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UNE NÉCESSAIRE RÉFLEXION SUR LE TRAVAIL SOCIAL
Ces pauvres qui deviennent peu à peu les ennemis des services sociaux...
samedi 26 décembre 2015, par Josiane Reymond


Toute l’action sociale aujourd’hui, se retrouve devant un échec terrible.
Un nombre toujours plus important de familles vivent des situations de précarité de plus en plus graves.
Dans de nombreuses situations il n’y a plus de possibilité d’aide, beaucoup sont abandonnés à leur sort.
La colère légitime des travailleurs sociaux livrés à l’impuissance, témoins au quotidien des très graves préjudices subis par les familles... se retourne contre ces familles qui deviennent le problème.
Il est possible de sortir de ce piège destructeur, des voies sont ouvertes pour chercher, construire, inventer, créer avec les familles.
« Il n’y a que les poissons morts qui nagent dans le courent, nager à contre courent... pour ne pas être mort... » (Miguel Benasayag)
Ci-dessous une réflexion sur ces rapports d’inégalités qui produisent une distance abyssale avec ceux qui sont le plus en difficultés.
Mais il est réellement possible de travailler autrement.



Ces pauvres qui deviennent peu à peu les ennemis des services sociaux...

Franck Lepage, à l’occasion d’une conférence gesticulée nous rappelle que, dans les années 80, les éducateurs, lorsqu’ils parlaient des plus pauvres, utilisaient comme terme, les exploités. « S’il y a des exploités, c’est qu’il y a des exploiteurs... » Ces travailleurs sociaux avaient alors en tête, la notion d’injustice, les rapports d’inégalité établis dans notre société. Et donc la volonté pour eux-mêmes, de participer à ce combat pour plus de justice sociale et d’égalité, aux côtés des plus pauvres.

Aujourd’hui, les mêmes travailleurs sociaux qualifient les plus pauvres de notre société de « défavorisés ». « Quelqu’un qui a pas eu d’bol.... » Ces changements de termes entraînent des changements profonds sur la façon dont on pense la réalité, comment on la comprend, comment on la perçoit et comment on se comporte. Le langage qui se transforme aujourd’hui, transforme notre regard, notre façon d’appréhender la réalité, notre façon d’être.

Dans le secteur du travail social, de manière généralisée, le regard porté sur les personnes en demande d’aide s’est profondément modifié. Si elles sont en difficulté c’est parce qu’elles ont un certain nombre d’incompétences, de défaillances, qu’il est juste de déceler afin de leur apprendre une meilleure « gestion » de leur quotidien. Pire, on les accueille même parfois avec méfiance et défiance. On voit en elles le fraudeur potentiel, celui qui ne va pas tout dire, pas tout « déclarer » dans l’espoir de voler des avantages.

Dans tous ces services d’aide à la personne, le rapport s’est diamétralement transformé. La volonté n’est plus tant de trouver les moyens nécessaires pour que chacun puisse s’inscrire dans une existence plus digne, avec la prise en compte de ses droits, la valorisation de ses potentiels, l’encouragement et la présence indispensable à ses côtés, pour que les différentes démarches puissent aboutir. Une autre dynamique s’est mise en place : c’est pour l’essentiel, contraindre chacun à rentrer dans les bonnes cases des dispositifs pensés et établis selon le principe d’un fonctionnement hiérarchique vertical. Les agents des différents services sociaux sont réduits à une fonction d’exécutants des décisions prises sans eux, sans tenir compte de leur expertise. Ces agents sont donc chargés d’exécuter des directives décidées de façon complètement extérieure aux situations vécues, un mode d’action censé ainsi répondre à un problème pour et sur lequel seule la personne qui traverse des difficultés, a le savoir du vécu, le savoir d’une expérience concrète.

Ce mode de fonctionnement vertical qui interdit toute possibilité de débat, de réflexion, empêche également de pouvoir faire une analyse sur les questions d’inégalités et d’injustices sociales qui s’aggravent.

Faute de pouvoir combattre l’accroissement des inégalités, on les légitime en disqualifiant ceux qui en subissent les effets.

Une confusion très profonde s’opère, la situation se retourne. Les personnes qui sont victimes de ce système qui remet en question toujours plus les droits fondamentaux, qui est de plus en plus inégalitaire, deviennent le problème qui met en difficulté le travail des agents des services sociaux. En effet, nous nous confrontons de plus en plus à notre impuissance, à notre incapacité à agir, à trouver des solutions à toutes ces difficultés qui s’accroissent et auxquelles se confrontent de plus en plus de familles.

Une séparation s’opère, le fossé se creuse, entre « eux », ceux qui viennent sans cesse nous harceler avec leurs demandes incessantes et pour lesquelles nous n’avons parfois plus de réponse, et « nous » qui avons le courage de nous lever tous les matins pour effectuer notre tâche perçue comme de plus en plus ingrate.

