Réseaux citoyens de St-Etienne
Accueil Qui sommes-nous Nous contacter Nous aider Plan du site Admin
   
Vous êtes ici : Portail pour l’accès aux droits sociaux > Le travail social dans la crise > Tous les secteurs de notre société se marchandisent
A la une
Agenda
Albums photos
Images à la une
Envoyez la musique !
La France insoumise / Jean-Luc Mélenchon
Nous sommes Grecs
Agroécologie
Agriculture paysanne
AMAP et réseau des AMAP
AMAP-Saint-Etienne
L’avenir du mouvement des AMAP
Les Amap dans la Loire
FAQ - De la ferme au quartier
Collectif Zérogm42
Collectif "nourrir l’humanité"
Maison de la semence
G.R.A.I.N. / Via Campesina
Collectif Liberté Justice Palestine
Chroniques pour la Palestine
Moyen-Orient et monde arabe / Georges Corm
Réseau RESF
Réseau Solidarité Rroms
Egalité des droits / Antiracisme
Une école pour tou(te)s
Survie / Françafrique
Quelle connerie la guerre !
Collectif "personne à la rue !"
Justice sociale / Droits sociaux
Assises droits sociaux
Forum des droits sociaux
Logement
Non au CPE !
Santé
Services publics
Travail / Emploi / Retraite
Portail pour l’accès aux droits sociaux
Le travail social dans la crise
Terrain d’entente
Groupe de réflexion "travail travail !"
Réseau salariat
Ecole / Education populaire
Justice écologique
Collectif Action Climat - CLAC
Sortir du nucléaire
Démocratie
Démocratie participative
Porto Alegre/St-Etienne
Libertés
Europe
Sortir du capitalisme
TAFTA
Changer la mondialisation ?
Forums sociaux
Changer la gauche ?
Gouvernement Hollande-Ayrault-Valls
Gouvernement Sarkozy
Chronique d’une élue citoyenne
Ville de Saint-Etienne
Conseil municipal
Elections municipales 2008
C’est notre histoire
Culture / idées
Les Héroïnes
Libres paroles
Des livres, des films, des sites...
Cafés citoyens au Remue-Méninges
Atelier de philosophie
Université Populaire - Laboratoire Social / Collectif Malgré Tout
Médias
Qui sommes-nous
Réseaux/Associations
TRAVAIL SOCIAL...
Tous les secteurs de notre société se marchandisent
vendredi 16 janvier 2015, par Josiane Reymond


Je travaille comme puéricultrice, au Conseil Général de la Loire depuis de nombreuses années, et je vois peu à peu, notre travail se transformer à l’échelle de chaque secteur. Le vocabulaire qui évolue est très révélateur, et caractéristique de l’état d’esprit actuel de notre institution. On parle aujourd’hui en termes de hausse et de baisse « d’activité » pour désigner notre travail, on parle « de portefeuille » pour désigner le nombre de familles accompagnées par un agent.

Dernièrement une collègue puéricultrice a été reçue à l’occasion de son entretien d’évaluation avec le responsable de Territoire, son responsable direct étant absent. Cet entretien est l’occasion de discuter du travail effectué par l’agent durant l’année, de la réalité, du contexte dans lequel il évolue. Durant cet entretien particulier, cet agent a été interrogé sur ses « chiffres » qui seraient en baisse, le responsable de territoire s’est même inquiété du temps que consacrait cet agent au cours de ses visites à domicile.

Depuis quelques années, nous devons noter dans un logiciel crée à cet usage, nos différentes démarches auprès des familles. A savoir les visites à domicile, les entretiens avec les familles lorsqu’on les reçoit dans nos locaux, les entretiens téléphoniques, les différents rapports que nous avons écrits... Et d’autres choses encore. Tout ce qui est noté au fil des mois devient le reflet de notre « activité », on compte le nombre de visites à domicile et tout le reste. Ce qui permet d’établir la charge de travail des différents secteurs pour une meilleure optimisation des postes de travail, dans une logique gestionnaire, comptable. On nous somme ainsi d’être rentables. Parce qu’aujourd’hui, le travail social est estimé bien trop couteux pour la société.

Mais en fait c’est quoi aujourd’hui le travail social ?

Robert CASTEL le définit ainsi : « Le social, c’est un ensemble d’actions, d’interactions non économiques, qui n’obéissent pas à la logique du marché, mais qui ont pour objectifs d’essayer de contrebalancer les effets destructeurs d’un fonctionnement automatique du marché laissé à lui-même ».

