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DISCUSSIONS SUR LES PROPOSITIONS DE BERNARD FRIOT (SUITE...)
La question des qualifications
lundi 27 décembre 2010, par Nicolas Laurenceau


Au cours de la réunion du 14 décembre du groupe de réflexion sur le travail, Laure Clerjon a présenté une synthèse des propositions de Bernard Friot sur les retraites et la démarche pour la transormation sociale (Voir : Faire advenir le salariat pour en finir avec le capitalisme !)
Puis Nicolas Laurenceau a parlé de la qualification et de l’attribution des qualifications, questions qui sont au coeur des propositions de Bernard Friot.

Voici ci-dessous le plan de cette présentation, et puis des passages du livre “L’enjeu des retraites” qui précisent ce que l’auteur entend par ces notions...
C’est donc une autre entrée dans le travail de Bernard Friot qui est proposée ici...

La question de la qualification

1 - Définition

1.1 Ce qu’elle n’est pas :
-  1.1.1 La qualification d’un « poste » : nous serions alors cantonnés dans la logique de l’emploi (celle du capitalisme).
-  1.1.2 Ce n’est pas non plus celle du « métier » car une société de métier est une société figée (routine corporation)
-  1.1.3 La simple reconnaissance d’un diplôme : ce n’est que la certification de l’acquisition de « savoirs ».

1.2 Ce qu’elle doit être : une dynamique.

1.2.1 Reposant sur quatre piliers
-  1.2.1.1 La reconnaissance de l’aptitude chacun, chacune à créer de la richesse.
-  1.2.1.2 La garantie d’un salaire qui ne peut qu’augmenter avec la qualification.
-  1.2.1.3 L’insertion de chacun, chacune dans un réseau de pairs permettant la mise œuvre de sa qualification. Ce réseau est différent de celui des collègues de travail.
-  1.2.1.4 Le droit à une institution représentative pour faire valoir ses droits au respect de la progression de la qualification.

1.2.2 Permettant la production de richesse.
-  1.2.2.1 Sous une forme libre : retraites (autres ?)
-  1.2.2.2 Sous des formes organisées de collectifs de travail.
La dynamique du « collectif de travail » est encadrée par :
- son objet : produire un bien ou un service (hors de toutes notions patrimoniales)
- son fonctionnement interne qui inclut des modalités hiérarchiques
- son insertion dans les multiples réseaux de ses membres.
- Leurs capacités à négocier leurs salaires.

2 - Conséquences de la reconnaissance universelle des « qualifications » selon Bernard Friot.

-  2.1 La « qualification » : un droit politique inaliénable comme le droit de vote.
Elle fait vivre les quatre piliers qui la fondent et enrichit la citoyenneté.

-  2.2 L’entreprise sans investisseur.
L’entrepreneur est un « animateur » et non un employeur. Celui-ci étant le seul juge de l’employabilité en régime capitaliste.
Il participe de la hiérarchie du collectif de travail, mais est contrebalancé par des mécanismes démocratiques qui favorisent la progression de toutes les qualifications du « collectif ».
L’entreprise ne produit pas de « marchandises » mais des biens et services qui selon les cas auront un prix, un tarif ou seront gratuit.

-  2.3 Le salariat indépendant de l’emploi.
C’est-à-dire hors des mécanismes capitalistes :
Son point de départ : la sortie du lycée.
Son objet :
- le salaire pour tous : c’est la contre partie de la reconnaissance de la qualification
- le salaire pour tout, y compris pour l’investissement (gérer par une caisse de cotisation)

-  2.4 La nécessité d’un « syndicalisme ».
Il en parle peu si ce n’est la capacité à négocier les salaires. Faut-il le comprendre comme une espèce de « réseau des réseaux » ?

-  2.5 La retraite pour éviter la gérontocratie.

3 - Problèmes en suspens.

-  3.1 Les mécanismes de reconnaissance de la « qualification ».
- la fonction publique et le système des concours ;
- les grandes conventions collectives interprofessionnelles.
- Autres mécanismes à inventer ?

