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Nelson Mandela : le long chemin pour la liberté
lundi 16 décembre 2013, par Roger Dubien


Nelson Mandela. Sa mort a touché des milliards d’hommes. Rien à voir pourtant avec une communication qui aurait été bien organisée, elle n’est pas en toc, cette vague planétaire d’émotion et de respect. C’est à cause de ce que fut sa vie et son combat. Et celui de tant d’opprimés que Mandela symbolise, et le souvenir de ces milliers de combattants de la liberté dont nous ne connaissons pas les noms, mais dont nous savons qu’ils se sont levés, ont résisté, ont été emprisonnés, torturés, pendus, massacrés, parce que tel a été le prix à payer pour faire tomber l’apartheid et affirmer la dignité de tous les hommes.
Grâce à eux, on sait que si le pire est possible, le meilleur l’est aussi. Et que le mieux est de se battre.
Ce combat, Nelson Mandela l’a raconté dans son livre autobiographique “un long chemin vers la liberté”, écrit au cours des années 80 et 90 et publié en 1996. Un livre à offrir en ces jours de cadeaux...



Alors ça fait un peu bizarre de voir tous ces politiciens et hommes des médias qui en font beaucoup, et souvent du superficiel. Ça énerve de les voir courir pour être sur la photo en parlant de Mandela. C’est surtout d’eux-mêmes que certains essaient de faire parler, et ils cherchent à récupérer des miettes de son immense prestige.
Pour ce qui est des dirigeants des Etats occidentaux qui parent aujourd’hui Mandela de toutes les vertus, ils oublient de rappeler qu’eux ou leurs prédécesseurs le déclaraient hier terroriste, l’ont laissé 27 ans au bagne, et entretenaient d’excellentes relations (livraisons d’armes, de pétrole, finances...) avec le régime d’Afrique du Sud.
Parce qu’enfin si ce système mis en place en 1948, directement inspiré des nazis et de leur théorie de la supériorité de la race blanche - 2 ans seulement après le procès de Nuremberg, ça a repoussé en Afrique du Sud - a tenu un demi siècle, il n’a pas pu y arriver tout seul.
Au passage, ces récents admirateurs de Mandela cherchent à brouiller ce que fut son combat, et à faire croire que l’apartheid est mort en Afrique du sud parce que Mandela a été non violent et a su pardonner. C’est un peu rapide comme présentation.
La vérité est que l’apartheid est tombé parce que le peuple d’Afrique du Sud a résisté et combattu, au prix de sacrifices immenses. Et parce que dans le monde, des forces - dans la jeunesse, les peuples, les artistes (voir quelques vidéos plus bas), et des Etats aussi - ont agi.

C’est ce que rappelle dans cette vidéo récente (2012, à l’occasion d’un colloque sur la Palestine) Jacqueline Derens, des Rencontres Nationales contre l’Apartheid, engagée dès le milieu des années 70 dans la campagne pour le boycott de l’Afrique du Sud.




En 1948, la mise en place de l’apartheid est un tournant dans ce régime colonial où une minorité de blancs opprime les noirs, les indiens, les métis. Dès la mise en place de ce système, l’ANC - le Congrès National Africain - passe à une nouvelle étape de son combat. Des discussions y ont lieu aussi sur la future Afrique du Sud, et sur le fait de savoir si les noirs doivent agir, contre la ségrégation, avec les indiens et métis, et aussi avec des blancs. Mandela lui-même a beaucoup évolué sur cette question, et finalement, c’est un projet de combat commun pour une société multiraciale que décide de porter l’ANC.
Une autre question alors posée est celle des rapports avec le Parti communiste d’Afrique du Sud, composé essentiellement de blancs, dont beaucoup sont issus de la communauté juive et sont en première ligne contre l’apartheid (alors que l’Etat israélien sera du premier au dernier jour un soutien acharné de ce régime). Mandela raconte aussi dans son livre comment il a changé sa façon de voir là-dessus. L’ANC ne se prononcera jamais contre le capitalisme, mais le combat contre l’apartheid sera mené ensemble avec le PC d’Afrique du Sud.

