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Marc Dufumier : pour nourrir l’humanité, il faut revoir la copie !
lundi 23 novembre 2009, par Roger Dubien


Ce jeudi 19 novembre a eu lieu à l’ISARA à Lyon le colloque organisé par Rés’OGM info avec l’appui d’une vingtaine d’associations sur le thème “Nourrir l’humanité, un défi à relever ensemble”. Suivi le soir par une conférence-débat “Nourrir l’humanité, une histoire d’alliance avec la nature”. La journée a été un succès total du point de vue du nombre de participants (environ 250 au colloque, et autant - mais pas forcément les mêmes - à la conférence en soirée). Du point de vue du contenu des interventions et des ateliers (voir : http://www.resogm.org), on aura eu une diversité de contributions, avec d’ailleurs des contenus parfois contradictoires sur ce qui est en train de se passer et sur les solutions possibles pour la suite.

Différentes contributions, et le travail en ateliers, ont conforté l’idée qu’il n’y a pas d’impossibilités techniques à développer une agriculture agro-écologique intensive, capable de produire une nourriture saine pour les 9 milliards d’êtres humains que la planète devrait compter vers 2050, moment ou la population mondiale pourrait se stabiliser.
Sauf que les solutions techniques ne suffiront pas : ne serait-ce que pour mettre en oeuvre des méthodes culturales durables et capables de nourrir ces 9 milliards d’humains, le blocage est d’abord économique-politique.
C’est ce que Marc Dufumier a démontré. Professeur d’agriculture comparée et de développement agricole à l’Institut National Agronomique Paris-Grignon, il parcourt le monde et a la possibilité de se forger un approche synthétique sur les processus en cours. De quoi aider à dépasser cette ambiance d’impuissance dans laquelle on est empêtré devant l’aggravation de la situation alimentaire. Dans ces conditions, on se doute que son message ne fait pas plaisir à tout le monde, d’ailleurs ce n’est pas son but. On n’est pas dans la communication, là. Il appelle à rassembler 85% des gens, mais c’est “pour ne plus voir ça”, pour changer les choses. Et ça commence par regarder la réalité en face et se dire la vérité... On se dira qu’on doit bien ça à ceux qui meurent de faim, en ce moment même. Plus de 25 000 chaque jour...

Voici quelques points des interventions de Marc Dufumier :

Jamais autant d’affamés sur la Terre...
1 milliard et 20 millions d’êtres humains souffrent de la faim. C’est le bilan de la FAO (L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, impuissante à enrayer la montée de la faim et qui vient même d’abandonner son objectif d’éradiquer la faim au cours de son assemblée de Rome) en juin 2009 (Un sixième de l’humanité victime de sous-alimentation - triste record)
Jamais il n’y en a eu autant. C’est 100 millions de plus qu’en 2008. Et l’année d’avant on était à 852 millions... Depuis, on sait que les prix agricoles ont flambé. Et que de nombreux pays du Sud ont connu des émeutes de la faim.

Il faudra doubler la production végétale dans les pays du Sud.
6,8 milliards d’êtres humains aujourd’hui. Vers 9 à 9,2 milliards en 2050 (estimation moyenne).
Par région du monde, les estimations moyennes sont pour 2050 : 5,266 milliards en Asie, 1,998 milliard en Afrique, 769 millions en Amérique du Sud + Caraïbes, 445 millions en Amérique du Nord, 664 millions en Europe, 42 millions en Océanie.

“Serons-nous capables de les nourrir, et de les nourrir bien ? Au Sud, la question est : est-ce qu’on aura les 2 200 kilos calories par jour et par personne ?” Ce qui signifie environ 200 kgs de céréales par an et par personne...
A savoir également : il faut entre 3 et 10 calories végétales pour fabriquer une calorie animale. Donc...
La production végétale va donc devoir croître bien plus rapidement que la population mondiale. Et sans dommage pour le cadre de vie. Et de façon telle pour l’environnement que cela soit durable. Il faut donc construire une relation durable avec la nature.

