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Misères du présent, richesse du possible (André Gorz)
Notes de lecture sur le livre...
jeudi 15 octobre 2009, par Josiane Reymond


Un café citoyen autour de la pensée d’André Gorz a eu lieu au Remue-Méninges le 2 septembre dernier (Voir) . Voici des notes de lecture sur le livre “Misères du présent, richesse du possible” qui a servi de base à cette rencontre.
contact pour continuer à discuter : josianereymond@orange.fr

André GORZ nous annonce cette bonne nouvelle : « la sortie du capitalisme a déjà commencé ».
Ce livre permet de mieux comprendre comment cette économie productiviste en place depuis deux siècles a colonisé notre pensée, nos valeurs, notre culture. Comment on y participe et on la renforce, comment finalement on accepte comme faisant partie de la réalité, ce nombre croissant de personnes aux situations de plus en plus désespérées.
Il n’y a rien de possible avec ce système, il y aura toujours plus d’exclus. Les catastrophes écologiques vont devenir irréversibles.
Pour André GORZ, le changement ne peut venir que des mouvements citoyens, de toutes ces expérimentations qui jaillissent un peu partout et qui déjà construisent une nouvelle réalité. Il faut multiplier les initiatives alternatives, c’est le seul moyen pour transformer nos valeurs, changer de paradigme, sortir de notre isolement, de nos cloisonnements, refonder des solidarités.
« Le niveau local étant le plus près de la réalité vécue, c’est à ce niveau qu’une régulation peut être la plus efficace et la plus immédiate. L’alternative à la globalisation est la relocalisation de l’économie, le développement local et humain. »
De toutes ces expérimentations, il émerge une autre orientation politique, culturelle et sociale. Ainsi nous changeons d’ère pour construire l’ère de l’écologie et du développement humain.
Voici les idées forces de sa réflexion.

1 - Qu’est ce que le capitalisme, à quoi aboutit la mondialisation du marché ?

Le capitalisme, c’est penser en terme de productivité, de capitaux, de taux de profit. L’investissement permet de réduire le temps de travail pour dégager une plus value sur le temps payé. La masse sans précédent des capitaux dans l’histoire a obtenu des taux de profits sans précédent. Ces capitaux ont réussi à faire produire des volumes croissants de richesse tout en consommant de moins en moins de travail, en distribuant de moins en moins de salaire, en payant de moins en moins d’impôts, en cessant de ce fait de financer les coûts sociaux et environnementaux engendrés par la production. L’impératif de la compétitivité a conduit à la mondialisation de l’économie et au divorce entre les intérêts du capital et ceux de l’état nation. Les firmes réalisent des bénéfices là où elles payent le moins d’impôts, elles négocient de puissance à puissance avec les Etats, les mettent en concurrence et implantent leurs unités de production là où elles obtiennent les subventions et les dégrèvements les plus importants.
Grâce à la mondialisation du marché libéré de toutes règles, le capital s’émancipe des Etats, substituant aux sociétés Etats un Etat virtuel sans territoire ni frontière en mettant en place un Etat supranational, omniprésent, possédant ses institutions, ses appareils et ses réseaux d’influence propres (OMC, FMI, OCDE, Banque Mondiale).

2 - Le système marchand mondial abolit massivement le travail

Un travail qui doit remplir une fonction socialement identifiable par les compétences socialement définies qu’il met en œuvre selon des procédures socialement déterminées. Il doit être un métier, une profession, la mise en œuvre de compétences institutionnellement identifiées selon des procédures homologuées. _ C’est une construction sociale, un puissant moyen de normalisation, un travail qui réprime la création individuelle ou collective de besoins et de compétences nouveaux. _ Les citoyens ont des droits dans la mesure où leur cas correspond à une classification préétablie et par la nomenclature officielle des besoins.
Alors que « le travail vivant » est une maîtrise de soi et du monde ambiant, nécessaire au développement humain.

