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Bonnes pages du livre "Philosophie Sociale" de Laurent Ott...
dimanche 6 novembre 2016, par Josiane Günther


Je me propose de vous envoyer semaine après semaine des passages du dernier livre de Laurent Ott : "Philosophie sociale".

Laurent OTT est chercheur en Travail Social, il a exercé différents métiers, animateur socio-culturel, éducateur spécialisé, instituteur, formateur, pour la formation initiale et continue, des professionnels sociaux.
C’est un acteur social engagé, il est à l’origine de nombreuses actions éducatives issues du mouvement de Pédagogie Sociale, qu’il a initié en France depuis plus de 20 ans.

La Pédagogie Sociale, ce sont d’abord des figures qui ont marqué le XXème siècle avec Célestin Freinet, Paulo Freire, Héléna Radlinska, Janus Korczak.
Chacun, à partir de réalités différentes, a pensé un mode d’organisation collective qui rende possible l’émancipation des populations dominées, qui rende possible des transformations sociales à partir de ces populations.
La pédagogie sociale c’est un engagement clair et net envers les populations discriminées.

Laurent OTT est parti du constat que les institutions socio-éducatives n’ont pas trouvé de solution aux problèmes sociaux actuels. Pire, elles les aggravent en acceptant une individualisation toujours plus croissante qui tend à isoler les personnes et nous empêche une analyse politique de notre système qui produit ces problèmes.

Dans ses différents ouvrages traitant de l’éducation, de la famille, du Travail Social, Laurent OTT appui sa réflexion, souvent issue d’interrogations collectives, toujours à partir de sa pratique de terrain.
Son dernier livre : "Philosophie sociale" est une invitation à "penser pour agir". Une action politique, ancrée dans la réalité pour la transformer en vue de l’émancipation de toutes ces populations discriminées, marginalisées, précarisées. Une émancipation avec tous et pour tous, qui ouvre des collectifs, des espaces de possibles, pour retrouver notre puissance d’agir, de créer, d’inventer.

Laurent OTT propose une philosophie qui soit utile à tous les éducateurs, acteurs sociaux et éducatifs. Une philosophie débarrassée de toutes les déconnexions d’avec notre vie et notre monde. Il nous propose de retrouver des concepts, pour mieux saisir et percevoir le monde et la réalité.
"Sans ces concepts nous sommes abusés par l’évidence et l’immédiateté de tout ce qui nous conditionne, programme ou opprime : les institutions, les médias, les discours dominants, l’illusion "naturelle" d’un "ordre des choses", qui est toujours idéologique."

Terrain d’Entente a vu le jour grâce au soutien de Laurent OTT. Cette association participe au Chantier de Pédagogie Sociale animé par Laurent OTT. Terrain d’Entente a repris les principes fondamentaux de la pédagogie sociale dans sa façon d’être présent sur le quartier de Tarentaize depuis plus de 5 ans.
Nous proposons des ateliers de rue tout au long de l’année et bien d’autres actions qui se sont développées à partir des besoins, des envies, manifestés. Nous occupons l’espace public et nous assurons un temps de présence avec tous ceux qui souhaitent nous rejoindre de façon libre, inconditionnelle et gratuite.
Nous affirmons que nous sommes collectivement responsables de l’éducation et de la protection des enfants. Et nous nous efforçons d’engager, à l’échelle du quartier, les acteurs de l’action éducative pour construire, avec les parents, une communauté éducative, où chacun est véritablement impliqué.
Nous affirmons également que le changement devient possible quand nous savons créer des espaces collectifs, quand nous savons vivre tranquillement la diversité, condition essentielle pour nous intéresser ensemble à nos préoccupations et nos centres d’intérêts communs.

C’est à ce titre que je vous propose de vous transmettre semaine, après semaine, certains passages de ce livre.

Bonne lecture

Josiane GUNTHER

La philosophie sociale...

Une philosophie impliquée dans le monde, qui ne déconnecte pas la théorie et la pratique.

