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La crise : une ardoise géante présentée aux pauvres et beaucoup de travail pour construire des issues durables.
jeudi 20 novembre 2008, par Raymond Vasselon


Nous pouvons donc continuer à mettre notre pouvoir d’achat au service du développement économique en utilisant nos cartes bleues. Sauf bien sur si notre banque nous l’a retirée au motif d’un découvert chronique et irresponsable en nous conseillant de rencontrer une conseillère en économie familiale.
En théorie, nous sommes pour quelque temps citoyens d’un monde où aucune banque ne peut faire faillite. Les Etats garantissent même les prêts qu’elles se consentent entre elles (leurs patrons maintenant se méfient les uns des autres, on peut comprendre).
Pour en arriver là, une poignée de dirigeants politiques ont pris en quelques jours des décisions de portée considérables, par exemple :
La Grande-Bretagne Blairiste a nationalisé près de 50% de son système bancaire en octobre dernier, et le gouvernement américain à déjà utilisé 250 des milliards de dollars du plan Paulson (700 milliards mis sur la table soit l’équivalent du PIB du continent africain) pour acheter des actions de banques afin d’aider à leur recapitalisation. Pour la suite, Henry Paulson marque une pause en attendant la prise de fonction de Barak Obama.
L’Etat français a mis en place un plan de soutien de 320 milliards destiné au refinancement des banques. Il a annoncé le 20 octobre qu’il injecterait 10,5 milliards d’euros dans le capital des six plus grandes banques françaises pour renforcer leurs fonds propres et leur permettre de rouvrir le robinet du crédit aux ménages et aux PME.

Des responsables politiques, en quelques jours, sont passés, en paroles bien sûr, de l’ultra-libéralisme au social-souverainisme : Nicolas Sarkozy, par exemple, a proposé la constitution de fonds souverains à l’échelle de l’Europe destinés à racheter les actions des entreprises stratégiques. Ces fonds seraient utilisés pour les protéger contre d’éventuelles prises de contrôle par les fonds de l’Etat communiste chinois ou ceux des pétro monarques (l’un et les autres sont capables de signer rubis sur l’ongle des chèques de 1 milliards de dollars).

On peut voir dans tout ça une « avancée de la culture de la régulation » comme disent certains économistes, un hommage du vice libéral à la vertu social-démocrate et un juste retour de « l’Etat qui peut beaucoup » contrairement à ce qu’a pu penser et dire Lionel Jospin.

Mais il y a une autre manière de voir les choses : nous sommes dans un monde ou l’activité financière est dédouanée de toute responsabilité puisque les Etats sont engagés structurellement dans la collectivisation de toutes les formes de pertes.

Les milliards qui ont servi à renflouer les spéculateurs des pays riches vont en retour servir à légitimer les plans d’austérité, l’accélération de la destruction des systèmes de solidarité, l’abandon des programmes sociaux, de santé et d’éducation. Il faut ajouter à la liste la quasi disparition de l’aide aux pays pauvres, de la lutte contre la famine, le passage au second plan de l’action contre la destruction de l’environnement et le réchauffement climatique. On vient donc bien d’assister à un gigantesque transfert de richesse des pauvres vers les riches, vers « ceux qui pillent la planète » comme les nomme le journaliste Hervé Kempf.

Les grands banquiers sont d’ailleurs omniprésents dans l’élaboration des plans de stabilisation de la crise : Henry Paulson, par exemple n’est pas une taupe social-régulationiste dissimulée dans le sanctuaire du capitalisme mondial. Il est l’ancien directeur de la firme Goldman Sachs numéro un planétaire des métiers financiers. Et à la veille de l’élection de Barak Obama, les noms qui circulaient pour occuper le poste de secrétaire au trésor sont ceux d’anciens ou de proches de cette même firme.

Des commentateurs, à droite et à gauche, voient dans tout ce fiasco une chance pour reconstruire le monde autour des valeurs morales de la vertueuse économie réelle qui produit les vraies richesses et les emplois. Elle aurait été momentanément victime de la cupidité irresponsable des parasites de l’économie virtuelle.

