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PHILIPPE ZARIFIAN
Au sujet du plan de relance annoncé par le Président Sarkozy le jeudi 4 décembre.
mardi 9 décembre 2008


Ce texte est publié sur : le site personnel de Philippe Zarifian

Le "plan de relance" annoncé par Nicolas Sarkozy est pire que tout ce à quoi on pouvait s’attendre. J’hésite à le caractériser, entre le cynisme et la bêtise.

1) D’abord l’orientation générale : ce plan de relance de 26 milliards d’euros (montant maximum fixé par la Commission de Bruxelles) est explicitement présenté comme "une priorité donnée à l’investissement". Je ne vais pas donner dans la critique facile, du genre : "cadeau pour les patrons". Nous sommes face à une crise économique d’une gravité et d’une profondeur inédites. On ne peut pas traiter cette question par de l’idéologie, mais par une analyse rationnelle.

Or, ce qui d’entrée de jeu est totalement "à côté de la plaque", est de laisser entendre que la cause de la crise serait du à un manque de capacité d’investissement de la part des entreprises. C’est radicalement faux. Ce qui a provoqué cette crise, c’est à dire les processus qui se sont amorcés avec l’entrée dans une nouvelle période du capitalisme depuis près d’un quart de siècle (début des années 80), est exactement l’inverse : les dirigeants d’entreprise (les capitalistes, pour les appeler par leur nom) se sont retrouvés avec... des surcapacités d’investissement, dues à une envolée exceptionnelle, jamais vue dans l’histoire du capitalisme, des profits et du capital ! Et ceci, quelle que soit la taille de l’entreprise (même si les PME, qui servent toujours de prétexte, ont moins bénéficié de cette envolée que les firmes mondialisées). Il existe en France un indicateur statistique simple et infaillible, qui concerne donc toutes les entreprises, quelle que soit la taille, du secteur privé (les entreprises publiques ayant été un cas à part) : la capacité d’autofinancement (dite aussi "cash flow") est devenue, au fil des ans, supérieure à 110 %. Pour dire les choses simplement : les entreprises se retrouvaient avec une masse de profit nettement supérieure à leur besoin d’investissement, sachant qu’un autofinancement normal est de 80% (le reste étant couvert par emprunts aux banques). Résultat d’une grande simplicité : toutes les entreprises qui le pouvaient ont créé des "départements financiers", destinées à placer, sur les marchés financiers, donc selon une logique fondamentalement spéculative, leur... excédent de profit ! ! !

Pour être exact, il est vrai que dans la toute dernière période, depuis le début et milieu des années 2000, ce taux d’autofinancement a sensiblement baissé.

Pourquoi ? Parce qu’il y a eu une relance de l’investissement (une reprise économique, avant la chute...) et surtout du fait que la montée de la distribution des dividendes aux actionnaires a réduit la part de profit qui restait aux entreprises pour investir réellement.

Voici le commentaire de l’INSEE pour 2007 (juste avant la crise) : "Les entreprises conjuguent ainsi une progression de leur taux d’investissement, une baisse de leur taux d’autofinancement et le maintien d’un fort dynamisme des dividendes versés. Cette conjugaison laisse penser que le fonctionnement des marchés financiers leur a permis, ces dernières années, d’accéder facilement à des sources externes de financement de leurs projets."

En fait, il a existé, dans cette dernière période, un double phénomène, d’une rare perversité : les "entreprises" (donc les capitalistes) ont continué à distribuer, avec la main droite, largement des dividendes aux actionnaires (principalement anglosaxons, y compris, bien entendu, en France : les fonds anglosaxons contrôlent environ 30% du capital des grandes firmes dites françaises) et à placer leur argent sur les marchés financiers. Et, de la main gauche, elles ont fait appel à des financements externes (émission d’actions, prêts des banques, aides généreuses des gouvernements, avec baisse permanente de la fiscalité sur les profits, exonérations de charge sociales, etc.. )

D’une main ; je place mon fric et je rétribue les actionnaires. De l’autre main, je reçois tous les soutiens (privés ou publics) qui s’offre à moi "généreusement". Sarko arrive maintenant, en pleine crise, et dit : "pas de problème, ça va continuer comme avant et l’Etat va particulièrement vous aider (puisque les soutiens privés sont malades)" ! ! !

En bref, et sans entrer dans les détails techniques : selon une tendance presque continue depuis un quart de siècle, les dirigeants d’entreprises, de plus en plus mélangés et liés aux capitaux de placements sur les marchés financiers, d’origine très principalement anglo-saxonne (fonds de pension, fonds d’investissement, hedge funds), ont disposé de profits, allant nettement au-delà de l’investissement productif réel. Relancer l’investissement, en donnant, une fois de plus, priorité aux ressources des capitalistes, est, là encore, soit d’un complet cynisme, soit d’une rare bêtise ! ! ! Bref : Sarko relance... la crise ! ! !

Certes, une fois la crise ouverte, tout s’effondre, même les profits. Mais dire qu’un plan de relance, en principe s’attaquant aux racines de la crise économique, doit donner une priorité à l’investissement et au soutien direct aux dirigeants des entreprises, est un contresens (et un mensonge) complet. En agissant ainsi, au mieux, le gouvernement réamorce légèrement la pompe : la machine à dégager des profits, largement sans rapport avec l’investissement réel. Légèrement : le montant consacré à la relance de l’investissement est une petite goutte dans l’océan...

