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Intégration et communautarisme : une réflexion est lancée
Une cinquantaine de jeunes en ont discuté en juillet à St-Etienne à l’initiative du nouveau "réseau actions jeunes".
dimanche 29 août 2004


Elles et ils sont déjà une dizaine. La plupart étudiant(e)s à l’Université. Ils ont décidé de lancer un "Réseau actions jeunes" qui a déjà de nombreux projets pour les prochains mois (conférences, manifestations, expositions...). Son but : inciter les jeunes à discuter des grands sujets d’actualité qui font débat.

Samedi 17 juillet, ce réseau invitait à une discussion au Centre Al Qalam. Avec une conférence vidéo de Tarik Ramadan suivie d’un débat avec l’intervention d’Abdelkader Belbahri, sociologue, enseignant à l’Université de St-Etienne. Une cinquantaine de jeunes étaient présents.

Dans sa conférence vidéo, Tarik Ramadan pointe un certain nombre de problèmes et de réalités actuelles et discute du concept d’intégration.
Il estime que le concept d’intégration a été progressiste, mais qu’il est aujourd’hui dépassé. Progressiste : il a reflété une certain gestion du pluralisme au nom d’un cadre reconnu unique. Un cadre légal à respecter, entre autres la loi de 1905. Les sociétés sont ainsi devenues de plus en plus mixtes, plurielles.
Mais aujourd’hui, revient en force une pression à l’assimilation (et non à l’intégration). Notamment vis à vis des musulmans. L’exigence que rien ne dépasse. L’exigence "d’invisibilité". Et la confusion entre laïcité et anti-religion. Peur et suspicion permanente. Même vis à vis des jeunes qui sont socialement et économiquement "intégrés" dans la société. Méfiance vis-à-vis d’eux : "s’ils apprennent la loi, c’est pour mieux la déjouer...". Et l’amalgame souvent pas loin : "arabes-->musulmans-->islamistes-->intégristes-->terroristes". Donc, arabe et musulman = "terroriste potentiel"...
Dans ces conditions, dans cette atmosphère, le concept d’intégration est devenu piégé. Parler d’intégration à quelqu’un aujourd’hui, c’est souvent lui dire : "vous n’êtes pas chez vous".
Or les jeunes musulmans français sont chez eux, en France.

Les choses se sont d’une certaine façon retournées. Alors que des musulmans sont en train d’accéder à une pensée universaliste, le communautarisme et de vieux réflexes communautaristes reviennent, mais plutôt au sein d’une toute autre partie de la population : voir par exemple ces petites communautés de riches qui se regroupent. Des "ghettos résidentiels". Ou ce "communautarisme républicain", ces petites communautés de blancs bien blancs pour qui la République doit être un club de personnes bien pensantes.
En bref : voici de nouveaux communautarismes : "économiques", "républicains"... Des gens qui ont le discours pluraliste et la pratique exclusiviste.
Côté musulman aussi, bien sûr, des démarches communautaristes existent. Par exemple du côté de ceux que Tarik Ramadan appelle "les salafi-littéralistes"...

Abdelkader Belbahri, sociologue, s’efforce de creuser cette affaire d’intégration et de communautarisme en France, et travaille sur les minorités en milieu urbain. Il est d’accord et pas d’accord avec ce que dit Tarik Ramadan.
Abdelkader Belbahri se définit comme "franco-maghrébin", "arabo-berbère", avec des origines familiales au Maroc et aussi en Algérie. Un "hybride culturel". "l’Islam fait partie de ma culture. Mais je ne suis pas QUE musulman. Je suis plein de choses et peut partager avec d’autres...".
L’intégration est pour lui un concept toujours valable et un objectif à défendre : c’est participer au fonctionnement d’une société en gardant ses caractéristiques culturelles propres.
Il oppose "intégration" à "assimilation", concept porté par une idéologie coloniale, et qui signifie "absorption". Assimilation est d’ailleurs le mot toujours utilisé aux USA, mais plus en France et en Europe.
Selon lui, il y a consensus en France sur "intégration", même si tout le monde ne donne pas le même sens au mot...

