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MENER UNE BATAILLE DES RETRAITES À LA HAUTEUR DE L’EXPÉRIENCE QUE NOUS FAISONS DE LA NOCIVITÉ DU CAPITALISME...(2)
Bernard Friot : En quoi l’emploi c’est capitaliste ? Et en quoi le salaire à vie c’est anti-capitaliste ?...
dimanche 24 octobre 2010


Suite de la publication de l’intervention de Bernard Friot à St-Etienne le 21 octobre... (Voir)

(...) En quoi l’emploi c’est capitaliste ? Et en quoi le salaire à vie c’est anti-capitaliste ?
L’emploi, ça n’est pas simplement le fait qu’il y ait un poste de travail. Evidemment, il faut bien qu’il y ait un poste de travail pour qu’il y ait emploi. Mais c’est pas ça l’emploi. L’emploi c’est le fait que c’est le poste de travail qui est qualifié, c’est le poste de travail qui est le support des droits. Pas de poste, pas de salaire. Ce qui est bien la preuve que c’est le poste qui est le support des droits, pas la personne.

L’emploi, c’est ce qui nous nie comme porteur d’une qualification. Ce n’est pas nous qui sommes qualifiés, c’est le poste. D’ailleurs qu’est-ce que fait une convention collective ? Elle établit une grille de qualification des postes. C’est pour cela que, alors que nous sommes les seuls producteurs - les seuls porteurs de la capacité à créer, c’est pas les postes, c’est nous ! - , nous n’avons aucune possibilité de l’exprimer si nous ne nous transformons pas en demandeurs d’emploi. C’est à dire si nous n’abandonnons pas toute maîtrise sur le travail. C’est ça l’emploi : c’est l’abandon de toute maîtrise sur le travail. Si c’est le poste qui est qualifié, l’employeur en permanence exerce le chantage à l’emploi. Si c’est le poste qui est qualifié, c’est l’employeur qui définit le contenu du travail, c’est lui qui décide qui travaille sur ce poste, qui ne travaille pas sur ce poste, c’est lui qui décide du lieu du poste de travail, et sur ces décisions, nous ne pouvons rien, ni individuellement ni collectivement. S’il y a un projet de délocalisation, les syndicats vont peut-être obtenir un report, parce qu’un repreneur va arriver, pendant 3 ans, en faisant suer le burnous il va couler la boîte un peu plus, il y aura peut-être encore un second repreneur, qui coulera la boîte définitivement, dans les 3 ans qui suivent, mais dans 6 ans, c’est plié ! De toutes façons tout le monde le sait !... Nous n’avons aucune maîtrise sur le travail dès lors que nous sommes au travail dans l’emploi.

Et c’est pour cela que la fonction publique est tellement attaquée aujourd’hui par les réformateurs. Les réformateurs ont deux cibles : la retraite, et la fonction publique. Parce que la fonction publique n’obéit pas à une logique d’emploi justement. Un fonctionnaire, son salaire n’est pas défini par son emploi. Et il n’y a pas de chômage chez les fonctionnaires. Certes les réformateurs tentent de l’introduire, tout ça, le coeur de la réforme c’est justement d’imposer aux fonctionnaires une logique de l’emploi, mais justement un fonctionnaire au sens strict n’a pas d’employeur. Il a un grade, comme on dit, et il est payé pour son grade. Le grade, c’est quelque chose qui est attribué à la personne du fonctionnaire, au terme d’une épreuve professionnelle. Et ce grade il l’a de manière irréversible. Il ne peut pas le perdre, il ne peut pas être diminué, il ne peut pas disparaître, il ne peut que progresser, au fil des épreuves de qualification qu’il passe, étant entendu que c’est pas du tout le Pérou puisque faute de maîtrise de la structure des qualifications, si on est, mettons, à un niveau de qualification qu’on va appeler corps C, c’est extrêmement difficile de passer en B, très difficile de passer en A. La mobilité - non pas la mobilité interne à l’administration, elle est très grande, c’est les fonctionnaires qui sont les plus mobiles -, mais la mobilité au sens de l’ascension de la carrière est extrêmement difficile, donc je ne veux pas rosir le tableau, mais j’insiste sur le fait que le fonctionnaire lui aussi, comme le retraité est payé à vie.

C’est pas l’emploi à vie, les fonctionnaires, je viens de souligner que c’est les plus mobiles des salariés, mais c’est le salaire à vie : il n’y a pas de chômeurs chez les fonctionnaires. Et d’ailleurs la défense que font les fonctionnaires de la fonction publique aujourd’hui, parce qu’elle est très attaquée, est assez maladroite. Ils disent : "nous avons droit à un statut spécial parce que nous avons des missions spéciales"... Ce qui est une façon de prendre les autres pour des cons relativement remarquable... Non, c’est pas une mission plus spéciale d’enseigner et de soigner, de juger, ou de tenir la comptabilité d’une administration, que de cultiver des tomates bios. C’est pas une mission plus spéciale, certainement pas ! Non, les fonctionnaires sont comme les retraités l’anticipation de ce qui devrait devenir le statut de tous pour que nous sortions de l’emploi qui est extrêmement mortifère : à savoir le fait d’attacher à chacun, dès sa première entrée dans un collectif de travail et jusqu’à sa mort, une qualification et le salaire qui va avec.

