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A L’OCCASION DE LA FÊTE DU LIVRE DE ST-ETIENNE
Le Café-lecture Le Remue-Méninges accueille les philosophes M. Benasayag et Angélique Del Rey
Pour une rencontre sur le thème : “la vie n’est pas quelque chose de personnel” (G. Deleuze)
mardi 29 septembre 2009


La Fête du Livre de St-Etienne est placée cette année sous le thème de "L’Autre", après l’avoir été sous celui du "Bonheur" en 2008. Le Café-lecture Le Remue-Méninges participe à cette Fête du Livre à travers plusieurs rencontres et ateliers avec des auteurs. Parmi celles-ci, la rencontre du samedi 24 à 21h avec les philosophes Miguel Benasayag et Angélique Del Rey. (voir aussi)

En préparation à cette rencontre, le café citoyen du mercredi 7 octobre sera d’ailleurs consacré à une présentation/discussion du livre “Le mythe de l’individu” (18h30-21h au Remue-Méninges, 59 rue Désiré Claude à St-Etienne).
Cette question est au coeur du travail de Miguel Benasayag. Dans la préface récente au livre “Disperser le pouvoir” de Raùl Zibechi, Miguel Benasayag parlant de la “vision d’horizontalité” des communautés indiennes d’Amérique latine, pour qui “les problèmes de chacun sont l’affaire de tous”, écrit : “l’Occident a modelé un type d’homme, l’homme individualiste préoccupé de lui-même...”, (mais) “il est possible d’éviter à l’individu de vivre cette sorte d’hallucination propre au modèle dominant, consistant à se sentir coupé de son prochain, de son environnement, du temps, de ce qu’il adviendra (...) Ce monde est celui du lien.”

Dans Article XI, Margot K vient de publier la deuxième partie de sa discussion avec Miguel Benasayag.
Voici quelques passages de l’interview, pour donner envie de la lire...(On peut la lire intégralement à : “Emmerder tous ceux qui vous emmerdent") et de participer à la rencontre du 24 octobre au Remue-méninges...

L’interview dans Article XI - “Nous avons un corps, nous sommes situés, nous sommes là et pas à côté et donc nous nous engageons...”

“On dit toujours que l’important n’est pas d’offrir de bonnes réponses, mais de trouver les bonnes questions. Et notre époque, sur beaucoup de points, se plante de question. La question n’est pas « Suis-je heureux ? », mais « Est-ce que j’assume ce qui se présente ? », car vivre, c’est ça.
(...) Notre époque perd de vue que le but de la vie n’est pas le bonheur et qu’il y a cette autre dimension, très concrète : ce qui se présente maintenant, dans l’instant... Et l’instant est toujours très aléatoire ! Par exemple, tu vas dans le métro ; il y a cinq wagon dans le métro parisien, tu aurais pu louper ce métro, mais tu as couru ; tu montes dans le troisième wagon et, dans ce wagon, il y a trois fascistes qui s’attaquent à un Arabe ; tu te dis : « Putain de merde, j’aurais pu ne pas prendre le métro ! J’aurais pu ne pas monter dans ce wagon ! Pourquoi est-ce que je dois assumer ça ? ». Et la seule réponse est : « Parce que c’est comme ça. » Est-ce que faire le choix d’assumer la situation est un bonheur ? Non, sûrement pas ! Je risque probablement de me prendre un pain dans la gueule ! Mais cette dimension-là, c’est la vie : une succession de situations qui se présentent à nous avec des asymétries. Après, le bonheur et le malheur...

(...) À vrai dire, l’être humain est traversé par des tropismes, des motivations, des désirs, qui n’ont rien à voir avec lui en tant que personne. Ils sont liés à l’espèce, à l’époque, l’histoire, la culture, l’art, la politique, les situations... Il est très préoccupant de ne pas se rendre compte que ce qui plaît à ma petite personne, ce n’est que dix pour cent des choses par lesquelles je suis traversé. Les quatre-vingt-dix pour cent restant viennent d’ailleurs. C’est là où il y a un refoulement terrible puisque, si quelqu’un ne veut suivre que son petit chemin d’individu, il est forcément en train de refouler la plupart de son être.
Nous sommes débordés en permanence par des désirs, des tropismes, des tendances, qui ne proviennent pas de nous en tant qu’individu. Nous sommes des sortes de carrefour. Et ces désirs, ces tropismes etc. qui représentent quatre-vingt-dix pour cent de notre constitution - ce qui est énorme - motivent une grande partie de nos actions. Ne pas assumer cette multiplicité, c’est prendre le risque de devenir barjo !

