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UN TÉMOIGNAGE AU RETOUR DE CISJORDANIE ET DE GAZA
Rapport de la mission du CCFD en Palestine en mai 2004
dimanche 4 juillet 2004, par Françoise Guyot


Françoise Guyot est de Grenoble. Elle était en délégation en Palestine en mai avec le CCFD. Elle était à Gaza du 18 au 21 mai...
Voici son témoignage, et le rapport qu’elle vient de transmettre au maire de Grenoble...

Objet de la mission : évaluer une part des projets soutenus par le CCFD en Palestine Israël et établir des priorités.

Membres de la mission :

-  Emmanuelle Bennani : chargée de mission en Palestine, Liban, Maroc et Algérie, 3ème mission, du 17 au 27 mai
-  Sophie Zaccaria, responsable de la supervision du secteur bassin méditérannéen, (ancienne chargée de mission en Palestine, a vécu 3 ans à Gaza de 1989 à 1992), du 17 au 22 mai
-  Françoise Guyot, membre du Comité Diocésain de Grenoble, membre du collectif Isérois pour la Palestine (7ème voyage, 3ème depuis la seconde Intifada), du 12 au 24 mai.
-  S’est jointe Anne Isabelle Barthélémy, chargée de mission de la CIMADE.

Cette mission a permis d’appréhender l’aggravation de la situation en Palestine et de constater, dans un va et vient entre les responsables des ONG et le terrain, le très sérieux travail réalisé par les partenaires palestiniens. Se sont ajoutées aussi de nombreuses rencontres individuelles et des visites dans des familles.

Les différents sites visités : régions de Bethléem, Jérusalem, Ramallah, Tulkarem et la bande de Gaza où nous avons eu l’autorisation d’entrer. Nous y étions présentes du 18 au 21 mai, pendant les évènements de Rafah.

Si nous pouvons résumer en quelques lignes le sentiment exprimé par tous ceux que nous avons rencontrés, c’est d’abord l’épuisement. Les Palestiniens sont épuisés, le peuple n’a plus d’aspiration si ce n’est de trouver des réponses de survie : manger, dormir, être en sécurité. Sans aspiration politique ni repère, plus que jamais les Palestiniens sont sans espoir et sans attente. La Palestine, en tant que telle, n’existe plus qu’à travers des villes enfermées. A l’exception des missions ciblées ou de partenaires, ils n’ont parfois plus envie de recevoir des groupes qui signent pour eux " l’impuissance européenne. "

Actuellement, il y a deux sociétés : un gouvernement inexistant, conservateur, et une société civile démocratique qui se construit pas à pas. Au sein même d’une Palestine morcelée, à travers un grand nombre d’ONG , d’associations de femmes, de jeunes, émerge un projet de société, commencé à Oslo puis abandonné, basé sur la démocratie, le mouvement social, le développement. Des projets et réalisations très concrètes où la démocratie n’est pas un vain mot. " Le débat laïc et progressiste a commencé. " c’est l’étonnant paradoxe d’une société palestinienne occupée, meurtrie, qui garde la force de construire, pour un futur lointain, incertain, fragile, mais dont il est évident qu’il percera un jour puisque basé sur la conviction du droit et de la justice.

I. Quelques flashs sur la situation actuelle

1. En Cisjordanie, le Mur

Il a contribué à détruire ce qui restait d’espoir. Ecrasés, enfermés, isolés, les Palestiniens ont le nez dans le mur. Les ghettos se succèdent.

Il y a deux sortes de mur :
-  un mur réel, fait de blocs de 6 à 8m de haut, qui longent les villes ou les enferment.
-  des barrières de séparation qui relient les murs des villes. Ces barrières comprennent une rangée de barbelés, un fossé, une route, un haute barrière équipée de capteurs, une route, un fossé des barbelés, le tout est d’une largeur d’environ 80m.

Tous ont en commun la confiscation des terres palestiniennes, l’arrachage des oliviers, la séparation des familles... Au-delà du plan économique majeur, l’arrachage des oliviers représente l’extirpation de leur culture, de leur identité. "Quand on arrache un olivier, c’est quelque chose de mon être profond qui est arraché. Avec leurs routes, leurs colonies, ils massacrent notre pays"
Le mur signifie "la perte de l’espoir d’un rapprochement avec nos frères israéliens".