-  3.2 L’organisation de la production : du local au planétaire.
- microéconomie : le collectif de travail et son organisation : « Cela ne manque pas de poser des problèmes nouveaux, car la rencontre de qualifiés porteurs de réseaux n’en fait pas forcément des collègues travaillant à un produit commun » (1)
- macroéconomie : le rôle du politique pour arrêter les choix. Il n’en parle pas mais ces choix ne peuvent être de simples décisions « techniques »

-  3.3 Les conditions de circulation de la richesse.
Monnaie anticipe la création de la richesse. Le capitalisme le fait au moment de la liquidation de la « marchandise », mais c’est trompeur la création de la richesse s’anticipe au moment de la reconnaissance des qualifications.

Considérant ce que dit Friot sur la rémunération des biens et prestations : prix, tarifs (compensation plus ou partielle, en tout cas hors loi de l’offre et de la demande) gratuité. Question comment se fait la répartition et qui décide ? Le collectif de travail ? Pas seulement, la collectivité dans son ensemble : comment se matérialise cette abstraction ?

(1) Bernard Friot : page 149.


La question de la qualification dans le livre “L’enjeu des retraites” 

 Mots clefs - Page - Citation... 

Opposition (p49)
« Si l’opposition à la réforme est l’occasion de passer du « j’ai cotisé, j’ai droit » du revenu différé au « j’ai une qualification, j’ai droit » du salaire continué, alors des institutions salariales construites pragmatiquement dans une organisation sociale capitaliste - la cotisation vieillesse, le salaire à la qualification, le traitement continué des fonctionnaires - deviendront les supports de son dépassement assumé. »

Salaire continué (63)
« Pour mesurer combien le salaire continué est une institution salariale alternative au revenu différé, il faut y définir son contenu, qui peut se résumer ainsi : le salaire continué repose sur une qualification personnelle. Dans la minorité significative des retraités qui sont au travail, selon des formes et sur des objets qu’ils décident, et s’en trouvent fort bien car c’est librement qu’ils contribuent à la production de la richesse (c’est-à-dire des biens et des services utiles), qui trouve-t-on ? Des personnes qui mobilisent trois atouts : une pension (éventuellement complétée par quelques ressources patrimoniales) en réel rapport avec leurs meilleurs salaires, des capacités transversales reconnues qu’ils vont pouvoir transposer (le gestionnaire d’une petite entreprise qui va devenir juge au tribunal de commerce, ou la comptable, trésorière d’un club sportif amateur), un réseau personnel de pairs qu’en général ils avaient constitué avant leur retraite, ou qu’ils ont pu construire dans les premières années de leur retraite. Ce sont là les trois ingrédients indispensables de la qualification personnelle, celle qui est attachée à la personne, et non pas à l’emploi, et qui peut effectivement se mettre en œuvre dans la liberté : l’absence de l’un des trois rend plus difficile la « seconde carrière » des retraités. »

Qualification personnelle (64)
« La « qualification personnelle » vient enrichir la notion de « qualification » telle qu’elle s’est construite comme innovation majeure au cours des conflits incessants sur le salaire, l’emploi et les conditions de travail : qualification de la personne titulaire de son grade dans la fonction publique, qualification du poste dans le secteur privé. À chaque niveau de qualification correspond un salaire : cette mise en correspondance est opérée par le statut dans la fonction publique et par la convention collective dans le privé. La qualification renvoie au travail abstrait, et c’est là un point fondamental. Ce n’est pas le métier avec ce qu’il suppose de poids des usages, des routines, des déférences d’apprentissage : une société de métiers est une société figée. Insistons : combattre la valeur travail, c’est-à-dire le fait que le temps de travail abstrait soit la mesure de la valeur, ça n’est pas renoncer aux vertus de l’articulation entre travail concret et travail abstrait, dont il s’agit qu’elle enrichisse le premier au lieu de le détruire. La qualification est l’attestation (non scolaire - l’école certifie, elle ne qualifie pas -, la négociation collective a déjà dégagé de nombreuses pratiques de qualification) de capacités transversales à plusieurs métiers, regroupés dans des ensembles dont la géographie pourrait être les six ou sept conventions collectives interprofessionnelles en débat aujourd’hui (communication, éducation et culture, énergie, transports...) pour dépasser l’émiettement conventionnel actuel. »

