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Thomas Coutrot : "Les élites politiques ne cherchent plus à susciter l’espoir mais à jouer sur la peur" - Appel collectif : "A qui sert leur guerre ?"
dimanche 17 janvier 2016


Thomas Coutrot, d’ATTAC : "Les élites politiques ne cherchent plus à susciter l’espoir mais à jouer sur la peur"

Cet article est publié par Bastamag http://www.bastamag.net

Incapable d’obtenir le moindre résultat en matière de lutte contre le chômage et les inégalités, le gouvernement se réfugie dans la manipulation de la peur et du repli sur soi, estime l’économiste Thomas Coutrot, porte-parole de l’association altermondialiste Attac. Car répondre au terrorisme par la déchéance de nationalité, c’est plonger dans un imaginaire où l’ennemi ne saurait être français. Il est tellement plus facile de pointer un « barbare » venu de l’étranger. « Pour en finir avec le terrorisme, faut-il éradiquer les terroristes au prix du renoncement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité ? Ou bien faut-il prendre enfin au sérieux la devise de la République ? »

L’improbable basculement de François Hollande, de « président ordinaire » obnubilé par le chômage à « chef de guerre » implacable contre le terrorisme, est d’autant plus révélateur que le personnage semble à contre-emploi. Pathétique retour de virilisme, tout se passe comme si le chef de l’État, héritier malgré lui d’une tradition impérialiste, d’une force de frappe et d’un siège au Conseil de sécurité, ne pouvait résister à la tentation d’exhiber ses attributs militaires pour masquer une impuissance par trop criante en matière économique et sociale.

Lors de ses vœux de décembre 2012, François Hollande avait promis « d’inverser la courbe du chômage d’ici un an ». En décembre 2013, il vantait le « pacte de responsabilité » qui allait relancer la croissance, et en décembre 2014 le plan de « 315 milliards d’euros » du Président de la Commission européenne Juncker et la loi Macron qui allait « libérer les initiatives et développer l’emploi » (lire aussi de Thomas Clerget : « Moi Président » : trois ans de dérégulation du droit du travail et d’augmentation du chômage)

Cette année, le ton a changé. Les attentats de 2015 l’autorisent à mettre au premier plan le terrorisme, la sécurité, l’état d’urgence, la patrie et la déchéance de nationalité pour les terroristes. Certes, mention est faite d’un « état d’urgence économique et social ». Mais la lutte contre le chômage, rituellement évoquée comme « première priorité », se réduit désormais à deux slogans : la « simplification du Code du travail » et un énième « plan massif de formation des demandeurs d’emploi ». Hormis l’évocation d’un énigmatique « programme de grands travaux pour la croissance verte » (sans financement nouveau annoncé), les marqueurs habituels du discours hollandiste - « maîtrise des déficits », « compétitivité », « emploi », « croissance » - ont disparu, comme usés d’avoir perdu tout lien avec le réel.

Avant le prochain krach boursier

Arrêtons-nous un instant sur les deux mesures évoquées. Les groupes du CAC 40 distribuent des profits records à leurs actionnaires, les inégalités flambent tout comme les cours boursiers - avant un prochain krach -, les banques croulent sous les liquidités déversées par la Banque centrale européenne. En même temps les investissements du secteur privé reculent et ceux du secteur public s’effondrent sous l’impact de l’austérité.

Que se passe-t-il alors dans le cerveau des économistes technocrates de Bercy ? Croient-ils véritablement pouvoir relancer l’emploi en simplifiant à nouveau les règles du licenciement ? Quand dix demandeurs pour la plupart sur-qualifiés se disputent chaque emploi, qui peut penser qu’on va réduire le chômage en formant les chômeurs ? Après trente années de chômage de masse et presque autant de « plans massifs de formation des chômeurs », chacun sait que ces plans peuvent tout au plus dégonfler la catégorie A des demandeurs d’emploi, pas entamer le chômage.