Sauf que le système financier est totalement intégré à la gestion des grandes firmes mondiales où il dispose de positions stratégiques. Il est le compagnon de route quasi quotidien des moyennes et petites entreprises, des agriculteurs qui ont recours au crédit pour financer leurs projets. Il pilote la grande distribution. Il a organisé avec ingéniosité l’endettement des familles pour permettre à la machine consumériste de tourner à plein malgré la baisse continue de la part des salaires dans le partage de valeur ajoutée. Il est le grand maitre d’ouvrage international de l’immobilier des quartiers chics qui rejettent les pauvres à leurs périphéries. Il transforme des paysages naturels en produits de luxe en massacrant la biodiversité.
Les institutions publiques, même les collectivités locales, ont largement soutenu et adopté ce mode de gestion et cette conception du progrès. Saint Etienne est, malheureusement pour nous, un cas d’école avec une dette placée à 62 % sur des emprunts risqués : il fallait financer notre entrée dans le 21ème siècle nous disent les ex-gestionnaires UMP de la ville ...

Aussi, des observateurs avisés, plus professionnels et moins médiatiques diagnostiquent une crise systémique globale et insistent sur l’urgente nécessité de changer de trajectoire. Ils mettent en cause le mode de croissance actuel. Ils voient un lien organique entre la crise environnementale et la crise financière. Certains proposent le recours aux technologies à faible impact environnemental, d’autres l’élargissement du secteur non marchand, beaucoup voudraient que la crise soit l’occasion de repenser le mode de développement.

Reconnaissant l’ampleur du fiasco, des responsables politiques de bords différents, en Europe, en Russie, aux Etats-Unis ont appelé à la refonte du système financier mondial, à la construction d’institutions internationales de régulation.

Le 4 octobre dernier, le G4 déclarait : « tous les acteurs des marchés financiers devront être régulés ou surveillés. Le renforcement du contrôle politique sur les différentes institutions internationales chargées de réguler les marchés et de fixer les normes comptables et prudentielles sera engagé pour s’assurer de la cohérence de leurs actions. »

Le premier ministre chinois estime qu’il faut « parvenir à un équilibre entre innovations financières et régulation ». Depuis des commentateurs enthousiastes et optimistes déclarent que la Chine est sur le point d’effectuer un « virage rooseveltien et écologique ».
A la fin de la réunion du G20 du 15 novembre, Gordon Brown, qui va prendre la présidence du G20 à déclaré : "Il est totalement clair que nous essayons de construire de nouvelles institutions pour le futur". Il a évoqué l’idée d’un “nouveau Bretton Woods", ce qui d’ailleurs énerve Georges Bush qui a déclaré : « le capitalisme de marché a permis au monde de faire des progrès considérables, il reste du travail à faire ». Mais le travail continuera sans lui vu qu’aux prochaines réunions de travail il sera remplacé par Barak Obama. Nicolas Sarkozy a qualifié ce sommet d’« historique », pas plus, pas moins, sans bien sur regretter l’absence de l’Afrique, à qui il avait fait savoir il y a quelques mois qu’elle vivait trop au rythme des saisons, pas assez à celui du Bussiness.

Du coté de la Gauche Européenne, autour du 26 septembre, l’Internationale Socialiste s’était exprimée : « Nous ne vivons pas une ère de changement mais un changement d’ère, et les préoccupations financières, économiques, sociales et environnementales doivent être intégrées dans une feuille de route politique progressiste qui devra donner la priorité aux gens. L’Internationale Socialiste, s’engage donc à mettre en avant une vision de responsabilité mondiale, de politiques et de régulation qui ne devraient pas mener à des privatisations continues du profit et à la socialisation des pertes, et qui devrait regagner la confiance des citoyens avec une gouvernance financière transparente et durable, incluant l’établissement d’une Organisation financière mondiale ».