Qualification personne (64)
« À titre exploratoire, j’utilise la distinction, qui peut paraître subtile, entre la « qualification personnelle » des retraités et la « qualification de la personne » des fonctionnaires : même si les fonctionnaires, à cause de la très précieuse distinction du grade et du poste, ne sont pas comme les salariés du privé dépendants de leur emploi, leur qualification se met en œuvre toutefois dans une plus ou moins grande hétéronomie dont les retraités sont libérés. On sait en tout cas que les droits détachés de l’emploi sont la cible de la réforme (avec le licenciement de fonctionnaires qui se trouveraient sans emploi). »

Grade emploi (65)
« Le fonctionnaire a un grade, qui sanctionne une formation et le résultat à un concours. Ce grade assure un niveau de culture générale, des capacités spécifiques mais transversales : un « « capitaine » (puisque c’est dans l’armée que cette distinction entre grade et poste a été formalisée au départ) peut exercer des métiers très différents. Et sa mobilité, sa capacité à enrichir son expérience de travail, sera à la mesure de ces trois dimensions inséparables du grade : ses droits (salaire, promotion) sont liés à sa qualification, pas à son poste, et sont donc sûrs quel que soit l’aléa de l’occupation d’un poste ; ses compétences transversales lui permettent de tenir des postes différents ; son appartenance à un corps lui garantit des solidarités professionnelles qu’il retrouvera d’une affectation à l’autre. Un « gradé » a l’assurance d’être reconnu pour sa compétence dans des postes divers et jouit de la solidarité d’un corps : rien à voir ni avec la force de travail nue de l’individu sur le marché du travail ni avec l’homme de métier engoncé dans un costume étroit. »

Réseau (66)
« Précisons en effet que ce réseau de pairs que le salarié peut mobiliser, comme sa capacité reconnue, a un caractère transversal et ne se confond pas avec les collègues du poste de travail qu’il occupe hic et nunc : c’est, par exemple, une association professionnelle, un réseau d’acteurs locaux, un réseau international de spécialistes, qui sont le support d’échanges, de services, d’édiction de règles d’exercice et de leur contrôle, de mutualisation d’outils, de formation, de valorisation d’activités individuelles des membres.

Absence employeur (69)
« Ce sont des salariés dans des collectifs de travail avec une forme de hiérarchie, mais ils ne revendiquent pas un employeur avec lequel négocier leur statut et ils cultivent avec soin leur formation et leurs liens avec des pairs en dehors de l’entreprise, pour un soutien, pour saisir des opportunités. Cette absence d’employeur de fait est une grande richesse, mais qui les fragilise aussi bien sûr dans un univers capitaliste qui définit les droits à partir de l’emploi, et c’est pourquoi la qualification personnelle doit avoir une quatrième dimension, non présente dans l’anticipation des retraités : l’accès au syndicat, à des institutions représentatives posées en référence non pas d’abord à l’employeur, mais au producteur collectif. »

Vaincre valeur travail (70)
« II s’agit de vaincre la valeur travail en universalisant l’attribution de la qualification personnelle et en menant une politique déterminée de soutien à la systématisation des synergies entre qualifiés porteurs de réseaux de sorte qu’ils s’assument comme collègues dans des entreprises définies non pas par un employeur mais par un produit. De même, la pension comme salaire continué nous fait expérimenter, depuis plusieurs décennies déjà, les voies d’un dépassement du financement des investissements par des « investisseurs » dotés de titres financiers. »

