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LE GROUPE “LE TRAVAIL SOCIAL DANS LA CRISE” FAIT LE POINT...
Des rencontres pour penser les résistances aujourd’hui... et repenser le travail social
“Il n’y a que les poissons morts qui nagent avec le courant...”
jeudi 6 décembre 2012, par Josiane Reymond


Ce texte a été écrit suite à la rencontre “travail social dans la crise” du 23 novembre...

Claire nous présente un livre « Mosaïque de saveurs, idées de femmes ». C’est un livre de recettes réalisé à partir de rencontres entres femmes qui participaient à un groupe d’Alphabétisation. A partir d’un projet tout simple mais avec la détermination d’une poignée de personnes de défendre des principes éthiques fondamentaux, un restaurant à pu se construire, des emplois devenir pérennes, et bien d’autres projets sont devenus possibles.
Voici une petite présentation de ce travail d’envergure.

« Femmes dans la cité »

Le quartier Berthe de la Seyne-sur-Mer a traversé une période très sombre, depuis la fermeture des chantiers navals en 1989. « Femmes dans la cité » organisait l’alphabétisation, l’accompagnement scolaire des enfants et de nombreuses activités pour et par les femmes de ce quartier ouvrier durement frappé par le chômage.
Dans ces villes morcelées en quartiers défavorisés, l’association « Femmes dans la cité » accueille "des femmes de toutes origines qui arrivent à construire un projet ensemble. Elles s’appuient sur leurs ressemblances pour communiquer entre elles, s’échanger des recettes mutuellement, issues de leur cuisine traditionnelle. Le but est de leur remettre le pied à l’étrier et non pas de gagner à tout prix de l’argent comme dans n’importe quelle entreprise". En effet, rien n’a plus de prix ici que ce groupe composé de sept nationalités différentes qui partage en commun le déracinement et une certaine confusion en regardant une société qui rend l’intégration de plus en plus difficile.
Formaliser les savoir-faire et créer de l’activité économique s’impose comme l’étape suivante, d’où l’idée de valoriser un riche savoir-faire partagé par toutes : la cuisine. En 2001, naît le restaurant d’insertion le « Petit prince », une promesse d’ouverture et de métissage.

L’activité débute expérimentalement sous forme d’ateliers au sein de « femmes dans la cité », mais les soutiens font défaut : « convaincre les partenaires que des femmes immigrées peuvent porter ce type de projet est difficile. Cinq ans d’un inlassable lobbying local (une enquête de faisabilité menée par la préfecture, la recherche de financeurs). « Le Petit prince de la Seyne-sur-Mer », restaurant associatif aux mets métissés, voit le jour et s’autofinance aujourd’hui à 60 %, pour près de 200 000 euros de CA. 9000 euros d’aide au poste d’insertion, par temps plein, complètent le budget. Sept salariés, en CDDI de 8 mois renouvelables deux fois, sont encadrés par une directrice, 2 CIE (une cuisinière, un serveur, en formation CAP) et 2 cuisinières chef (titulaires d’un CAP), anciennes salariées en insertion. Le taux de sortie positive est particulièrement élevé au Petit Prince (75 %). L’agrandissement de la salle de restaurant est au menu du conseil d’administration, qui planche également sur l’ouverture d’une succursale à Toulon et d’une boulangerie à la Seyne, municipalité qui a tout à gagner à la dimension interculturelle du projet. « Mêlant diverses origines, « Le Petit prince » est une belle porte d’entrée dans ce quartier. Apprivoisons-nous les uns les autres ».

"Femmes dans la cité est devenue une référence dans un C.V. C’est le symbole des femmes qui ont envie de se battre, qui se sont prouvées qu’elles étaient capables d’exercer une activité professionnelle. Elles ont aussi changés de regard sur elles-mêmes ou plutôt elles ont obligés leur environnement à changer de regard".
Dans le cœur de la responsable du restaurant palpite encore d’autres projets comme un jardin partagé entre plusieurs femmes pour que chacune d’elles puissent faire pousser ses légumes et faire goûter sa culture. Elle envisage aussi de les rendre propriétaire d’un logement en achetant un immeuble commun. "Je veux que toutes ces femmes puissent mettre leurs racines dans les sols. Avec cet immeuble, elles seraient propriétaires d’un petit bout du territoire, en un mot, elles seraient elles-mêmes un morceau de France".

(...) Un autre exemple qui met en évidence qu’aujourd’hui, à partir de situations d’appauvrissement, d’exclusion, de discrimination, d’autres espaces collectifs se construisent. Chaque fois nous sommes témoins de tout le dynamisme que produisent ces initiatives alternatives et des transformations profondes des personnes qui n’avaient jusqu’alors aucune place dans la cité. Elles deviennent partie prenante d’un projet, s’enrichissent de cette expérience et enrichissent le collectif.