Le philosophe a une triple vocation : de chercheur de vérité, d’acteur politique et de pédagogue. Il affirme un projet d’agir sur le monde, car le monde, tel qu’il est, ne lui convient pas. Le philosophe n’est jamais au repos, il est caractérisé par le souci. Souci de l’autre, de la vérité, de la cohérence entre ses pensées et ses actes. Souci du monde, de ses injustices et inégalités. Souci de contribuer à redresser, même à la marge, la violence de l’ordre de choses, à laquelle il souhaite n’adhérer en rien.

On ne peut agir que sur ce qu’on pense.

C’est là que nous rencontrons un véritable intérêt de la philosophie, sa valeur productive. Elle nous permet de créer des concepts pour nommer et comprendre ce qui nous entoure. Ce sont là les conditions préalables à toute action. Je ne peux agir pour accompagner les exclus sans être capable de penser l’exclusion et de comprendre sa logique, son histoire.

Je ne peux pas comprendre la violence si je me contente de la juger. En agissant ainsi je risque d’ajouter à la violence du monde, celle de mes stéréotypes. Je ne peux pas comprendre la violence si je reste prisonnier de l’idée que « la violence n’est pas une solution », idée dont je ne suis pas l’auteur mais qui me parasite.

A l’inverse, si comme acteur social, je veux pouvoir agir sur la violence, il me faudra d’abord reconnaître son omniprésence, apprendre à la reconnaître là où je ne là voyais pas et enfin, oser une pensée divergente : « la violence est toujours une solution ». C’est ainsi qu’elle s’affirme, c’est ainsi qu’elle fonctionne.

Et si elle est une solution, cela impliquera du même coup qu’elle n’est pas le problème, et qu’il convient donc de le chercher ailleurs.

Penser pour ne plus réagir

De très nombreux éducateurs prennent le pli d’expliquer et de définir leur propre attitude pédagogique ou action à partir de leur public.

Que voulez-vous faire avec des enfants qui manquent de cadre sinon leur en donner ? Que faire avec un public qui défie l’autorité sinon rechercher une autorité encore plus forte ? Comment agir avec des individus qui ne supportent pas la frustration sinon en imposer ?

Le problème est que celui qui toujours réagit se met en position de subir, il n’est jamais créateur de l’évènement, il le redoute, il s’en défend.

Le concept par nature fait rupture. Il est une idée qui donne prise sur une réalité en cours, pour agir dessus il permet d’apporter une pensée nouvelle dans une situation où tout était prédit.

Il permet de trouver une issue souvent insoupçonnée, en dehors du cadre où on était enfermé. Car il est bien plus facile de remettre en cause l’enfant que le cadre qui nous entoure.

En agissant sur le cadre de la situation même plutôt que sur le comportement de l’enfant dont nous faisions la cause du nôtre, nous pouvons être, de nouveau, sujet de nos actes.

L’éducateur qui agit, quoiqu’il arrive, inspire une sécurité (autorité), incarne une présence, ce qui ne manquera pas d’amener du changement, de l’inédit.

Celui qui perd toute son énergie à réagir, rêve d’une autorité dont il commence par affirmer qu’il en est dépourvu puisqu’il a besoin de recourir à tout ce qui signe son échec : sanctions, menaces, accusations, exclusions. Il enterre définitivement sa propre autorité en se mettant à rêver d’une autorité supérieure qui devrait lui venir en aide : du directeur, des parents...

« Face à la délinquance, il ne faut pas penser, il faut réagir et sanctionner ».... De même nous dira-t-on de l’intégrisme.

Par une curieuse inversion des choses, les mêmes politiciens vont nous expliquer que c’est la pensée qui serait au fond responsables de ces fléaux sociétaux, en renforçant leur existence, juste par ce qu’on les pense.

Celui qui croit qu’en terme de comportement de tout public, ce qu’il a sous les yeux ne serait que des causes et non des effets (des évènements pris dans un système, un contexte et une histoire, et qui sont l’œuvre de sujets rationnels) s’interdit de penser et du même coup d’agir.