Répartition salaires (71)
« Les retraités perçoivent un salaire à la qualification pendant des décennies alors même qu’ils sont sans emploi, sans employeur, sans marché du travail. Le rapport à l’avenir ne repose sur aucun patrimoine susceptible de fournir un revenu alternatif à la rémunération des emplois puisque la distinction entre emploi et hors emploi, constitutive du binôme rémunération-prévoyance, est dépassée dans le continuum de la qualification. Le rapport au travail est libéré de la marchandise et de la valeur travail. Il s’agit là de nouveaux continents du déploiement de la personnalité humaine à découvrir. »

Quatre piliers (72)
« Au contraire, les retraités dotés d’une qualification personnelle anticipent une situation qui peut s’universaliser, pour tous de la fin du lycée à la mort, en ajoutant aux trois dimensions de salaire, capacités et réseau de pairs une quatrième : l’accès à des institutions de représentation garantissant le respect du droit à la progression de la qualification. »

Effet qualification (72)
« Cette qualification est un attribut universel et irrévocable, comme le droit de vote. Elle est la condition nécessaire pour que chacun puisse participer à la définition des fins et des moyens du travail, parce que sa capacité est indiscutée, son salaire assuré, son insertion dans un réseau de pairs vivante, son recours à des institutions représentatives possible. »

Citoyenneté (72)
« La qualification est ainsi un attribut politique qui enrichit la citoyenneté. Tout comme le suffrage universel a ouvert à chacun l’âge de la majorité politique et fondé un premier stade de la citoyenneté, la qualification universelle ouvrira à chacun l’âge de la majorité salariale et fondera une extension qualitative de la citoyenneté. »

Pleine qualification (73)
« D’abord, qualifier chaque personne, donc, car nous sommes porteurs d’une capacité de produire et non d’une capacité de gain. Là est le fondement salarial de l’égalité, l’alternative à l’équité dans la prévoyance. C’est tout autre chose que le plein-emploi : il s’agit de passer du plein-emploi à la pleine qualification, c’est-à-dire à l’attribution à tous d’une qualification personnelle et à son soutien constant afin qu’elle progresse. »

Qualification (91)
« Et c’est ici la seconde conséquence fort grave de la « détaxation du travail » : le smic n’est plus la reconnaissance d’une qualification, c’est un forfait de solidarité avec des travailleurs niés dans leur qualification et posés comme « pauvres » ou « victimes » justiciables de la solidarité nationale. Le smic n’est plus un salaire, le premier de la hiérarchie des qualifications, c’est le revenu de ceux à qui le salaire est refusé et dont la perception leur vie durant les conduira, comme retraités, à la solidarité du minimum contributif. Lorsque l’on observe qu’un nombre croissant d’emplois sont payés non plus à la qualification mais par un pourcentage du smic, on mesure à quel point, à côté des conventions collectives salariales, des vies de travailleurs peuvent maintenant se dérouler sous la tutelle de la solidarité nationale. »

Lutte pour (92)
« C’est une lutte pour qui seule peut emporter la conviction des salariés et les conduire à se mobiliser pour le passage d’une solidarité envers les pauvres à une solidarité entre égaux. Cette lutte n’a pas à chercher dans l’utopie où se mener : la pension comme salaire continué lui fournit un tremplin adéquat et déjà institué. »

Définition (94)
« Cela suffit ! Notre qualification et notre salaire ne doivent plus dépendre des décisions d’employeurs sur un marché du travail. Notre qualification et notre salaire doivent être des acquis définitifs, qui ne peuvent jamais régresser au cours de notre vie, qui ne peuvent que progresser jusqu’à notre mort. Il faut en finir avec les employeurs et avec les emplois. »