Nous avons vu le mur :

-  A Tulkarem : au village de Baqa el Sharqia, des serres, des terrains ont été confisqués. Les canalisations d’eau d’irrigation ont été coupées, le centre commercial rasé. Il y a trois mois, la pression internationale a fait reculer le mur sur la ligne verte mais ce village, situé à la frontière de 67 a été coupé en deux par le mur, séparant des familles, et, à noter, la séparation d’un couple, le mari travaillant à Tulkarem.
Les routes n’ont pas changé : nombreux checks points, fixes ou volants, contrôle des papiers, routes barrées, obligeant les Palestiniens à faire de nombreux kilomètres par des chemins de terre très escarpés.

-  A Ramallah : au niveau du check point de calandia, la construction du mur se termine. Ce check point reste toujours un point de forte tension. Le mur se poursuit par la barrière de séparation jusqu’à el Ram où les fondations du mur sont posées.

-  A Jerusalem : le mur d’Aboudis a isolé l’université et sa hauteur ne permet plus aux étudiants et aux travailleurs de l’escalader. Tout dépend désormais de l’ouverture. C’est le passage obligé des Palestiniens qui se rendent à Bethléem par la route du feu (40km). La route normale, 10 km, ne leur est pas autorisée. Le tracé de la barrière de séparation est tracé jusqu’à Bethléem.

-  A Bethléem : le mur se termine. Il a environ 6 à 8m de hauteur. Dans les collines environnantes, le village isolé de El Khaz el Numan a été coupé en son centre. Le tracé est fait au niveau de Beit Jala, il coupera une route palestinienne allant à Hébron.

2. Dans la bande de Gaza, prison à ciel ouvert

La bande de Gaza est coupée en trois régions du nord au sud, par des check points fermés très souvent au gré de l’armée et enrayant toute communication. C’est une véritable prison vivante qui a depuis longtemps absorbé ses barbelés. Les problèmes s’accumulent : chômage massif, pollution de l’eau, destructions régulières, couvre feux, incursions, (ces deux derniers étant le fait de l’ensemble des territoires) .
Il n’y a plus ni espoir ni désespoir. La mort est présente, non comme fataliste, mais comme intégrée, faisant partie de la vie, du fait des incursions multiples, des destructions, du bruit permanent des avions et hélicoptères, véritable guerre psychologique. Une mère de famille témoigne : "mes enfants dorment avec moi, si on doit mourir cette nuit, nous serons ensemble".

A Gaza, nous avons vu le quartier de Zeitoun, détruit dans son ensemble, maisons, oliviers, route, commerces. Les habitants ont installé des tentes sur les décombres.

L’eau est un problème majeur. Un responsable du PHG, (palestinian hydrology group) souligne que les puits sont pollués à l’exception de quelques uns au nord. L’évacuation des eaux se fait de moins en moins dans la mer en même temps qu’il y a une salinisation de l’eau. Il y a un très fort manque d’infrastructures. Les colons, qui occupent 1/3 de la bande de Gaza, pompent une part importante de Gaza. Ils possèdent un gros réservoir et un réseau de pipes lines. Les déchets de leurs industries et les pesticides empoisonnent l’eau qui est rejetée à Gaza. Des répercussions sont constatées chez les enfants : troubles sanguins (sang bleu), cancers. A Rafah, le projet d’un bassin d’eau que veulent creuser les Israéliens sur une profondeur de 20 à 40m pour consolider la frontière d’Egypte, détruira de nombreux puits.

Sur le plan économique, selon l’estimation du PARC, les gazaouis sont en situation de survie : s’ils peuvent encore assurer leur autonomie en matière de fruits et légumes, tous les autres produits proviennent d’Israël et la consommation, pour des raisons financières est plus que limitée. Les pêcheurs obtiennent de temps à autre l’autorisation de sortir les bateaux, sur la bande de mer qui leur est réservée, ie : quelques km. Dans un si petit espace, la reproduction des poissons est très difficile.
Des immeubles ont été construits mais ils restent vides, faute de pouvoir payer un loyer.