En acceptant la réalité telle qu’elle est, en me donnant le temps de l’observer, de la réfléchir au-delà du jugement premier, en me dégageant d’un sentiment de culpabilité et de responsabilité exclusive à son égard, je retrouve ma capacité et ma liberté d’agir.

L’isomorphisme et le matérialisme en éducation.

Freinet postule que les buts de l’éducation ou du travail social ne peuvent être déconnectés des moyens que nous employons pour y parvenir. Nous ne pouvons pas faire advenir quelque chose que nous ne mettons pas en pratique ici et maintenant.

Nous avons appris à définir, dans nos institutions, de très nombreux projets qui se donnent des objectifs très généreux : développer la bientraitance, favoriser l’inclusion sociale... Mais quel est notre réel impact sur des idées aussi abstraites ?

Nous ne pouvons pas travailler dans le secteur social à partir des idées que nous nous contenterions de transformer en objectifs. Ce qui revient à croire en la magie de l’objectif.

Seule compte pour nous cette réalité d’aujourd’hui. Elle est notre matière et nous devons consacrer toute notre énergie à nous y plonger.

C’est en travaillant sur la résistance, la dureté de cette réalité que nous pourrons petit à petit faire bouger certaines contraintes. Ce n’est pas en rêvant d’institution ou d’équipe idéale, de normalité introuvable.

Ainsi l’éducateur se doit d’être matérialiste (ce qui veut dire travailler sur la matière des choses) et non pas idéaliste. L’idéaliste en matière d’éducation se condamne lui même à l’impuissance et dès lors son travail revient à constater et à déplorer l’écart entre ce qu’il voudrait, ce qui lui parait normal et ce qu’il constate.

Dans les institutions, nous sommes confrontés à une véritable "culture d’entreprise idéaliste". Une grande partie des travailleurs sociaux envisagent leur travail à partir d’une norme et perdent toute leur énergie à vouloir tordre la réalité pour qu’elle ressemble à leur représentation. Ils gagnent trop souvent à ce jeu une aigreur progressive, une perte d’enthousiasme pour leur métier et un manque d’empathie pour les enfants dont ils ont la charge.

Ils finissent par adopter un véritable cynisme et à valider que les enfants n’ont que ce qu’ils méritent, que les inégalités seraient naturelles, ou s’expliqueraient par les défauts ou les tares de ceux qui les subissent.

Tout se passe comme si le regret et l’impuissance de ne pouvoir jamais « coller à l’idéal » entraînerait le désamour de la réalité et de la situation actuelle.

Cet idéalisme est marqué par une position égocentrique : on voit tout à partir de soi, on ne perçoit l’enfant, les parents que par rapport à nous et notre projet et jamais par rapport à leur histoire, leur culture....

L’autonomie, la liberté, la culture c’est tout de suite ou jamais.

Nous ne pouvons pas préparer à distance et de l’extérieur l’autonomie et le bien être des personnes ou leur liberté.

Korczak a su créer des républiques d’enfants, toujours imparfaites, jamais idéales, mais qui expérimentaient pour de vrai dans leur environnement réel. Il ne s’est pas contenté de réclamer des droits de l’enfant, il s’en est fait une obligation personnelle et a su créer des milieux où ces droits avaient acquis une réalité non négociable. Il affirmait que la seule manière de se donner la liberté comme objectif lointain, était d’en faire l’expérience ici et maintenant. S’il n’y a pas de liberté à présent, il n’y en aura pas plus tard.

L’autonomie, l’insertion, la culture, la participation sociale sont une matière que nous pouvons travailler tout de suite et à tout âge, ou alors ce ne sont que des mots, des fictions.

Le premier travail de tout éducateur devrait être de renoncer à tout idéalisme, non pas parce que tout cela serait trop grand, mais parce que ce sont là des freins qui limitent notre pouvoir d’agir sur le monde.

Editions : chronique sociale
12,50 euros.




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