La faute à l’augmentation des prix alimentaires ?
En réalité, non : il faut savoir que les prix des produits agricoles, en longue période, n’ont fait que chuter depuis un siècle et demi. Alors oui, il y a bien eu une hausse récente des prix des céréales, mais elle a eu lieu parce qu’elle a été voulue. Par contre, on a maintenant une extrême volatilité des prix de ces produits.
La tendance structurelle à la chute des prix des produits agricoles est le résultat de l’augmentation considérable des gains de productivité dans l’agriculture.

Aujourd’hui, à l’échelle internationale, les disponibilités ne manquent pas
“Insuffisance de la production mondiale ? Je suis ferme sur cette question : la réponse est non. Il faut 200 kgs d’équivalent céréales par habitant et par an, or on est à plus de 300 kgs (certains disent 350 kilos) (...) Les calories existent déjà. Le problème n’est pas sur le plan technique, ce n’est pas un manque de calories alimentaires pour nourrir le monde. Le problème est que des gens n’y ont pas accès. Et s’ils n’y ont pas accès, c’est parce qu’ils sont pauvres ! C’est un problème de répartition des revenus. Ils n’ont pas de quoi acheter les produits, ou bien ils n’ont pas de quoi les produire.”
C’est donc la pauvreté qui est à l’origine de la faim. Ce n’est pas le manque de productions végétales et de calories qui entraîne ces famines.
Mais alors où passe le surplus de production végétale ? Il va dans les usines d’alimentation du bétail des pays riches, notamment d’occident. Et maintenant aussi dans les agro-carburants pour voitures !

L’aide alimentaire est-elle la solution ?
Chiffres et graphique à l’appui, Marc Dufumier montre qu’existe une corrélation immédiate entre les quantités d’aide alimentaire distribuée et les prix agricoles. Les deux évoluent de façon inverse : dès que les prix montent, l’aide diminue ! “L’aide alimentaire n’est que la variable d’ajustement de nos surplus”. Les pays riches distribuent ...quand il n’y a pas plus d’argent à faire en vendant.

Aberrant : ce sont des paysans qui ont faim !
Entre les 2/3 et les 3/4 des pauvres qui ont faim sur la Terre sont des paysans ! Et le quart ou tiers restant étaient des paysans qui ont été chassés de leurs terres et ont rejoint les bidonvilles.
Cela veut dire que pour enrayer la faim, il faut arrêter l’exode rural. Marc Dufumier donne par exemple la situation actuelle de la Chine : malgré un énorme taux de croissance, la création d’emplois dans les villes est incapable d’absorber les travailleurs qui quittent les campagnes.
Marc Dufumier relie à cette situation le développement des migrations. C’est un processus de substitution des machines aux salariés agricoles, de faillite de nombreuses exploitations paysannes suite à leur endettement, d’exode rural précipité vers les bidonvilles, de migration vers les forêts, puis de migrations internationales...

Et pourquoi dans le Sud les fermes disparaissent-elles ? Parce qu’elles ne sont plus “compétitives” sur le marché mondial.