Le but réel est donc évidemment autre : comme toujours et encore, conforter la profitabilité du capital, véritable totem des politiques néolibérales depuis trente ans. En passant, ces mesures permettent comme par surcroît d’engranger un bénéfice idéologique secondaire mais non négligeable en assénant, avec le pilonnage médiatique adéquat, que le chômage provient non pas de l’avidité des détenteurs du capital mais de l’incompétence des chômeurs et des droits abusifs des salariés.

Assez de la « culture de l’excuse » !

La même question (« qu’ont-ils donc dans la tête ? ») se pose concernant la déchéance de nationalité. À une différence près : il ne faut pas chercher dans la tête des techniciens de la sécurité (aucun policier ne pense que cette mesure ne dissuadera un quelconque terroriste) mais dans celle des politiques. Car le bénéfice recherché, comme l’a reconnu Manuel Valls lui-même, est « hautement symbolique » : faire prévaloir la grille de lecture ethnique de la conflictualité sociale. Les « barbares » sont forcément (c’est le sens du mot en grec ancien) des étrangers. Les terroristes au passeport français ne sont donc pas de vrais Français. Pour mieux s’en convaincre, la France doit mettre en scène, jusque dans sa Constitution, ce déni de réalité.

Les contradictions et complexités à la racine du djihadisme français et international - la relégation et le mépris structurels, tolérés et parfois organisés depuis trois décennies y compris par la gauche, des immigrés et de leurs descendants, la montée mondiale de l’islam politique face notamment aux échecs de la gauche et du nationalisme arabe, l’interventionnisme militaire et la décomposition de l’ordre impérial au Moyen-Orient dans un contexte de lutte acharnée pour le contrôle des ressources pétrolières et gazières, etc... - sont donc ouvertement rejetées (assez de la « culture de l’excuse » !) au profit d’une « explication » inepte par la traîtrise ou l’inhumanité des auteurs. La patrie souillée par ces monstres doit se purifier imaginairement en les expulsant de son sein.

Des postures nationalistes, sécuritaires et guerrières

Point n’est besoin de sortir de Sciences Po pour constater ce jeu de vases communicants : la démission face à la précarité, aux inégalités et aux discriminations débouche sur les postures nationalistes, sécuritaires et guerrières. Les élites politiques ne cherchent plus à susciter l’espoir mais à jouer sur la peur. Dans un même mouvement vers la droite, elles s’exonèrent simultanément de toute responsabilité dans les montées du chômage, de l’insécurité et de la désespérance. Quant à la gauche de la gauche, elle s’est abîmée dans des conflits d’ambitions et d’appareils.

La question qui agite une partie de la classe politique, notamment au Parti socialiste, de savoir si la réforme constitutionnelle ne visera que les binationaux, ou permettra de déchoir n’importe quel Français, est sans doute importante : dans le premier cas, les enfants d’immigrés nés en France seront clairement désignés comme des suspects par nature. La reprise telle quelle par le couple exécutif de cette proposition du Front national signale assez son abdication de toute éthique minimale. À cet égard on peut comprendre le souci de certains, à gauche et même à droite, d’infléchir la réforme pour atténuer la stigmatisation des binationaux.

L’enjeu essentiel du débat est pourtant ailleurs : les djihadistes français, quelle que soit leur origine, sont-ils des monstres étrangers à la cité ? Ou bien nous tendent-ils le miroir hideux de la trahison par cette République de ses idéaux républicains égalitaires et solidaires ? Pour en finir avec le terrorisme, faut-il éradiquer les terroristes au prix du renoncement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité ? Ou bien faut-il prendre enfin au sérieux la devise de la République ? Comment le faire si ce n’est en transformant profondément nos modes de vie, nos rapports à l’autre - donc aussi à l’étranger - et à la nature ? Inscrire dans la Constitution qu’un terroriste ne peut être français, c’est s’enfermer dans un monde imaginaire où les dangers ne sauraient venir que de l’étranger. C’est basculer dans le monde du Front national. Les gauches ont trahi ou failli, c’est aux mouvements sociaux de s’attacher à construire ensemble un projet désirable pour une transformation sociale radicale, démocratique et inclusive.