(...) Ce que notre société appelle adulte, c’est quelqu’un qui a renoncé à tout, qui ne s’occupe que de ces dix pour cent personnels, qui est au service des biens... Ce que l’on entend communément par "adulte " est quelque chose de très destructeur, de mortifère. Dans ce sens il, y a une vraie perversion des mots. Être adulte, ce n’est pas forcément négatif, si on prend en compte cette idée d’assumer la responsabilité de ce qu’on n’a pas choisi.
(...) Il y a une façon d’être adulte qui n’est pas dans l’écrasement de l’enfance. Il y a une façon d’être adulte qui est, selon la phrase de Sartre, de se montrer responsable de ce qu’on n’a pas choisi. C’est la façon positive de considérer l’être adulte, ça peut impliquer les problèmes écologiques, sociaux, mais c’est également la conscience des situations et la responsabilité qui en découle.

(...) D’un point de vue psychanalytique, la plupart de mes collègues considèrent comme "adulte " l’homme ou la femme qui n’est plus dans un rapport imaginaire avec le monde. Si quelqu’un vient en consultation en disant : « Je ne peux pas dormir parce que dans le collège en bas de chez moi des flics sont venus chercher deux mômes, et que je n’ai rien fait pour l’empêcher », le psychanalyste, s’il fait son métier, va l’aider à se déculpabiliser. Il va l’aider à comprendre que les deux enfants lui font penser à lui et à son petit frère quand ils étaient petits et que sa maman lui tapait sur les fé-fesses. C’est ça, le boulot de faire que les gens deviennent adultes, en psychanalyse. Il faut le dire très concrètement, et pas seulement en psychanalyse mais aussi en pédopsychiatrie, les trois quarts de mes collègues travaillent dans ce sens : le monde c’est ton nombril ! C’est absolument terrible.

(...) Il y a ce qui est simple et ce qui est facile. Et ce qui est simple n’est pas facile. À chaque carrefour de la vie, il ne faut pas exagérer, on sait très bien ce qu’il faut faire ! (...) Cette simplicité ontologique nous met dans des trucs très compliqués, c’est évident, mais c’est de la mauvaise fois de dire qu’elle n’existe pas !
Vivre, ce n’est pas autre chose que ça : le plus souvent possible, assumer cette voix de la simplicité dans laquelle il n’y a pas de prises de tête. Par exemple avec les métèques sans papiers, tu te dis : « Je n’ai aucune idée de ce que va devenir la France, de ce que va devenir le monde. » Très bien. Mais voilà, il y a des connards de flics qui viennent chercher les mômes dans les écoles... Un métèque, fils de métèque, qui va à l’école et qui est venu ici pour survivre... Franchement, c’est si complexe que ça ? Elle n’est pas assez claire, l’asymétrie ? Il ne faut tout de même pas déconner ! Tous ces gens qui moralisent et qui disent à tour de bras « Sois sérieux mon petit, pense au futur ! », sont en fait des petites canailles qui essayent d’estomper ce qui est simple et évident. Pourquoi est-ce qu’ils disent « Pense au futur », « Pense à tes enfants », « Pense à ton compte en banque » ? Simplement pour dévier le regard de ce qu’il se passe dans le quotidien, dans le présent. Pour camoufler ce qui nécessite du courage et qu’il faut assumer. C’est une manœuvre de diversion.

(...) La question c’est à quoi les gens ne demanderait pas « Pourquoi faire ? », parce qu’attention, faire l’amour avec quelqu’un, il arrive que l’on demande pourquoi faire. L’utilitarisme arrive même jusque-là... J’ai des patients qui vont dire : « Après tout, faire l’amour avec quelqu’un, s’il n’y a pas de suites, à quoi ça sert ? ». Donc, la seule chose sur laquelle on ne pose pas la question du sens, c’est gagner de l’argent. Toute activité ne trouvera sa justification que si elle est un moyen pour arriver à une fin. Et la seule activité qui serait une fin en soi, c’est gagner de l’argent puisque même les rapports amoureux et amicaux sont rongés par l’utilitarisme.