Dans les institutions internationales des choses un peu plus précises ont été évoquées. Par exemple, Yvo de Boer qui est le directeur du secrétariat des Nations-Unies pour le changement climatique voit dans la crise une opportunité : « Je crois que la crise financière est une opportunité pour reconstruire le système financier de manière à ce qu’il soutienne la croissance durable. Les gouvernements ont désormais l’opportunité de créer et de mettre en place une politique qui stimule la compétition privée afin de financer les industries propres ».
Mais il prévient aussi : « si le capital mondial disponible était d’abord utilisé pour remettre à flot le monde financier, nous ferons littéralement couler le futur des individus les plus pauvres de ce monde. Et j’espère que la crise financière ne signifiera pas que les habitants du Sud devront attendre que ceux du Nord aient remboursé leurs dettes financières avant d’être à nouveau l’objet de leur attention ».

Des mouvements citoyens ont repris cette idée de crise comme opportunité :
A l’occasion de la présence de mouvements sociaux des 4 continents rassemblés à Pékin pour le forum des Peuples Asie-Europe, le Transnational Institute et Focus on the Global South ont organisé des réunions informelles qui ont débouché sur un texte intitulé : “La crise financière mondiale, une opportunité historique pour le changement : “
« Le système financier mondial se délite à très grande vitesse. Ce mouvement intervient en parallèle d’une multiplicité de crises : alimentaires, climatiques et énergétiques. Ce n’est plus seulement la légitimité du paradigme néo-libéral qui est en question mais bien le futur immédiat du capitalisme. Nous devons résister, dans cette période critique, au fascisme, aux populismes droitiers, aux sirènes xénophobes qui chercheront probablement à tirer avantage des peurs et de la colère des peuples. De puissants mouvements d’opposition au néolibéralisme ont émergé ces dernières décennies. Cela va s’amplifier au fur et à mesure que les analyses critiques de cette crise sont portées à la connaissance des peuples ; déjà ceux-ci expriment leur colère face à l’utilisation de fonds publics pour régler des factures dont ils ne sont pas responsables, alors qu’ils doivent déjà faire face à la crise écologique et à une inflation insupportable, particulièrement des produits alimentaires et énergétiques. Les protestations iront croissantes à mesure que la récession frappera concrètement les populations et que les économies entreront en dépression. C’est pour nous une nouvelle opportunité de faire émerger les alternatives que nous défendons. Mais pour qu’elles retiennent l’attention du public, elles doivent être concrètes et immédiatement réalisables. Des alternatives existent qui sont déjà mises en pratique et nous avons également beaucoup d’autres bonnes idées qui ont déjà été expérimentées dans le passé mais qui ont échoué. Ce sont le bien être des populations et la planète qui sont au cur de nos alternatives. Mais pour y parvenir, le contrôle démocratique sur les institutions économiques et financières est indispensable. C’est là le fil rouge développé à travers les propositions présentées » Un liste de propositions suit, elle est en ligne sur le site du CADTM.

Peut-on parler d’opportunité, donc d’espoir, sur fond de certitudes inquiètes de récession économique, et donc de drames sociaux et humains à venir ?

Peut-on voir dans la situation actuelle un épuisement de la révolution conservatrice ? Certains à gauche (même sans grandes illusions sur les intentions et les marges d’action de Barak Obama), pensent que la défaite électorale des conservateurs américains dans un contexte de crise économique donne du crédit à ce point de vue.

Mais n’est ce pas un peu, « faire contre mauvaise fortune bon coeur » ?