Thomas Coutrot
14 janvier 2016

Appel : A qui sert leur guerre ?

Pour signer cet appel

Christine Delphy - 25.4 ko
Christine Delphy
 
Aucune interprétation monolithique, aucune explication mécaniste n’élucidera les attentats. Faut-il pour autant garder le silence ? Beaucoup jugent - et nous les comprenons - que devant l’horreur de l’événement, seul le recueillement serait décent. Mais nous ne pouvons pas nous taire, quand d’autres parlent et agissent pour nous : nous entraînent dans leur guerre. Faut-il les laisser faire, au nom de l’unité nationale et de l’injonction à penser comme le gouvernement ?

Car ce serait la guerre, désormais. Auparavant, non ? Et en guerre pour quoi : au nom des droits de l’homme et de la civilisation ? En réalité, la spirale dans laquelle nous entraîne l’Etat pompier-pyromane est infernale. La France est en guerre continuellement. Elle sort d’une guerre en Afghanistan, lourde de civils assassinés. Les droits des femmes y sont toujours bafoués, tandis que les talibans regagnent chaque jour du terrain. Elle sort d’une guerre en Libye qui laisse le pays ruiné et ravagé, avec des morts par milliers et des armes free market qui approvisionnent tous les djihads. Elle sort d’une intervention au Mali. Les groupes djihadistes liés à Al-Qaida ne cessent de progresser et de perpétrer des massacres. A Bamako, la France protège un régime corrompu jusqu’à l’os, comme au Niger et au Gabon. Les oléoducs du Moyen-Orient, l’uranium exploité dans des conditions monstrueuses par Areva, les intérêts de Total et de Bolloré ne seraient pour rien dans le choix de ces interventions très sélectives, qui laissent des pays dévastés ? En Libye, en Centrafrique, au Mali, la France n’a engagé aucun plan pour aider les populations à sortir du chaos. Or il ne suffit pas d’administrer des leçons de prétendue morale (occidentale). Quelle espérance d’avenir peuvent nourrir des populations condamnées à végéter dans des camps ou à survivre dans des ruines ?

La France prétend détruire Daech ? En bombardant, elle multiplie les djihad‎istes. Les « Rafale » tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan. Comme en Irak, certains de ces civils finiront par se solidariser avec les djihadistes : ces bombardements sont des bombes à retardement.

Daech est l’un de nos pires ennemis : il massacre, décapite, viole, opprime les femmes et embrigade les enfants, détruit le patrimoine mondial. Dans le même temps, la France vend au régime saoudien, pourtant connu pour financer des réseaux djihadistes, des hélicoptères de combat, des navires de patrouilles, des centrales nucléaires ; l’Arabie saoudite vient de commander trois milliards de dollars d’armement ; elle a réglé la facture des deux navires Mistral, vendus à l’Egypte du maréchal Al Sissi qui réprime les démocrates du printemps arabe. En Arabie saoudite, ne décapite-t-on pas ? N’y coupe-t-on pas les mains ? Les femmes n’y vivent-elles pas en semi-esclavage ? Engagée au Yémen au côté du régime, l’aviation saoudienne a bombardé les populations civiles, détruisant au passage des trésors architecturaux. Bombardera-t-on l’Arabie Saoudite ? Ou bien l’indignation fluctue-t-elle selon les alliances économiques de l’heure ?

La guerre au Djihad, dit-on martialement, se mène en France aussi. Mais comment éviter que ne sombrent des jeunes issus en particulier des milieux populaires, s’ils ne cessent d’être partout discriminés, à l’école, à l’embauche, dans l’accès au logement ou dans leurs croyances ? Et s’ils finissent en prison. En les stigmatisant davantage ? En ne leur ouvrant pas d’autres conditions d’existence ? En niant leur dignité revendiquée ?

