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Contribution au débat sur la transformation sociale
Les enseignements du Budget Participatif de Porto Alegre invalident les possibilités de transformation sociale proposée par la "Triarticulation sociale" de Nicanor Perlas.
vendredi 27 août 2004, par Martine Toulotte et Jean-Blaise Picheral


Il nous parait urgent et important de débattre sérieusement et sereinement de l’articulation entre Mouvement Social et mouvement politique pour réfléchir aux nouvelles stratégies pour une transformation radicale du monde.
Actuellement dans les réseaux citoyens se développe toute une réflexion s’appuyant sur la pensée d’un altermondialiste Phillippin, Nicanor Perlas. Autant les questions soulevées nous paraissent d’actualité, autant ses réponses nous paraissent conduire à des impasses
Nous avons pris connaissance des thèses de Nicanor Perlas par un texte intitulé "Quelle approche pour une transformation radicale de l’Etat Nation ?", texte introduit par Sylvette Escazaux du réseau ATOS et mis en ligne sur le site "Réseaux citoyens de St Etienne". Nous avons approfondi notre approche de Nicanor Perlas en lisant son livre "La Socièté civile, 3ème Pouvoir".
Nous nous inscrivons dans ce débat, nourris de tout ce que nous avons appris en découvrant en 1997 le processus du Budget Participatif de Porto Alegre, non pas comme technique de bonne gouvernance mais comme réponse novatrice aux questions des rapports entre le peuple et sa représentation et de la confiscation du pouvoir.
Bien que membres et initiateurs du réseau DRD, cette contribution nous est propre (1) et ne constitue en aucun cas une position du réseau.

Porto Alegre fut un "choc" pour nous. Pourquoi ?

Nous étions devant un processus proposant de démocratiser radicalement la démocratie comme levier de la construction d’une alternative politique.
Cette "rencontre" se situe avant Seattle, avant également les Forums sociaux Mondiaux, avant la création d’Attac... Nous avions été interpellés par ce qui se passait au Chiapas et les écrits de Marcos qui déjà semblaient ouvrir de nouvelles voies.
A Porto Alegre, des militants politiques - inscrits dans le mouvement social et de résistance à la dictature, nourris pour certains de marxisme, ayant parfois été emprisonnés, puis, en 1988, portés par les élections à la tête de la mairie de Porto Alegre et se retrouvant donc en charge du Gouvernement local - étaient en recherche de pistes pour surmonter les impasses dans lesquelles nombre de militants du XXéme siècle se sont fourvoyés et principalement celle de la confiscation du pouvoir dans les sociétés issues de révolutions sociales. C’est dans cette recherche que s’inscrit l’invention tâtonnante du processus du Budget participatif dans un contexte, rappelons-le, d’une société civile forte et organisée, en lutte, en attente et en vigilance.
L’extension de la mondialisation néo-libérale et la chute du mur de Berlin en 1989 sont le cadre dans lequel va d’ailleurs s’inscrire leur expérimentation. Nos interlocuteurs d’alors, que ce soit Ubiratan de SOUZA ou Tarso GENRO, soulignent d’ailleurs ce fait (3) et leur volonté farouche à la fois de lutter contre le capitalisme néo-libéral et ses effets sur les populations au quotidien et pour une autre répartition des richesses, et d’éviter les phénomènes de bureaucratisation de l’Etat et de confiscation du pouvoir.

Revenons sur la signification globale et politique du processus inventé alors :

-  Démocratie représentative et démocratie directe
Un renversement dialectique complet de la conception de la démocratie de représentation est à la base de la construction progressive de l’expérience du Budget Participatif. Mais ce renversement ne peut se comprendre que parce que la mobilisation et l’auto organisation des citoyens de Porto Alegre pose dans les faits la question de la démocratie directe, à savoir l’organisation du pouvoir direct du peuple tout entier.
C’est l’articulation de la démocratie représentative et de la démocratie directe, travaillée pas à pas d’une part par les élus de POA et d’autre part par les citoyens engagés (délégués et conseillers du Budget Participatif) qui révèle ce renversement dialectique : Les élus de la démocratie représentative deviennent ceux qui permettent l’exercice de la démocratie directe, l’exercice du pouvoir du peuple tout entier, du pouvoir de la société civile. Citons à ce propos Tarso Genro : "Un concept - celui de démocratie - dans lequel la conquête du gouvernement par le vote populaire n’épuise pas la participation de la société, mais, au contraire, permet d’initier un autre processus créant deux pôles de pouvoir démocratique : l’un issu du vote, l’autre issu des institutions directes de participation (4)".