Dans une hiérarchie de, je ne sais pas..., la CGT parle d’une hiérarchie de 1 à 4 par exemple, avec des salaires qui iraient : le 1er salaire à 2000 euros par mois, le dernier à 8000 peut-être, on peut imaginer ce genre de hiérarchie, et un salaire moyen, compte tenu de ce que nous produisons, de l’énorme richesse qui est dans ce pays, en 2020, à supposer qu’on se donne une échéance de 10 ans pour parvenir à cela, en 2020 on peut être à un salaire moyen de 3500 euros, par mois, pas par an !, pour ceux qui se poseraient des questions. Avec progressivement, au fur et à mesure de la délibération politique, une réduction de la hiérarchie des salaires.



Donc, qu’est-ce que nous avons à dire aux jeunes par exemple ? Nous leur disons : "on va compter tes années d’études dans les annuités"... Bon, il faut leur dire, je suis d’accord, mais avec un truc aussi sexy, il n’y a pas danger que ça les trouble beaucoup ! C’est pas ça qu’il s’agit de dire aux jeunes et d’ailleurs à l’ensemble des actifs. C’est de leur dire : mais toi qui maquille tes diplômes pour trouver un emploi qui ne correspond pas à ce que tu sais et veux faire, toi qui galère dans l’expérimentation de lieux nouveaux du travail, libérés de la subordination ... mais tu as droit à un salaire à vie ! ! tu as droit à une qualification qui soit la tienne. Irréversible.
Nous en faisons l’expérience avec les retraités, et ça marche ! Et ben ma foi continuons, faisons-le pour tout le monde !

Vous voyez que, être révolutionnaire, c’est à dire proposer des changements qui suppriment des institutions capitalistes décisives - et le marché du travail est une institution capitaliste décisive puisqu’il nous nie comme producteurs, il fait de nous des mineurs sociaux, d’accord, qui allons d’emploi en emploi quémander l’autorisation de travailler, a des acteurs sur lesquels nous n’avons aucune prise, eh bien nous avons l’expérience massive - des millions de personnes - réussie... On a même maintenant - moi je regarde dans ma famille -, des secondes carrières de retraités plus fructueuses, plus heureuses, plus longues que la première. Ils ont été payés à vie pendant 30 ans, 35 ans, 37 ans 40 ans, et ils ont été très actifs, ils ont été heureux au travail.
Non pas parce qu’ils cumulaient un emploi et une retraite : ça, c’est ce que veulent les réformateurs. Comme retraités ! D’ailleurs un retraité n’est pas bénévole, il est payé ! Ce que je fais là n’est pas bénévole : je suis payé ! d’accord ? je suis payé : j’ai ma retraite ! Je travaille ! Je ne suis pas utile non plus, je ne suis pas la bonne soeur des temps modernes, d’accord ?

Qu’est-ce que c’était, les bonnes soeurs des années 50 ? Là il faut vraiment bien réfléchir sur qu’est-ce que c’est que le travail.
Dans les années 50, le travail infirmier n’était pas du travail, justement. Les soins infirmiers, qui étaient faits par des religieuses, essentiellement, c’était des religieuses qui faisaient les soins infirmiers, les soins infirmiers c’était des activités utiles. Mais c’était pas du travail.
Et alors on saluait les cornettes dans les rues, en plus c’est des femmes, alors on allait quand même pas les payer ! On les honorait symboliquement - les gens qu’on ne rétribue pas, on les honore symboliquement, on leur chante des petites chansons à la fête des mères, dieu sait s’il y a un long temps des écoles maternelles qui est occupé à préparer ce foutu machin, j’ai été suffisamment parent de gamins pour le savoir, maintenant on invente les pères, les grand-mères, on en finit plus mais enfin bon... On honore, on fait des grands poèmes à la femme éternelle... Donc ces femmes "avaient la vocation", elles ne travaillaient pas. Elles "avaient la vocation". Comment est-ce que cette activité utile est devenue du travail ? C’est devenu du travail lorsque les religieuses ont été remplacées par des infirmiers et des infirmières qui soit travaillaient dans le secteur public et du coup avaient un grade, et le grade transforme une activité utile en travail, c’est bien le même, c’est du soin infirmier, ça n’a rien changé, sauf que c’est devenu du travail...
C’était pas dans le PIB, pas de valeur économique. Qu’est-ce que c’est que le travail ? Le travail c’est la part de notre activité qui a une valeur économique. L’activité c’est le fait de créer de la richesse. On passe notre temps à ça : créer des biens et services. Dans notre vie la plus courante : emmener un handicapé sur son fauteuil quelque part, ou bricoler une lampe qui marche plus, ou n’importe quoi, tout cela c’est produire des biens et services, nous faisons ça.. L’essentiel de notre vie éveillée consiste à être actifs, en dehors de quelques fonctions physiologiques et de quelques activités strictes de consommation, nous sommes en permanence dans l’activité. Sauf qu’une partie seulement de cette activité a valeur. C’est-à-dire est considérée comme ayant valeur économique, une valeur qui est mesurée par de la monnaie.
Cette activité qui a valeur, c’est ce que nous appelons le travail. Et dans le capitalisme, la transformation d’activité en travail ça se fait par l’emploi. C’est l’emploi qui transforme une activité en travail.

