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Vous êtes ici : Collectif Liberté Justice Palestine > Route 181, Fragments d’un voyage en Palestine-Israël, d’Eyal Sivan et Michel Khleifi - 2ème partie : Le centre.
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MARDI 14 JUIN À 20H, AU FRANCE, À L’INVITATION DU COLLECTIF LIBERTÉ JUSTICE PALESTINE
Route 181, Fragments d’un voyage en Palestine-Israël, d’Eyal Sivan et Michel Khleifi - 2ème partie : Le centre.
La vie, sous la plus longue occupation de l’époque moderne. Un documentaire exceptionnel pour comprendre et imaginer un autre avenir que celui de la séparation et de l’apartheid
vendredi 10 juin 2011


Après la projection-débat de la 1ère partie de ce documentaire le 24 mai dernier (Voir), voici la soirée consacrée à la deuxième partie - voyage dans le centre d’Israël-Palestine -, qui aura lieu mardi 14 juin.

Pierre Stambul, membre du bureau national de l’UJFP, ne pourra finalement pas participer au débat qui suivra cette séance. Sa venue est reportée. La projection de la 3ème partie du documentaire aura lieu le 27 septembre...


Les 103 minutes de film nous mènent de Lod à Bethléem, en Cisjordanie... Le film a été tourné peu après l’opération “Rempart” menée par Sharon pour “réoccuper” toute la Cisjordanie...

Lod-Lydda (et Ramla-Ramlah, ville toute proche...
Lod - Visite au “centre d’intégration” de l’Agence Juive, pour les immigrants juifs qui passent ici en arrivant en Israël. C’est tout près de l’aéroport de Tel Aviv. Le maire de LOD Maxime Lévy accueille des immigrants venus d’Ethiopie, très dépaysés, et beaucoup plus bronzés que les Palestiniens. On repense au livre de l’historien israélien Shlomo Sand : “comment le peuple juif fut inventé”...

Même ville, même moment, autre quartier : un rassemblement contre la destruction de maisons palestiniennes à LOD ! Les jeunes portent des tee-shirts : "unis contre le racisme". Au coude à coude : israéliens juifs et palestiniens arabes d’Israël. Une inscription en hébreu : "halte à l’occupation en Israël".
Un palestinien, en arabe : "aujourd’hui nos maisons sont menacées de destruction (...) Nous réclamons l’égalité des droits, et qu’ici, à LOD, tout le monde soit traité à égalité.”
Un jeune israélien, juif, en hébreu :“une ville dite mixte comme LOD est gérée selon des critères ethniques pour rendre la vie impossible à la population arabe afin qu’elle ne dépasse surtout pas 20% de la population totale de la ville (...) La politique menée à LOD doit être qualifiée de politique d’apartheid"
Une fille israélienne, juive : "je le dis au pouvoir : même si vous collez deux flics sur le dos de chaque arabe, ça ne servira à rien. laissez les gens respirer, vivre, juifs et arabes ensemble !"

Lod toujours, affrontement à la réunion du conseil municipal. Des élus ultra-sionistes montent au créneau : "les constructions illégales sont la plaie de cette ville ... il faut "rétablir l’ordre". En fait, les arabes n’ont pas le droit de construire ("légalement"). L’élu arabe palestinien explique que d’une façon ou d’une autre, il faut bien que les palestiniens puissent construire : "LOD nous appartient, nous y sommes nés. Tout le monde est le bienvenu mais il ne faut pas exagérer. Les arabes ont le droit de vivre ici. Que cela vous plaise ou non, ils resteront ici."
- "l’Etat d’Israël ne t’appartient pas".
- "Faire en sorte que les arabes ne puissent pas construire légalement, et exiger d’eux qu’ils ne construisent pas, est parfaitement irréaliste. ils doivent construire, ils ont besoin de logements."