« Les effets destructeurs », nous en sommes tous les jours les témoins, parfois impuissants. Ces familles dont le nombre va toujours croissant qui vivent dans une grande précarité, et pour lesquelles l’avenir semble difficilement envisageable. Alors, pour « essayer de contrebalancer ces effets », notre accompagnement au quotidien des familles en demande d’aide devient parfois bien difficile.

Mais le travail social a d’autres ambitions, celle notamment de permettre à chacun de mieux se construire, de développer ses aptitudes, de devenir auteur, acteur de son projet de vie.

Le travail social est une activité continue, progressive. Il demande du temps. Il induit d’accepter l’inertie. Il se caractérise par des gestes, des attitudes, des attentions qui ne rentrent pas dans les grilles d’évaluations, les protocoles d’action liés aux démarches qualité. Ils sont difficilement quantifiables.

Ces dispositions sont tellement simples qu’elles se font oublier. Pourtant, elles constituent le cœur de nos métiers.

En effet qu’est ce qui permet à une personne de ne pas se décourager, s’effondrer, de continuer à chercher du sens à son existence ? Qu’est ce qui l’aide à tenir ses engagements, à venir aux rendez-vous pour espérer voir ses démarches se concrétiser ? Qu’est-ce qui fait qu’elle continue à nous ouvrir sa porte et à oser montrer comment elle vit ?

Eh bien c’est essentiellement la relation humaine que nous nous efforçons de construire, le sentiment d’être reconnu et non jugé, la relation de confiance qui s’établit peu à peu et qui demande parfois beaucoup de temps. Parce que nous nous adressons parfois à des familles blessées par tous les coups qu’elles ont reçues et qui estiment qu’il faut se méfier de tout le monde et ne faire confiance à personne.

Nous sommes plusieurs à nous inquiéter de cette évolution.
« Les logiques gestionnaires transforment en profondeur la prise en compte des personnes suivies par les services sociaux. » (Le travail social ou l’art de l’ordinaire. David PUAUD)

De nombreuses familles sont de plus et plus confrontées à la pauvreté, à la solitude, à l’isolement. Nous sommes parfois les seuls à frapper à la porte, à téléphoner, à être en lien avec ces personnes. Nous ne pouvons pas continuer à assurer ces accompagnements indispensables si nous subissons des pressions concernant nos « chiffres » et notre « activité » qui ne doivent surtout pas être en baisse.

La situation sociale actuelle demande à trouver d’autres voies, à inventer des solutions. C’est un travail qui s’élabore en équipe et avec d’autres partenaires. Il nécessite beaucoup de réflexions, il demande de bien comprendre la réalité, les besoins des personnes que nous nous efforçons de soutenir. Nous sommes dans une période extrêmement sensible où on voit certaines familles en risque de s’effondrer. Le travail social devient d’autant plus important si on veut vraiment « contrebalancer les effets destructeurs » de notre système actuel.

Il représente un coût pour la société ? Mais est-ce qu’il n’est pas aussi un de ces investissements fondamentaux, essentiels pour que la société et tous ses membres puissent continuer à vivre et à se construire le mieux possible ?

Nous souhaiterions pouvoir mieux évaluer l’impact de notre travail auprès des familles en difficulté. Nous manquons peut-être de méthodologie et d’outils performants. Mais nous sommes sûrs que ce n’est pas en comptant le nombre de visites effectuées chaque année que nous saurons comment accompagner au mieux les familles dans leur parcours.

Josiane Reymond




Dans la même rubrique :
Conférence-débat avec Laurent OTT
Invitation à une rencontre-débat à l’IREIS sur le travail social
2 rencontres avec Laurent OTT les vendredi 22 et samedi 23 avril...
Rencontre avec Germain Sarhy et l’équipe de la Communauté d’Emmaüs de Pau-Lescar
Ces pauvres qui deviennent peu à peu les ennemis des services sociaux...
L’expérience de Terrain d’entente à St-Etienne
Lutter contre la triple pénalisation des pauvres et précaires
Les principes de la pédagogie sociale
Invitation à engager un programme de travail sur « le travail social et l’action sociale dans la crise »
Rencontre autour du livre d’Alain Bertho "Les enfants du chaos - Essai sur le temps des martyrs" jeudi 8 septembre




Proposer un article | Nous contacter | Plan du site | Admin | Accueil