Le gouvernement américain est moins timoré ! Les PME, comme toujours, et ceci depuis, là aussi, un quart de siècle, servent de prétexte. Certes, une partie d’entre elles vont mal en ce moment, mais c’ est tout simplement qu’elles se situent en position de dépendance et de soumission dans un système capitaliste dominé par une alliance entre énormes firmes mondialisées, grandes banques, et grands fonds de placement sur les marchés financiers.

2° Il n’est pas question, dans le plan Sarkozy, de relance des salaires, directs et indirects (protection sociale, montant des retraites, indemnisation des chômeurs, rémunération des précaires et travailleurs à temps partiel, etc.) : l’appauvrissement reste... entièrement laissé à lui-même, bien entendu alimenté fortement par la hausse actuelle et future du chômage. Le cynisme atteint son comble, lorsque Sarko annonce des mesures misérables et différées dans le temps pour les plus pauvres d’entre les pauvres ! Même au 19ème siècle, l’Etat faisait mieux... ! Voici quelques larmes versées pour les miséreux ! Sarko nous dit : "relancer les salaires, ce serait hypothéquer l’avenir ! ! ! ! !" (cela se passe de commentaires !). Ceux qui attendaient une relance de la demande effective, au sens de Keynes, en sont pour leurs désillusions. Malgré la crise, le " credo " ne change pas. Le Président Sarkozy poursuit exactement la même politique que celle de ces dernières 25 années (sachant que les mesures qui lui étaient propres, en tant que candidat, en particulier le fameux " travailler plus pour gagner plus " ont totalement sombré avec la crise. Il n’en reste rien).

3° La prime de 1000 euros pour tous ceux qui passent à la casse leur automobile est le summum du gaspillage : c’est une relance purement artificielle et instantanée du secteur automobile. Si le gouvernement avait été exigeant et avait dit que cette prime ne serait versée qu’à condition d’acheter (et donc de produire) une automobile intégralement non polluante, cette mesurette serait allée dans le bon sens. Mais ce n’est pas le cas : on reste, malgré la gravité de la crise écologique, dans les demi-mesures (Sarko a dit "moins polluantes"....). Le commentaire du Monde pour une fois est juste : "La prime à la casse est une version moderne des aides inventées dans les années 1990 par Edouard Balladur et Alain Juppé, qui avaient dopé les achats de voiture un premier temps avant de produire un terrible contrecoup sur les constructeurs". A vrai dire, la crise actuelle de l’automobile, au plan mondial, est tellement grave aujourd’hui (il faut savoir que pratiquement aucune voiture ne sera produite pendant le mois de décembre, tant les carnets de commande sont vides, à l’exception de Toyota, désormais leader mondial incontesté, mais qui commence lui aussi à sentir les effets de la crise) que je doute beaucoup de ce petit effet de relance. Ce sera comme d’habitude : de l’argent public gaspillé !

4° Enfin, dernier volet, le moins négatif : sortir des cartons, plus tôt que prévu, les investissements de l’Etat, des entreprises publiques et des collectivités locale pour un montant de 11,5 milliards d’euros (parmi les 26 milliards). Mais qu’est ce qui sort de ces cartons ? Grands travaux d’infrastructure (il semble qu’on manque d’infrastructures en France !), accélération de la construction des lignes TGV, dépenses pour la Défense, investissements dans les universités... Bref : le "toujours plus", sans aucun changement qui tiendrait compte de la crise écologique. Or s’il y avait un domaine dans lequel on aurait pu attendre un effort important de l’Etat et des collectivités locales, c’est bien l’écologie ! Les besoins en investissement sont énormes. Quand au TGV : il faut vraiment ne rien connaître au transport ferroviaire pour ne pas savoir que les besoins prioritaires ne sont pas dans le TGV, mais dans le réseau régional (TER et Corail Intercity) et francilien, qui dépendent de la branche SNCF Proximité, et qui ne tiennent, difficilement, que grâce aux financements des conseils régionaux, avec les conditions de confort pour les passagers et les incidents à répétition que l’on connaît ! Une nette amélioration dans ce domaine, supposant de nouveaux investissements et des créations d’emploi, domaine qui concerne quotidiennement le déplacement de millions des personnes, apparaît clairement comme une priorité. Le TGV n’en est pas une, n’en déplaise au chef de l’Etat.

5° Et la dette de l’Etat ? Selon Le Monde, le chef de l’état a promis que le dérapage du déficit budgétaire, évalué à 15,5 milliards en 2009, serait limité uniquement à 2009. Bref : une relance, pour un an seulement ! ! ! Mais ce que Le Monde oublie de dire, c’est que l’Etat français est déjà l’un des Etats capitalistes le plus endetté (certes les Etats Unis tiennent le pompon !). Nettement plus que la plupart des autres Etats Européens. Ce qui compte, c’est moins le déficit budgétaire que la dette, qu’il faut bien, en permanence, rembourser. L’Etat français devient proche du surendettement, situation qui consiste à emprunter... pour payer les intérêts de la dette déjà existante ! La dette publique est déjà, avant le plan de relance de Sarko, de 1 218 milliards d’euros (soit 20 000 euros par français). On aura compris ce qui va se passer, côté fiscalité sur la population !

Prétendre qu’il n’y aura pas de hausse de la fiscalité dans les deux prochaines années, pour le moins, est un pur et simple mensonge.

Paris le 4 décembre 2008




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