3 - La mondialisation est une réponse essentiellement politique à la crise de la gouvernabilité des années 70

-  Cette crise se manifestait à tous les niveaux de la société. Aux Etats-Unis, la crise avait pris, dès l’été 1964 des formes quasi insurrectionnelles : les émeutes du prolétariat noir, des actions d’insubordination de masse et de sabotage dans les grandes usines et les universités.
-  Les mouvements sociaux cherchent à changer la vie en la soustrayant à la logique de la productivité, de la standardisation, de la consommation de masse.
-  L’Etat providence, les prestations sociales n’ont pas réconcilié les populations avec la société capitaliste. L’Etat s’est substitué à des pans entiers de la société civile, il est devenu vulnérable par l’importance même de ses fonctions.
-  L’expansion des économies rencontre des limites malgré les politiques de relance de la croissance, les marchés intérieurs sont saturés, les profits tendent vers 0, c’est le risque le l’effondrement de ce système.
-  Certains pays aux politiques sociales avancées menaçaient ce système. Le parti social démocrate suédois prévoyait que les fonds sociaux gérés par le syndicat allaient racheter les principales entreprises pour les gérer et les développer comme des coopératives ouvrières, ses dépenses publiques approchaient 70% du PIB.
Il faut substituer à l’Etat un ordonnateur invisible, anonyme : le marché avec ses lois sans auteur donc inattaquables. Ainsi, briser le pouvoir des négociations syndicales. « Le capitalisme a déclaré la guerre au prolétariat et il a gagné. » _ L’Etat doit se mettre au service de la compétitivité des entreprises en acceptant la suprématie des lois du marché. C’est le début de l’exode du capital et le développement des multinationales.
Avec le développement et la pression des grands groupes transnationaux, la limite des barrières douanières qui limitaient la libre circulation des marchandises n’est plus possible.

4 - La transformation du mode de production pour optimiser la compétitivité

Nous sommes passés du mode de production fordiste, avec une organisation du travail qui enferme l’ouvrier dans un système de contraintes, qui lui enlève toute marge d’initiative, à la lean production (production claire) des japonais. Dans ce mode de production, les ouvriers doivent comprendre tout le système de fabrication, tout le processus dont ils assument la responsabilité. La première tache des ingénieurs est de comprendre les idées des ouvriers et non de leur dire ce qu’ils doivent faire.
L’asservissement est porté à son comble, obligeant les ouvriers à placer l’intérêt de l’entreprise au dessus de tout. Les décisions de production restent de la seule compétence des responsables du capital.
Dans les contrats de travail, il y a engagement à ne jamais faire grève, à ne pas adhérer à un autre syndicat que le syndicat maison. Ce qui alimente la culture de l’entreprise, avec formation spécifique à l’entreprise, comportement, vocabulaire. Pour beaucoup, le lien à l’entreprise devient le seul lien social.
La domination du capital va se trouver partout, l’identité des individus, leurs valeurs sont perpétuellement fabriquées. Les employés se donnent entièrement dans des activités gratifiantes mais dans lesquelles ils se font l’instrument d’une volonté étrangère.
Les travailleurs embauchés dans les grandes entreprises sont une petite élite, ils ont été sélectionné dans une masse d’individus aussi aptes qu’eux, de façon à perpétuer l’éthique du travail dans un contexte économique qui en a un besoin de plus en plus réduit. Plus la productivité au travail croît, plus croissent aussi le chômage, la pauvreté, l’inégalité et le taux de profit. Plus ils s’identifient au succès de leur firme, plus ils contribuent à intensifier la concurrence, à rendre plus meurtrière la course au rendement, plus lourdes les menaces pesant sur l’emploi. _ Nous avons évolué vers une logique où l’entreprise mère emploie seulement 15% de la main d’œuvre qui concourt à la fabrication du produit complet. La firme mère externalise toutes les tâches spécialisées que d’autres peuvent assumer à meilleur compte. La dépendance dans laquelle elle tient ses sous traitants lui permet d’imposer des baisses de prix continuelles, de leur faire supporter les fluctuations de la demande. La main d’œuvre est ainsi divisée en deux catégories, des salariés permanents et à temps plein, des travailleurs périphériques de précaires d’intérimaires à horaires et salaires variables.
L’entreprise a trouvé l’arme absolue contre l’identité et l’organisation des ouvriers, la discontinuité du travail, l’individualisation, l’abolition massive du travail, l’insécurité de tous : qui perd l’emploi, perd tout.

5 - La sortie du capitalisme : les limites du système franchies, les prises de conscience

La crise du système tient au fait que la masse des capitaux accumulés n’est plus capable de se valoriser par l’accroissement de la production et l’extension des marchés.
Il y a une limite qui ne peut être indéfiniment reculée, même si les entreprises se délocalisent.
Le capitalisme a cherché à créer des besoins croissants de consommation individuelle sans s’occuper des conditions de leur satisfaction. Il a éludé la question qui est à l’origine des sociétés, une façon de gérer les ressources limitées de manière qu’elles suffisent durablement à couvrir les besoins de tous.
Le tout marchand s’impose partout (service public, protection sociale).
Le capitalisme n’offre aucune perspective d’avenir. Il n’y aura plus de croissance dont les fruits puissent être redistribués et utilisés pour un programme de transformations sociales.
Jamais la fonction indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’identité personnelle n’a été évoquée aussi obsessionnellement que depuis qu’il ne peut remplir aucune de ces fonctions.
Devenu précaire, intermittent, l’emploi cesse d’intégrer dans un collectif, il cesse de structurer le temps, il cesse d’être le socle sur lequel chacun peut construire son projet de vie.
Il n’y a rien à attendre de décisif des Etats qui au nom de l’impératif de compétitivité ont abdiqué pas à pas leur pouvoir entre les mains d’un quasi Etat supra national

