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UN TEXTE DE MICHÈLE SIBONY
GAZA-PALESTINE : de crime en crime... une limite franchie ?
+ textes de Michel Warschawski et de Ran HaCohen
lundi 29 décembre 2008


Michèle Sibony est l’une des responsables de l’UJFP - Union Juive Française pour la Paix

29 décembre 2008

« il y a un chemin qui mène de l’humanité via la nationalité à la bestialité » écrivait Franz Grillpazer au 19e siècle. C’est le chemin que nous avons emprunté depuis la guerre des six jours ». Yeshayaou Leibovitz dans Izkor de Eyal Sivan.

Déshumaniser pour pouvoir frapper :

Le processus qui permet de frapper aujourd’hui la population de Gaza avec une telle violence est entamé depuis longtemps. Pour pouvoir frapper ainsi il faut avoir déshumanisé la cible aux yeux de sa propre population et de la communauté internationale.

Rabin disait pendant Oslo qu’il rêvait de voir Gaza engloutie dans la mer. Comme s’il ne s’agissait que d’une bande de terre vierge de tout être humain. C’est sous son gouvernement que Gaza est entourée d’une barrière de « sécurité » électronique, inaugurant la politique d’enfermement de toute la population palestinienne des territoires occupés, en Cisjordanie aussi, par un mur dit « barrière de protection » dont la construction est aujourd’hui en voie d’achèvement.

Le retrait unilatéral de Gaza en septembre 2005 achève de nier à tout responsable politique palestinien le statut de partenaire de négociation, d’ôter à toute la population de Gaza le droit de rappeler qu’elle a vécu 38 ans d’enfer avec l’occupation militaire et de dépossession par les 8000 colons, et cela bien avant que le Hamas ne soit élu. (Rappelons nous du sort tragique réservé au très laïque chef historique palestinien Yasser Arafat, emprisonné dans la Muqata’a jusqu’à sa très suspecte maladie mortelle.)

Janvier 2006 les élections législatives reconnues exemplaires par tous les observateurs internationaux donnent la majorité au Hamas.

Juillet août 2006, l’opération « pluie d’été » soigneusement calée sur l’invasion du Liban permet de frapper pendant des semaines une population désarmée à l’ombre de la guerre qui occupe les écrans internationaux.

Juin 2007, les sbires de Dahlan armés par Israël tentent un coup de force contre le Hamas, pour reprendre le contrôle de Gaza, échec qui permet la dernière étape : Septembre 2007 Gaza avec son million et demi d’habitants est décrétée « entité hostile » perdant par cette définition tout statut politique et humain. "Le mouvement islamiste Hamas est une organisation terroriste qui a pris le contrôle de la bande de Gaza et en a fait une entité hostile. Cette organisation mène des activités hostiles contre l’Etat d’Israël et ses citoyens et elle est donc responsable de ces activités".communiqué de la présidence du conseil israélien sept. 2007, et Condolezza Rice confirme aussitôt la portée internationale de cette décision : "Le Hamas est une entité hostile pour les Etats-Unis aussi", dit-elle lors d’une conférence de presse avec son homologue israélienne Tzipi Livni. Elle assure cependant aussi : "Nous n’allons pas abandonner les Palestiniens innocents" dans la bande de Gaza, soulignant que ce territoire ainsi que la Cisjordanie constitueraient "le futur Etat palestinien". Le siège de la population de Gaza est alors décrété, la privant de tout moyen de subsistance et de soins. Et cela fait 18 mois, bientôt 19.

On a ainsi habitué soigneusement de façon calculée et progressive la « communauté internationale » à oublier un million et demi d’êtres humains, hommes femmes et enfants pour ne voir dans Gaza, que des dirigeants islamistes menaçant Israël et dont il faut se débarrasser à tout prix. A tout prix ! Même si le prix c’est 100 tonnes de bombes par jour, et des dizaines de missiles, 350 morts, 1600 blessés, en 48h et ce n’est qu’un début nous disent les porte parole de l’armée et du gouvernement israéliens.