Nous avons rendu visite à une famille de Djabalia. La situation dans les camps est catastrophique. L’UNWRA lance un cri d’alarme : l’aide apportée a diminué de plus de 60%. Dans la bande de Gaza où il y a 900.000 réfugiés, s’ajoute, comme ailleurs, le contrecoup de l’intifada, le relogement de 560 familles de Rafah dont le domicile a été détruit par les bulldozers israéliens ces dernières semaines, la réhabilitation de la voierie dévastée par les chars.

Pour l’ensemble des enfants et des jeunes de la bande de Gaza, l’éducation reste une priorité. Les résultats aux examens sont très bons. La fréquentation de l’école et de l’université reste élevée (97%). Les jeunes comme leurs professeurs tentent le maximum malgré la fermeture des check point. Ceux de Rafah et de Khan Younis ont manqué très souvent, mais soit ils s’hébergent sur Gaza, soit ils se transmettent les cours par internet. Rien ne peut arrêter cette assiduité scolaire.

Khan Younis, au sud de Gaza, est encore plus enfermée que Gaza, car coupée de tout accès à la mer, du fait des colonies. Nous avons pu profiter de quelques heures d’ouverture du check point. La colonie, insolente de verdure et située au bord de la mer est protégée par un mur. Les maisons palestiniennes, situées devant ce mur, continuent d’être détruites sur une large surface.

La situation est parfois tendue. Des groupes armés, masqués, marginaux certes, sont présents : ainsi, en sortant d’une visite au centre Culture et Pensée libre, nous nous sommes trouvés face à l’une de ces factions, armés, campés sur l’ensemble de la route et il a fallu très vite rebrousser chemin. En effet, de retour à Gaza, il nous a été signalé au centre culturel qu’il était dangereux de circuler ainsi, certains groupuscules se disant "anti français" du fait de la politique française sur le voile, la France étant jugée "anti islamiste". Des mêmes slogans sont formulés aussi à l’encontre du centre Culture et pensée libre.

Rafah est située au sud de la bande de Gaza, à la frontière d’Egypte. Du 18 au 21 mai, présentes à Gaza et Khan Younis, nous avons été témoins, impuissants, de la tragédie de Rafah. Quatre jours avant l’opération Arc en ciel, un ami israélien nous a informé que la presse israélienne annonçait la destruction de 800 maisons à Rafah et la construction d’un grand bassin de séparation, de 20 à 40m de profondeur.

Le monde savait.

Opération Arc en Ciel  : Rafah était bouclé, nous entendions le bruit incessant des avions, nous étions témoins des appels des familles de Rafah. Le 19 mai, vers 20h, un étudiant envoie un SMS à son professeur de français : "ils avancent, mon voisin vient de mourir, je sais que c’est mon tour. Au revoir". Le directeur du PARC apprend que son beau frère et deux de ses fils viennent de mourir.

Les messages se succèdent : "ils ont tiré sur la manifestation pacifique et spontanée des habitants de Rafah : trois missiles des hélicoptères, sept obus des chars." "Des jeunes, des enfants sont morts, des blessés saignent au milieu de la route, on ne peut pas sortir, ils nous tirent dessus. Tous les habitants de Rafah sont sous couvre feu, l’électricité est coupée". A l’appel de radios françaises qui demandent des nouvelles, Marianne, répond laconiquement. A quoi bon donner des détails ! Elle écrira dans la soirée : "je ne peux même pas dire que je suis inquiète ou angoissée. Je ne sais plus ce que je ressens. A vrai dire, j’ai envie de pleurer, surtout quand j’entends la voix de mes étudiants pris au piège. J’ai envie de frapper quand j’entends des jeunes dire que je ne dois pas m’en faire, que la vie et la mort pour les Palestiniens, c’est la même chose. Ils ont 20 ans".

Au siège de l’UPMRC, nous apprenons que les ambulances n’ont pas pu atteindre les blessés ou les morts, des ambulances portent des traces de balles. Beaucoup de blessés sont atteints à la tête ou au thorax, certains sont opérés à même le sol. Les systèmes d’égout ont été endommagés et le contenu coule à travers les rues. L’interdiction aux soins a été maintenu pendant 24h.