Qualification salaire (95)
« Sur ce modèle, en finir avec le marché du travail suppose d’attribuer à chacun, à la sortie du lycée, une qualification avec le salaire (forcément supérieur au smic) et le réseau de pairs qui vont avec s’il ne poursuit pas d’études, un forfait salarial (le smic) s’il continue à étudier. La qualification et le salaire qui lui est lié sont des attributs de la personne, ils ne peuvent pas lui être retirés, ils ne peuvent pas être réduits, ils ne peuvent que progresser au cours de la vie (par exemple, d’au moins un échelon dans une hiérarchie des qualifications de 1 à 4 correspondant à une échelle des salaires de 1 à 5). Et comme la qualification ne peut s’exercer que si les qualifiés font entreprise dans un collectif de travail, deux autres attributs de la personne doivent être ajoutés à la qualification et au salaire : l’aide à la constitution et à l’entretien d’un réseau de pairs pour rester en permanence socialisé dans le champ de la qualification dont on est titulaire, et le droit à une institution représentative pour faire valoir ses droits. »

Réseau de pairs (95)
« Le réseau de pairs est lié à la personne du salarié, il peut le mobiliser à tout moment ; alors que le collectif de travail est : l’ensemble de ses collègues sur son lieu de travail. Le réseau de pairs renvoie aux personnes, le collectif de travail renvoie aux entreprises. »

Sécurité (96)
« On le voit, il ne s’agit donc pas d’abord de sécuriser la condition des travailleurs. Ce vocabulaire de la sécurité a intériorisé le fait que, dans le capitalisme, les travailleurs sont des mineurs sociaux : ils sont récusés comme étant les producteurs, et ils ont droit non pas à la direction de l’économie mais à la sécurité du revenu et de l’emploi. »

Création qualification (129)
« La création monétaire est toujours affaire d’anticipation de ce qui va être produit. Plutôt que d’anticiper le produit du travail, et pire encore son seul produit marchand, pour créer de la monnaie, pourquoi ne pas anticiper la production à partir de la capacité des individus à créer de la richesse telle quelle est mesurée par la qualification ? La production de richesse serait estimée lors de la création monétaire non plus à partir de la marchandise capitaliste mais à partir de la qualification des salariés. »

Entrepreneur (147)
« L’entrepreneur anime l’entreprise alors que le terme « employeur » désigne la fonction de décider de l’employabilité d’une personne réduite au statut de force de travail. Que dans les TPE et parfois PME ces deux fonctions se confondent dans la même personne ne signifie pas qu’elles vont ensemble : tout l’enjeu des retraites (mais aussi de la fonction publique ou de professions indépendantes) est précisément de montrer qu’il faut supprimer la fonction d’employeur pour pouvoir affirmer celle d’animation d’une entreprise selon des modalités nouvelles. »

Hiérarchie qualification (148)
« La hiérarchie pourrait être élective, ou un mixte d’élection et de nomination, par exemple ; la contrainte pourrait être assumée par des processus démocratiques de délibérations entre des égaux également titulaires de qualifications certes inégales et progressant à des rythmes différents, mais dont l’amélioration serait assurée par l’intervention des caisses de qualifications personnelles ; loin de résider dans la seule personne de l’entrepreneur, l’innovation pourrait relever aussi de la synergie des qualifiés. »

Sans marchandises (149)
« Sans marchandises » : le travail ne serait plus organisé sous la tyrannie du temps de travail abstrait qui caractérise la production de marchandises capitalistes. Il s’agira de produire des biens et services identifiés, lisibles pour les usagers, qui auront pour une partie d’entre eux un prix, pour d’autres un tarif, tandis que d’autres seront gratuits. »

Entreprise réseau (149)
« Qu’en est-il, dans ces conditions, des entreprises ? Elles seront la convergence de qualifiés porteurs de réseaux personnels et mobilisés sur une production commune. Cela ne manque pas de poser des problèmes nouveaux, car la rencontre de qualifiés porteurs de réseaux n’en fait pas forcément des collègues travaillant à un produit commun. »