A. Belbahri distingue alors communauté et communautarisme, même si ce deuxième mot vient du premier.
Communauté signifie : tout groupe humain soudé par des affinités. Il existe des groupes qui fonctionnent sous des formes communautaires : certains ne sont pas présents dans le débat public (ex : l’immigration asiatique, portugaise...).
Les communautés d’immigrés venus du maghreb sont elles des communautés qui viennent surtout de la désorganisation sociale (ghettos dans les villes : des espaces urbains ségrégés...).
Peut-être que la recherche d’une religiosité vient de ce que les immigrés venus du Maghreb sont le seul groupe qui n’a pas pu s’organiser sur le mode communautaire ?...

Les maghrébins ne sont pas des "immigrés", ou plutôt pas seulement des immigrés. L’autre facette : ils sont un groupe issu d’une histoire coloniale ou post-coloniale. L’histoire a dessiné un espace migratoire avec l’Algérie. On n’est pas dans un contexte d’immigration, mais de minorités présentes dans ce pays parce qu’il a été puissance coloniale...
Les algériens sont comme les noirs des USA : "on les a immigrés". Et c’était la minorité qui ne pouvait pas s’organiser.

Pourquoi la question de l’Islam ressurgit-elle maintenant, demande A. Belbahri ? Parce qu’on a créé l’exclusion et qu’on a labellisé cette exclusion par l’Islam ? La "distance culturelle"...

S’agissant de "la culture", A. Belbahri distingue :
-  la culture au sens anthropologique (le mode de vie)
-  la culture publique, nationale, qui est un ensemble de valeurs.
Le discours "intègre-toi !" est pour lui une injonction d’exclusion.

Son désaccord avec Tarik Ramadan porte sur "les citoyens de confession musulmane". Qu’il considère comme une définition religieuse de citoyens. Et aussi sur le fait que lorsque T. Ramadan parle de communautés musulmanes en Europe et aux USA, il parle de "nous". C’est selon lui du communautarisme. Car "nous" suppose "eux", les français non musulmans... Ce qui risque de ramener au choc des civilisations.
A. Belbahri estime qu’il faut plus parler des immigrés avec leur ancrage dans leur propre histoire (en Algérie et ici en France...). Les travailleurs immigrés ont participé à des luttes sociales aussi... C’est un problème de se définir uniquement comme musulmans dans l’espace public. "Je suis contre le communautarisme, c’est une tradition américaine".
Il estime qu’il faut bien faire la différence entre "communauté" (= des gens avec des liens d’affinités, d’idées etc...) - là, pas de problème - et "communautarisme" (= intervenir dans l’espace politique en tant que communauté).
Il pense que l’intégration est d’abord sociale. Pour l’avenir, il est très optimiste. Même si la période est dure : la loi sur le voile par exemple : "c’est parce qu’il n’y a pas volonté de faire des lois pour régler l’exclusion sociale". Il y a "instrumentalisation de l’Islam de ce côté-là aussi".

Dans la discussion, plusieurs jeunes présents ont cependant témoigné du fait qu’ils étaient systématiquement renvoyés à "leur communauté", dans la société actuelle (au sens : communautarisme). Les discriminations sont lourdes, et la stigmatisation omniprésente.
On peut mesurer les dégâts de la pression à la guerre des civilisations. Dans ces conditions, une partie des jeunes en est arrivée à penser que "c’est cuit, ici". Que la société française ne veut pas d’eux, c’est en permanence le parcours du combattant. Ainsi Moussa, qui dit : "j’ai envie de partir : parce qu’on me pousse vers la sortie". "Pour aller où ? lui demandent alors plusieurs voix. C’est ici chez toi"...

Comme un appel à une implication citoyenne généralisée pour faire bouger cette société ?...