Dans les différents échanges que nous partageons depuis un certain temps au sein de notre petit collectif, et au cours des différentes rencontres/ débats où un invité “de marque” est venu témoigner, il a été question d’engagement, de résistance, de créer des alternatives. Nous découvrons chaque fois des tentatives, et de réelles constructions qui s’efforcent de transformer des situations concrètes estimées injustes, inacceptables. Des espaces où l’accueil est inconditionnel, où la personne est prise en compte dans son intégralité, où les rencontres collectives permettent de développer de l’entraide, de la solidarité, de se sentir exister et reconnu parmi les autres.

Nous avons rencontré Jacques LADSOUS, éducateur spécialisé, co-président du Conseil Supérieur du Travail Social. Il a été co-producteur « des états généraux du social ». Le livre « reconstruire l’action sociale » rapporte cette expérience. De 2002 à 2004, des rencontres organisées sur tout le territoire, ont favorisé des débats entre travailleurs sociaux, militants, citoyens, et ont débouché sur des propositions concrètes, pour redonner sens et éthique à l’action sociale.

Nous avons rencontré Laurent OTT, éducateur, enseignant, chercheur, philosophe. Depuis plus de 15 ans, il a su mettre en œuvre des actions collectives, avec les habitants, les associations, les travailleurs sociaux. Suite à une analyse qui met en évidence les graves dégradations sociales issues de notre société marchande, il décline les conditions nécessaires qui permettent d’assumer ensemble notre responsabilité collective dans l’éducation des enfants.
Il est l’auteur de plusieurs livres : « Travailler avec les familles », « Le travail éducatif en milieu ouvert », où il fait référence à la pédagogie sociale qui a pour vocation de transformer dans la société, des choses qui ne sont pas acceptables.

Nous avons rencontré Germain SARY, fondateur de la communauté d’Emmaüs Lescar Pau dans les Pyrénées. Depuis près de 30 ans, cette communauté construit des alternatives qui proposent d’autres solutions sociales, économiques, écologiques, et culturelles. Cette communauté combat ainsi l’exclusion, retrouve des valeurs humaines fondamentales, sauvegarde l’environnement. Germain SAHRY estime que : « L’avenir se construit avec tous ceux pour lesquels aucun avenir n’est envisageable dans ce système néolibéral qui détruit tout. »

Nous avons partagé différentes initiatives locales :

-   « L’atelier des enfants et des familles », qui est inspiré de ce que Laurent OTT a mis en place à Longjumeau. Une présence régulière, tout au long de l’année, sur le terrain de jeux de Tarentaise, au pied des bâtiments, avec une mise à disposition de jeux diversifiés. Un accueil libre, inconditionnel, gratuit pour rencontrer autant d’enfants et de familles qui le souhaitent et construire ensemble une communauté éducative, des liens d’entraide et de solidarité, où chacun devient partie prenante.

-  « Les rencontres en assemblée » à l’initiative de travailleurs sociaux de l’ADAPEI. C’est une instance démocratique où sont traités les sujets concernant la vie de l’institution. La vie du foyer s’organise, se négocie et se régule dans ce temps. Les décisions qui en émanent parfois s’imposent à tous, y compris à la direction. Ces temps collectifs permettent aux résidents d’éprouver, dans un groupe restreint, une place d’adulte responsable. Le regard sur les personnes change. De ce fait, le positionnement aussi. Les comportements se modifient, les personnes se réapproprient des éléments de leur vie, ils questionnent leur statut de citoyen et leurs droits divers. Certaines personnes ont révélé en six ans, des capacités demeurées silencieuses pendant trente cinq ans de vie en institution.

-  L’association « Alpha » anime un atelier de français à l’intention des étrangers en risque d’exclusion « linguistique », notamment les demandeurs d’asile qui n’ont pas trouvé de solution à leur besoin urgent de s’initier à la langue française. Le principe est celui d’un accueil inconditionnel : aucune formalité d’inscription, pas de critères d’admission, pas d’exigence d’assiduité. Les personnes viennent librement et s’en vont librement. C’est un lieu de rencontre, de détente et de convivialité animé du souci d’aider chaque participant à développer son aptitude à communiquer en français. L’objectif est de mettre en œuvre une « communauté » d’éducation populaire où chacun se sent reconnu, encouragé et solidaire.