Se gagner les gouvernements néo libéraux de l’U.E :

Parallèlement, depuis 2001 le gouvernement néo conservateur américain inspire l’U.E. Son idéologie gagne l’Europe et l’association islam = terrorisme s’y impose progressivement. Les notions de résistance nationale sont gommées par la mondialisation version étasunienne : en Irak, au Liban en Palestine, les peuples menacés envahis sont devenus des peuples terroristes. Sharon a su très tôt profiter de cette opportunité mondiale, et se placer avec sa politique dans le « camp du bien » avec l’occident, au service de l’Occident même, en lutte contre « l’axe du mal ».

C’est ainsi que l’UE n’a pas suivi les recommandations de la cour de justice de la Haye demandant des sanctions sur le Mur. Elle a refusé de faire la différence entre les produits issus des colonies et les produits israéliens sur ses marchés, elle a refusé, contre le vote son parlement, de suspendre l’accord d’association avec Israël, et vient à nouveau de décider contre son Parlement d’un rehaussement de ses relations avec Israël qui fera de ce dernier un quasi membre de l’UE. N’est-ce pas là un blanc seing accordé à l’occupation et la colonisation et aujourd’hui au massacre ? Au lieu de sanctions pour exiger un comportement conforme au droit international, l’UE offre des récompenses à un Etat voyou, et son intégration progressive pour services rendus : Israël resterait ainsi conforme à ce qu’en disait son premier concepteur Hertzl : un bastion avancé de la civilisation (européenne-occidentale) contre la barbarie. Une Europe qui ne serait pas si lointaine de l’Europe coloniale du 19e siècle et de ses conceptions : Pourquoi lutter contre le mur alors que l’on en construit aux portes de l’Europe, et contre les violations des droits humains alors que l’on traite les réfugiés de la faim post coloniaux, et sans papiers dans les anciennes métropoles, comme des criminels et du bétail. Cette même Europe n’a pas hésité à punir les victimes de la politique coloniale israélienne en bloquant toute aide aux Territoires Occupés Palestiniens après le résultat des élections qui ont porté le Hamas au pouvoir.

Les grands medias français :

La nausée de ces jours ci n’est pas due aux excès de la période de fêtes. Il suffit d’écouter en boucle France Info, ou de regarder les chaînes de télévision pour se faire une idée de la réussite de cette stratégie de déshumanisation. Escalade des violences, Il s’agit d’une guerre entre Israël et le Hamas, La seule gauche israélienne interrogée sur France Info se résume à ceux qui soutiennent l’offensive contre le Hamas, c’est à dire la représentante de La Paix Maintenant Israël : Galia Golan qui déclarait tristement hier, qu’il fallait bien que s’arrêtent les tirs sur le sud d’Israël et protéger les israéliens. Et aujourd’hui Denis Charbit sur le même ton de « on tire on pleure » répète que cet affrontement était inévitable. La Paix Maintenant croit donc aux solutions militaires dans la région, surtout lorsqu’il s’agit du Hamas, et soigne ses états d’âme comment rester humain (yeffe nefesh en hebreu : belle âme) et sioniste, pendant l’invasion du Liban, le massacre à Gaza ? Difficile de se dire progressiste, de gauche, humaniste, et défendre en même temps les positions de l’extrême droite sur le terrain. La Paix Maintenant y pourvoit. Meretz aussi : les sionistes de gauche laïcards à la sauce israélienne cautionnent le bain de sang avec les travaillistes. La télévision française (France2) reprend ce soir quant à elle littéralement la propagande israélienne : le Hamas a fait 400 morts israéliens en 10 ans, ne respecte pas les trêves ( !) il n’y a que 56 civils dans le 350 morts de cette opération militaire ( ! !). Les kassams et la vie infernale qu’ils imposent aux israéliens du sud sont les responsables.

Comme si la bande de Gaza n’était pas bombardée toute les nuits depuis 2 ans bientôt, comme s’il y avait une quelconque comparaison possible entre la puissance de feu de la 4e armée du monde, et celle de quelques dizaines de militants du Jihad Islamique. Oserait-on comparer l’état de la ville de Sderot et celui de Rafah de Khan Younis ou de Gaza ? Le nombre de civils tués par les tirs israéliens sur Gaza et celui des tués dans le sud d’ Israël pendant les 10 dernières années ? Morbides guerres de chiffres et d’images ? Certes, alors que l’on montre les deux situations ou que l’on ait la décence de se taire. Mieux vaut le silence au mensonge.