-  La question de l’Etat de la société civile toute entière.
Par-delà les questions évoquées ci-dessus, ce qui est en jeu derrière le processus du Budget Participatif, c’est la question de l’Etat (5) et de sa transformation :

Aujourd’hui l’Etat est au service des intérêts des grands groupes capitalistiques et financiers s ‘appuyant sur ses fonctions régaliennes (la police, la justice, l’armée).
Le processus du Budget participatif pose clairement et pratiquement la question de lui substituer un Etat du peuple tout entier, de la société civile tout entière, au service du peuple tout entier, c’est-à-dire de la majorité des exclus et laissés pour compte de la mondialisation, donc qui tend à rompre avec les intérêts de ces grands groupes.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’une mécanique naturelle de transformation progressive de l’Etat par le miracle du Budget Participatif. Il s’agit d’un processus qui, si les citoyens d’une part et les élus d’autre part y veillent en permanence, doit permettre à la société civile de construire son autonomie et sa conscience de la nécessité d’un Etat qui soit à son service, l’Etat de la société civile tout entière, son émanation directe, contrôlé en permanence par elle...
Ne nous y trompons pas, il s’agit d’un enjeu central, d’un objet de lutte. L’Etat et son contrôle sont un enjeu central porteur de conflits entre des forces antagonistes. (6)

-  Conscientisation, construction de la citoyenneté
Ce qu’il ne faut pas non plus oublier lorsqu’on parle du Budget Participatif, c’est son côté processus de construction de citoyenneté, de compréhension des enjeux, d’auto organisation et de conscience politique de la société civile.
Il ne s’agit pas d’un processus de construction émanant de la seule volonté de changement des individus, mais d’un processus lié à la défense des intérêts individuels et collectifs, à la lutte pour la satisfaction des besoins fondamentaux (pas seulement le logement, l’eau, l’assainissement, ... mais aussi la santé, la culture, l’éducation, l’activité, les revenus, l’emploi...).
Ecoutons le témoignage d’Antonio, chiffonnier, qui par le biais de son intervention dans le processus du budget participatif d’une part a découvert ses propres capacités et d’autre part a donné un sens à sa vie, mais aussi à son travail de ramasseur de cartons :

"La première fois que j’ai pris parole dans une réunion du budget participatif, la première fois que je me suis trouvé en face d’un micro, j’ai eu l’impression d’être une petite fourmi au milieu d’une foule d’éléphants. Je me sentais tellement minuscule. Mais je connaissais les besoins de ma communauté, alors j’ai laissé la timidité de côté et j’ai commencé à parler. J’ai parlé avec le coeur de la vie ici où même un chien ne voudrait pas vivre. Et ça a eu un tel impact.. Aujourd’hui c’est pour les enfants et les adolescents que je me bats. C’est pour eux que je lutte, pour les petits qui sont le futur de ce monde, pour leur donner une culture, un avenir....Plus nous ramassons d’ordures, moins les rivières sont polluées, moins les arbres sont coupés. Nous sommes les petits qui travaillons pour la nature et elle nous remercie. Parfois il me semble que la pluie s’arrête au moment où je pars avec mon chariot." (7).
La prise en compte de ces besoins se heurte de plein fouet aux réalités de l’économie mondiale néo-libérale et le principe énoncé par la Mairie de " renverser les priorités ", " pour une autre répartition des richesses ", prend là tout son sens. C’est donc à travers l’auto organisation pour la satisfaction des besoins que permet le Budget Participatif que les citoyens rencontrent à la fois la nécessité de construire leur Etat et de lutter contre les causes plus globales de leur situation. Encore faut-il pour cela que les élus de la démocratie représentative n’oublient pas ces deux faits et en particulier celui de garantir l’autonomie du mouvement social. (8)