Ramleh. Rencontre avec Myriam, et ses enfants. Cette jeune femme a déposé une demande pour une extension de sa maison dans laquelle ils sont 8 à vivre, surtout pour son frère qui est à la rue... Sans réponse au bout de 3 ans de démarches, elle a agrandi quand même d’un pièce. Elle a reçu un ordre de destruction pour la partie ajoutée. "on nous refuse les droits les plus élémentaires (...) on est entre les deux ni palestiniens ni israéliens”
- “Tu te sens quoi ?
- palestinienne. Nous sommes les indigènes ici...
- Si on t’expulse ?
- Ils ne m’expulseront jamais. ils peuvent m’enterrer, et je serai enterrée ici, à côté de mes parents.
Myriam a passé 6 ans et demi en prison, en est sortie presque aveugle parce qu’elle a été torturée, "tabassée"...
Le quartier s’appelle “Le ghetto”. Que signifie “ghetto” ? Myriam : “un quartier arabe, non ?...

LOD. Discussion avec un vieux palestinien chrétien, devant ce qui reste de la vieille ville. “Les juifs disaient "le ghetto". Un quartier entouré de grilles. Les arabes y ont été enfermés en 1948. Un gardien. Il fallait un laisser-passer pour sortir, ça a duré 1 an, mais un millier de vieux y sont restés jusqu’en 1954.
Discussion chez le coiffeur, qui raconte le massacre et l’expulsion de 1948. 50 000 réfugiés de la région de LOD expulsés en Jordanie. Ici, en juillet 1948, 300 personnes ont été enfermées dans la mosquée puis abattues, mitraillées. Il a été réquisitionné pour sortir et brûler les corps. il avait 19 ans. Les maisons ont été confisquées. Pillages, viols...

Direction le Kibboutz Gezer / Abou Shusha
Rencontre avec un jeune berger qui garde des moutons. Immigré récent (d’Ethiopie ?), il explique que le Fonds National Juif l’amène pour faire pâturer les moutons. Il attend de faire l’armée dans les gardes frontières. "Les arabes sont des chiens" (...) "les arabes et les juifs sont cousins... les deux sont pourris... fous à lier"...
Dans cet endroit aussi, des restes de puits, beaucoup de terrains abandonnés, et les traces d’un ancien village palestinien...

Rencontre d’une délégation d’une église de Kansas City (USA), venue planter des "arbres de la paix", 5 oliviers. Pourquoi ici ? "pour montrer que nous soutenons Israël" (...) "à cause de nos racines chrétiennes"...
(S’agit-il d’un groupe de "chrétiens sionistes", nombreux aux USA ? Les "chrétiens sionistes sont une extrême droite antisémite, qui veut regrouper les Juifs en Palestine pour hâter le retour de Dieu, et donner alors aux juifs ce choix : conversion ou extermination... )
Eyal Sivan interroge sur le droit au retour des palestiniens. Une israélienne, qui participe à la cérémonie : "comment voulez-vous que tous ceux qui vivaient ici reviennent ? En principe je n’ai rien contre, mais en pratique, est-ce possible ? ". Un homme : "on ne peut pas revenir sur le passé (...) le peuple juif a un lien éternel avec la terre d’Israël".

A KFAR BINOUM / AL QUBAB, rencontre avec un sculpteur, israélien. Il montre les vieilles pierres taillées, admiratif : "des générations de sculpteurs ont travaillé ici”...
Où sont les villages palestiniens d’El Koubab et d’Abou shousha ?
- "c’est ce qu’on appelle les réfugiés de 48. Ils sont partis, et d’autres réfugiés les ont remplacés. (...) en Israël, c’est partout comme ça. On peut dire ça de chaque lieu"...
"je suis un pur produit du sionisme, le fils de réfugiés venus d’Europe.... Ici il n’y avait rien, aucune civilisation"...