Et puis on a la mémoire bien courte : Combien de militants du Fatah ont été assassinés par Israël dans les « assassinats ciblés » avant que l’on s’attaque au Hamas ? La coupure totale de Gaza instaurée par le gouvernement israélien, l’impossibilité pour les dirigeants politiques palestiniens de circuler entre Gaza et la Cisjordanie, la violence incroyable exercée depuis longtemps contre Gaza n’ont-elles pas permis et favorisé la montée du Hamas ? Combien de centaines de civils palestiniens hommes femmes et enfants civils désarmés ont été arrêtés et croupissent des mois voire des années sans procès ou jugés par des tribunaux militaires d’occupation c’est à dire illégaux, dans les prisons israéliennes parmi les 11 000 prisonniers ? Combien de destructions de plantations et d’habitations dans les territoires occupés depuis 9 ans ? Combien de trêves respectées des mois durant par le Hamas et violées sciemment par les successifs gouvernements israéliens ? Combien de villes et villages palestiniens encerclés par le mur avec une seule porte d’entrée et de sortie contrôlée par les soldats, combien de femmes enceintes et de malades morts sur les checks points ?

Nos principaux grands media sont devenus les valets de la pire des propagande de guerre ; ils entérinent jour après jour l’effacement de l’occupation de la colonisation et du découpage de la Cisjordanie peuplée aujourd’hui de 450 000 colons, et du siège infâme de Gaza. Ce soir devant la tente de protestation place de la fontaine des innocents un des slogans crié par la foule était :

 « Medias montrez la vérité ! »  On se souvient d’un autre cri de rage lors d’une autre occupation :  Radio Paris ment Radio Paris est allemand.

En Israël consensus et propagande :

Le gouvernement israélien avec l’aide de ses media met le paquet sur la société civile israélienne qu’il fait vivre artificiellement dans une véritable atmosphère de guerre de survie : « Un demi million d’israéliens sous le feu » titrait dimanche le Yedioth Ahronoth - comme si la bande de Gaza n’était pas soumise à un long siège qui a détruit pour toute une génération les chances d’une vie qui vaille la peine d’être vécue » écrit Tom Seguev dans le Haaretz 29 décembre.

Des centres d’urgence psy et de prise en charge des victimes du sud sont ouverts, on parle de transférer dans le nord la population du sud, comme on l’avait fait avec les populations du Nord vers le Sud pendant la dernière invasion du Liban. Comme s’il y avait une commune mesure entre la puissance et la fréquence des tirs du Hezbollah avec celles du Hamas.

Je me souviens de l’été dernier, un ami israélien revenant d’une visite à ses amis près de Tseelim Kibboutz voisin la bande de Gaza et qui racontait ébahi comment toute la famille se baignait dans la piscine et entendait en même temps les bombardements sur Gaza. J’ai passé en février dernier quelques jours de vacances dans le sud d’Israël avec des amis, et le beau temps aidant nous y avons cotoyé de très nombreux touristes israéliens qui ne semblaient pas plus terrorisés que nous par les Kassams.

L’atmosphère de la rue confirmée par les dernières statistiques est celle d’un consensus féroce, 83% de la population soutiendrait l’attaque meurtrière, pour sa propre protection. Le vieux consensus forgé depuis toutes les guerres : nous sommes les victimes nous devons nous défendre, auquel se rajoute le sentiment que cette fois ce ne sera pas comme en 2006 l’échec, mais que l’ on peut gagner... et pour cause.

Les Palestiniens d’Israël eux, révoltés par le massacre protestent tous les jours dans leurs villes et villages et dans les grandes villes avec les anticolonialistes israéliens. Très surveillés par la police et l’armée qui procède à des arrestations de plus en plus nombreuses. Pour eux c’est aussi l’heure de vérité : jusqu’à quand les discriminations de plus en plus grandes et à présent inscrites dans les lois, jusqu’à quand la citoyenneté de seconde zone dans un Etat juif où ils sont tolérés et sous contrôle renforcé, considérés chez eux comme l’ennemi de l’intérieur.