-  Local et global, une dialectique permanente
Ce que nous venons d’évoquer quant à la satisfaction des besoins et à la compréhension des causes globales de la situation rencontrée par les citoyens mobilisés, nécessité de revenir sur les notions de local et de global, essentielles dans la conception du processus de Budget Participatif. Aucun champ de la vie sociale n’échappe à la mondialisation économique néo-libérale (l’économie, l’emploi..., bien sûr, mais aussi le logement, la santé, l’éducation, la culture..., les services publics...). Le quotidien de millions de gens dépend des stratégies des grands groupes capitalistiques et financiers, mais aussi des Etats qui les servent, même si des tensions peuvent apparaître compte tenu de la contradiction entre économie mondialisée et persistance des Etats Nations. Les populations, les communautés, à Porto Alegre, en font tous les jours l’expérience à travers le processus de Budget Participatif en particulier.
Par exemple, quant un groupe commercial international comme Carrefour a voulu s’implanter à Porto Alegre, la municipalité a immédiatement saisi le Conseil du Budget Participatif et proposé une commission mixte municipalité-Conseil du Budget Participatif pour contre expertiser le projet de Carrefour, lui imposer des conditions de son implantation (contreparties financières, embauches dans le quartier, construction de cellules commerciales réservées aux micro commerces du quartier, tri sélectif des déchets (9)... ) et négocier. Carrefour a accepté ces conditions sous la pression conjointe des élus et de la population organisée, non pas parce qu’il est vertueux et qu’il prônerait le Développement Durable, mais parce que, dans ces conditions, la rentabilité était assurée malgré tout (marché de consommation plus porteur que dans d’autres villes du Brésil parce que ville bien gérée, classe moyenne nombreuse...). Mais la négociation fut rude, d’autres conditions ne furent pas obtenues (par exemple la vente prioritaire de produits agricoles locaux), et c’est à travers cette "bataille" que les populations ont pu mesurer le lien entre leurs conditions d’existence et la stratégie des grands groupes, le lien entre le local et le global.

Mais ne nous y trompons pas, dans cet exemple ce n’est pas le local qui est le point de départ, c’est le global et la décision du grand groupe commercial international de s’implanter. D’autres exemples montreraient l’inverse. Il y a une dialectique permanente entre le Local et le Global.

C’est tout cela qui permet de comprendre le sens de toute une série d’éléments du Budget Participatif (règles, règlement, organisation...). On se reportera pour cela aux différents textes produits par le réseau DRD et en particulier aux "Points clefs du Budget Participatif de Porto Alegre" qu’on trouvera sur le site du réseau DRD.

Ce détour par les enseignements de l’expérience de Porto Alegre, quelles que soient ces difficultés actuelles, quelle que soit la conscience des acteurs (élus de Porto Alegre et citoyens organisés (10)) de ces enjeux, nous permet d’aborder maintenant quelques-unes unes des questions posées par S. ESCAZAUX et N. PERLAS.

De vraies questions, de vraies interrogations.

Nous voudrions souligner le fait que ces interrogations s’inscrivent dans des préoccupations partagées par beaucoup d’entre nous, en recherche et en action ici ou là (Forum Sociaux, Attac, réseaux citoyens, réseaux de l’économie solidaire, ...) :

-  La prise en compte de toutes les dimensions, économique, sociale, culturelle, du développement humain pour l’épanouissement de l’homme et de la planète, pour la transformation de la société humaine.
-  La recherche d’une nouvelle articulation entre le mouvement social et le mouvement politique.
-  La recherche de réponse au fossé entre politique du gouvernement et aspirations du peuple.
-  La prise en compte centrale de la question de l’économie.
-  L’importance du partenariat entre tous les acteurs.
Soulignons enfin le fait que nous partageons l’idée qu’il est nécessaire d’oser s’aventurer hors des cadres et de changer de paradigme.

Mais des réponses avec lesquelles nous sommes en profond désaccord. Pourquoi ?

Nous avons tenté de dégager ci-après quelques-uns uns des points fondamentaux de désaccord en lisant attentivement le texte de PERLAS ainsi que son livre "La société civile : Le 3ème pouvoir" (11) et en référence avec la première partie de cette contribution au débat.