-  L’association « Triangle » qui investit 3 axes : _ - le bistrot social, avec un accueil de jour, un repas, de quoi laver son linge, se laver...
- l’espace rencontre, avec différentes propositions pour développer des envies, des désirs.
- un service de domiciliation pour recevoir le courrier
Triangle propose un accueil inconditionnel, peu importe l‘état des personnes. Sont présents dans cet espace les demandeurs d’asile, des familles rroms, des personnes très désocialisées.
La volonté est de se mettre au niveau des personnes, de proposer un accueil, une écoute, des réponses aux besoins primaires, une orientation en fonction de la demande.

Ces espaces où le respect de la dignité et des droits inhérents à toute personne sont le premier principe, ces espaces qui construisent concrètement des relations de reconnaissance mutuelle pourraient être un fabuleux moteur pour chacun d’entre nous, encourageant toujours plus une multiplicité d’initiatives.
Et pourtant... Nous constatons autour de nous, un peu partout, combien il est compliqué de construire dans la durée, de rester fidèle à ses engagements, de s’indigner, de résister. Que nous arrive-t-il ?

Miguel BENSASAYAG est philosophe, psychanalyste, chercheur, ancien résistant guévariste franco-argentin. Depuis des années, il planche sur ces questions d’engagement et de résistance : « résister, c’est créer », affirme-t-il.
Voici quelques éléments tirés de différentes interviews où il analyse la complexité de cette époque qu’il qualifie d’obscure, et surtout où il nous invite à résister en créant des alternatives.

Pour caractériser l’époque que nous traversons, M. BENASAYAG parle d’une « époque obscure ».
L’obscurité de notre époque vient du fait que nous sommes dans une crise historique dans laquelle tous les habitants n’arrivent pas à visualiser un horizon de dépassement face aux graves questions qui mettent en cause la survie de la vie sur la planète.
Une époque n’est pas obscure ou lumineuse par rapport à la dureté. Si on fait référence à la résistance à la dictature militaire en Argentine, militer signifiait être torturé, enfermé, tuer.... C’était malgré tout une époque lumineuse parce qu’il y avait un horizon de dépassement possible.
On est dans un moment où la résistance, la pensée, les actions sont très importants. Nous sommes dans un consensus réactionnaire, où les gens comprennent et admettent qu’on ne peut pas partager avec tout le monde, qu’il faut fermer les frontières. Le courent dominant est inquiétant.
Aujourd’hui la situation est floue, diffuse, la vie est de plus en plus menacée, détruite. Le néolibéralisme, l’utilitarisme a gagné nos têtes. Et c’est plus compliqué de résister. Le néolibéralisme, c’est une façon de désirer, de vivre, d’envisager l’autre. On est dans une société morbide, où le désir est écrasé, on n’arrive plus à penser qu’en terme de bénéfice économique. L’éducation est contaminée par l’utilitarisme, on enseigne aux enfants les compétences utiles. L’art est écrasé aussi. La seule grille d’évaluation de notre société c’est le bénéfice économique.
Les gens disent « c’est très moche tout ce qui se passe », et ces constats nous mettent dans une impuissance totale. Et à la fois ça plait tout ce que le système propose.
On est partagé entre une collaboration et un accablement profond.
Chercher de nouvelles voies de résistance est urgent parce que le compte n’y est pas.
C’est quoi la résistance ? Les indiens en Argentine disent : « il n’y a que les poissons morts qui nagent avec le courant ». Résister ce n’est pas un choix parmi d’autres, c’est le fait d’être vivant. Résister, c’est créer. Il faut des actions locales qui cristallisent concrètement la vie.
La défense de la vie doit être multiple, locale, parce qu’il n’y a pas un lieu global où on va se bagarrer pour de bon. C’est cette multiplicité investie dans des initiatives concrètes qui fait qu’on commence à nager contre le courant tout bonnement pour ne pas être mort.
La résistance c’est la décision de vivre. Elle se manifeste par des façons culturelles, syndicales, artistiques... ce sont les actions locales, radicales, claires dans notre désir de vie. Il faut défendre la vie.
Pour commencer à résister, il faut essayer de sortir de cette déferlante d’informations, de cet état d’impuissance. On ne sort pas de ça avec un programme, des leaders charismatiques. La résistance signifie toujours des corps engagés.
La création artistique parle toujours de ce qui pose problème à la vie dans une époque. On résiste toujours avec le corps, l’imaginaire, la tête. Nous avons besoin d’une esthétique alternative, un rapport au monde sur ce qui nous semble beau et important, qui donne une forme et un sens à notre vie quotidienne. L’alternative c’est la création d’une esthétique de vie dans laquelle il y a des choses plus désirables. Le rapport entre les arts, la création et la résistance est fondamental. Il faut créer avec joie une esthétique alternative qui dise « je désire autre chose ».




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