Les besoins légitimes d’avoir un revenu suffisant pour vivre, un logement décent, la possibilité d’avoir recours à des soins nécessaires, d’offrir des vacances à ses enfants.... n’est pas envisagée pour tous, de la même façon. Ca ne choque plus beaucoup le fait qu’une part croissante de nos concitoyens n’ait plus accès à ce qui nous semble essentiel pour nos propres familles.


Lorsqu’on se réfère aux outils de la pédagogie sociale, pour aller à la rencontre des habitants de ces quartiers qui concentrent la misère, d’autres perspectives s’ouvrent à nous, engageant un tout autre mode de relation. La pédagogie sociale, c’est essentiellement un travail hors les murs, dans les interstices, les espaces oubliés, délaissés. L’origine de ce concept part toujours de cette volonté de contribuer à une « libération des dominés ». L’objectif est de changer les conditions qui freinent le développement de l’homme, par une action consciente, visant à la transformation de la vie collective.

Nous ne sommes plus dans la distance mais dans la proximité, nous ne sommes plus dans la défiance mais nous construisons au fil du temps des relations de confiance et d’estime réciproque.

Nos « différences » de conditions de vie, de croyances... deviennent au fil des expériences moins évidentes. Ce que nous avons la capacité de construire ensemble devient « notre affaire commune ». Nous faisons peu à peu société tous ensemble.

Un exemple emblématique, que nous avons vécu à « Terrain d’Entente », lors d’une rencontre au café des femmes  : un document administratif de la CAF avec lequel est arrivé une adhérente de l’association. Pour la Xième fois, on réclamait à cette personne de remplir un questionnaire. Si elle n’obtempérait pas, elle risquait la suppression d’une allocation particulière. Mais elle venait nous manifester son découragement et nous signifier qu’elle n’avait plus la force de se battre, qu’elle renonçait à faire valoir ses droits. Les adultes présents ce jour là, se sont reconnus dans cette bataille épuisante qu’ils doivent mener avec les différents services administratifs. Ils doivent faire face en permanence à ces contraintes. Et ne pas s’y résoudre, c’est effectivement prendre le risque de renoncer à l’accès à certains droits. Nous nous sommes donc, ce jour-là, toutes saisies de cette question qui est devenue notre affaire, notre combat « commun ». Le document rempli à plusieurs mains a été apporté le jour même au service instructeur.

Dans ce travail-là, l’humain fonctionne autrement. On ne se sent plus impuissant quand on est en train de faire les choses avec d’autres. Le fait de se mettre ensemble donne de plus en plus de puissance. Et ceux qui nous rejoignent s’engagent parce qu’ils sont libres, parce qu’ils peuvent le décider.

Les pédagogues sociaux sont attentifs à prendre acte de la réalité, à entendre la parole de chacun, à construire de façon collective des projets qui règlent des problèmes concrets, qui s’efforcent de transformer des situations que nous estimons inacceptables. _
« Les institutions socio-éducatives n’ont pas trouvé de solutions aux problèmes sociaux actuels. Pire, elles les aggravent en acceptant une individualisation toujours plus croissante qui tend à isoler les personnes dans des situations sociales difficiles. L’exclusion, consciente ou non, d’une partie de la population mène au repli et à l’isolement de celle-ci, et donc a une méfiance des uns envers les autres. La pédagogie sociale est née du contact avec les populations les plus fragilisées.
Il s’agit de trouver de nouvelles voies et de nouveaux outils pour « favoriser l’expression des personnes et des groupes qui subissent les violences économiques, sociales et politiques ; développer le pouvoir d’agir et de produire de ces groupes, dans les domaines économiques, social et culturel. Cela veut dire développer notre pouvoir de vie, à tous. C’est le rôle et la fonction de la pédagogie sociale ".
(1)

La pédagogie sociale tend à ce que les hommes soient tous auteurs, ensemble : « être auteur dans un monde d’auteurs signifie que chacun développe sa capacité de penser, d’imaginer de créer : ça permet le débat, la conflictualité, donc l’expression et la créativité. De plus être auteur développe la responsabilité de chacun : c’est moi qui l’ai fait et je l’assume dans la communauté. Je développe mon autonomie et l’autonomie de ma communauté. » (2)
"Être auteur, c’est être à l’initiative de projets. Le fait d’être auteur conduit à la transformation de l’environnement. Le projet de pédagogie sociale milite pour la transformation de lieux de crise en espaces innovants et créateurs. » (3).

Josiane REYMOND
Terrain d’Entente, Novembre 2015

(1) Extrait du mémoire de Gaïa Weyl "concept de pédagogie sociale", réalisé suite à un stage au sein de l’association Terrain d’Entente en 2014 dans le cadre d’un master en science de l’éducation.

[(2) Laurent Ott cité dans le mémoire de Gaïa Weyl "concept de pédagogie sociale" 2014

(3) Idem note 2




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