6 - Nous sortons de la société du travail sans la remplacer par aucune autre

« Les causes de notre échec ne sont pas dans la force supposée de nos adversaires mais bien dans la faiblesse de nos propositions » (jean ZIN). Il manque une conscience commune à tous publiquement formulée.
Le système repose sur une production de richesses de plus en plus déconnectées du travail, mais le droit de chacun à un revenu suffisant reste connecté à l’existence d’un travail mesurable, classifiable vendable.
Le droit au travail est revendiqué comme un droit politique d’accéder à la citoyenneté. Le cœur du problème : déconnecté du travail le droit d’avoir des droits.
Nous restons prisonniers de l’imaginaire salarial et marchand, il faut construire une autre culture : l’ère de l’information, de l’écologie, du développement humain.
Une autre voie s’ébauche, il est important de repérer ce qui existe déjà : les discontinuités du travail, le temps libre, les aspirations à disposer de son temps, à sortir des contraintes du travail salarié, à des échanges, des constructions collectives. Nombreux sont ceux qui manifestent leur résistance quotidienne à la raison économique, font surgir des questions et des réponses, développent dans les faits une politique de la vie quotidienne qui se fonde sur la liberté d’agir.
Chercher comment cette autre vie peut être préfigurée dans des expérimentations, des modes alternatifs de production, de prise en charge autogérée des besoins collectifs.
Le changement culturel a besoin d’être traduits par des pratiques et un projet politique pour trouver une expression collective capable de s’inscrire dans l’espace public.
Il faut cerner les thèmes dans lesquels les sujets puissent reconnaître leur aspiration commune.

7 - Proposition d’un ensemble de politiques pour une véritable écologie

-  Droit pour tous de choisir les discontinuités du travail sans subir des discontinuités de revenu.
-  La sortie du marché : produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons, pour réfléchir à ce dont nous avons réellement besoin.
-  Redéfinir par concertation, compte tenu de l’environnement et des ressources, la norme du suffisant. La décroissance étant un impératif de survie.
-  Résistance à la raison économique : développer une politique de la vie quotidienne qui se fonde sur la liberté d’agir. Elargir les moyens qui permettent la production de mode de vie différent.
-  Une société de la multi-activité et du temps choisi, où les activités choisies ne sont plus en marge de la société, où chacun peut montrer sa valeur non plus par son travail professionnalisé.
-  Garantir à tous un revenu suffisant.
-  Favoriser de nouveaux modes de coopération et d’échange pour la cohésion sociale.

8 - Garantir le revenu

Aujourd’hui, ce qui manque ce n’est pas le travail mais la distribution des richesses. Il faut répartir au mieux tout le travail socialement nécessaire et toute la richesse socialement produite.
Plus le revenu de base est faible, plus l’incitation à accepter n’importe quel type de travail sera forte et plus se développera un patronat de négriers spécialisé dans l’emploi d’une main d’œuvre au rabais dans des entreprises de location ou de sous location de services. Un revenu d’existence très bas est en fait une subvention aux employeurs, elle leur permet de se procurer du travail en le payant en dessous du salaire de subsistance.
L’allocation d’un revenu suffisant vise à affranchir des contraintes du marché du travail et doit donner des moyens de se prendre en charge.
Il n’est pas question de laisser les individus seuls face au marché sous prétexte qu’ils auraient un revenu garanti, mais d’offrir un soutien, faciliter les collaborations et les échanges, fournir les moyens de l’autonomie. La perspective est celle d’un développement des équipements et services collectifs, des échanges non monétaires, des auto-productions. L’important c’est la construction collective de l’autonomie individuelle et la construction la solidarité sociale, c’est de faire société. Nous entrons dans une ère nouvelle, l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain qui s’oppose point par point à l’ère de l’énergie de l’économie et du marché. _ La déconnection du revenu et du travail doit être replacé dans le système dont elle fait partie. Le revenu garanti n’est que l’un des aspects. L’essentiel est bien d’assurer une production alternative, à partir de ce travail libéré, intégrant la dimension écologique.
Le revenu garanti oblige à changer toutes nos façons de penser : passage du travail contraint au travail autonome, d’un travail subordonné à un travail valorisant, de la sécurité sociale au développement humain, de l’économie à l’écologie.
C’est pour assurer la production, que nous voulons la plus écologique possible, qu’il y a besoin de revenu garanti, parce qu’il y a nécessité de sortir d’un productivisme insoutenable et de l’absurde dépendance entre travail et consommation.
Sortir du productivisme, ce n’est pas ne plus rien produire, mais assurer une production caractérisée par la réorientation de l’économie vers l’immatériel, le développement humain, les échanges locaux.
L’allocation universelle correspond à une mise en commun des richesses socialement produites.
Elle met en évidence le non sens d’un système qui réalise des économies de temps de travail mais fait du temps ainsi libéré une calamité parce qu’il ne sait ni le répartir ni répartir les richesses produites, ni reconnaître la valeur intrinsèque du loisir et du temps pour les activités supérieures. Pour consommer autrement, il faut produire autrement et d’abord localement