Dès les années 1950, l’ANC a lancé un appel à la solidarité, aux sanctions et au boycott contre ce régime, dont les pays occidentaux étaient des partenaires économiques et financiers quotidiens.

Dans les années 1960, l’ONU renforce sa condamnation de l’apartheid, notamment après le massacre de Sharpeville (21 mars 1960 - jour que l’ONU choisira pour en faire une journée internationale de lutte contre le racisme). Plus tard, l’ONU qualifiera l’apartheid de crime contre l’humanité. En 1968, elle appellera à l’isoler, notamment en cessant toute relation et coopération y compris sportive, culturelle, et tous les échanges avec ce régime.
En 1973, l’ONU adopte la Convention Internationale pour l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Mais la France, les USA, Israël, le Canada, la GB, l’Australie, la Nouvelle Zélande, les Pays-Bas ne signent pas.
Et les relations économiques entre les nazis d’Afrique du Sud et les puissances occidentales, leurs grandes entreprises et leurs banques continuent. Même après le massacre des lycéens du township de Soweto - plusieurs centaines de jeunes assassinés - en 1976.
Massacre des enfants de Soweto le 16 juin 1976 - 75 ko
Massacre des enfants de Soweto le 16 juin 1976


Ainsi, les gouvernements français et de grandes entreprises ont eu des relations très étroites avec le régime d’apartheid. Ils lui ont livré des Mirages et des Alouettes, l’ont aidé à se doter de la bombe atomique ( !). Total, Air Liquide, Framatome, le Crédit Lyonnais, Thomson... ont coopéré en grand.

Voir sur Bastamag : Hommage à Mandela : quand la France et ses grandes entreprises investissaient dans l’apartheid

A ceux qui demandaient alors l’application de l’embargo décidé par l’ONU et le boycott de l’Afrique du Sud, une réponse était que ça pénaliserait les noirs !

En Afrique du Sud, le combat n’a jamais cessé, malgré le prix terrible payé par le peuple. C’est au lendemain du massacre de Sharpeville que Nelson Mandela et d’autres dirigeants de l’ANC en viennent à penser qu’il va falloir changer de méthode. Mandela explique alors que le principe de la non-violence n’est pas la soumission, et qu’il y a un moment où un peuple, s’il ne veut pas se soumettre, doit employer les armes. “Il y a un moment dans la vie où deux voies s’ouvrent au peuple : se soumettre et vivre à genoux ou bien de faire face et de se battre”. Et l’ANC crée Umkhonto weSizwe, la Lance de la nation, que Mandela va diriger. Ça nous change des salades qu’on entend depuis des jours sur l’amour de son ennemi...

Une des rares photos de Mandela connues dans les années 80, qui a servi à faire des affiches et des pochoirs... - 37.2 ko
Une des rares photos de Mandela connues dans les années 80, qui a servi à faire des affiches et des pochoirs...
 
Au procès de Rivonia qui le condamnera à la prison à vie en 1963-64, Mandela et une dizaine de ses compagnons, risquent la potence. Ils le savent. Nelson Mandela déclare avant le jugement :“Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir”. Ils seront condamnés au bagne à vie. Mandela y restera 27 ans.