Pas de “marché libre” possible avec des écarts de productivité du travail de 1 à 200 !
Le problème majeur est la concurrence dans des conditions de productivité aussi inégales.
Il y a aujourd’hui dans le monde 1,3 milliards d’exploitations agricoles. Et la moitié des habitants de la planète sont des ruraux. 800 millions de fermes sont des exploitations manuelles. Environ 500 millions utilisent la traction animale. Et 28 millions seulement (dont 0,5 millions en France) sont moto-mécanisées.
Pour un paysan qui travaille à la main, il n’est pas possible de cultiver plus d’un demi-hectare par personne.
Marc Dufumier prend l’exemple du riz produit en Casamance au Sénégal et du riz produit en Louisiane aux USA (ce pourrait aussi être celui produit en Camargue) qui se retrouvent sur le même marché de Dakar.
En Casamance, un actif qui travaille manuellement peut cultiver 0,5 hectare avec un rendement moyen de 1 tonne à l’hectare, il en retire donc 500 kilos de riz. Pour la consommation de sa famille surtout. Mais il doit aussi en vendre un peu sur le marché de Dakar pour s’acheter quelques produits dont des médicaments.
Son riz se retrouve côte à côte avec du riz venant de Louisiane. Où un actif super-mécanisé cultive 100 hectares. Avec un rendement moyen de 5 tonnes à l’hectare, cela fait 500 tonnes, soit près de 1000 fois plus par actif qu’en Casamance. Même si on retire 80% pour les coûts de production et pertes diverses, il reste 100 tonnes par actif, soit 200 fois plus qu’en Casamance.
Et les deux riz devront se vendre au même prix sur le marché de Dakar. Il n’est pas possible dans ces conditions que les paysans du Sénégal puissent se faire payer leur travail et continuer.

Garantir aux paysans du Sud des prix incitatifs et stables
Il faut d’urgence aider cette paysannerie à s’équiper, en particulier de charrettes.
Il faut surtout d’urgence autoriser les gouvernements de ces pays à mettre des droits de douane pour résister à cette concurrence destructrice.
Il faut garantir à ces paysans des prix incitatifs et stables. Pour leur permettre de continuer à travailler sur leur ferme, de s’équiper, de nourrir leur famille, et arrêter l’exode rural. On voit partout l’agro-industrie chasser des paysans en leur disant qu’elle peut se passer d’eux et produire moins cher en utilisant des pesticides. On ne verra jamais des paysans chasser leurs enfants ou leur famille vers les bidonvilles en leur disant qu’ils pourront ainsi faire plus de profits sans eux.
Bien sûr, il faut arrêter de subventionner nos exportations européennes qui ne font qu’inonder ces pays et détruire leurs paysans ! Arrêter de faire du dumping pour fourguer nos surplus dans les pays du Sud !
Il faut qu’au Sud les paysans puissent vivre de leurs récoltes et nourrir leurs peuples !

Bref : “il faut revoir la copie” ! Cela veut dire aussi “ne rien signer dans le cadre du cycle de Doha” des “négociations” de l’OMC. Empêcher la “réussite” de ce cycle de Doha qui serait un désastre pour le Sud. Car l’objectif de ces “accords multilatéraux” est justement la libéralisation totale de l’agriculture !
Marc Dufumier appelle aussi à aider l’agriculture africaine à l’occasion des négociations sur le climat à Copenhague. “Il faut des transferts d’argent massifs pour aider les paysans du Sud à s’adapter aux changements climatiques”.

Reconvertir l’agriculture française et européenne
“Nourrir l’humanité” : oui ! Et ce n’est pas nous qui allons nourrir les pays du Sud, ce sont les paysans de ces pays.
Nous pouvons y aider en reconvertissant notre agriculture. Par exemple :
-  remettre des quotas !
-  que l’Europe renonce à exporter ses surplus !
-  cela libérera des terres ? Alors il faut y mettre des protéagineux, en produire ici (soja et autres légumineuses), et il faut mettre des droits de douane sur les protéagineux importés, les taxer. Cela signifie remettre en cause les accords de Blair House (1992) par lesquels l’Europe renonçait à mettre des droits de douane sur les protéagineux américains, c’est-à-dire essentiellement le soja des multinationales US. Marc Dufumier appelle cela “créer une taxe azote aux frontières”.
Il considère qu’il faut faire monter le prix de la viande, et en consommer moins. Et sans que ceci se fasse au détriment des paysans qui nourrissent leurs animaux à l’herbe et ne seront donc pas handicapés par l’augmentation des prix des protéagineux.