Pour les Palestiniens, cette opération n’est qu’un épisode dans ce long processus de destruction qui a commencé depuis quelques années : 2.150 maisons ont été détruites, 1.600 endommagées entre octobre 2002 et octobre 2003, selon les sources de l’UNWRA, 191 ont été détruites les deux premières semaines de mai, et environ 200 pendant cette dernière opération, dans les quartiers de Brazil et de Tal Essultan. Nous sommes informés de la poursuite de ces destructions.

Le monde s’est ému trois jours, puis tout est retombé. Des gouvernements ont condamné, rituel devenu classique et banal. Plus que jamais, nous avons ressenti la force et la terrible injustice de ce silence international. Les Palestiniens, eux, n’attendaient rien. La solidarité s’est mise en route aussitôt, collecte de sang, de vêtements, de vivres.

Simplement, le Président de l’UPMRC nous a remis, le matin de notre départ, un rapport précis sur la situation, un appel à la solidarité internationale a été lancé. Huit jours plus tard, le 24 mai, alors que j’étais à l’aéroport de Tel Aviv, j’ai pu voir un avion canadien se poser et décharger ses containers avec l’UNWRA. Y en a-t-il eu d’autres ?

Le retrait de la bande de Gaza n’est pas à l’ordre du jour des discussions palestiniennes. Comment le serait-il dans un univers qui frise parfois l’apocalypse et ne voit que destruction constante ? Pour eux, les moyens déployés par l’armée pour protéger les colons de la bande de Gaza sont énormes et seront sans doute plus à même d’être redéployés en Cisjordanie. Le monde pensera qu’il s’agit encore d’une offre généreuse cette fois ci de Sharon. Sans aéroport, sans port, sans frontière autonome, sans assurance économique, certains prévoient avec humour, l’arrivée d’Arafat, héliporté et nouveau roi de la "principauté de Gaza". Mais les Palestiniens regagneront un peu de terre !

Des amis de Gaza nous ont raccompagné à la frontière d’Eretz. Un très fort moment d’émotion, nous avions le sentiment de leur dire au revoir après une visite dans une prison. Puis nous avons entamé la longue marche dans le tunnel désert, habillé de barbelés, attendu une heure avant que les soldats nous autorisent à passer le premier tourniquet, sans bagage puis avec bagages. Entre ce premier tourniquet et le deuxième, nous sommes restées une autre heure, tenues en joue par un jeune soldat. Deux journalistes nous ont rejoints, la mine défaite, ils arrivaient de Rafah. Alternant entre le tragique de la situation du sud et le côté plutôt ridicule du nord, c’est le fou rire qui l’a emporté en attendant le bon vouloir de tous ceux qui attendaient sans doute un autre feu vert, de qui ? L’ambiance était tendue.
Pourtant, un autre moment fort devait se vivre lorsque l’un des soldats, chargé de la fouille des bagages, a soulevé une bouilloire écrasée et demandé au journaliste concerné quel était cet objet : "c’est un cadeau d’une famille de Rafah", "I am very sorry", a répondu le soldat. Et c’est avec beaucoup de tact qu’il a fouillé les valises suivantes.


II. La construction d’une société civile démocratique

Si la Palestine n’existe plus politiquement, si le "politicide" gagne peu à peu, au sein même de leur banthoustans, se construit, pas à pas, à travers un grand nombre d’ONG, d’associations de femmes, de jeunes ou d’hommes, un projet de société basé sur la démocratie, le mouvement social, le développement : des projets, des réalisations où la démocratie n’est pas un vain mot. "Le débat laïc et progressiste a commencé. Nous reprenons le projet de société qui allait se concrétiser à Oslo. Nous avons à être acteur de la libération de la Palestine."

C’est l’étonnant paradoxe d’une société palestinienne, occupée, meurtrie, qui garde la force de construire pour un futur lointain, fragile, incertain, mais dont il est évident qu’il percera un jour puisque basé sur la conviction du droit et de la justice.

