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Compte-rendu de la 1ère rencontre sur le travail social dans la crise
lundi 30 mars 2009, par Josiane Reymond


Ce compte-rendu est publié sur le site du Portail pour l’accès aux droits sociaux
19 personnes, bénévoles et professionnelles travaillant dans des domaines divers, étaient présentes à cette première rencontre. La prochaine rencontre aura donc lieu le mardi 7 avril à 18H à la Maison de Quartier du Babet.



En introduction un petit rappel de l’objectif de cette rencontre :
Une grande inquiétude concernant la situation sociale globale. Toujours plus de personnes connaissent la précarité financière, l’impasse quant aux perspectives de travail, de formation. Le délitement du lien social entraîne chacun dans un isolement qui ferme de nombreuses possibilités de solutions alternatives en terme d’entraide, de solidarité. La réponse du travail social accentue ces difficultés et semble de plus en plus inadaptée, avec une vision réductrice de la personne. L’accueil est centré sur la situation individuelle, chacun est perçu comme responsable de ses difficultés sociales, comme incompétent en regard de ces problèmes, qu’il faut donc éduquer. Parallèlement à cette réalité, de nombreux réseaux collectifs, se forment pour réfléchir, s’organiser, devenir une force de proposition. Avec la conviction que les professionnels, les usagers ont toute légitimité pour intervenir dans les conceptions des politiques sociales et sur les conditions de leur mise en œuvre au service des usagers. Il est peut être possible ensemble, dans nos diversités, nos expériences, de mener à bien cette réflexion, cette recherche pour contribuer à construire d’autres conceptions de notre travail qui doit rester au service de la personne.

Voici ce qu’on peut retenir de nos échanges :

1 - Les constats :

Suite aux réformes de la protection de l’enfance, le service de sauvegarde qui assure le suivi de mesures éducatives judiciaires, est réduit à un rôle de prestataire de service, le Conseil Général devient le donneur d’ordre. Chaque mesure éducative fait l’objet d’un contrat, contrat de « dupe » (entre un citoyen et un inspecteur de l’Aide Sociale à l’Enfance). Il renforce les difficultés des personnes, leur laissant la responsabilité de ce qui se met en place pour eux sans que cela ait été construit avec eux. De ces réformes découle également la suppression des mesures d’accompagnement des jeunes majeurs (18, 21 ans), la PJJ et le conseil général en refusent actuellement le financement.
Face aux difficultés de compréhension, notamment avec les nombreux langages administratifs, les gens ne peuvent pas maîtriser leurs difficultés, ils doivent s’en remettre à des spécialistes.
En faisant rentrer les personnes dans des dispositifs, on se laisse gagner par des normes qui empêchent un réel accompagnement. Les gens internalisent une culpabilité du fait d’être au chômage, c’est à ça qu’aboutit la perspective individuelle.
Difficile d’être à la fois parents, travailleurs...
Réponses de plus en plus morcelées avec « des spécialistes » qui répondent dans leur domaine particulier, les services se font concurrence.
Obligation d’un nombre de dossiers à suivre pour chaque éducateur. Il n’y a plus d’espace pour se parler, on est complètement séparé et aussi interchangeable. La vision réductrice de chacun à son « pouvoir d’achat ». Pourtant on a d’autres besoins, d’autres aspirations.
Perte de repères et manque de réflexion sur le travail au quotidien. Utilisation des techniques de management dans nos boulots. La gestion électronique des documents n’est pas un outil neutre, ça nous façonne profondément, ça diminue le temps disponible pour les personnes. La nouvelle loi sur les tutelles aurait pu être positive, elle indique que les gens ont des droits et qu’il faut les appliquer, mais le financement est diminué. On ne parle plus d’éducatif avec les tutelles, on avait essayé de mettre en place un travail collectif, aujourd’hui il est question de contrat avec les familles. Le contrôle social c’est également le contrôle des travailleurs sociaux. Nos métiers sont mis en périls en termes de moyen, de disponibilité.
Le travail d’éducateurs spécialisés est prévu plus pour assurer la tranquillité des citoyens que pour mener un travail éducatif, pour faire émerger des projets et les accompagner dans leurs réalisations. « On veut des professionnels, pas des militants » entend-t-on souvent de la part de chefs de services. Les rroms font partie des populations qui ne sont pas prises en compte, il n’existe aucun ouvrage pour aider à mieux comprendre ces populations. Si on ne fait pas l’effort d’aller vers ces publics, ils resteront toujours très isolés.
Les personnes sont réduites à leur symptôme, par exemple, « l’alcoolique », pas évident de travailler avec des jeunes dont les parents ont été dévalorisés de la sorte.
Dans la prévention spécialisée c’est l’idée de marché, de contrat, d’appel d’offre qui tend à devenir la règle (par exemple une sorte d’appel d’offre pour qu’il n’y ait plus de voitures qui brûlent). Il y a aussi la volonté de vouloir faire sortir la société civile des appareils d’état (ex de la tentative d’exclure la cimade des CRA, les Centres de Rétention Administratifs, où elle accompagne les personnes étrangères qui y sont enfermées).
Un collectif des animateurs socioculturel s’est organisé suite aux premières baisses de subventions, à la marchandisation du travail social (on parle maintenant de « lot de RMISTES »). Questionnement en terme de survie : avec la perte de financements la tentation est d’accepter des commandes pour garder des financements et maintenir l’emploi. Les fédérations d’éducation populaires ont oubliées ce qu’était l’éducation populaire, elles sont dans des logiques de services et non plus pour nous rappeler le sens de notre travail.