Car si des responsables politiques bienveillants à l’égard des pays pauvres et des mouvements citoyens voient une opportunité dans la crise, les forces capitalistes ont démontré à maintes reprises leur extraordinaire capacité à imaginer « le coup d’après ». Elles sont déjà à la manoeuvre pour construire « une nouvelle architecture » institutionnelle pour encadrer la mondialisation capitaliste. Le G20 vient de s’y atteler. D’ici sa prochaine réunion d’avril, les responsables financiers de chaque pays devront travailler « à présenter des propositions pour le renforcement de la transparence, de l’intégrité et de la régulation des marchés, pour le renforcement de la coopération internationale et la réforme des institutions financières internationales ».
Cette crise confirme, si l’on en doutait encore, que nous sommes tous citoyens d’un même monde et que les activités humaines sont interdépendantes. Cette interdépendance est même amplifiée par la crise.

Que pèsent les forces du changement et les citoyens que nous sommes dans tout ça ?

Les forces de la gauche politique traditionnelle (y compris leurs composantes radicales) pensent toujours pouvoir mettre en oeuvre leurs solutions depuis les institutions après les avoir conquises, soit. Mais on sait que les institutions responsables de la régulation du système économique international (FMI, Banque Mondiale, OMC) fonctionnent comme des prestataires de service du capitalisme productiviste.

Elles n’ont pas été conçues pour remettre en cause le rôle des multinationales ni le modèle de production et de consommation dominant. Le personnel politique (souvent coopté) qui les a dirigées depuis des décennies n’a d’ailleurs jamais eu l’intention de le faire. Malgré la mise en lumière de la crise environnementale globale, la plupart d’entre eux, compris ceux qui se situent gauche, continuent à proclamer que la seule voie pour faire progresser l’humanité est celle la croissance productiviste dynamisée par le marché.

La situation actuelle ou se nouent l’ensemble des crises sociales, écologiques, financières, économiques, alimentaires, va-t-elle conduire les forces de gauche à repenser un programme que le système a digéré depuis belle lurette, au point qu’il en utilise, sans aucun état d’âme, certains outils pour gérer sa crise ? Hugo Chavez a peut être été un peu optimiste en saluant la conversion de Sarkozy au socialisme. La gauche politique a bien du pain sur sa planche.

S’il est avéré que nous sommes citoyens d’un même monde, il nous faut admettre que les solutions politiques alternatives, qu’elles soient portées au niveau des institutions par des élus ou au coeur de la société par les mouvements citoyens n’auront d’efficacité que si elles prennent en compte la communauté de destin de l’ensemble de l’humanité.

Les mouvements citoyens (altermondialistes comme on les nomme couramment) acteurs politiques incontournables à défaut d’être reconnus ont certes de petits problèmes avec des leaders autoproclamés toujours empressés à prendre leur commandement.

Mais le fait marquant est qu’ils disposent d’acquis solides :
D’abord, partout dans le monde, une multitude d’acteurs agissent, pour faire émerger de nouvelles solutions. Des groupes sociaux, des travailleurs, des paysans, des entreprises sociales, des collectivités s’organisent pour mettre en oeuvre de nouveaux modes de vie et de développements solidaires.

Beaucoup choisissent de se recentrer sur une dynamique locale à travers laquelle ils proposent des alternatives concrètes et quotidiennes au capitalisme. Les échanges d’expériences et la capacité à inscrire les actions locales dans un cadre de solidarité progressent.

Bien sur, certains d’entre eux agissent parfois de façon désordonnée, et sans savoir trop quel système sortira de leurs tâtonnements. Mais cette recherche leur permet de discerner rapidement les vrais obstacles, leurs vrais ennemis, leurs vrais problèmes, puis les vraies solutions à ces problèmes. Ils trouvent des alliés.

On constate aussi que le niveau de qualification de ces mouvements est de plus en plus élevé. Cela est du au fait que le nombre d’intellectuels, de techniciens, d’experts qui choisissent sous des formes diverses de rejoindre ces mouvements, soit en y apportant leurs analyses spécialisées, soit en prenant des responsabilités opérationnelles s’est sensiblement accru depuis les années 1980-90. Ils disposent d’outils de réflexion et de coopération très efficaces.
Des scientifiques, des techniciens qui travaillent sur les questions du réchauffement climatiques, de l’eau, de l’agriculture et de l’alimentation, des énergies renouvelables, de l’économie d’énergie, du développement local etc. proposent des solutions clairement anti productivistes et dans les faits anti capitalistes qui convergent avec l’action des mouvements sociaux et leur donnent de la force. Est-ce l’amorce d’un découplage entre les sciences et le productivisme, entre les sciences et le grand business ? C’est une question d’une importance politique primordiale.

