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Quand le sionisme a besoin de l’antijudaïsme (*)
mercredi 14 janvier 2009, par Rudolf Bkouche (UJFP-IJAN)


Depuis les massacres perpétrés à Gaza par l’armée israélienne, on a vu se développer en France des actes antisémites plus ou moins graves, depuis les graffitis jusqu’à des incendies de synagogues ou une agression contre une collégienne juive. Aussitôt certains ont mis en garde contre le transfert en France du conflit israélo-palestinien et le risque de dérapages des manifestations propalestiniennes incontrôlées, propalestiniennes faut-il préciser, car on a moins parlé des manifestations de soutien à Israël qui, au moment où l’armée israélienne détruit la bande de Gaza et massacre ses habitants, sont autant de provocations.

Comment peut-on soutenir la barbarie israélienne ? C’est la question première à partir de laquelle on peut essayer de comprendre, ce qui ne revient pas à les justifier, les actes antijuifs de quelques uns qui s’imaginent ainsi marquer leur soutien aux Palestiniens. La barbarie israélienne, un grand mot pourrait-on dire lorsqu’il s’agit d’un pays considéré comme participant de la civilisation, de la "vraie" civilisation faudrait-il préciser, puisqu’il est considéré par ses partenaires de l’Union Européenne comme un pays européen, officieusement il est vrai. Mais le siècle dernier nous a appris que civilisation et barbarie savaient s’entendre quand nécessaire et l’hégémonie occidentale sait user de cette double face. On comprend alors pourquoi ce bastion de civilisation face à la barbarie comme le présentait Herzl est considéré, quoi qu’il fasse, comme une part de l’Occident. On peut alors aisément se donner belle conscience en présentant l’intervention israélienne comme "disproportionnée", autrement dit, « vous avez le droit de tuer quelques uns de ces "vrais" barbares que sont les Palestiniens, mais pas trop, cela risquerait de ternir votre image ».

Double langage de l’Occident qui ne peut que déclencher ce que Jean Ziegler, dans un livre remarquable, appelle "la haine de l’Occident". Et ce double langage joue d’autant plus qu’ici la haine frappe ces anciennes victimes de l’Occident que sont les Juifs, eux qui n’ont été reconnus Européens qu’après des siècles d’antijudaïsme européen et le massacre de six millions d’entre eux il y a quelque soixante ans. Mais, en devenant Européens, les Juifs sont passés de l’état de peuple paria à l’état de peuple persécuteur, d’autant que leur européanisation s’est traduite pas la création d’un Etat dit juif sur une terre qu’ils ont conquises par les armes et dont ils ont chassés les habitants. Ainsi le sionisme, idéologie minoritaire parmi les Juifs avant le grand massacre, devenait l’idéologie officielle juive et intégrait la majorité des Juifs à la face sombre de l’Europe, celle des conquêtes coloniales et de l’impérialisme.

Aujourd’hui, alors que se lèvent en Occident des mouvements dénonçant cette face sombre, le sionisme, au nom de la défense des Juifs, tend à maintenir les Juifs européanisés dans le côté sombre de l’Europe. Réflexe de défense d’un sionisme qui a compris que sa survie, dans le climat de violence qu’il a installé en Palestine depuis la création de l’Etat d’Israël, dépend d’une part de son emprise sur la majorité des Juifs, d’autre part du soutien de l’Occident. On comprend alors que le sionisme, s’il s’est défini, à la fin du XIXe siècle, en réaction à l’antisémitisme européen, a besoin aujourd’hui de l’antisémitisme pour survivre.

C’est en ce sens que les manifestations de soutien à Israël peuvent être considérées comme de véritables provocations, ce que savent ceux qui se proclament les représentants de la "communauté juive", qui le sont peut-être, mais cela importe peu, et qui cherchent à maintenir cette "communauté" dans l’enfermement sioniste. C’est cela qui conduit ces représentants à identifier Juifs et Sionistes, en quoi ils réussissent en partie puisque certains croient qu’en s’attaquant de façon inconsidérée aux Juifs, ils s’attaquent au sionisme et à l’Etat d’Israël. Tout cela ne justifie en rien des actes antijuifs. Que ceux-ci relèvent de réactions spontanées ou qu’ils soient des actes réfléchis, ces actes sont inacceptables et par conséquent condamnables. Mais cette condamnation nécessaire ne saurait dédouaner les provocations de ceux qui soutiennent une politique criminelle et qui ont besoin de l’équation "juif = sioniste" pour faire marcher leur machine de guerre. C’est donc cette équation "juif = sioniste" qu’il faut casser, ce qui exige que s’affirment des juifs antisionistes avec ce double objectif :
-  dénoncer les crimes auxquels conduit l’idéologie sioniste
-  mettre en évidence l’impasse dans laquelle cette idéologie enferme les Juifs

Rudolf Bkouche
membre de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) et de l’IJAN (International Jewish AntiZionist Network)

(*) Je distingue ici l’antijudaïsme provoqué par le sionisme et la politique israélienne, de l’antisémitisme européen qui visait les Juifs en tant que Juifs et qui a contribué à en faire un peuple paria.

Publié sur http://www.protection-palestine.org/impression6840.html




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