1) Travail auprès des enfants et des jeunes

La situation qui s’aggrave et perdure expose spécialement les enfants et les jeunes à des expériences traumatisantes et à un stress permanent. Il suffit de voir les dessins des enfants qui reflètent l’univers dans lequel ils vivent : des tanks, des bulldozers, des hélicoptères, des enfants qui lancent des pierres, des soldats qui tirent sur des ambulances. Ils ne connaissent d’Israël que les soldats. Partout des associations, des adultes ont un objectif prioritaire : aider les enfants et les jeunes à combattre la peur, la colère, l’incompréhension, à trouver des alternatives à la violence et développer des activités récréatives et culturelles.
Une attention toute particulière est portée aux jeunes qui se renferment sur eux et ne peuvent plus s’exprimer. Le risque de devenir "kamikaze" peut être là.

-  Le centre Alwrowad du camp de Aïda, près de Bethléem

En 2003, les enfants sont venus en France présenter leur pièce "Nous sommes les enfants du camp", le travail d’aide à l’expression par le théâtre et autres ateliers se poursuit. Une souscription va leur permettre l’achat d’un terrain pour construire un centre plus grand. Les murs du camp sont maintenant couverts de fresques magnifiques réalisées par les jeunes.

-  Le centre culturel et Pensée libre, à Khan Younis.

La population du camp de Khan Younis est de 60.000 habitants dont plus de la moitié sont des jeunes. Le taux de chomage est très élevé et les centres de formation professionnelle inexistants. Durant les trois derniers mois de l’année 2003, Khan Younis était complètement isolée à cause des barrages israéliens et l’intervention des forces israéliennes ont été nombreuses.

Au centre éducatif d’enfants Bonat Elghad, (les jeunes de l’avenir), tout est fait pour que l’enfant s’exprime, respecte l’autre et trouve la partie de rêve dont tout enfant a besoin.

Le centre d’adolescents de Tahonet Sitti accueillent entre 17 et 20.000 jeunes. Ce centre a souvent été l’objet de tirs et des adolescents ont été tués ou blessés. Nous sommes frappés par la présence, dans le hall central, d’un arbre où sont accrochés les photos de ces jeunes beaucoup trop nombreux à avoir trouvé la mort.

Les objectifs du centre sont de permettre aux jeunes de se réunir dans un espace sécurisant et de leur proposer une alternative à la violence afin de promouvoir l’estime de soi, l’esprit critique et leur participation à la vie communautaire. Différents moyens sont utilisés : ateliers, information, photo vidéo, théâtre, bibliothèque, conférences, activités sportives en salle faute de terrain, camps d’été, parlement des adolescents.

En sortant du centre, alors que les hélicoptères et bombes se font entendre à Rafah, à 5 km, des jeunes de 20 à 30 ans peignent sur les murs de la ville des fresques exprimant leur ressenti.

-  Théâtre action

A la demande du théâtre action de Grenoble, nous avons rencontré Jamal, Hassan et Marianne qui ont créé la troupe de Gaza : theater for everybody. Ils seront en France en novembre 2004 et présenteront leur pièce "l’or bleu" ou le problème de l’eau, texte croisé avec des acteurs du Rwanda, de Chine, de Belgique et d’Inde. Le besoin de ce regard croisé avec d’autres pays connaissant les mêmes problèmes est très présent chez les Palestiniens.

Outre les actions du théâtre action, actif à Gaza, Jamal et Hassan font un travail remarquable d’aide aux enfants de 9 à 18 ans et privilégient les lieux les plus exposés à la violence : la proximité des checks points et des colonies. Ils organisent des sessions de 24 semaines et à raison de deux séances par semaine et travaillent avec les enfants de différents façons : expression corporelle, relaxation, jeux de rôles, théâtre, expression des rêves... Par exemple, fermer les yeux deux minutes en plein jour génère la peur. Des résultats sont obtenus au bout de quelques semaines, les dessins évoluent, une certaine détente revient.

-  Enfants réfugiés du monde

Nous avons rencontré Anis Gandeel dont le travail est maintenant réputé. L’enfant coûte que coûte doit vivre sa vie d’enfant avec son droit au rêve. Propager la culture du jeu est une priorité. Cette association gère 6 centres dans les camps de réfugiés, 120 structures d’animation en lien avec la société Canaan.* Des projets multiples sont en cours de réalisation : les enfants poètes, les enfants écrivains, les enfants photographes, un ludobus, un ludovillage à la plage pour apprendre à utiliser l’eau et le sable. Des animateurs sont allés se former en France où "la culture d’éducation populaire est riche".