Et on comprend que ce soit ça puisque c’est une institution qui nie que nous soyons les producteurs. C’est à dire que l’activité économique, la valeur économique que nous créons, elle est considérée comme n’étant pas notre fait. Ce qui permet évidemment au profit, au droit de propriété lucrative de s’exercer.
L’emploi, c’est l’institution légitime de transformation de l’activité en travail dans le capitalisme. C’est par l’emploi que par exemple tous les services à la personne, dans les années 90 ont été transformés en travail. On n’a jamais laissé les personnes en fin de vie mourir toutes seules. Il y avait une femme, en général, une fille, qui s’occupait de ses vieux parents. Maintenant c’est devenu du travail. C’était de l’activité utile, c’est devenu du travail parce qu’il y a emploi.

Eh bien nous avons une autre institution que l’emploi qui est en contradiction avec l’emploi et que nous expérimentons déjà massivement, et pour notre bonheur , une autre institution que l’emploi pour transformer l’activité en travail : c’est le salaire à vie !
Et la même chose par exemple que la présence auprès des jeunes enfants, peut être assumée par une assistante maternelle dont l’activité utile est du travail, puisqu’elle a un emploi, ou par des grands parents dont l’activité utile est du travail, puisqu’ils ont un salaire à vie.
Ce n’est pas parce qu’ils travaillent que les retraités ont un salaire à vie. c’est parce qu’ils ont un salaire à vie qu’ils travaillent. C’est parce qu’ils ont un salaire à vie que leur activité utile est du travail.

Toute la dynamique de nos sociétés repose sur la transformation d’activités en travail. Qu’est-ce qui a valeur, dans ce que nous faisons, qu’est-ce qui a valeur ? C’est ça la question au coeur de nos sociétés. Et qui décide de cela a le pouvoir... Dans le capitalisme, ce qui a valeur, c’est ce qui est fait dans le cadre de l’emploi. Et, parce que le capitalisme est une réalité contradictoire, ce qui est fait dans le cadre du salaire à vie : fonction publique, retraités.
Et qu’est-ce que c’est que la réforme ? C’est la tentative - désespérée - de la classe dirigeante de restaurer l’emploi comme seule institution du travail.
A travers la réforme de l’Etat : la réforme de la fonction publique. Prenez par exemple la réforme des métiers de l’enseignement : dans la fonction publique, l’enseignement est assumé par des gens qui, parce qu’ils ont passé un concours professionnel, parce qu’ils sont certifiés ou agrégés, ont une qualification, et leur salaire il est déterminé par l’AGREG ou le CAPES. et ils peuvent envoyer paître leur proviseur, parce que leur proviseur n’est pas leur employeur. Il n’y a pas de chantage à l’emploi possible. Leurs conditions de carrière ne sont pas du tout déterminées par le poste qu’ils occupent, leur salaire n’est pas fonction du poste qu’ils occupent, et s’ils sont même sans poste, ils ont toujours leur salaire, puisque c’est leur grade qui est le fondement de leurs droits.
Qu’est-ce que c’est que la réforme, la mastérisation de l’enseignement ? C’est que les profs soient comme tous les salariés du privé : ils ont un diplôme, ils ont un master, comme les salariés du privé, enfin un master ou autre chose, peu importe, ils ont un diplôme, ils ont une certification - le diplôme ce n’est pas une qualification, c’est une certification, l’école ne qualifie pas, l’école certifie - ils ont un diplôme, ils n’ont plus de qualification, c’est à dire qu’il n’y a plus de concours professionnel. Dans le projet des réformateurs, il y a la suppression de l’agreg et du capes. Ou alors leur transformation en un vague concours où il s’agit - mais c’est une épreuve de recrutement - où il s’agit de vérifier que les gens savent comment fonctionne l’Education Nationale, enfin des conneries comme ça. S’il n’y a plus de CAPES et d’AGREG, les profs ne sont plus titulaires d’une qualification. Ils vont être "demandeurs d’emploi", comme les autres. et ils auront un employeur : le proviseur, le directeur de l’établissement sera un employeur qui "recrutera ses équipes" comme on dit, qui aura le pouvoir de licencier, qui définira les postes de travail et avec les salaires qui seront liés à l’emploi. Voilà le projet réformateur. Et vous voyez que le projet réformateur, c’est de passer de la qualification de la personne à la qualification du poste.

