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PROCÈS DES PAYSANS DE LA LOIRE
En condamner 9 pour les intimider tous ?
C’est la politique agricole française et européenne qui doit être jugée, et surtout changée ! Beaucoup de monde, jeudi 4 octobre, pour soutenir les 9 producteurs de lait inculpés pour l’exemple.
lundi 8 octobre 2012, par Roger Dubien


Les faits, 1- Ce jeudi 4 octobre, au moins 600 personnes, peut-être 800, sont venues soutenir les 9 paysans jugés à St-Etienne. Difficile de dire, car s’il y avait bien sûr beaucoup de paysans qui sont restés une bonne partie de la journée aux côtés des 9, il y a eu aussi pas mal de citadins, qui sont passés un moment - par exemple pendant midi ou en fin d’après-midi - place Jean Jaurès où un rassemblement non stop a eu lieu dès 11h et jusque vers 18h30. A noter aussi la présence d’un certain nombre d’élus, avec leur écharpe tricolore. Déjà le 3 mai dernier, environ 300 personnes avaient accompagné les 9 otages jusqu’au Palais de Justice où ils étaient convoqués pour se voir fixer la date de leur procès (voir)

Au Tribunal, l’audience a duré 5 heures. A tour de rôle, devant les membres de leurs familles et d’autres paysans qui ont assisté à l’audience par roulement (il n’y avait que 15 places pour “le public”), les inculpés ont expliqué qui ils étaient...

Christophe Bard, 41 ans, paysan à Fontanès
Lionel Bouchet, 25 ans, salarié au service de remplacement
David Debout, 32 ans, paysan à Dancé
Patrick Devigne, 53 ans, paysan à Châtelus
Michel Dumas, 41 ans, paysan à Chevrières
Laurent Pinatel, 41 ans, paysan à St-Genest-Lerpt
François Pitaval, 43 ans, paysan à St-Christo en Jarez
Raymond Pitiot, 50 ans, paysan à St-Paul en Jarez
Damien Venet, 23 ans, paysan à St-Denis sur Coise

... Des paysans qui travaillent pour produire de la nourriture, et d’abord du lait, et qui demandent de pouvoir vivre de leur travail. Mais le produit de ce travail ne leur est même pas payé à son coût de revient. Et cela ne leur permet pas d’en vivre et d’en faire vivre leur famille. Et pourtant rien de tout cela n’est fatal, car c’est le résultat de décisions politiques. Ils ont expliqué que le 4 octobre, ils ont participé à une action collective pour que les choses changent. Ils ont été défendus par leurs avocates et par leurs témoins...
Les 9 encourent jusqu’à trois ans de prison et 75 000 euros d’amende. Sans compter les 117 730 euros de dommages et intérêts qui leurs sont réclamés.

Les réquisitions du procureur ne doivent sans doute pas donner entière satisfaction à ceux qui ont voulu ce procès : 3 mois de prison avec sursis pour 6 des 9 paysans poursuivis. Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 15 novembre. La justice voudrait que ces paysans ne soient pas condamnés ! La solidarité doit se poursuivre... (cf bon de soutien au bas de cette page).


Les faits, 2 - Flash back. Septembre 2009. Au cours d’une des 42 journées d’action ( !) que les paysans de la Loire et du Rhône ont faites en 2009, du lait a été déversé à la Chambre d’agriculture. Pas par quelques excités. 350 paysans très en colère étaient là. Avec du lait dans les citernes, c’est sûr, parce qu’on était dans les jours de la grève du lait et des épandages qui se succédaient en France et dans plusieurs autres pays d’Europe. Mais pas partis avec l’idée d’arroser la Chambre. D’ailleurs, quelques heures plus tard, ils étaient à la Foire de St-Etienne, Plaine Achille, et là ce sont les CRS qui ont fait connaissance avec le goût du lait, du fait qu’ils empêchaient les paysans d’approcher. Mais les élus présents à la Foire, qui sont sortis discuter, et ont affirmé leur soutien aux paysans, n’ont pas été arrosés.
La Chambre d’agriculture, elle, a eu une attitude particulièrement nulle. Rien pendant tous ces mois pour soutenir les paysans qu’elle devrait pourtant représenter et défendre. En France, une partie du problème des paysans est que parle en leur nom une organisation - la FNSEA - totalement acquise à la politique néolibérale, à l’agrandissement et à la concentration des fermes, à la course sans fin à des investissements qu’il est de plus en plus impossible de rembourser (mais ce n’est pas perdu pour tout le monde), à la concurrence accrue entre les paysans et à la baisse continue de leur nombre. Une attitude tout bénef pour l’agro-industrie. En réalité, certaines des organisations professionnelles agricoles sont devenues des rouages de l’agro-industrie et font la politique des firmes, et pas qu’en France, ainsi que l’a relevé Romuald Schaber, paysan allemand responsable de l’EMB-European Milk Board, la nouvelle organisation européenne des producteurs de lait, présent ce jeudi à St-Etienne pour soutenir les 9 de la Loire.