-  La société Canaan* ou l’Institut Canaan de Pédagogie Nouvelle

Il a pour but de développer et de promouvoir l’éducation en Palestine à travers la formation de ses acteurs et la diffusion des valeurs de l’éducation nouvelle, qui devraient prendre une part active dans le développement social. L’éducation doit changer en profondeur, développer la pédagogie du projet. L’enfant doit être acteur, se construire, et non plus absorber un enseignement qui ne le concerne pas. Nous y retrouvons les orientations qui ont sous tendu le projet éducatif de la Villeneuve de Grenoble.

La société canaan est un lieu où se débattent, à raison de 4 heures par semaine, les droits de l’enfant, de la femme, la démocratie, les projets culturels. Actuellement 400 adultes y participent. C’est là aussi que se tient le parlement des enfants.

-  Le centre de la paix

Nous avons rencontré le Docteur Jamal A. El Zaaneen, chargé de la recherche et du développement de l’université d’Al Aqsa de Gaza. La création d’un centre de la paix est le fruit de réflexions d’universitaires et d’étudiants : "Nous avons besoin d’accepter l’idée de la paix. Le besoin est ressenti par les étudiantsqui vivent des situations permanentes de violence. Il y a 10.000 étudiants à Al Aqsa, 45.000 pour les trois universités. L’éducation doit jouer un rôle en faveur de la paix, de la démocratie, de la citoyenneté."

Les objectifs de ce centre sont d’inculquer les principes de base : démocratie, droits de l’homme, création d’un état de droit, encourager les échanges entre professeurs et étudiants avec d’autres universités locales, arabes, internationales afin de bénéficier de leur expérience. Les moyens proposés consistent en ateliers, bibliothèque, invitation de politiques pouvant parler de ce thème ...

-  PHCC Palestinian Happy Child Center (Ramallah)

13.000 enfants, 65.000 familles, sont concernés. Le PHCC a lancé son programme de soutien psychologique aux enfants sur qui le conflit affecte le développement psychique et a des conséquences importantes : peur, frustration, angoisse, colère, perte de mémoire, enurésie, perte de confiance. Les soldats rentrent tous les jours dans le centre pour demander ce qu’y s’y passe.

L’objectif est de permettre aux enfants de diminuer le degré de stress et de faire évoluer la société palestinienne en canalisant la douleur, la haine et la souffrance vers des activités constructives. Le PHCC organise des sessions psychologiques à travers le jeu, l’art, la musique et le théâtre. Un travail important est réalisé avec les parents.

2) Autres ONG ou associations

 Le PARC - Palestinian agricultural relief commitees 

Le CCFD est depuis longtemps partenaire du PARC, dont l’intitulé est devenu ADA : Agricultural Development Association. Elle couvre maintenant plusieurs branches : agriculture, femmes, union des fermiers, jeunes, compagnie d’exportation, les amis du PARC chargés de trouver des financements.
La base du fonctionnement est dans la plupart des branches, le club. Certains se rejoignent dans certaines activités comme la préparation des camps d’été.

-  Les clubs de femmes

Ces clubs contribuent de manière significative à soutenir le développement durable de la région en offrant des services de base et des activités dans le domaine de l’agriculture, de l’éducation, de la santé, de la culture, de la défense civile, de projets générateurs de revenus. Dans le contexte économique actuel, ces clubs font face à des demandes de plus en plus importantes. Il y a 124 groupes de femmes en Palestine, qui varient chacun de 50 à 200 membres, soit en tout 12.967 femmes concernées.

Ces clubs ont un fonctionnement démocratique, un conseil d’administration de 7 membres élus, qui assurent la gestion financière, l’organisation de rencontres à thème. Les choix des projets sont discutés ensemble, des formations sont envisagées dans le domaine de l’animation et gestion du groupe.

Nous avons rencontré des clubs de femmes :

Le club de Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza. Il anime une bibliothèque, une production de céramiques, un élevage de poulets, la culture de fraises, un atelier d’épargne et micro crédit. Il y a dans l’ensemble des territoires 117 groupes de ce type.