Il parle de la Shoah, du traumatisme de sa mère, obligée de se cacher dans une cave, en Europe..."ça n’arrivera plus...
- "Cela t’aide à comprendre le traumatisme des habitants de ces deux villages qui ont disparu ?"
- "j’ai la conscience tranquille... je n’éprouve absolument aucun état d’âme. D’ailleurs les juifs qui sont venus avaient été chassés des pays arabes ..."

Arrivée à HULDA / KHULDA
Le responsable du "mémorial sioniste" explique que la terre a été achetée par le Fonds National Juif, et expose la méthode pour créer des implantations juives, dans la perspective de création de l’Etat Juif créé en 1948...
- “Combien de terres ont été achetées ?” Pas de réponse... Puis :
- "Après la conquête, les gens ont été chassés ou ont fui (...) l’Etat a utilisé les terres du village (palestinien) (...) "une partie est allée au Kibboutz Hulda et le reste aux implantations créées après l’indépendance"
Mais à nouveau : "La terre a été achetée légalement et payée en espèces sonnantes et trébuchantes"...
Il rappelle le rêve de Rabin : "au réveil, voir Gaza englouti par la mer (...) ce n’était pas politiquement correct. Mais si jamais un tel miracle se produisait, je ne crois pas que je le regretterais (...) ça nous débarrasserait d’un problème sérieux et qui nous occupe beaucoup. Si en 48 on avait fait comme les américains avec les indiens... les uns ne seraient plus là pour parler, et les autres... nous on serait tranquilles. ça aurait été mieux. ça s’est passé autrement, il faut faire avec".

Arrivée vers KALANDIA
Une affiche/panneau sur la route : "Soumettre les palestiniens. et en finir avec la guerre". On arrive en Cisjordanie. Partout des barrages, des véhicules militaires, et des soldats.
A Kalandia, embouteillage monstre. Blocs de béton, barbelés, barrage.
Extraordinaire altercation entre Eyal Sivan et le jeune soldat “patron du barrage”, qui l’interpelle en anglais et lui ordonne d’arrêter de filmer.
- “Je crois qu’il faut dire : ‘s’il te plait’ (...) ce sont les chiens qu’on appelle en criant ‘Hé’ (...) : s’il te plait, tes papiers.”...
- “Si tu étais comme moi depuis un an à ce barrage, tu en aurais marre

- “Tu l’as choisi (...) Tu as une tête sous ton casque ?...
- “Je fais ce que l’armée me dit de faire. C’est comme ça que je sers mon pays”
- “C’est ce qu’ont dit les soldats des armées d’horreur. Tu réfléchis parfois ?”
“Je ne fais rien de mal”
- “Le fait même d’être ici cause du mal”
- “Je protège mon pays des attentats, non ?”
- “Il y a des attentats à cause de l’occupation (...) l’occupation a commencé avant les attentats”...

Puis plongée dans un Tribunal militaire israélien, des jeunes vont être jugés. En baskets. Et pour certains avec des chaînes aux pieds. Des parents entrent dans la salle, et quelques enfants. Une mère s’approche de son fils, il tend la main, un soldat s’interpose : “interdiction de se toucher”. Des larmes dans les yeux du fils.
- La mère : “Rappelle-toi, Jihad, tu es un homme, relève la tête, mon chéri”. Un petit frère réussit quand même à toucher la main. A nouveau les soldats.
Barbelés, miradors... Quelques uns des 11 000 prisonniers palestiniens.

Cisjordanie toujours, un barrage encore. Des blocs de béton, des soldats d’une armée d’occupation, qui contrôlent et font ce qu’ils veulent. Deux jeunes femmes s’approchent.
- “On recule, les putes !”...
Eyal Sivan et Michel Khleifi filment.
- “Va-t-en d’ici ! Allez ouste !”
- “J’ai une carte de presse”
- “parle à ma bite, va-t-en !”
- “un journaliste muni de sa carte de presse a le droit de filmer”
- “... pas ici”
Menaces, arme en mains.