La stratégie du pire :

Il faut tout de même se poser la question du but recherché par le gouvernement israélien au delà des intérêts électoraux de cette campagne, qui d’ailleurs pourrait s’avérer peu rentable pour Livni et Barak et finalement profiter à Netanyaou - on ne fait pas une politique de droite mieux que la droite elle même après tout. Qu’attendent donc les dirigeants israéliens de l’opération « Plomb fondu », que le Hamas se rende à l’armée, quitte Gaza, renonce au résultat de ses élections, et permette à l’Autorité Palestinienne de reprendre les rênes ? Et après ? Cela avancerait-il des négociations de paix ? Pour le croire il faudrait que l’on ait pu enregistrer un quelconque progrès des négociations rencontres entre Abbas et Olmert depuis 13 mois. Un check point a-t-il été levé en Cisjordanie ? Une colonie démantelée ? Une promesse tenue sur Jérusalem ? Le point mort absolu, pire, la colonisation se poursuit, l’annexion de Jérusalem se parachève.

Transformer la résistance palestinienne à l’occupant en guerre civile inter palestinienne, telle a été jusqu’ici la stratégie israélienne de ces dernières années et elle a fonctionné. Pendant des mois on a vu la police palestinienne formée par le général Dayton faire la chasse aux militants du Hamas, tout récemment regarder le pogrom de Hébron, les bras croisés, expliquant qu’elle n’est pas habilitée à intervenir contre les colons (comprendre qu’elle n’est habilitée qu’à frapper les militants Hamas). Mahmoud Abbas a même commencé par déclarer l’attaque israélienne sur Gaza justifiée, comme il avait précédemment encouragé Barak à durcir le siège pour faire plier Hamas. Cependant la violence exercée sur Gaza et dans les TOP pourrait renverser la situation et mettre en échec cette stratégie : Les Palestiniens pourraient fort se ressouder devant l’adversité et retrouver l’union nationale qui reste leur principal atout. C’est ce que la rue palestinienne exprime en ce moment même de toutes ses forces et partout.

Le monde arabo musulman bouillonne de colère contre cette agression et la complicité ou la lâcheté de ses propres dirigeants.

En Europe la brutalité sans limite israélienne n’échappe pas aux opinions qui se méfient de leurs médias aussi bien que de leurs dirigeants actuels à leur propre égard. Chaque citoyen et habitant des quartiers populaires, attaqué et affaibli dans sa vie quotidienne, et dans ses droits, par des discriminations sociales grandissantes organisées par ses gouvernements associés dans l’UE, apprend à ses dépends à faire la différence entre ce qu’il vit et ce qu’on lui raconte, et ce que vivent les hommes ailleurs et la version officielle. La mondialisation a aussi son versant populaire.

La politique israélienne fondée sur la force brutale et la négation des droits fondamentaux des Palestiniens ne peut trouver écho dans nos cités et nos quartiers. Elle y éveille comme dans le monde arabo-musulman une immense colère. La seule chance de survie d’une population juive dans le Moyen Orient de demain passerait donc paradoxalement par l’imposition des normes du droit international à l’Etat voyou qui les viole toutes aujourd’hui. Et si la communauté internationale ne parvenait pas très rapidement à imposer par des sanctions sévères le retour d’Israël à la raison, dans le rang des Etats de droit, elle ne pourrait qu’assister impuissante à un véritable déferlement de haine sur sa population et par extension sur les juifs du monde pris en otage de cette politique depuis des années maintenant. Les anticolonialistes israéliens, quelques milliers qui tentent désespérément de faire entendre raison dans leur société, appellent aujourd’hui à l’intervention internationale pour que cesse la folle escalade de la violence israélienne.

Michèle Sibony
29 décembre 2008
http://www.ujfp.org


Michel Warschawski - Alternative Information Center (AIC) :
Condamner les « deux côtés » : pire que les assassins !

Jérusalem

Barak, Olmert, Livni et Ashkenazi auront un jour à répondre de crimes de guerre devant une cour de justice, comme d’autres criminels de guerre. En conséquence, notre devoir est d’informer sur leurs actes et déclarations pour être sûrs qu’ils payeront pour les massacres qu’ils ont ordonnés et commis.