2- Ce qui se construit pour faire avancer les droits :

L’association ALPHA cherche à répondre aux besoins d’apprendre à lire et à écrire et de faire face à des demandes très différentes : auprès de personnes qui ne sont jamais allées à l’école, de femmes maghrébines en France depuis longtemps, immigrés primo arrivants, demandeurs d’asile qui ont un besoin urgent d’accéder à un français de secours.
ALPHA travaille avec le réseau du Portail pour l’accès aux droits sociaux. L’objectif est de faire que les gens deviennent aptes à maîtriser les données de leurs problèmes, pour intervenir, construire des solutions, être entendus par les professionnels et les politiques, modifier les politiques publiques.
Le service municipal de direction de la coordination sociale des territoires s’efforce d’être centré sur l’accès aux droits, pour construire avec les acteurs associatifs des réponses aux problèmes repérés sur les quartiers, travail en lien avec le CUCS (Contrat Urbain de Cohésion Sociale) Le SEL des 7 Collines de St Etienne (Système d’Echange Local, association pour la mise en lien et l’échange entre personne) : face aux moyens de moins en moins évidents, le SEL peut répondre à quelque chose d’important au niveau de l’échange.

3- Nos questions :

Comment refonder la lutte contre la pauvreté, la précarité en partant des compétences des personnes ? Sortir du caritatif, sortir du contrôle social, développer un mouvement des personnes qui subissent les situations pour trouver des solutions, pour les aider à constituer une force d’interpellation, de créativité en maîtrisant toujours plus leur environnement et leur propre vie. En quoi les travailleurs sociaux peuvent-ils aider à l’émergence d’une telle démarche ? En se décalant un peu par rapport à la fonction de contrôle social et de techniciens appliquant des dispositifs qu’on veut de plus en plus leur faire jouer, en réfléchissant en tant que sujet, citoyen, est-il possible de se mettre au service d’autre chose ? Comment créer un mouvement de résistance et de constructions, organiser une solidarité ? De nombreux dispositifs qui arrivent de partout, jusqu’où est-on en train de perdre le sens ? Comment se donner un espace de liberté ?

4- Nos perspectives :

S’interroger sur l’absence parmi nous du monde de la formation qui a été détruit. Il est nécessaire d’étudier ce qui s’est passé dans ce domaine avec la marchandisation des actions, les appels d’offre qui ont mis en concurrence des organisations au départ associations d’éducation populaire. Le travail social n’a aucun sens si on travaille chacun dans son coin. Essayons de réfléchir ensemble à nos pratiques dans les différents domaines du travail social, avec l’objectif d’une société plus humaine : développer un travail de connaissance mutuelle à partir de nos visions, de nos pratiques, des résistances et alternatives qui sont tentées, partager et faire connaître des expériences, des initiatives, contribuer à leur donner de la force.
S’organiser aussi pour soutenir des gens qui décident de désobéir. Question de l’accès aux droits. Question de la place des bénévoles. Question de la formation. Importance de reconnaître les compétences du bénévolat associatif, il fait partie de l’histoire du quartier. Pouvoir se connaître entre professionnels et bénévoles d’associations. Souhait de co formation publics/professionnels/élus sur des thèmes qui nous concernent tous.
Nous souhaitons pour poursuivre, mieux connaître les initiatives concrètes, les réflexions, les réalités de chacun. Une ou deux personnes pourraient nous présenter ce à quoi elles sont confrontées et ce qu’elles s’efforcent de mettre en route sur leur « terrain ».

Nous avons décidé de créer une liste de diffusion pour favoriser les échanges : (travail.social@listes.droits-sociaux.fr).
Nous avons prévu un rythme de rencontres tous les 1er mardis du mois à 18h
La prochaine est Mardi 7 Avril à la Maison de quartier le Babet.

Josiane Reymond




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