Tout le long de la route, un grillage, des barbelés...
Un autre barrage, d’autres soldats. Et des soldats autres. Un garçon et une fille, qui ont l’air de bien s’entendre. Lui est “arabe juif du Yémen”. Ils se marieront après la démobilisation. Ils rient et abrègent la discussion : “on a du boulot, les gens attendent, il y a des vieux”...

Abou Dis, au bord de Jérusalem. Rencontre avec un géographe qui montre sur une carte l’histoire de la colonisation.
- “Ils veulent vider Jérusalem de sa population arabe (...) 22% d’Arabes au maximum (...) leur frontière se trouve là où s’établit le dernier colon (...) leur stratégie consiste à étendre les colonies jusqu’à ce qu’elles rejoignent d’autres colonies.”
“Sharon a adopté une nouvelle stratégie : celle de la ligne de sécurité à l’ouest, et de l’eau (...) Mais le problème d’Israël est la démographie palestinienne. En 1948, ils ont expulsé et détruit 425 villes et villages palestiniens. Mais en 1967, les Palestiniens sont restés, ce qui pose un problème à Israël.
Il reste deux possibilités : soit un Etat fédéral sur l’ensemble du pays, mais les Juifs refuseront. Soit un échange, un compromis, et le droit au retour des réfugiés (...) il n’y a pas d’autre solution.”
...

Dans un quartier d’Abou Dis... La maison d’une famille palestinienne vient d’être dynamitée. Le fils était un kamikaze. La famille s’installe sous une tente et déblaie les remblais.
- “Ils sont venus la nuit. On a eu 1/4 d’heure pour sortir. On a sauvé ce qu’on a pu des décombres. On a sorti les enfants endormis, 15 enfants petits et grands”.
Ici, 70% des Palestiniens sont au chômage. “On est fauché, mais plutôt mourir ici que d’aller se faire humilier dans les pays arabes. Notre fils n’est pas mort en martyr pour de l’argent. Tout le pétrole du golfe ne vaut pas un de ses cheveux...”
Une femme : “C’est l’humiliation qui les pousse ... Les palestiniens n’ont ni chars ni avions. Eux ont des chars, des armes, des missiles, des avions. Ils bombardent par terre, mer et air. Et nous ? On a des fils frustrés et humiliés qui vont se faire exploser.”.
Cette semaine, ici, l’armée israélienne a détruit 6 maisons.
Les enfants sautent de pierre en pierre, dans les ruines...
Israël prend aussi les terres des familles palestiniennes pour ses colonies, en falsifiant les documents et en extorquant des signatures. Témoignages...

Ramallah. Barrage, chicanes. Rues mortes et défoncées. Chars. Un bulldozer part avec une patrouille. Un peu après on entendra exploser une maison...
Discussion avec un jeune soldat sur son char, dans le barrage. Il se prend pour un philosophe. Adore Kafka. S’il était enfermé comme les palestiniens, il relirait “Le procès”, et “Devant la loi”. “... Bref, il n’y a pas de loi (...) c’est important d’être ici. Etre sioniste c’est être un soldat”. Il cite une quantité de philosophes...
Eyal Sivan : “Tu connais La Banalité du mal ?”
- “De qui est-ce ? C’est un livre ou un concept ? Non”
- “Hannah Arendt”
- “Jamais entendu parler”
- “La banalité du mal, c’est quand des gens normaux, des lecteurs de philo, commettent des actes ...”
- “extrêmes ?”
- “Non... Une suite d’actes minimes qui, au final, fait un grand mal”
- “Quel genre d’actes ?”.
Mais d’autres soldats viennent lui ordonner de mettre fin à la discussion.
On entend une explosion et on voit une colonne de fumée qui monte dans le quartier proche...