Mais une autre catégorie de criminels pourrait échapper aux tribunaux. Ils ne se salissent pas les mains avec le sang des civils, mais fournissent les justifications intellectuelles et pseudo morales des assassins. Ils constituent l’unité de propagande du gouvernement et de l’armée des tueurs.

Les écrivains israéliens Amos Oz, et A. B. Yehoshua sont les exemples type de tels misérables intellectuels, et ce n’est pas la première fois ! A chaque guerre ils se portent volontaires pour l’effort de guerre israélien, sans même enrôlement officiel. Leur première tâche est de fournir des justifications à l’offensive israélienne, puis, dans un second temps, ils pleurent leur virginité perdue et accusent l’autre camp de nous avoir obligés à être brutaux.

La justification fournie par Oz dans Corriera de la Serra, et par Yehoshua dans La Stampa est évidemment la nécessité de réagir aux roquettes sur Sderot, comme si tout commençait avec ces roquettes. « J’ai dû expliquer aux Italiens - écrit Yehoshua dans Haaretz 30 décembre 2008 - pourquoi l’action israélienne était nécessaire.... »

Yehoshua et Oz ont oublié 19 mois de siège israélien brutal imposé à un million et demi d’êtres humains, les privant des fournitures les plus élémentaires. Ils ont oublié le boycott israélien et international du gouvernement palestinien démocratiquement élu. Ils ont oublié la séparation forcée de Gaza et de la Cisjordanie, séparation faite pour isoler et punir la population de Gaza de son choix démocratique incorrect.

Après avoir choisi de réécrire la chronologie des événements, Oz et Yehoshua utilisent l’argument de la symétrie : la violence est utilisée des deux côtés et il y a des victimes innocentes à Gaza comme en Israël. En effet, chaque civil tué est une victime innocente. Cependant, la chronologie et le nombre ne sont pas hors propos : 3 civils israéliens ont été tués dans le sud d’Israël, mais seulement après que l’aviation israélienne ait commis son massacre planifié dans le centre de la ville de Gaza, en tuant plus de 300.

Cette position des intellectuels les plus en vue d’Israël sert de justification morale au soutien que le parti de la gauche sioniste Meretz apporte à l’agression criminelle du ministre de la défense Barak. Meretz aussi exprimera en temps voulu son opposition aux meurtres, c’est à dire lorsque la communauté internationale exprimera sa préoccupation pour les fautes d’Israël. Pour l’instant cette communauté internationale demeure silencieuse et semble même heureuse de la contribution israélienne à sa sainte croisade contre la menace globale islamique.

Pour montrer de la préoccupation, l’Europe envoie une assistance humanitaire (symbolique) à la population de Gaza. En entendant le ministre français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner soutenir l’action israélienne, en même temps qu’il annonce la décision d’envoyer des produits humanitaires à Gaza, je n’ai pu m’empêcher de me souvenir des informations sur les délégations de de la Croix Rouge Internationale qui venaient visiter les camps d’extermination nazis avec des chocolats et des biscuits. Je sais que ce n’est pas la même chose, mais personne ne peut contrôler ses associations mentales.

Bernard Kouchner a cependant une circonstance atténuante : les régimes arabes, en particulier celui d’Hosni Moubarak, soutiennent aussi l’agression israélienne. Et ils vont aussi envoyer du chocolat et des biscuits aux enfants de Gaza, sauf bien sûr à ceux qui gisent morts à l’hôpital de Shifa.