A l’été et à l’automne 2009, en France et en Europe, des dizaines de milliers de paysans agissaient contre l’effondrement du prix du lait, tombé à 216 euros les 1000 litres, moins de 22 centimes le litre quand le coût de production moyen était autour de 40 centimes !
Pour eux, ce n’était pas un mystère que cet effondrement visait à provoquer une nouvelle vague d’élimination de paysans, par la ruine et le découragement. Ils sont bien placés pour savoir que les firmes de l’agro-industrie veulent des usines à lait, pas une agriculture paysanne.
Et ils ne se trompaient pas : il y avait plus de 90 000 paysans producteurs de lait avant le désastre de 2009. Il en reste 70 000 aujourd’hui, 3 ans après seulement. Comment faut-il appeler ça ? Est-il normal que cela n’interpelle pas toute organisation qui prétend défendre les paysans ? Le 21 septembre 2009, 350 paysans manifestaient à la cité de l’agriculture pour exiger des OPA - les organisations professionnelles agricoles -, qu’elles défendent le monde paysan !

Qui a voulu ce procès ? L’honneur perdu du président de la chambre d’agriculture...

Mais c’est bien connu, la fuite en avant est plus facile que le réexamen de la situation et la remise en cause, qui demandent du courage. Le président de la chambre, Raymond Vial, avait pourtant lui-même déclaré, pendant la grève du lait, que pour les paysans "le prix de la mort" était de 330 euros les 1000 litres. En dessous, pas possible de tenir. Or en 2009, ce prix était tombé à 216 euros les 1000 litres !
C’est donc le procès de la politique agricole, qui détruit le monde paysan, qu’il faut faire. Pourtant c’est contre les paysans qui ont manifesté que la chambre d’agriculture a déposé plainte. Le Procureur de la République n’a pas cru devoir donner suite. Alors la chambre et d’autres OPA qui lui sont liées ont désigné nominativement 9 des 350 paysans présents le 21 septembre 2009 pour qu’ils soient jugés.
Pourquoi eux, et pas tous ? Parce que 350 devant un Tribunal : pas possible. Et parce que, la plainte ayant été classée sans suite, il fallait pour qu’il y ait procès désigner nominativement des paysans à poursuivre. L’audience a confirmé que c’était essentiellement le président de la chambre d’agriculture qui avait fait ce boulot. Sûrement un casse-tête, mais au final on a une sorte de panel de ceux qui résistent : quelques militants connus de la Confédération paysanne - une condamnation serait bonne à prendre juste à la veille de prochaines élections à la chambre ? -, des adhérents de la FNSEA, pour leur apprendre à avoir agi en tant que paysans et en tant que syndicalistes, au lieu d’obéir aux consignes de ne pas bouger. Et des paysans de l’APLI, de ceux qui étaient à la FNSEA mais sont entrés en dissidence et ont lancé un nouveau mouvement. Et ça en a fait neuf, noir sur blanc, à donner au Procureur. Pas brillant, pour un président de chambre d’agriculture.
D’autres aussi, qui ont décidé de poursuivre les paysans au Tribunal, devraient avoir honte. La MSA-Mutualité sociale agricole par exemple. En 2009, elle a affecté en tout et pour tout 60 000 euros pour soutenir les paysans de la Loire ruinés. Juste après avoir fait un chèque de 400 000 euros pour le départ en retraite de son directeur à qui elle a offert un parachute doré. Il y a des valeurs qui se sont perdues.

Ainsi, les paysans continuent à être éliminés, et quand ils résistent, ils sont menacés de procès. Et pas qu’en France. Romuald Schaber a informé qu’en ce moment même 9 paysans allemands sont aussi traînés devant les tribunaux, pour avoir bloqué pendant un jour et demi une usine laitière, au nom de quoi il leur est réclamé 600 000 euros. Dans la Loire, on a déjà eu en juin 2011 le procès fait par Lactalis à Philippe Marquet et à la Confédération paysanne. Procès perdu pour Lactalis, mais ce n’est pas fini car Lactalis, qui a les moyens, a fait appel...
Et cette fois, c’est la Chambre d’agriculture qui tente de faire condamner des paysans après n’avoir rien fait pour les soutenir lors de l’effondrement du prix du lait. Cherchez l’erreur...