-  Pour nous, il n’y a pas trois sphères mais une sphère publique et une sphère privée.
Citons N. PERLAS : "Il faut avoir bien compris que la société se compose des trois sphères et qu’aucune... ne peut dominer les autres" (page 49).
Le premier désaccord fondamental tourne autour de l’idée des trois sphères de la société : la sphère politique, la sphère économique et la sphère culturelle ou sphère de la société civile (12).
Cette conception - et le mot "sphère", figure totale, parfaite et fermée, en rend compte - malgré l’emploi du terme "triarticulation", nie un fait majeur : la société n’est société que par son organisation "politique" au sens de la "polis" grecque. Si on peut parler de "sphère", il n’en existe fondamentalement que deux : la sphère privée et la sphère publique. Nous y reviendrons.
De plus, séparer la sphère de l’économique de la sphère culturelle (ou de la société civile), c’est gommer le fait que l’acte de produire et d’échanger est un acte culturel, de société, qui nécessite la construction de règles (politiques au sens large).
Que les sphères de l’économique, du politique, de la société civile (si on reprend PERLAS) tendent à apparaître comme séparées, c’est justement parce que les pouvoirs économique et politique veulent les faire admettre comme séparées : Pour eux, l’économie néo-libérale et le Marché sont des lois intangibles, la "démocratie" (pensons aux discours de BUSH...), la seule garante de la liberté, même si aujourd’hui on y rajoute un zeste de discours sur la démocratie participative (pas sur la démocratie directe !).
Tabler sur les trois sphères autonomes, mêmes articulées, conduit à des positions qui remettent en cause l’idée même du gouvernement du peuple tout entier défendant ses propres intérêts : Citons à nouveau N. PERLAS :
"Il existe des signes qui montre que l’on entre dans la phase de la "triarticulation avancée", par exemple, lorsque le gouvernement s’abstient volontairement de contrôler l’éducation qui relève de la responsabilité de la sphère culturelle" (page 48).
En isolant la sphère du politique, Perlas abouti à légitimer le désengagement de l’Etat de domaines des droits fondamentaux tels que l’éducation garantie pour tous, l’égalité devant l’éducation.

Pour nous, le politique n’est pas une catégorie autonome.
Revenons sur la question de la sphère publique, car c’est là que se situe à notre avis le cœur d’une série de questions qui irriguent, en filigrane, l’introduction de S. ESCAZAUX et une partie du texte de N. PERLAS : Comment faire en sorte que "les décisions prises par nos gouvernements, entre autres, reflètent véritablement la volonté du peuple" ? Comment éviter "les écueils de la déformation classique et tragique de tout mouvement social en expression purement politique."  ?, que nous formulerions plutôt : "Comment éviter que le pouvoir soit confisqué par ceux-là même, issus du mouvement social, qui y ont été portés par ce même mouvement ?."

Si on reste dans l’idée d’une sphère du politique autonome, on nie le fait que l’Etat est l’expression culturelle de l’organisation de la société. On valide la délégation représentative à une élite et le fossé entre les populations et les gouvernements. Mais qui plus est, on empêche la prise de conscience de la nécessité d’un Etat de la société tout entière.
Certes nous n’en sommes pas là (celui d’un Etat de la société civile tout entière) et c’est avec juste raison que Tarso Genro parle d’une "sphère publique non-étatique" en parlant de la société civile organisée à travers le Budget Participatif à Porto Alegre, en regard d’une "sphère publique étatique", le Gouvernement local (la mairie). Comme nous l’avons montré dans la première partie de cette contribution, l’enjeu est de résoudre cette tension entre ces deux sphères publiques pour la construction d’un Etat du Peuple tout entier.
A Porto Alegre, l’expérimentation de nouveaux rapports entre démocratie directe et démocratie de représentation et de leur évolution dynamique, la définition de règles (révisables) propres à chacune des formes de démocratie et communes aux deux, nous aident à mieux comprendre le caractère potentiellement révolutionnaire du processus de Budget participatif : Il peut constituer un pont vers la construction de l’Etat de la société civile tout entière.
Les "règles" co-construites et révisables du Budget participatif constituent des éléments d’apprentissage de la construction des Lois. Les Lois ne sont en effet que des règles tendant à définir les droits et devoirs au niveau de L’Etat. Il s’agit de la construction de l’intérêt collectif.
Mais, de plus, dès aujourd’hui, leur construction interpelle non seulement les modes de gouvernement, mais également les modes d’organisation de la société civile (fonctionnement des associations...) et les modes d’organisation de l’économie (contrôle ouvrier, coopérativisme, économie solidaire...).