La capacité d’innovation des mouvements citoyens est donc en progression constante. Cette créativité est en pointe dans certains domaines de premier plan. C’est le cas par exemple :
-  des analyses de la crise alimentaire et agricole mondiale, de la crise environnementale et des solutions pratiques à mettre en oeuvre,
-  des propositions concernant l’habitat écologique, le développement urbain, les déplacements. La notion d’éco quartier par exemple a été entièrement mise au point par des mouvements citoyens et ne suscite plus du tout de sourires amusés chez les responsables politiques,
-  des propositions pour redistribuer les revenus en période de transition solidaire vers un autre mode de développement.
-  de l’analyse de l’économie des services et des solutions alternatives au productivisme,
-  du domaine de la démocratie et des institutions à travers l’apparition de contre-pouvoirs, d’outils démocratiques et de formes d’autorités publiques nouveaux largement inventés et développés par des citoyens, au nord et au sud, parfois soutenu par des responsables politiques « éclairés »

Mais peut-être que le plus important apport de ces mouvements est la construction d’une culture politique nouvelle. C’est une nouvelle attitude qui met en avant la notion de responsabilité citoyenne immédiate et permanente élargie à toutes les sphères de la vie, notamment celle du travail et son sens.

Elle est fondée sur l’engagement réciproque, la responsabilité et l’engagement individuel à l’égard de la communauté, la recherche de coopérations horizontales et la construction solidaire des cohésions sociales respectant la diversité plutôt que l’unification imposée par l’autorité hiérarchique.

A l’opposé du populisme, elle est repose fondamentalement sur l’augmentation continue du nombre de celles et ceux qui sont capables, du fait de leur niveau de formation et d’information, de penser leur destin de manière autonome plutôt que de le confier à des leaders unificateurs.

Bien entendu, cette culture politique nouvelle doit créer des formes institutionnelles nouvelles et produire une nouvelle fonction du politique ce qui représente pas mal de travail.
La montée en puissance des collectivités locales un peu partout dans le monde peut constituer parfois un point d’appui pour les innovations institutionnelles qui est peut-être sous-estimé (dans la France jacobine, elles gèrent 70% de l’investissement public et peuvent se lancer dans des coopérations internationales).

Cette nouvelle culture politique de la responsabilité et de l’auto-affirmation des citoyens dans la société est plus apte à affronter les nouveaux enjeux tel que le lien entre la question écologique et de la question sociale, la transformation des comportements, la nécessité de produire moins, autrement et de partager plus. Les solutions politiques qu’ils requièrent ne peuvent être propulsées au coeur des sociétés par l’application de directives. Elles nécessitent la mobilisation des énergies intellectuelles de tout un chacun là où il se trouve.

Ces nouvelles pratiques entrent en collision avec l’héritage politique traditionnel, fondé sur la délégation de pouvoir, les conceptions d’avant-garde et la professionnalisation, la condescendance vis-à-vis de la société civile, la confusion entre légitimité des institutions et légitimité politique. Mais c’est au coeur de la société que s’élaborent les constructions alternatives et c’est en prenant cette donnée en compte que la gauche sortira de son impasse et renouvellera la fonction de la politique en rendant ces constructions institutionnellement possibles.

A coup sur, dans l’immédiat nous avons besoin, à tous niveaux, de responsables politiques qui cherchent, avec le mouvement citoyen, à affronter les crises sur le mode coopératif. Le chacun pour soi et dieu pour tous conduit à coup sur à la catastrophe.

Raymond Vasselon




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