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PIERRE STAMBUL, CO-PRÉSIDENT DE L’UJFP :
le boycott d’Israël doit être total : politique, économique, commercial, universitaire, sportif, syndical, culturel
Traiter l’Etat israélien comme on a traité l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid...
mercredi 23 juillet 2014


Interview de Pierre Stambul (co-président de l’Union Juive Française pour la Paix) à Raïna (Algérie)
Voir en ligne : http://www.raina-dz.net
Et sur le site de l’UJFP : http://www.ujfp.org

Après deux semaines d’intenses raids aériens sur Gaza suivis par une incursion terrestre, le décompte macabre n’en finit pas de distiller l’horreur. Plus de 500 morts dont la moitié sont des enfants de moins de douze ans. Il s’agit de l’agression la plus meurtrière depuis l’opération Plomb Durci en 2008-2009 qui avait fait plus de 1300 morts.
Pierre Stambul, co-président de l’Union Juive Française pour la Paix nous livre son analyse de la situation...

Raina-dz : L’attaque israélienne sur Gaza vient de connaître un tournant dramatique avec le massacre de masse commis dans le quartier de Shayjaya que d’aucuns qualifient de crimes de guerre. Quel commentaire faites-vous par rapport à ces événements ?

Des voix hélas représentatives en Israël poussent au massacre de masse. Jacques Kupfer du Likoud international écrivait quelques jours avant ce massacre : « Si nous voulons mettre un terme à la guerre, nous devons raser Gaza. Gaza doit devenir un champ de ruines d’où ne peuvent sortir que des gémissements. » On est au-delà du crime de guerre. Déjà avant ce massacre les Gazaouis posaient la question : « pourquoi la communauté internationale qui a inculpé les dirigeants serbes ou rwandais ne poursuit-elle pas les dirigeants occidentaux qui ordonnent de tirer sur des enfants, qui font vivre les gens en cage et qui utilisent des armes interdites (uranium appauvri, bombes à fragmentation ...) ?

Raina-dz : On a vu des images choquantes à Sdérot où des Israéliens venaient admirer les raids sur Gaza. Comment une partie de la société israélienne peut-elle aujourd’hui se réjouir de la mort de centaines de civils dont des enfants ?

En 2008-2009, lors de « Plomb Durci », lors du massacre précédent, l’armée israélienne avait empêché l’entrée des journalistes à Gaza et ceux-ci avaient regardé depuis Sdérot le pilonnage comme on joue à un jeu vidéo. L’anticolonialiste israélien Michel Warschawski vient d’écrire un texte superbe intitulé « vers le fascisme » pour décrire l’évolution de sa société. L’insensibilité à la mort et à la souffrance de « l’autre », du palestinien touche la pseudo-gauche sioniste. Elie Barnavi vient d’évoquer cette guerre en ne parlant que des roquettes tirées depuis Gaza alors que plus de la moitié des mort-e-s sont des femmes, des enfants, des vieillards.

Raina-dz : La résistance palestinienne à Gaza est saluée dans le monde entier. L’envoi de roquettes sur Israël est-ce une stratégie efficace étant donnée l’asymétrie des deux parties ?

La population de Gaza n’a pas le choix. Elle est en cage. Le blocus impitoyable dure depuis 7 ans. On manque à Gaza d’eau, de nourriture, d’électricité, de carburant, de ciment, de médicaments ... Même quand ils ne ripostent pas, les Gazaouis enterrent leurs mort-e-s : 150 paysa-ne-s tué-e-s en quelques années parce que leurs champs jouxtent la frontière, 11 pêcheurs tués en mer alors qu’ils cherchent juste à ne pas mourir de faim, 650 victimes des exécutions extrajudiciaires. Le droit à la résistance existe dans le droit international. Le Hamas n’est pas toujours très populaire à Gaza, mais le fait de riposter avec des roquettes a l’appui d’une majorité de la population qui ne voit pas d’autre moyen pour en finir avec le blocus.

Raina-dz : A Tel-Aviv et à Jérusalem des citoyens israéliens courageux descendent dans la rue pour dénoncer cette agression. Michel Warchawski, journaliste israélien militant pour la paix dit ressentir pour la première fois de la peur face à la « fascisation »de sa société. Qu’en pensez-vous ?