Pour nous, l’Etat n’est pas neutre. Il est enjeu de forces sociales antagonistes représentant des intérêts divergents.
Mais si nous avons pointé l’enjeu central de la question de l’Etat, il faut rappeler qu’il n’est pas neutre, qu’il s’agit d’un Etat justement élevé en catégorie à part par les forces économiques et politiques dominantes pour le préserver de sa transformation par les forces sociales majoritaires, celles des laissés pour compte de la mondialisation.
Instrument de coercition de la minorité sur la majorité, l’Etat est donc un enjeu non pas de conquête mais de transformation radicale. Mais s’il est un enjeu de transformation radicale, cela signifie que tout pas en avant pour inventer une autre forme d’Etat, est et sera sujet à des attaques violentes de la part de la minorité qui contrôle les Etats actuellement (attaques qui peuvent venir aussi de l’intérieur des gouvernements portés au pouvoir par les laissés pour compte, comme au Brésil aujourd’hui...).

Pour nous, la culture du consensus n’est pas le moteur de la transformation du monde
Citons à nouveau N. PERLAS : "Il y a "triarticulation avancée" si les trois sphères s’accordent pour reconnaître que les priorités culturelles sont aussi importantes que les priorités économiques et politiques du Marché et de l’Etat. Alors, les partenaires trisectoriels peuvent s’engager dans une approche intégrant d’avantage toutes les composantes du développement durable" (page 52).
Outre une confirmation claire de l’autonomisation des sphères ayant chacune leur logique (le Marché, l’Etat), ce passage établit le "Consensus" comme mode de transformation de la société. Et S. ESCAZAUX est en contradiction avec N. PERLAS lorsqu’elle dit dans son introduction : "Dans un monde dominé par la logique du Marché, la logique du Pouvoir, la logique scientiste, la "triarticulation" sociale permet de déconstruire ces logiques... et d’en révéler les fondements".
Cependant loin de nous l’idée qu’il ne faut pas tenter de mettre autour de la table tous les acteurs de la vie sociale (citoyens et leurs organisations, élus, entreprises) pour tel ou tel objet, en établissant des règles claires et démocratiques définies en commun. Cela s’impose par un rapport de force. Mais cela n’exclut pas le conflit et, dès lors que les règles sont respectées, ouvre la possibilité de la décision de la majorité, celle des laissés pour compte de la mondialisation. C’est aussi cela la leçon de Porto Alegre (voir l’exemple de Carrefour dans la première partie).
Enfin, dans le même registre, nous savons bien que trop souvent les mondes de la société civile sont cloisonnés (militants citoyens d’un côté, militants politiques d’un autre, monde de l’économie solidaire plus loin, universitaires dans leur coin, élus et agents des collectivités territoriales encore ailleurs, etc.). Et la construction d’une alternative pour un "autre monde possible" passe par la confrontation et la recherche commune exigeante.
Cette contribution au débat avec le réseau ATOS en est l’un des modestes éléments.

-  Pour nous, les positions de N. PERLAS légitiment le Marché et la mondialisation néolibérale
Le deuxième désaccord fondamental avec les positions exprimées par N. PERLAS concerne la place et le rôle de l’économie néo-libérale mondiale, et surtout la manière dont il l’isole comme " sphère économique " intangible. Plusieurs points nous semblent de ce point de vue symptomatiques : Aucune référence aux intérêts privés des entreprises et des actionnaires, aucune référence aux multinationales et à la mondialisation néo-libérale et absence totale de référence sur la guerre (les guerres) prolongation de la politique par d’autres moyens et basée essentiellement sur la défense d’intérêts économiques (Cf. L’Afghanistan, l’Irak, ...).