Traduction Michèle Sibony

30 déc 2008

http://www.alternativenews.org


Un texte sur la presse israélienne et les crimes de guerre

Ran HaCohen* : La pacification de Gaza

30 décembre 2008

le ministre de la Défense Ehud Barak (son nom hébreu signifie « éclair », « blitz » en allemand) l’a encore fait : un record historique de plus de 200 Palestiniens tués en un seul « Chabbat-éclair » le 27 décembre. Les sondages prédisent à présent 5 sièges de plus à son parti Travailliste aux prochaines élections législatives de Février. Cela fait 40 cadavres de Palestiniens par siège. Pas étonnant qu’il promette que c’est juste un début : à ce rythme il ne faudra au parti que 2000 cadavres de plus pour passer de la misère à la richesse, d’un parti politique mort à une majorité absolue au parlement comme au bon vieux temps.
Alors pour Barak les nécrologies de Gaza sont affaire de survie politique elles sont collées à la nécrologie de son parti. C’est la même logique écoeurante qui renvoya l’ancien Premier Ministre Shimon Peres ( lauréat du Prix Nobel de la Paix etc., etc., ) en 1996 dévaster le Sud Liban et résoudre une fois pour toute le problème du Hezbollah dans l’opération « raisins de la colère » juste quelques semaines avant les élections législatives - dans lesquelles il fut vaincu par Netanyahu.

Quand les soit disant Colombes se comportent en Faucons, les électeurs préfèrent les vrais faucons, suivant la parole talmudique : « Un vrai oeuf vaut toujours mieux que tout ce qui peut y ressembler ». Mais les guerriers comme Barak n’apprennent jamais. Et ils ne sont pas les seuls : deux jours seulement avant le début du martèlement de gaza, c’était le parti Meretz prétendument de la « gauche libérale » qui appelait officiellement à une action militaire contre le Hamas. Vous savez, Meretz : le parti ( lauréat du prix de la Paix de Franckfort etc... etc...) de Amos OZ et ceux de son espèce, ces pseudo intellectuels qui proclament toujours avoir été contre la guerre précédente. Pas d’exception cette fois ils sont tous là, droit derrière les bombardiers ou même devant eux.

Plus de 200 cadavres gisant à ciel ouvert derrière l’hôpital de Gaza, qui après plus d’un an de siège israélien, ne peut rien offrir d’autre à ses patients que des analgésiques de toute façon. Devinez quel était le gros titre du plus populaire quotidien israélien, Yediot Ahronot le jour suivant : « Un million et demi de Gazaouis sous le feu ? » Vous brûlez mais ce n’est pas encore gagné, le véritable titre du 28 décembre était : « Un demi million d’israéliens sous le feu ». Effectivement, un seul civil israélien a été tué ce jour là par une rocket du Hamas. De la même manière la journaliste Avirama Golan dans son Blog de Haaretz consacre toute sa page aux angoisses de son chaton hystérique à Sderot. Certains journalistes, surtout ceux qui se considèrent importants, ont un redoutable sens des priorités. Yediot Ahronoth a eu six chroniqueurs en première page et plusieurs autres à l’intérieur, les pom pom girls de guerre. Nahum Barnea, un journaliste « important » très apprécié, a exprimé son avis assez succintement sur le bain de sang : « mieux vaut tard que jamais », Dov Weissglass, étroitement lié au « processus de paix » ainsi que le précise Wikipédia, a parlé de la même manière, son article s’intitulait :« n’arrêtez pas » avec un point d’exclamation pour que les choses soient claires. « Il faudrait que ce soit juste un commencement » conseille-t-il au même gouvernement qui vient juste de promettre :« ce n’est que le commencement ». Miroir, joli miroir ! Eitan Haber, ancien assistant de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin ( lauréat du Prix Nobel de la Paix etc., etc.,) a recyclé l’habituelle propagande de guerre de chaque gouvernement israélien destinée à la consommation domestique : comme toujours, l’opposition de droite est extrémiste et folle, mais nous, le gouvernement, lançons une guerre modérée, responsable, et maîtrisée. « L’argument politique que nous aurions pu et du agir depuis longtemps n’est ni vrai ni justifié ». Haber se met en mode pavlovien pour servir le gouvernement.

Gadi Taub, jeune « mainstreamer » ultra conservateur, a écrit un article intitulé : « Démagogie, Antisémitisme, Ignorance » au contenu trop trivial pour être répété, mais assez bien résumé dans les premier et dernier mots de son titre. Mais la démagogie de Taub s’efface devant celle de Ben-Dror Yemini ( un Daniel Pipes israélien) dans Ma’ariv, dans un article intitulé « L’offensive la plus justifiée qui ait jamais eu lieu » (miraculeusement les mêmes mots utilisés par son jumeau de Haaretz Ari Shavit pour la guerre du Liban il y a tout juste deux ans), Yemini dessine une droite ligne de Hitler au Hamas ( ce n’est pas un hasard si les deux commencent par H, tout comme Hezbollah, Sadam Hussein, et Hémorroïdes), et il explique que « depuis l’idéologie Nazi... aucun mouvement n’a été aussi dangereux pour la paix du monde que l’Islam politique ». Excusez-moi de citer ces ordures ; nous avons besoin d’un démagogue israélien pour instrumentaliser l’holocauste, et Yemini est né pour un tel sale boulot.