Ces Israéliens anticolonialistes sont courageux et formidables. Ils me rappellent la petite poignée de Français qui, contre leur propre société, se sont battus pour l’indépendance de l’Algérie alors que la majorité de la population tolérait la torture et les ratonnades. Le sionisme n’est pas seulement une idéologie criminelle, c’est aussi une idéologie suicidaire pour les Juifs qui entretient la peur et l’insensibilité, qui fait croire aux Israéliens que ce sont eux les victimes. Un jour, cette idéologie s’écroulera. On n’en est hélas pas encore là. En tout cas, le fait qu’Israël ait un gouvernement de type OAS n’est pas un hasard. Le sionisme a gommé toutes les différences idéologiques en son sein et ce sont logiquement les plus extrémistes et les plus racistes qui sont à la tête du pays.

Raina-dz : En France le mouvement de solidarité avec les Palestiniens a connu des épisodes violents. À Barbès, puis à Sarcelles ces incidents ont émaillé les manifestations. Quelle est la responsabilité du gouvernement français dans ces violences ? Pourquoi refuse-t-il d’interdire la LDJ ?

L’attitude de Hollande et de son gouvernement est plus qu’honteuse. Le soutien appuyé aux crimes de guerre actuels se double aujourd’hui d’une tentative d’interdire les manifestations pour les droits du peuple palestinien. Ce gouvernement reprend entièrement la thèse sioniste selon laquelle critiquer Israël est un acte antisémite. La France est un des très rares pays où la LDJ (Ligue de défense juive), groupuscule raciste très violent, n’est pas interdite. C’est la LDJ qui a provoqué les manifestant-e-s à Paris. Le gouvernement français, par son attitude, mélange sciemment juif, sioniste et israélien. La seule façon d’empêcher une explosion d’antijudaïsme, c’est de faire comme l’UJFP. Manifester avec nos camarades de l’ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France) derrière la même banderole : « Juifs et Arabes unis pour la justice en Palestine ». C’est répéter inlassablement que cette guerre est coloniale, qu’elle n’est ni raciale, ni communautaire, ni religieuse, que la seule issue, c’est l’égalité des droits et le « vivre ensemble ».

Raina-dz : Selon vous y a-t-il un lien entre le lobby sioniste pro-israélien et les discours islamophobes en augmentation ces dernières années ?

Oui bien sûr. Israël est l’élève modèle de ceux qui prônent le choc des civilisations, la guerre du « bien » contre le « mal », le mal étant bien sûr les Arabes, les Musulmans, les « bronzés ». Alors que le colonialisme n’est plus « politiquement correct », Israël donne l’exemple d’une « reconquête coloniale ». Pendant plus d’un siècle, l’antisémitisme a été le dénominateur commun de toutes les idéologies d’extrême droite. Aujourd’hui l’islamophobie remplace l’antisémitisme. Les dirigeants de l’extrême droite européenne sont pro israéliens et vont visiter la Knesset ou Yad Vashem. Et nos pseudos intellectuels n’ayant plus le droit de dire « sale arabe » s’en prennent spécifiquement aux Musulmans ou aux « gens d’apparence musulmane ».

Raina-dz : Pourquoi les médias français, à quelques exceptions près, continuent de relayer la propagande israélienne ?

Vaste question. La plupart des grands médias ne sont plus indépendants. Leurs propriétaires ne sont pas représentatifs de l’opinion. Et puis, le cliché selon lequel en France « les Juifs sont pour Israël, les Arabes pour la Palestine et le conflit est importé en France » leur plaît. C’est du sensationnel et ça fait vendre. L’honnêteté et la complexité qui les obligeraient à aller à Gaza, à enquêter sur les ravages du blocus, à relayer les rapports quotidiens qui nous arrivent tous les jours de Gaza, ça ne fait pas vendre.

Raina-dz : Que faut-il faire pour contraindre Israël à mettre fin à cette tuerie et à lever l’embargo sur Gaza ?

En 66 ans d’existence, Israël n’a été que deux fois (très légèrement) sanctionné : en 1956 sur l’évacuation (déjà) du Sinaï et en 1991 quand Shamir refusait d’ouvrir des négociations. Les deux fois, Israël a cédé. RIEN NE CHANGERA SANS DES SANCTIONS.
La communauté internationale pour l’instant est silencieuse ou complice. C’est à nous, les citoyens et l’opinion publique, de tout faire pour changer la situation. En 2005, 172 associations de la société civile lançaient un appel au BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël sur les revendications suivantes : fin de l’occupation, de la colonisation, destruction du mur, fin du blocus de Gaza (le plus urgent aujourd’hui), libération des prisonniers, égalité des droits, droit au retour des réfugiés. Ce boycott doit être total : politique, économique, commercial, universitaire, sportif, syndical, culturel .... Il remporte des succès de plus en plus notables. L’espoir est là : traiter l’Etat israélien comme on a traité l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.

Entretien réalisé par Keltoum Staali




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