Ces symptômes confirment deux désaccords essentiels :

On ne peut pas enfermer la lutte dans le cadre de l’Etat Nation du point de vue économique, comme politique.
N. PERLAS écrit dans son texte : "Etablir trois mouvements nationaux, un socioculturel, un autre politique et le troisième économique ; Les trois travailleront pour construire un nouvel avenir pour les Philippines (l’Etat Nation)".
Ailleurs, certes, il parle de Seattle, de l’OMC, ... mais, à aucun moment, il n’analyse le fait que les Etats Nations, forme relativement récente dans l’histoire apparue en gros à la naissance du capitalisme (émergence de la bourgeoisie comme classe dominante), sont aujourd’hui entrés en contradiction avec la domination du néolibéralisme mondial qui se joue des frontières de ces Etats, sauf de l’Etat Nation dominant que sont les Etats-unis.
Bien évidemment, ces Etats Nations perdurent, mais doivent passer sous les fourches caudines de l’OMC... C’est pourquoi, même si le cadre des Etats Nations est un cadre qu’il faut investir, l’investir de manière exclusive, enfermée, ne permet pas de poser les véritables enjeux du combat pour un autre monde possible (Cf. l’impossibilité de travailler en France sans poser concomitamment les questions européennes et sans lutter de manière articulée au deux niveaux.)

Nous réfutons l’affirmation que les sphères de la société civile et de l’Etat ne doivent pas intervenir sur la sphère économique :
Citons N. PERLAS : "La société civile peut choisir de reconnaître les rôles légitimes que le Marché a à jouer dans l’économie, une fois que celui-ci a été dépouillé du pur motif du profit" (page 46).
Par quel miracle ? Comme si cela était naturel ! Les recalculés, les licenciés pour délocalisation... en savent quelque chose ! ! ! "Dans la triarticulation, les institutions-clés de la vie sociale qui ont outrepassé leurs attributions dans le passé pratiquent le principe d’autolimitation. Dans cette démarche, une institution limite volontairement l’étendue de son pouvoir à sa propre sphère pour laisser aux autres institutions de la société la possibilité de pratiquer leurs activités légitimes. La privatisation en est un exemple. Dans une privatisation, le gouvernement se retire pour ne plus diriger directement une entreprise économique" (page 45).
Quel magnifique panégyrique des privatisations ! ! !
Si on met cela en relation avec le désengagement de l’Etat de l’Education prôné par N. PERLAS (voir plus haut), quel bel avenir pour les services publics ! ! !

En un mot, chez N. PERLAS, l’acceptation du néo-libéralisme est finalement le cadre de sa pensée.

Pour nous, le processus de transformation de la société ne se fait pas par étape, ni ne part simplement du local pour arriver au global. Il est dialectique
Le troisième désaccord fondamental avec N. PERLAS concerne sa conception étapiste et sa vision du rapport entre local et global. Ce sont deux expressions de la même pensée réformiste (progressive) qui nient les transformations brutales de quantité en qualité, fondements de la dialectique.
Citons encore N. PERLAS : "La "triarticulation" passe par différentes phases de développement. La "triarticulation de fait" peut progresser vers la "triarticulation consciente" puis atteindre la phase vraiment révolutionnaire de la "triarticulation avancée" (page 50).
"La "triarticulation" ne peut pas s’exercer sous sa forme complète dès le début de sa mise en œuvre dans la vie sociale. Il existe... différentes étapes. Tout comme un être humain, la "triarticulation" passe par le stade de l’enfance, de l’adolescence, de l’âge adulte... Pour reprendre notre analogie, la "triarticulation avancée" (phase adulte) aura été précédée par deux étapes : la "triarticulation de fait" (phase de l’enfance) et la "triarticulation consciente" (phase de l’adolescence)" (page 44)
"Le processus de maturation est semblable à celui de l’être humain. L’enfant doit passer par la phase de l’adolescence et ne pas vouloir rester dans celle de l’enfance. Sinon, toutes sortes de pathologies psychologiques se manifestent et l’enfant ne peut pas mûrir pleinement pour devenir un adulte productif, aimant et créatif " (page 49)
On voit là clairement à la fois une vision mécaniste de l’histoire et cette conception progressive qui nie donc le caractère révolutionnaire (au sens de transformateur et porteur de transformation) que peuvent avoir telle ou telle action.
Dans le texte, N. PERLAS explique : "La structure du mouvement culturel (dans la bouche de PERLAS le mouvement de la société civile) sera un réseau horizontal d’organisations de membres inter agissants mais autonomes, situées au niveau du village, de la ville petite ou grande... Au moment opportun, ces alliances régionales et provinciales s’entendent pour organiser un mouvement national en faveur du développement viable, durable et intégré... C’est seulement sur la base de ce rassemblement d’initiatives locales autonomes, lesquelles auront été initiées et maintenues par une population locale, qu’il peut exister assez de forces pour faire passer ce pays de la démocratie formelle (illusoire) à la démocratie réelle."
Complément logique de la conception étapiste évoquée ci avant, l’idée qu’il faut partir du local pour arriver progressivement au global est là clairement exprimée. Cela rejoint ce que nous disions sur l’absence de références à la mondialisation, à la crise des Etats Nations... Il s’agit d’une conception univoque du rapport du local et du global, en complète contradiction avec ce que nous avons tenté d’expliquer en première partie à partir de l’expérience de Porto Alegre.