9 - Pour sortir de la société multi salariale : la multi activité, la reterritorialisation

Il faut apporter des réponses au besoin impérieux d’un revenu suffisant et stable et au besoin d’agir, d’œuvrer, de se mesurer aux autres, d’être apprécié.
La forme d’un travail commandé et payé occupera de moins en moins de place dans la vie de la société et dans la vie de chacun. Au sein de celle-ci pourront alterner des activités multiples dont la rémunération et la rentabilité ne seront plus la condition nécessaire ni le but. Les rapports sociaux, le sens de chaque vie seront produits par ces activités qui ne valorisent pas le capital.
L’enjeu est en un mot : la possibilité pour l’autonomie des personnes de se développer indépendamment du besoin des entreprises. Une autonomie qui permette la réappropriation par chacun de son temps et qui peut mettre fin à l’asservissement à l’économie.

Il faut joindre encore à ces droits élémentaires :
-  le droit à l’initiative économique.
-  le droit à la valorisation de nos talents.
-  le droit à l’assistance mutuelle, au soutien, aux conseils, à la formation.
-  le droit au temps choisi qui mettra chacun en mouvement vers d’autres modes de participation à la vie collective.
La réponse au chômage, à l’exclusion et au besoin de resocialisation passe par l’essor de la multi activité et la diversification des lieux d’appartenance.
Pour que la multi activité se développe, il faut que la société s’organise dans ce but par un ensemble de politiques spécifiques. C’est-à-dire que le temps et l’espace sociale soit aménagé de manière à signifier que la norme est que chacun puisse appartenir à une entreprise coopérative d’autoproduction, à un réseau d’échange de services, un groupe de recherche et d’expérimentation scientifique, un orchestre, un atelier d’art dramatique.... et que le but n’est pas de sélectionner, d’éliminer mais d’encourager chaque membre à se renouveler dans la coopération compétitive avec les autres, cette poursuite par chacun de l’excellence étant un but commun à tous.
La construction d’un nouveau mode de production ne peut être réalisé sur ordre politique mais doit se développer à partir d’initiatives locales. Le développement local est déjà la source principale de richesses. La globalisation marchande commence avec l’éloignement des financiers. Nous devons construire une économie insérée dans son environnement, à taille humaine, constituée de rapports de face à face.

10 - Redistribuer le travail, libérer le temps

Une politique de RTT ne peut être efficace que si elle est évolutive et transcende le simple niveau de l’entreprise. Si elle veut à la fois répartir un volume décroissant de travail sur un nombre croissant d’actifs, offrir des possibilités accrues de temps choisi, elle doit rendre le travail de plus en plus discontinu, proposer aux actifs des formes des discontinuité et transformer celle-ci en liberté nouvelle : en droit de travailler de façon intermittente et de mener une vie multi active dans laquelle le travail professionnel et les activités non rémunérées se relaient et se complètent.
Ce droit au travail discontinu est aux Pays-Bas et au Danemark une politique sociale, un choix de société. La discontinuité du travail n’entraîne pas la précarité de l’emploi. Au contraire, plus le travail est discontinu, mieux la sécurité de l’emploi peut être assurée. Le travail discontinu n’est rien d’autre qu’une réduction du temps de travail avec répartition de l’emploi sur un plus grand nombre. Une même tâche est partagée par plusieurs personnes qui s’y relaient et qui chacune, ont d’autres centres d’intérêt et exercent d’autres activités. C’est une forme de droit au temps choisi.