Le débat sous le chapiteau de la place Jean Jaurès : “c’est maintenant qu’il faut changer de politique agricole ! “

Sous le chapiteau planté place Jean Jaurès, des discussions se sont succédées pendant l’après-midi. Un des témoignages forts a donc été celui de Romuald Schaber, venu d’Allemagne "apporter un message de solidarité de la part des paysans européens qui sont de tout coeur avec vous dans votre combat". Il était là au nom de l’organisation européenne des producteurs laitiers EMB.
Et il a redit ce qui est le contexte de ce procès, en rappelant que "nous avons vécu 2 grèves du lait en Europe : une en 2008 qui a démarré en Allemagne et s’est étendue à 7-8 pays, l’autre en 2009 qui a démarré en France et a fédéré aussi 7 à 8 pays.".
"Notre situation empire d’année en année. Est-ce que nous sommes des esclaves de la filière laitière ? (...) Il y a aujourd’hui en Allemagne des paysans qui ne peuvent pas payer leurs factures (...) Le prix du lait y est de 28 à 31 centimes, alors que le coût de production - compris le revenu des paysans - est entre 43 et 52 centimes d’euros". Pas possible de tenir indéfiniment dans ces conditions...
Romuald Schaber a voulu quand même apporter un message de confiance dans le combat commun. L’EMB est maintenant une force en Europe, "aujourd’hui la commission européenne cherche à abolir les quotas, mais il y a aussi des parlementaires européens qui disent qu’on a besoin de régulation..." Et puis "nous, nous produisons la nourriture pour le peuple. Et nous savons que le peuple est avec nous".

“Mettre en place des outils de régulation” : c’est aussi ce qu’a demandé André Bouchut, pour la confédération paysanne rhône-alpes. Animateur de la commission "lait" de la Conf’, le paysan normand Yves Sauvaget a rappelé lui "la grande mobilisation des paysans en 2009 dans la Manche. Tout le monde a encore en mémoire l’épandage par des centaines de paysans dans la baie du Mont St-Michel." Pour lui, "les 9 sont 9 victimes parmi la petite centaine de milliers de paysans laitiers qui existait en France en 2009 ...70 000 aujourd’hui.... Et les perspectives annoncées sont de 30 000 en 2025 !"
Yves Sauvaget est catégorique : 2009 a été "une crise laitière organisée. Par une augmentation de 10 à 15% de la production à partir de 2007 à travers les allocations (de quotas) provisoires. D’énormes stocks de poudre et de beurre ont été constitués en 2007 et 2008".... Ce qui a débouché sur l’effondrement du prix du lait en 2009.
Et aujourd’hui, rebelote ? Une nouvelle crise laitière menace. Au niveau des politiques agricoles, rien n’évolue dans le bon sens, on est toujours dans la disparition des quotas de production. "Le changement c’est maintenant ? Il n’est toujours pas arrivé dans nos exploitations...". Le ministre de l’agriculture Le Foll semble plutôt proche de la FNSEA. Pas de volonté de changer de cap, "Le Foll ne mène pas une politique d’un gouvernement de gauche."
Le procès aujourd’hui de la Chambre contre 9 paysans est aussi le résultat de ce contexte. Il va donc falloir "se donner les moyens de pousser le gouvernement actuel pour qu’il change de cap, s’impliquer pour aller le chercher, ce changement, l’imposer au gouvernement."
Un avis qui est aussi celui de Jean Guinand, de la Confédération paysanne du Rhône : "la politique que mène Le Foll aujourd’hui aggrave les choses à terme ; il applique la politique de ses prédécesseurs...

Reste que - cette journée de mobilisation l’a encore montré - dans notre région, les usines à vaches n’ont pas encore pris le dessus, et l’agriculture paysanne existe et se défend. Et cette cause n’est pas celle des seuls paysans. C’est l’affaire de toute la société, de toutes celles et tous ceux qui veulent une nourriture saine, produite le plus possible localement, et payée à celles et ceux qui travaillent pour la produire, et doivent pouvoir en vivre pour continuer leur travail : les paysans !

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