Et notre bataille contre la réforme, ça ne doit pas être seulement une bataille contre ! Encore une fois, comme militants du NON, nous ne pouvons pas être révolutionnaire. Nous ne pouvons pas non plus encore une fois être dans la joie et l’infatigabilité...
Ecoutez : mettez en tas 5 militants... il y a des périodes comme en ce moment qui sont des périodes d’exaltation, mais globalement, mettez en tas 5 militants, alors je ne dis pas au bout de 5 minutes, il faut parfois attendre une demi-heure, mais qu’est-ce que vous allez avoir ? une espèce de concert des lamentations : c’est difficile ! il y a la mondialisation ! il y a l’individualisme ! il y a les médias... il y a Sarkozy qui ne lâche pas, il y a le pouvoir qui est très fort... enfin bref : nous additionnons les impossibilités parce que nous ne voyons pas le révolutionnaire déjà là ! Et nous nous obstinons à ne pas le voir : nous parlons de - pour les pensions - de "solidarité intergénérationnelle comme coeur du pacte social" ... qu’est-ce que c’est que ce pipi de chat ? ! !
Dire cela, c’est dire que les retraités ne travaillent pas : ils sont utiles, c’est les bonnes soeurs d’aujourd’hui... Ne travaillant pas, ils ne produisent pas de valeur et donc il faut bien que ceux qui produisent de la valeur leur paient leurs foutues pensions. Mais ils le font volontairement puisque "nous sommes au coeur du pacte social", ne l’oublions pas. Ils le font volontairement puisque ils attendent que la génération d’après fera la même chose avec eux...
Moi ce qui me différencie de mes fils qui ont - moi j’ai 64 ans - ce qui me différencie de mes fils qui ont entre 28 et 34 ans, c’est pas une génération, du point de vue du travail. Dans l’ordre de la famille, bien sûr, sur un divan de psychanalyste, bien sûr, paternité, filiation, tout ça, ça a de l’importance, ces concepts là ont de l’importance... Mais pas dans l’ordre de la société : il n’y a pas de génération dans une société ! c’est un vocabulaire totalement réactionnaire. ce qui me différencie de mes fils au travail ce n’est pas une génération : c’est que moi je travaille en étant libéré de l’emploi et payé ! Et qu’eux il faut qu’ils passent à s’emmerder par l’emploi pour être payés !
Ce qui nous différencie, c’est une subversion : je subvertis l’ordre capitaliste. Eux, ils sont coincés dedans.

Si on peut transformer cette subversion en une foutue "solidarité entre générations"... vous voyez bien que nous sommes là dans la division du salariat entre groupes divers : la génération, par exemple, et non pas dans l’affrontement aux institutions du capital que le salaire à vie des retraités représente. Donc lorsque nous défendons la répartition au nom de la solidarité intergénérationnelle, nous servons aux réformateurs l’argumentaire dont ils ont besoin.
D’ailleurs ils s’en sont emparés ! Vous ne pouvez pas entendre Woerth 5 minutes sans qu’il nous dise qu’il défend la solidarité intergénérationnelle. Il se bat pour les jeunes, pour le fait qu’ils n’aient pas à verser demain des pensions qu’ils ne pourront pas assumer. Et donc on réduit le droit tout de suite...

Vous voyez que faute d’être révolutionnaire, c’est à dire faute de voir ce qu’a de subversif le salaire à vie des retraités, nous participons - tout en étant politiquement hostiles à la réforme -, nous participons au diagnostic réformateur !
Nous sommes sur les mêmes bases : il y a une problème démographique, les vieux sont financés par les jeunes... bref nous ne voyons pas que les acquis des batailles passées ont produit des institutions anti-capitalistes - je voudrais en signaler une seconde...- et du coup nous sommes très en dessous de la réalité...
Ce que nous avons à dire aux jeunes, je le répète, c’est : "tu as droit à un salaire à vie" , et non pas : "tu as droit à ce qu’on compte tes années d’étude dans les annuités" ! C’est pas tout à fait pareil quand même !
Et les fonctionnaires n’ont pas à dire : "on a des missions spéciales qui justifient qu’on ait un statut spécial" , mais : "tous les salariés ont le droit d’avoir une qualification et un salaire à vie ! comme nous !"




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