulent les peuples.
Une démocratie qui permette que chacun participe, puisse accéder aux informations, proposer, participer à la construction des décisions publiques. La citoyenneté, la ré-appropriation du fonctionnement de la société et de la politique par les citoyens.
Dans le mouvement multiforme pour une autre mondialisation, des forces travaillent à ce renouvellement de la démocratie. Notamment au Sud, et nous les connaissons mal : "budgets participatifs" au Brésil, "théologie de la libération" en Amérique Latine, "tri-articulation sociale" aux Philippines ; des réflexions sont en cours aussi dans le monde arabo-musulman...
Dans cette direction-là, toutes les sources d’inspiration et tous les engagements sont bienvenus. Car cette fois tout le monde sent bien que la situation est sérieuse. Et que c’est maintenant de l’avenir de la planète et de l’humanité qu’il s’agit.

Roger Dubien.
conseiller municipal de St-Etienne.




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