Le club de Sawaha, plus au sud. 50 membres ont eu leur maison détruite, une centaine de personnes tuées. Le club a créé une coopérative de plats cuisinés et se sont formées au marketing pour gérer la production commerciale.

A Bethléem, Beit Jala, le programme est celui de la sécurité alimentaire : comment , de la culture d’un petit lopin de terre, apprendre à cultiver et se nourrir.

A Beit Licte, village déporté de 1948, dans la région de Tulkarem, 15 femmes ont démarré un club en 1997. Elles sont maintenant 130. Au fur et à mesure des activités réalisées, dont l’une est la construction de terrasses dans les champs, les gens du village les ont soutenues. Deux d’entre elles sont maintenant dans le conseil municipal.

A Baqa el sharqia, les femmes ont commencé à se rencontrer à cause du mur. Elles travaillent à l’agriculture. Le mur a isolé 5 puits et sectionné les canalisations d’irrigation. Le ramassage des ordures est entièrement à refaire, le collecteur se trouvant maintenant derrière le mur.
Le CCFD a financé 10 citernes d’eau de 70 m3. L’affectation de ces citernes a été votée démocratiquement en faveur des dix familles les plus pauvres du village et ayant le plus d’enfants.

-  Les clubs de jeunes.

Les jeunes n’ont pas de travail, et, les études terminées, ils n’ont pas d’autre choix que de rester à la maison. Le programme jeune a été créé en 2002, au nombre de 70. Dix nouveaux ont vu le jour en 2003, 51 en 2004. Le développement vient de la base, il a pour but d’accroître les capacités des jeunes et leurs compétences qui sont partie effective du développement. Ce sont les leaders locaux qui peuvent œuvrer au changement. Les jeunes font un projet, l’achat d’ordinateurs par exemple, le soumettent au PARC pour financement. S’ils veulent leur indépendance, c’est possible.
Le PARC a 4 objectifs : promouvoir la valeur du volontariat, trouver des leaders parmi les jeunes, organiser un camp international dans les villages, organiser des camps d’été pour les enfants.

 L’UPMRC union des comités palestiniens de secours médical 

Pour rappel, l’UPMRC est une organisation de base active dans le domaine de la santé afin de lutter contre la dégradation des infrastructures médicales provoquées par des années d’occupation militaire israélienne. Fondée en 1979, son programme national de santé insiste sur la prévention, l’éducation, la participation des communautés et la réalisation personnelle de chaque individu. Depuis la seconde intifada, le secours d’urgence est devenu prioritaire. Le morcellement des territoires conduit à trouver d’autres cadres de travail.

Faute de moyens, des cliniques mobiles ont du fermer dont une dans la bande de Gaza. Restent pour l’instant, celles de Kalqia, Jénine, Tulkarem, Naplouse et deux dans la bande de Gaza ou certaines zones, près des colonies sont inaccessibles. Un projet est en cours pour les villages coupés par le mur. Le but est d’atteindre les personnes qui n’ont aucun service. Rafah pose la question d’une clinique mobile d’urgence.

Du fait de l’impossibilité pour les femmes enceintes de rejoindre les hôpitaux, une maternité a été ouverte à Naytloul, près de Jénine. Une autre est prévue au sud.

L’UPMRC employait 600 personnes avant la seconde intifada, aujourd’hui, il en reste 350. Si plus de 100 ONG financent, les fonds continuent de baisser. "L’autorité soutient davantage les forces de sécurité, surtout à Gaza".

Programme communautaire de réhabilitation pour les personnes handicapées

Il s’agit de développer à tous les niveau l’intégration des personnes handicapées en coordonnant les interventions de tous les acteurs de la santé, éducation, vie sociale, législation, pouvoirs publics. Les personnes handicapées doivent bénéficier des mêmes droits que tous.

Nous avons eu l’occasion de visiter une familleouunepetitefillepoursuit une rééducation chez elle et le coordinateur de l’équipe a pu témoigner des progrès réalisés sur le plan moteur, de son épanouissement mais aussi du rôle de la famille partie prenante maintenant de cette réhabilitation.