En Occident, c’est à partir de la deuxième moitié des années 70 et dans les années 80 que le mouvement international de solidarité va prendre de l’ampleur. A travers la musique par exemple, et de grands rassemblements de jeunes. A travers les actions de boycott (oranges outspan, etc...)
En France, c’est essentiellement à l’initiative du Mouvement Anti-Apartheid d’une part, puis du PCF et de la Jeunesse communiste, que les actions anti-apartheid ont été organisées.
En 1986, plusieurs centaines de jeunes manifestèrent à st-Etienne avec la JC pour la libération de Mandela et la fin de l’apartheid. Et plusieurs dizaines de milliers à Paris le 1er juin.
A St-Etienne, des jeunes communistes seront traînés au Tribunal correctionnel pour avoir peint le portrait de Mandela sur des murs !
C’est en France qu’en 1988, Dulcie September, l’une des dirigeantes de l’ANC dont elle était la représentante à Paris est assassinée. Ses assassins ne seront jamais arrêtés. Affaire classée en 1992 et jamais ré-ouverte, malgré des éléments nouveaux. Devant la Commission Vérité et Réconciliation mise en place en Afrique du Sud après la chute de l’apartheid, commission présidée par Desmond Tutu, le chef des escadrons de la mort de l’apartheid (condamné ensuite à la prison à vie pour l’organisation directe de plus de 80 meurtres) a reconnu avoir commandité ce meurtre et donné le nom d’un exécutant français, toujours en fuite. Ceci mériterait qu’une enquête soit ré-ouverte, non ?

De par le monde, des millions d’hommes se sont mobilisés pour faire tomber l’apartheid, et faire libérer Nelson Mandela, dont ils n’avaient qu’une vieille photo mais dont le seul énoncé de son nom rendait tout de suite plus courageux. Jusqu’à ces minutes et ces images extraordinaires du 11 février 1990, quand un vieux monsieur de 71 ans est sorti de la prison et s’est adressé à des dizaines de milliers de personnes : “Je me tiens ici devant vous non pas en tant que prophète mais en tant qu’humble serviteur de vous, le peuple."


Si problème pour accéder à cette vidéo de l’INA, voir ici : http://www.ina.fr/video/CAB90006718

Musique !



Mandela Day, par Simple Minds - juin 1988, concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley


Bernard Lavilliers - Noir et blanc - 1986


Johnny Clegg (avec Nelson Mandela) - Asimbonanga - 1999


The Specials - Free Nelson Mandela - 1989


Apartheid Is Nazism - Alpha Blondy

Et aujourd’hui en Afrique du Sud ?

Du point de vue des lois, du droit, des droits politiques, l’apartheid est fini, et la guerre civile a été évitée. Mais l’Afrique du Sud reste une société profondément inégalitaire. A l’été 2012, une tuerie a même été commise par la police contre des mineurs en grève. Certes l’ANC gouverne, avec l’appui du SACP (PC) et de la Cosatu (syndicats), mais en Afrique du Sud comme partout, le néolibéralisme a bousculé les réalités et fait la loi.

Le néolibéralisme est un capitalisme encore plus cannibale qu’avant. Mais il n’a pas besoin d’un apartheid racial. Le racisme peut lui servir ici ou là - et il s’en sert d’ailleurs souvent pour diviser les peuples - mais ce qui compte d’abord, c’est la soumission à sa logique.
Aujourd’hui dans certains pays, ce sont parfois des noirs qui font son boulot. D’ailleurs, en Afrique, un certain nombre de dirigeants des Etats décolonisés se sont mués en dictateurs, ils font des affaires et ont amassé des fortunes colossales. Le néolibéralisme s’accommode sans problème d’une élite capitaliste “multiraciale”. Il a redistribué les cartes.

Le combat pour la liberté et la justice ne finit donc jamais, il n’existe ni lutte finale ni fin de l’histoire. Les victoires comme celles contre l’apartheid sont très importantes, mais ouvrent de nouvelles périodes qui exigent toujours comme les précédentes que les hommes s’engagent pour la liberté et la justice.
Pour celles et ceux qui participent à ce combat, Nelson Mandela est vivant. Ceux qui l’ont laissé en prison essayent aujourd’hui de l’embaumer. Ce sera peine perdue. Il vivra longtemps dans les têtes et les coeurs, et dans les combats des hommes de demain.

Allez, encore un peu de Johnny Clegg !



johnny clegg - Scatterlings of africa




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