Au même moment, l’excellent chroniqueur B. Michaël élève lui une voix critique dans Yediot : « Et revoilà le « déjà vu » de la guerre qui revient périodiquement, le rituel saignement déversé dans la bassine bouillante qui depuis des dizaines d’années conduit toute la région en enfer. Pour être honnête, notre âme est lasse de démarquer la guerre du septième jour de la Guerre des Six Jours en diverses opérations, guerres, batailles, actions, et offensives. En fait il s’agit d’une seule guerre ininterrompue. Un seul grand abattoir, une guerre d’occupant contre l’occupé, et la guerre de l’occupé contre son occupant »

B. Michaël sait ce que la plupart des Israéliens ont été entraînés à oublier : que malgré le retrait israélien, Gaza est toujours occupée, même avant la prise de pouvoir du Hamas, Israël maintenait toutes les mesures nécessaires à assurer son contrôle sur la Bande : du contrôle direct de tous les passages frontières vers Gaza, à la fois pour les marchandises et les personnes, jusqu’au contrôle israélien du registre de la population de Gaza. La seule exception apparente, le Checkpoint de Rafah est réservée à l’entrée dans Gaza des seuls habitants de Gaza, définis tels par le registre israélien, et même cela se fait sous supervision israélienne. Mais pour la plupart des israéliens Gaza est indépendante, souverain empire, qui fut occupé par Israël il y a des lustres, et qui à présent, sans raison du tout, fait peser une menace existentielle sur ses bienveillants voisins juifs.

Aux nouvelles télévisées du soir, l’écoute attentive notamment de reporters sérieux comme Shlomi Eldar, peut révéler la pointe de l’iceberg encore immergé des crimes de guerre : une prison gazaoui a été intentionnellement bombardée, un crime de guerre évident. L’hopital de gaza a aussi subi des dommages, tout ceci dans une bande surpeuplée dans laquelle la vie a déjà été étranglée par un embargo sur tout, du ciment au carburant et aux équipements médicaux.

Il y a deux mois, le journaliste Amos Harel a cité un article d’une haute personnalité militaire à propos de la politique israélienne pour la prochaine guerre, que ce soit au Liban, en Syrie ou à Gaza : « Il faut utiliser une force sans aucune proportion avec la menace et les actions ennemies, afin d’endommager et de punir à une échelle qui nécessiterait de longs et coûteux processus de réhabilitation. »

Un autre général israélien a expliqué que les villages d’où émanaient des tirs seraient anéantis : « nous les considérons comme des bases militaires » (Haaretz 5 octobre 2008. Les noms des deux généraux -Pour la Cour Internationale de Justice de la Haye- sont Gaby SIBONI et Gadi ESENCOT). Quand la guerre a commencé le Général de division de réserve Giora ISLAND ancien chef du Conseil National de Sécurité a proféré tout cela sans l’ombre d’une honte : « Israël ne devrait pas limiter ses attaques aux équipements militaires, a-t-il dit, mais doit frapper aussi des cibles civiles. Les atteintes à la population civile devraient être maximisées parce que pire est la crise humanitaire et mieux et plus rapidement s’achève l’opération. » Au fait, c’est le même Général de division, qui a provoqué un scandale il y a tout juste un an , en pressant le gouvernement de négocier directement avec le Hamas. Ne cherchez ni cohérence, ni intégrité, ni intelligence là où sont impliqués des criminels de guerre.

* Ran HaCohen enseigne la littérature comparée à l’université de Tel Aviv, traducteur de littérature allemande hollandaise anglaise, critique littéraire à Yediot Ahronot écrit régulièrement une Lettre d’Israël sur le site Antiwar.com

(trad. M. Sibony)




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