Nous avons visité l’un des centres de rééducation de Gaza où Sophie a eu la joie de retrouver l’un des premiers étudiants formés en 1989 et aujourd’hui directeur du centre. Ce moment a été chargé d’émotion. En effet, quelle meilleure évaluation du travail réalisé. Ils ont pu organiser une soirée avec les anciens étudiants, seuls trois manquaient à l’appel : un tué d’une balle, un mort en prison, un étant mort par "bomb suicid".

Nous avons aussi apprécié la cassette de Jamal montrant l’intelligence et la délicatesse avec lesquelles il travaille à améliorer le handicap de son fils et à lui donner toutes les chances d’une intégration réussie. Acteur de théâtre action, il est aussi volontaire à l’UPMRC.

 PWWSD Union des femmes travailleuses de Ramallah  

Cette association développe un programme d’économie solidaire, portant sur le recyclage des vêtements. Les gens peuvent acheter des vêtements à bas prix et ainsi préserver leur dignité en subvenant elles mêmes à leurs besoins vestimentaires et donner l’opportunité à ceux qui veulent participer au combat contre la pauvreté en offrant des vêtements.
Cette association travaille également au niveau de la violence que rencontrent les femmes, notamment au sein du couple, conséquence du chômage et de l’occupation. Là aussi la question des droits de la femme, les élections sont à l’ordre du jour.

 En conclusion

L’accueil réservé à notre délégation était partout chaleureux et témoignait des liens tissés dans le partenariat. Nous avons eu d’autres rencontres, toutes plus riches les unes que les autres, amis israéliens ou palestiniens : Michel Warshawski, excellent cuisinier, grand père d’un jour, en projet d’un nouveau texte avec Oren Medick qui n’a pas hésité à faire 50 km en moto pour venir dire son inquiétude à l’annonce de l’opération annoncée à Rafah, Ruth El Raz et Jeff Halper de l’ICADH, la reconstruction des maisons est mise à rude épreuve, Ramzi du conseil des Eglises, Sabri, auteur de Palestine et Palestiniens, le nouveau guide touristique et historique commandité par ATG, groupe tourisme alternatif, Anouar Aboueshe dont le moral est au plus bas et Nafez, d’Hebron. Nafez est notre baromètre, depuis toujours, il croit à l’alternative de la non violence. Son optimisme n’est pas entamé mais il n’a pas été exprimé aussi spontanément que d’habitude.

Merci aussi à ceux qui m’ont accueillie avant la mission, Hélène et ses amies , de Ramallah, Amira et Aya de Bethléem, Nidia, Directrice du PARC de Bethléem et Issa, Mary, Soha, Elie Shehadeh de la BASR de Beit Jala, Jamal de La Holy Land Handicraft Co-operative Society, Ramzi, amoureux depuis quelques mois, je le disais au septième ciel mais, pour le maire de Beit sahour, Mr Kokaly et Ayman, il vole au dessus du mur. Merci aussi à Jamel, qui a accepté de nous emmenées à Gaza, et qui a eu la patience de nous attendre à Eretz.

Nous avons eu la chance d’être reçues chez Albert Aghazarian, à son domicile du quartier arménien de la vieille ville. Comprendre les enjeux actuels de la question de Jerusalem à travers l’histoire, tel était l’objet de notre rencontre et de la visite guidée, éclairée par son expérience d’universitaire, politique (négociateur à Madrid, à Oslo), sa compétence d’historien.

J’ai du, hélas, écourter cette visite, en raison des impératifs et exigences de l’aéroport de Ben Gourion où le tampon de gaza n’a pas facilité les choses. Dans cet aéroport, j’ai retrouvé une sœur rencontrée à Jerusalem avec qui j’avais eu un long échange. Elle m’a ignorée, puis changé de file lorsque je suis arrivée. J’ai compris alors qu’il ne faut pas parlé à quelqu’un qui arrive de Gaza, des précautions sont nécessaires.

Gaza qui reste pour nous peut être le lieu symbolique le plus fort de l’isolement, de la souffrance, de l’intolérable et de l’étonnante capacité des Palestiniens à rester debout et à chercher des alternatives de paix. Cette capacité, nous l’avons rencontrée dans tous les territoires où nous sommes allées, elle est une force qu’aucun missile ne pourra vaincre, elle est l’espoir pour demain.

Françoise Guyot



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