Le 31 juillet, une vingtaine de jeunes se sont retrouvés à nouveau pour poursuivre cette réflexion.
Le communautarisme est un piège, pense A. Belbahri : pour ceux qui subissent une forme de ségrégation, cette situation de communautarisme entraîne une situation de domination.
Si l’on donne une définition unique et religieuse du mot communauté alors forcément on se retrouve en décalage par rapport à la société...

Farouk estime lui que le communautarisme est aussi un terme positif, l’exemple le plus parlant est celui de la Grande Bretagne, où les communautés vivent en totale harmonie ensemble, il s’agit d’un "multiculturalisme organisé", les autorités acceptent toute organisation sociale ou politique pourquoi une telle différence avec la société française ?

Abdelkader Belbahri : Lorsque la France à fait appel à ces immigrants étrangers et notamment nord-africains, elle a "accueilli" avec de sérieuses lacunes en terme d’organisation et de structure d’accueil ces nouveaux arrivants. D’où aujourd’hui ce débat sur l’intégration d’une population française, qui n’aurait jamais eu lieu d’être. Au Canada la politique d’immigration est très organisée ; il s’agit de peupler un maximum le pays d’immigrants après les avoir soigneusement recrutés (niveau d’étude, compétences, qualifications...) Aujourd’hui en France l’immigration massive d’Afrique du Nord s’est arrêtée après le regroupement familial des années 60...

Raymond Vasselon, parle de son expérience de militant dans une association laïque de quartier. "A propos de "communautarisme", je dois dire que je rejette l’usage péjoratif généralisé de ce mot. Je connais personnellement beaucoup de familles, de groupes, qui sont liées par des formes de solidarité économiques, sociales, plutôt efficaces, et qui sont le seul moyen, pour les membres et notamment les enfants de ces familles et de ces groupes, de construire tout simplement leur vie. A plusieurs, on est plus fort (ou plutôt moins faibles). J’ai d’ailleurs souvent souvent entendu des "blancs pauvres" regretter la disparition de ces formes spontanées de solidarité dans notre culture et observer avec beaucoup d’intérêt leur pratique dans les familles "issues de l’immigration".

Sur la question de l’engagement religieux, je pense qu’il ne faut demander à personne de le passer sous silence pour éviter les difficultés du débat actuel. Au contraire, Il faut agir pour que chacun puisse vivre et progresser en fonction et à partir de ce qui le constitue dans sa culture et dans ses racines. Il ne faut pas céder devant ceux qui prétendent que les particularités et les diversités culturelles mettent en danger notre société, sa cohésion, son avenir. La cohésion du monde moderne ne peut pas surgir de l’uniformisation des cultures et de la standardisation des esprits. Pour moi, la bonne démarche, c’est que chacune et chacun travaille pour trouver, dans sa culture propre, intime, la dynamique de construction des valeurs communes, des valeurs du vivre ensemble, des valeurs de projets partagés."

A. Belbahri estime que la vraie explication des récents débats sur le voile est en réalité une hystérie politique destinée à cacher les vrais problèmes. "Mixité sociale et culturelle" : chacun doit au contraire puiser dans ses différences culturelles et les échanger avec les autres. L’individu est fait d’un noyau, mais en même temps de plusieurs fragments culturels.
Il pense en conclusion que l’on peut dénombrer trois sens au mot communauté :
-  Communauté au sens lien fort au sens affectif, famille, collègues, amis, citoyenneté, région...
-  Lobby : groupe jouant sur ses origines pour convaincre, ex : un parti politique
-  Communautarisme ; ce n’est pas seulement un groupe de pression mais c’est un groupe qui s’est formé spontanément pour survivre à une vague d’immigration ex : immigration maghrébine, italienne, portugaise ...

Le débat c’est conclu sur l’idée d’un prochain rendez-vous à la rentrée 2004 concernant les problèmes que peuvent rencontrer les jeunes issus de l’immigration aujourd’hui en France.

Pour prendre contact avec le Réseau Actions Jeunes : écrire à : reseau_actions_jeunes@yahoo.fr




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