Un peu plus loin, un autre barrage. Là, personne ne passe. Les Palestiniens doivent faire demi-tour. Un jeune soldat s’approche de la caméra et fait une longue déclaration. Il veut se justifier. Parle des attentats. “ce n’est plus possible (...) notre rôle et donc d’empêcher les arabes de circuler. Ce n’est pas juste de montrer qu’on est cruels. Les juifs ne sont pas cruels, contrairement aux arabes. Regardez, j’ai une arme sympa...”
- “Tu me dis ça, mais je ne t’ai rien demandé”.
Un gradé vient le chercher.

Beit Jala, près de Bethléem... Un mariage va avoir lieu. Mais toutes les routes sont barrées. Les invités doivent arriver à pied, à travers des chemins poussiéreux et les blocs de béton.
Des fleurs, des chants. La mariée arrive avec son père. Un mariage malgré l’occupation et le bouclage. “On continue nos fêtes malgré l’occupation”...





Interview...

Eyal Sivan et Michel Khleifi : Le système de “résolution” du conflit israélo-palestinien c’est toujours la séparation, la partition de la partition, et jamais le partage...

Pourquoi avoir fait ce film ? Il a été décidé, dit Eyal Sivan, “dans un moment ou paraît comme un progrès extraordinaire cette notion de séparation. La résolution 181 - qui a donné le nom au film - est une résolution de partition de la Palestine. C’est à dire que, grosso modo, les nations éclairées de ce monde ont trouvé une idée politique extraordinaire : c’est de proposer le divorce avant le mariage. C’est original... Mais ça a donné lieu exactement à ce que nous voyons, c’est le point de départ du conflit : est entérinée la colonisation de la Palestine par le mouvement sioniste à travers une partition du territoire, qui a une forme d’un territoire balafré...” Avant, il y avait “une Palestine dans laquelle cohabitaient des communautés de musulmans, de chrétiens, de juifs, d’athées, et d’autres... Et donc, dans cette cohabitation-là, on décide de partitionner le territoire, et jamais de le partager. Et depuis cette partition-là, toujours c’est la partition de la partition... Le système de résolution du conflit israélo-palestinien c’est la partition de la partition, et jamais le partage.”
A ceux qui proposent la séparation, Eyal Sivan oppose la proposition de “partager une humanité”.

A propos des différentes parties du film, Eyal Sivan indique :
Le Sud d’Israël... : il est dans l’ombre de Gaza, qu’on voit, plus loin. Mais Gaza est un endroit fermé, clos. Le Sud a été extrêmement nettoyé ethniquement, vidé de ses habitants palestiniens. Et donc il y a une forme de parole qui est à la fois celle de gens ancrés dans un sentiment de liberté (“on est entre nous”), et aussi un certain combat face à cette bande de Gaza qui est le lieu de la culpabilité, puisque si Gaza c’est des réfugiés en majorité, ils sont venus de quelque part, et les gens sur la route le savent...

Le Centre : c’est l’endroit du conflit (à l’époque du film et de l’opération “rempart”), c’est là où le conflit se joue en ce moment...

Et plus on monte vers le Nord, plus on est dans le colonialisme installé, bien avant la création d’Israël. On va arriver à cette région qui a déjà été colonisée au départ. Et c’est vrai qu’on a découvert, au Nord, ces gens largués au bord des frontières, parce que dans le mouvement sioniste (qui est un mouvement colonial, donc européen, donc orientaliste par essence, dans cette vision raciste), il y a, à la fois, à la source, l’expulsion des Palestiniens, des arabes de Palestine, mais il y a aussi à la source de grands mouvements de population des arabes juifs des pays arabes... Et donc on va expulser des arabes et à leur place on va mettre d’autres arabes au bord des frontières, qui vont être un genre de bouclier humain, pour protéger le coeur et le centre ashkénaze du pays.