Nous sommes ici : la seule manière de combattre concrètement, ici, nos ennemis, dans ce pays devenu le deuxième vendeur d’armes mondial, c’est de refuser un système qui, au nom du profit à courte vue, produit partout plus d’injustice. Car la violence d’un monde que Bush junior nous promettait, il y a quatorze ans, réconcilié, apaisé, ordonné, n’est pas née du cerveau de Ben Laden ou de Daech. Elle pousse et prolifère sur la misère et les inégalités dont, année après année, les rapports de l’Onu montrent qu’elles s’accroissent, entre pays du Nord et du Sud, et au sein des pays dits riches. L’opulence des uns a pour contrepartie l’exploitation et l’oppression des autres. On ne fera pas reculer la violence sans s’attaquer à ses racines. Il n’y a pas de raccourcis magiques : les bombes n’en sont pas.

Lorsque furent déclenchées les guerres d’Afghanistan et d’Irak, nos mobilisations ont été puissantes. Nous affirmions que ces interventions sèmeraient, aveuglément, le chaos et la mort. Avions-nous tort ? La guerre de F. Hollande aura les mêmes conséquences. Il est urgent de nous rassembler contre les bombardements français qui accroissent les menaces et contre les dérives liberticides qui ne règlent rien, mais contournent et nient les causes des désastres. Cette guerre ne se mènera pas en notre nom.

Parmi les premiers signataires : Giorgio Agamben (philosophe), Etienne Balibar (philosophe), Ludivine Bantigny (historienne), Emmanuel Barot (philosophe), Judith Bernard (enseignante en lettres, comédienne et metteure en scène), Jacques Bidet (philosophe), Christophe Bonneuil (historien), Thomas Bouchet (historien), Louise Bruit Zaidman (historienne), Claude Calame (helléniste et anthropologue), Déborah Cohen (historienne), Thomas Coutrot (économiste), François Cusset (historien des idées), Laurence De Cock (historienne), Christine Delphy (sociologue), Judith Depaule (metteure en scène), Paul Dirkx (sociologue), Joss Dray (auteure, photographe), Cédric Durand (économiste), Sophie Fesdjian (anthropologue), Eric Fournier (historien), Fanny Gallot (historienne), Isabelle Garo (philosophe), Franck Gaudichaud (politiste), François Godicheau (historien), Nacira Guénif (sociologue et anthropologue), Eric Hazan (éditeur), Louis Hincker (historien), Sabina Issehnane (économiste), François Jarrige (historien), Fanny Jedlicki (sociologue), Nicolas Jounin (sociologue), Razmig Keucheyan (sociologue), Bernard Lacroix (politiste), Xavier de Larminat (sociologue), Fanny Layani (historienne), Marius Loris (historien, poète), Pascal Maillard (universitaire et syndicaliste), Philippe Marlière (politiste), Laurent Mauvignier (écrivain), Rostom Mesli (chercheur en études du genre), Marwan Mohammed (sociologue), Jeanne Moisand (historienne), Jean-Luc Nancy (philosophe), Olivier Neveux (historien de l’art), Frédéric Neyrat (philosophe), Valérie Osouf (réalisatrice), Eugénia Palieraki (historienne), Elise Palomares (sociologue), Robert Pelletier (syndicaliste), Willy Pelletier (sociologue), Irène Pereira (sociologue), Pierre Salama (latino-américaniste), Valentin Schaepelynck (chercheur en science de l’éducation), Siné (dessinateur), Bernard Stiegler (philosophe), Annie Thébaud-Mony (sociologue), Julien Théry-Astruc (historien), André Tosel (philosophe), Rémy Toulouse (éditeur), Sylvie Tissot (sociologue), Enzo Traverso (historien), Eleni Varikas (politiste), Xavier Vigna (historien), Louis Weber (sociologue)




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