(...) Nous pourrions ainsi, dans la logique utilitariste, nous demander à quoi sert la poésie, à quoi sert la musique, à quoi servent la solidarité et l’amour entre les hommes, ou bien encore à quoi servent le respect de la vie des animaux, le respect de la nature. Des gens bien intentionnés, afin de s’opposer à la folie néolibérale utilitariste, tentent de démontrer l’utilité profonde de ces choses-là. C’est aussi ce qu’on fait un certain nombre de révolutionnaires dans ce siècle en essayant d’opposer à l’utilitarisme capitaliste un utilitarisme socialiste.
Il ne s’agit nullement de regretter l’Histoire, mais, si nous voulons que tant de souffrances et d’efforts révolutionnaires n’aient pas été vains, il faudra bien en tirer la conclusion qu’un utilitarisme « alternatif » ne saurait en aucun cas vaincre l’utilitarisme capitaliste, car le capitalisme est dans son essence même la conception que le monde, la nature et les hommes sont des utilisables. Il ne peut donc pas, par définition, exister d’alternative utilitariste au capitalisme.
(...) Il faut construire ici et maintenant des situations sociales capables d’assumer que le partage, la poésie etc., sont des biens et des fins en soi.

(...) Il y a, dans l’Occident, une façon de faire diversion par rapport à ce qui est évident et simple. Elle consiste à faire du faux sérieux, à opposer des doutes, en refusant d’être dupe... et elle tombe souvent dans le ridicule. Par exemple, aujourd’hui tout le monde est « lucide » par rapport aux années soixante-dix, mais reste que tout le monde est très dupe des années deux mille ! Et l’on parle beaucoup des années soixante-dix histoire de ne pas se pencher sur les années deux mille... Et puis être lucide par rapport aux années soixante-dix, c’est un peu tard !
Dans la pensée occidentale, il y a effectivement une confusion entre lâcheté et intelligence. Il y existe un certain scepticisme qui a bonne presse. Dans les dîners mondains et les salons parisiens, être quelqu’un qui a des certitudes et des convictions, ça fait dîner de cons ! On les aime bien, mais uniquement pour s’en amuser avec un œil condescendant, un peu comme on regarde un gamin qui annonce fièrement qu’il sera cosmonaute ! Il y a des dimensions, dans l’engagement et le désir, que l’on ne peut pas expliquer consciemment avec des doutes. Il faut accepter, comme dirait Freud, que l’on est pas maître chez soi - Je ne sais pas si les mecs faisaient référence à ça ! En tout cas, on ne peut pas être désirant et cartésiennement conscient. C’est impossible. Si on est désirant dans le sens de Deleuze chez qui le désir est un désir situationnel et où on considère que l’époque désire à travers soi... Au lieu d’être dix ans dans la guérilla, j’aurais pu être dans le coma pendant ces dix ans-là et ça n’aurait rien changé ! Bien entendu qu’il y a un non-sens dans ce qu’on fait... Parce que la vie n’a pas de sens, parce que l’Histoire n’a pas de sens... Mais si on va chercher la cinquième patte au chat, à vrai dire, il n’y a aucune raison de faire quoi que ce soit ! Le souci, c’est que nous avons un corps, que nous sommes situés, que nous sommes là et pas à côté et donc que nous nous engageons. Et nous ne nous engageons pas parce que nous avons raison universellement, et c’est ça, qu’en Occident, on a du mal à accepter. Bien entendu qu’on est un peu con quand on s’engage, bien entendu ! Mais l’option ce n’est pas d’être con en s’engageant ou d’être intelligent autrement ! L’option, c’est d’être con en s’engageant, mais aussi vivre une vie digne de ce nom, ou être un lâche, un collabo qui ne vit que partiellement. L’avantage de savoir qu’il y a un côté con dans l’engagement, c’est de pouvoir essayer dans la mesure du possible de ne pas être Pol Pot. Et il y en a plein, des petits Pol Pot, qui n’ont pas tué une mouche et qui sont convaincus de détenir la vérité universelle ! Je ne parle pas du doute, mais savoir que l’on est pas dans une vérité universelle transcendantale, ça sert pour lever le pied à certains moments. Par exemple, mon combat pendant la résistance, c’était la lutte armée. Dans ce contexte, être conscient de ça, permet de ne pas passer du côté des barbares en se permettant n’importe quoi tant on est convaincu d’avoir raison... Et croyez-moi ça arrive plus vite qu’on ne l’imagine. Il faut accepter notre part de connerie et ne pas s’accrocher à l’idée d’être lucide tout le temps, ce qui impliquerait ne pas avoir de corps... Surtout que s’extraire d’une situation est une illusion narcissique. Personne ne s’extrait réellement d’une situation. Ou alors, il ne vit pas.

Les livres de Miguel Benasayag et Angélique Del Rey peuvent être commandés à la librairie Lune et L’autre, 19 rue Pierre Bérard, à Saint-Etienne (http://www.myspace.com/lune_et_l_autre)




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