“Il y a beaucoup d’espoir dans le film”, dit Michel Khleifi, qui dit plus loin : “Nous avons eu l’impression que les gens avaient besoin de parler” . “Pour quelle raison ? Parce qu’on commence à comprendre des mécanismes... Et quand on commence à comprendre un mécanisme quelconque, on peut se détacher, tracer un nouveau chemin, une nouvelle vision du monde...
Par exemple, on s’était rendu compte que la Palestine n’a jamais été fermée aux Juifs - peut-être seulement durant la période des croisés - mais aucun juif n’était interdit d’aller habiter à Jérusalem... C’est à partir de 1906, après la révolution russe, que va débarquer un groupe de militants socialistes nationalistes... Et ils vont commencer à tracer des objectifs d’exclusion.
Deuxièmement, ce qui est important, c’est que dans la parole libérée des gens, ils disent : “mais on était bien. On était bien au Maroc, en Egypte, en Irak...". C’est à dire : on a fabriqué une haine. Ça doit nous mettre en garde actuellement... La haine, c’est une construction. Donc quand un film montre que cette haine et cette idéologie d’exclusion sont une idéologie construite, c’est que nous pouvons les déconstruire. C’est ça l’espoir...”

Eyal Sivan : “L’histoire des Juifs orientaux en Israël, c’est l’histoire d’une désarabisation” . “Et c’est l’histoire de se retrouver en contradiction avec le récit, le narratif sioniste qui est : “3 000 ans de souffrances continues et permanentes partout dans le monde... Partout on nous a chassé, partout on nous a expulsé, eh bien on n’a pas le choix...”
Les juifs orientaux, les juifs en terre d’Islam, ceux qu’on appelle les Séfarades, les orientaux, les Misrahims, ils ont une autre histoire à raconter. Mais cette autre histoire est une contradiction à l’histoire officielle du sionisme. Le grand leadership de la droite israélienne est jusqu’à aujourd’hui ashkénaze. Les colons dans les Territoires sont ashkénazes. Mais au fond, les orientaux, dans ce processus de désarabisation, ils devaient se distinguer des arabes. Ils mangent la même chose, ils parlent à la maison la même chose... Eh bien la façon pour se distinguer des arabes c’est de leur casser la gueule...”

On a fait le tour du trépied sur lequel est assis le sionisme. C’est :
-  la négation du caractère arabe d’une grande partie du judaïsme,
-  la négation de la réalité du territoire au moment de la colonisation,
-  la négation de la diaspora, c’est à dire nier le fait que l’exil est une nature de cette communauté que sont les juifs...”

“En politique, on juge sur les actes et pas sur les intentions. Est-ce que le communisme de l’Union Soviétique était celui rêvé par Marx, etc : ça m’intéresse peu. Le résultat a été un totalitarisme... Le sionisme, le sionisme des pères fondateurs m’intéresse peu : le sionisme a échoué sur son propre terrain.
Il a échoué avec beaucoup de mal sur les 2 grandes idées sionistes : l’émancipation des juifs, et créer un endroit dans lequel ils vivront en sécurité et qui ne serait pas un ghetto (‘sortir du ghetto’). Voilà les deux slogans ! La réalité : s’il y avait un petit peu d’honnêteté dans ce mouvement qui est quand même une vieille chose, un truc du 19ème qui vit dans ce formol qu’est le conflit israélo-palestinien, il démissionnerait en disant : ‘on n’a pas réussi à sortir les juifs du ghetto’. L’endroit qui est supposé être l’endroit le plus sûr pour les juifs est l’endroit le plus dangereux pour les juifs. On n’a pas réussi à émanciper les juifs parce qu’on n’émancipe pas par la force mais par le droit...
Et la normalité des juifs... : il faut balayer cette vision qui a quelque part ce relent anti-sémite aussi à l’intérieur du mouvement sioniste : c’est considérer que les juifs sont des anormaux... Eh bien, le diasporisme ou cette vie sans Etat n’est pas forcément le signe d’une anormalité, peut-être le contraire, le signe de grande santé que le mouvement national juif refuse.”