En conclusion,

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur le texte de PERLAS et sur son livre, sur le fait qu’il ne démontre jamais aucune de ces affirmations, qu’il idéalise l’individu et sa capacité d’auto transformation (13) (sans songer que les conditions d’existence déterminent la conscience et que c’est dans le rapport social et politique que la conscience se forme), qu’il développe une nouvelle vision messianique (14) de l’histoire (visions qui ont coûté si cher aux générations militantes précédentes)...
Il faudrait revenir sur le concept de développement durable qui n’est, à notre avis, ni un dogme, ni un idéal à atteindre, mais un processus permanent et évolutif de questionnements porteurs de transformation révolutionnaire.
Il y aurait enfin beaucoup à débattre sur les questions de l’article relatives "aux mouvements culturels (sociaux) qui se sont aventurés dans la politique en déformant leur mouvement culturel en un mouvement politique et en un parti pour une nouvelle politique".

Ce dernier débat, auquel nous avons commencé à répondre dans cette contribution, doit être prolongé avec toutes les forces qui cherchent des alternatives et en particulier, lors de la "Diversité d’automne" de Convergence Citoyenne en Novembre.

Martine TOULOTTE
Jean-Blaise PICHERAL

Août 2004.

Voir le site du réseau Démocratiser Radicalement la Démocratie sur lequel ce texte est également publié.

Notes

1-Vous pouvez réagir sur ce texte auprès de nous : martine.toulotte@wanadoo.fr jb.picheral@netinfo.fr

2-Selon l’expression de Tarso Genro dans le livre "Quand les habitants gèrent vraiment leur ville" - éditions de la Fondation Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme - 1997. page 21

3-Opus cité. Textes d’Ubiratan de Souza, (page 41) et de Tarso Genro (page 21)

4-Opus cité, Tarso Genro, page 22.

5-Nous employons le terme Etat ici comme le font les brésiliens c’est à dire pas seulement pour l’Etat central, national mais aussi pour les niveaux intermédiaires de gouvernement (communes, provinces, régions) : Les institutions et les Lois.

6-l’offensive de la droite (via la Justice) contre le Budget Participatif de l’Etat du Rio Grande do Sul en1999 est là pour nous le rappeler

7-Porto Alegre, les voix de la démocratie, Estelle Granet-Solidariedad, Editons Syllepse - 2003 - page 49.

8-Il s’agit d’ailleurs là du nœud de la situation actuelle, avant les élections d’octobre 2004, du processus à Porto Alegre, comme nous l’avons discuté avec nos amis de Solidariedad.

9-Il est intéressant de constater que ces conditions, comme la méthode démocratique de négociation, relèvent d’une démarche pour un développement plus durable : prise en compte de l’environnement, création d’activités et d’emplois y compris pour les plus pauvres, processus démocratique et organisé. La question d’un développement durable est d’ailleurs très présente dans les débats et décisions issues du Budget Participatif de Porto Alegre, comme dans d’autres processus participatif (Plan de développement...).

10-Nous pensons là plus particulièrement à nos amis de Solidariedad avec lesquels nous continuons de cheminer pour approfondir ces questions.

11-Par la suite nous précisons entre parenthèses le numéro de page des citations de ce livre. Sinon ce sont des citations du texte mis en ligne par le réseau citoyen de St Etienne.

12-Nous utilisons ici ce terme, qui est ambigu, comme l’utilise PERLAS, c’est-à-dire comme regroupant l’ensemble du mouvement social, les ONGs et associations, ...

13- "C’est un travail de transformation qui commence à l’intérieur, au niveau individuel et qui doit être poursuivi au niveau du groupe et de la société " N. PERLAS



Télécharger ce texte de M. Toulotte et J-B Picheral

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