Réorienter les subventions de la PAC vers la restauration collective, notamment les cantines scolaires
Le “1er pilier de la PAC-politique agricole commune”, c’est pour la France 9,5 milliards de “subventions” versées aux paysans. Il propose de réorienter ces subventions pour les attribuer à la restauration collective (notamment les cantines scolaires), de façon à lui permettre de payer correctement les produits fournis localement par les paysans. Il estime qu’il est plus juste que ce soient les subventions de la PAC qui soient utilisées pour re-localiser (et libérer de la tutelle des centrales d’achats de la grande distribution) et faire passer au bio l’approvisionnement des cantines, plutôt que les impôts locaux.

“Techniquement, je suis hyper-optimiste”...
Si l’on est d’accord sur ce qui précède, alors oui, ça a du sens de s’occuper des alternatives techniques agro-écologiques dans les pays du Sud et chez nous.
Car oui, on peut augmenter les rendements ! Pas n’importe comment : il y a des errements techniques à ne pas refaire. “Ce que nous avons appelé la “révolution verte” a atteint ses limites”.
Par exemple :
-  il ne faut pas étendre les surfaces cultivées : 1,5 milliard d’hectares aujourd’hui. 4,2 milliards d’hectares sont cultivables. Mais nous devons “arrêter de déstocker le carbone”. Le problème de la fertilité des sols doit être élargi à celui de la fertilité des écosystèmes.
-  la recherche génétique ?“l’obstacle aujourd’hui, dans le Sud, ce n’est pas le potentiel génétique”. “Les paysans ont fait pendant des millénaires une énorme création de biodiversité végétale. Et depuis 150 ans, on fait le contraire !”. “Les paysans adaptaient les variétés aux écosystèmes. Maintenant, on en est à adapter les écosystèmes à un très faible nombre de variétés”, pour cultiver à grands renforts d’engrais chimiques, d’herbicides, de fongicides, d’insecticides...des variétés élaborées hors des conditions de production réelles, et qui ne produisent que si l’on rend toutes choses égales par ailleurs.
Alors les OGM, c’est catégoriquement non. Ils sont à l’opposé de ce qu’il faut faire.

La question est de faire en sorte “que pas un rayon de soleil ne tombe à terre”. De “faire un usage le plus intensif possible des ressources naturelles disponibles renouvelables”, de “gérer le cycle du carbone, de l’azote et de l’eau dans la même parcelle”. De remettre des légumineuses... L’agriculture moderne aujourd’hui, c’est l’agriculture écologiquement intensive, et elle demande une grande qualification. Marc Dufumier cite l’exemple de la culture sous des arbres acacia Albida au Niger...
Il estime qu’on peut parfaitement doubler la production végétale au Sud d’ici 2050.

Il n’y a pas mieux qu’une agriculture paysanne...
Les alternatives techniques ne manquent pas. Mais elles supposent :
-  des exploitations agricoles familiales...
-  ... de taille moyenne, donc une réforme agraire
-  avec des revenus suffisants pour couvrir les besoins de la famille et investir
-  avec une protection des marchés intérieurs
-  et une gestion sociale de l’eau.
“Il n’y a pas mieux qu’une agriculture paysanne et des prix garantis (...) une agriculture artisanale”.

C’est pourquoi “mon optimisme est largement tempéré par les questions politiques”, et nous “nous devons être très mobilisés politiquement”. Parce qu’il existe un lobby alimentaire. Pour relever ce défi de “nourrir l’humanité”, il estime qu’on doit le relever avec l’objectif de rassembler 85% de la population. Il répète plusieurs fois qu’il ne s’agit pas de stigmatiser les paysans par rapport à ce qui s’est passé, en les qualifiant des “productivistes”, mais de regarder tous les choses en face, de savoir, et d’agir.

Et à propos d’agir, il a parlé, face à l’ampleur du problème, de l’importance d’agir, de travailler, à toutes les échelles : du comportement individuel aux actions internationales...



En juin 2009, une interview de Marc Dufumier sur Basta !

Cette interview est en ligne à http://www.bastamag.net/






















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