Michel Khleifi : “l’anti-sionisme, c’est libérer pas seulement les Palestiniens, mais libérer aussi le judaïsme”. Parce que - et je pense par rapport au monde arabe - : il faut que le monde arabe reprenne confiance en lui, et accepte que le judaïsme est un élément fondamental de sa culture. C’est notre culture !
(...) on s’est rendu compte que les israéliens, finalement, connaissent l’histoire de la Palestine. Ils savent où sont les villages, les puits, les maisons etc... Qu’est-ce qu’on déduit de ça, nous ? D’abord qu’ils n’ont pas la tête dans le sable. Et qu’être victime, ce n’est pas seulement être du côté palestinien. On peut être israélien et victime du sionisme.”

Eyal Sivan : “Qu’est-ce qui se passe mentalement si pas seulement on se rend compte, mais si on tire des conclusions politiques ? Si on se rend compte que ça c’est la place d’un village, et que de l’autre côté à quelques kilomètres, il y a des gens qui sont des réfugiés, : il faut en faire quelque chose avec... Il faut se poser la question : qu’est-ce que cette idéologie qui s’appelle le sionisme donne comme capacité pour ne pas faire ce lien ? “
Eyal Sivan rappelle ce que dit Elias Sanbar : comme les sionistes (en 1948 et déjà avant la guerre) commencent à vider le pays, ils le font avec ce sentiment qu’ils sont face à des squatters : on est propriétaire, il y a des gens qui squattent, donc on les vire ! “Quand on est propriétaire, et qu’on vide des squatters, on n’a pas un problème moral ! “...

Michel Khleifi : “Il faut aider tout le monde à sortir d’une logique de confrontation” , “qui donne l’impression que c’est une confrontation à mort, absolue, ... Moi ou lui...
Essayer de changer notre vision, notre approche. C’est à dire d’abord : humaniser l’un et l’autre, et en les humanisant on leur rend leur réel statut humain, et donc ils peuvent devenir citoyens égaux tous les deux. Le problème du droit au retour doit être vu de ce point de vue. Mon droit n’est pas obligatoirement la négation de votre droit. Mon traumatisme n’est pas forcément la négation de ton traumatisme. Il y a des traumatismes, il y a cette humanité qui est face à nous, nous sommes au 21ème siècle, nous avons le droit à la vie, nous avons des droits égaux...
La vision israélienne comme quoi on veut un Etat juif est la négation non seulement des droits des Palestiniens, mais ouvre à des Etats intégristes un peu partout dan le monde.
Le droit au retour, c’est le droit à l’égalité, à fonder une société de citoyenneté...



Michel Khleifi est né à Nazareth (Galilée, aujourd’hui en Israël) en 1950. Il vit à Bruxelles depuis 1971, il y enseigne le cinéma à l’INSAS. Il est l’auteur de nombreux films : documentaires et de fiction (La mémoire fertile, Maaloul fête sa destruction, Noces en Galilée, Le cantique des pierres, L’ordre du Jour, Le conte des trois diamants, Mariages mixtes en Terre sainte, Route 181...)





Eyal Sivan est né en 1964 à Haïfa, a grandi à Jérusalem, est venu en France en 1985. Il enseigne aujourd’hui le cinéma à l’Université d’East London, et à l’Université israélienne de Sapir, proche de Gaza ; il est l’auteur de nombreux films. Eyal Sivan est déjà venu deux fois à St-Etienne, en 2010 lors de la sortie de “Jaffa, la mécanique de l’orange”, et en avril 2011 pour la projection de “Un spécialiste”.

Plus d’infos sur le cycle 2011 de soirées ciné-débats “Palestine-Israël” au France

Le site internet de Momento, qui distribue les films d’Eyal Sivan (on peut des DVD en ligne) : http://www.momento-films.com

Le coffret des 4 DVD de Route 181 sera en vente lors de la projection-débat du 14 juin. Il coûte 44 euros.




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