Qualification autre (150)
« La définition des produits est liée à celle des qualifications et pose la même question en matière de remplacement de l’autre et du tiers qui doivent nécessairement intervenir. Une production nationale n’est pas l’addition d’autogestions autonomes, pas davantage que les individus n’autoproclament leur qualification. L’autre que représente l’employeur et le tiers que joue le prix dans la logique du capital doivent être remplacés. Dépasser la logique de l’employabilité décidée par un employeur ne supprime ni l’altérité ni le tiers nécessaires à la définition de la qualification personnelle. »

Salaire politique (153)
« Combattre l’argumentaire réformateur est impossible sans une forte vision du salaire comme institution politique qui enrichit la citoyenneté par l’attribution à chaque personne d’une qualification personnelle et par le financement salarial de l’économie. Le salaire peut être universel : pour tous et pour tout. Car une cotisation économique le poserait comme universel dans cette seconde dimension : pas seulement le salaire pour tous par l’attribution de la qualification personnelle, mais aussi le salaire pour tout puisque l’investissement lui-même deviendrait un élément du salaire, ce qui fonderait le droit des salariés à définir les fins et les moyens du travail. »

Salariat (155)
« Le salariat sera précisément non pas l’addition des salariés, comme le veut une acception courante de médiocre intérêt, mais l’ensemble affirmé des institutions salariales, si elles parviennent à se substituer à celles du capital. Voilà le projet d’une opposition réussie à la réforme, voilà donc l’enjeu des retraites puisqu’elles sont, comme salaire continué, le tremplin essentiel de cette opposition. Cela mérite que 60 ans soit un âge politique ! »

Qualification personnelle (166)
« - pousser à une politique de soutien de la qualification personnelle des retraités dans la sphère publique et pas seulement privée, collectivement et pas seulement individuellement : soutenir leurs réseaux de pairs, les aider à définir des objets de travail, à constituer ou à rejoindre des collectifs de travail, financer des projets. II s’agit d’encourager les retraités à faire entreprise et à inventer ainsi les chemins nouveaux d’une production libérée de la valeur travail. Une telle responsabilité est certes très heureuse, mais a besoin d’un dispositif politique pour pouvoir s’exercer, dont les droits liés à un âge politique sont un élément décisif : 60 ans, l’âge d’entrée en retraite, doit devenir un âge politique. »

Qualification personnelle (167)
« La qualification personnelle, nouveau support des droits aujourd’hui inscrits dans l’emploi, est un droit collectif, tout comme les pensions, dont le montant est personnel, sont un droit collectif. Elle est déjà anticipée chez les retraités et dans la fonction publique. Elle sera attribuée à toute personne, par exemple dès la fin du lycée, et elle progressera sans ruptures ni reculs jusqu’à sa mort. Elle a quatre composantes indissociables :
-  l’attestation (non scolaire) de la maîtrise d’un ensemble de capacités transversales à plusieurs métiers appartenant aux champs correspondant, par exemple, aux six ou sept conventions collectives interprofessionnelles en débat aujourd’hui (communication, éducation et culture, énergie, transports...) pour dépasser l’émiettement conventionnel ; - un niveau de salaire correspondant au niveau des capacités reconnues ; par exemple, dans une hiérarchie des qualifications de 1 à 4 correspondant à une échelle des salaires de 1 à 5, un premier niveau de qualification avec un salaire démarrant à 2 000 euros nets par mois, un deuxième niveau avec un salaire démarrant à 4000 euros, un troisième niveau au salaire de départ de 6 000 euros, et un quatrième niveau au salaire de départ de 8000 euros, pour une hiérarchie salariale allant de 2000 à 10000 euros nets ;
-  un réseau de pairs pour rester en permanence socialisé dans le champ de la qualification dont on est titulaire ; par exemple, une association professionnelle, un réseau d’acteurs locaux, un réseau international de spécialistes, qui sont le support d’échanges, de services, d’édiction de règles d’exercice et de leur contrôle, de mutualisation d’outils, de formation, de valorisation d’activités individuelles des membres ;
-  le droit à une institution représentative pour faire valoir ses droits au respect et à la progression de sa qualification. »


Nicolas LAURENCEAU

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