11 - Coopératives municipales

Il faut compléter le revenu garanti par des coopératives municipales et des monnaies locales, constituant les trois piliers d’une alternative écologique.
La fonction des coopératives municipales serait de constituer des centres ressources, des lieux d’échange, destinés au soutien de la production locale et des activités autonomes, au développement de la coopération entre les participants tout comme à la valorisation des compétences disponibles, être les véritables institutions au développement humain.
Le caractère municipal de ces coopératives permet de garantir leur pérennité, de sortir de la pression du marché concurrentiel, d’avoir une gestion politique dans une démocratie de face à face. Sans une telle structure productive, la relocalisation resterait marginale.

12 - Cercles de coopérations : les SEL

Ils sont les premières expérimentations de ce mouvement de relocalisation de l’économie en réponse à la globalisation marchande. Ils répondent au problème du chômage, à l’impossibilité des masses à vendre leur force de travail, en fondant les échanges économiques sur une autre base.
Leur principe fondateur est que toute personne a des capacités, des compétences dont d‘autres peuvent avoir besoin. La monnaie locale lie toute acquisition à une dépense de travail et de temps, elle abolit le fétichisme de l’argent et de la marchandise, incite à une réflexion sur la réalité des besoins, fait obstacle au gaspillage.
Un chercheur suédois qui s’est intéressé au potentiel de transformation éco sociale que présentent les SEL voyait en eux un levier pour faire des gens les acteurs de développement. Il proposait d’associer dans chaque commune la population toute entière au mouvement coopératif en dressant un inventaire des besoins pouvant être couverts par la production locale, à commencer par les besoins en eau, chauffage, nourriture, transport, élimination des déchets... il proposait de dresser une liste de toutes les petites choses qui aiderait à rendre la vie plus active, gratifiante et le quartier plus agréable. _ Le SEL ne doit donc pas être conçu comme une mesure isolée, à l’intention des exclus, sa monnaie locale serait perçue comme l’argent des pauvres, ses prestations comme des astuces pour pacifier les quartiers chauds.
Les SEL auront tout leur sens dans un contexte où un revenu de base est inconditionnellement garanti à tous, où tout le monde travaille dans le système des échanges macro sociaux, y acquiert des compétences qui peuvent être échangées dans l’autoproduction coopérative locale de biens et de services. Il est alors envisageable que les coopérateurs se cotisent pour louer des équipements performants pour autoproduire les choses dont nous avons besoin pour vivre.
Son but doit être de prolonger tout au long de leur vie l’insertion des personnes dans le réseau des échanges sociaux. La valeur sociale des cercles réside en la création d’utilités qui n’auraient pu être produites et échangées et dans la démonstration qu’il y a d‘autres monnaies d’échange, d’autres sources de droits, plus concrètes et plus conviviales.
Elle réside dans l’établissement de relations de réciprocité stables, continues et loyales qui protège contre l’insécurité et la précarité. Elle réside dans l’autodétermination des prestations, et dans le caractère non hiérarchique des rapports sociaux.
Le but premier des monnaies locales c’est une reterritorialisation de l’économie, protégée des marchés financiers, c’est de servir de valeur d’échange pour les services de proximité et d’être au service du développement humain et local, d’une alternative au productivisme qui ne peut se construire que par le bas.

13 - Retour au politique :

Le SEL permet une expérimentation sociale à grande échelle qui peut faire entrevoir une société et une économie autre abolissant le salariat, le pouvoir de l’argent, la suprématie des lois du marché. Une médiation est nécessaire entre chaque communauté locale et la société, ces médiations sont les problèmes du politique.
-  La richesse d’une société dépend de l’existence des grandes collectivités territoriales, de grands appareils et services publics. Tout cela suppose que la société produise des règles connues acceptées et applicables à tous donc un droit, un appareil du droit, ce qu’on appelle un Etat.
Il est possible que la coopération productive et les échanges sociaux auto organisés se chargent de plus en plus d’une dimension politique, par laquelle est prise en compte l’insertion des activités locales dans leur contexte plus large, de sorte que les ensembles micro sociaux assument eux même une part croissante de leur médiation avec le tout social et deviennent acteurs des choix macro sociaux lesquels sont amenés à devenir complémentaires des activités micro sociales. Ce qui oblige les ensembles micro sociaux à penser leur but propre comme des expressions locales de buts universels.
-  La médiation politique n’est rien d’autre que ce travail jamais achevé qui cherche à produire de l’universel et à traduire les besoins en terme de droit, en mettant les besoins de chacun en consonance avec ceux de tous.




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