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Regarder nos villes du point de vue de la campagne
mercredi 13 octobre 2004, par Raymond Vasselon


Notre agglomération entretient avec l’espace agricole un rapport particulier lié en partie au relief. Comme partout en France le mitage de l’espace par les lotissements qui prétendent "mettre la ville à la campagne", les zones d’activité et de commerce périphériques, prend une ampleur considérable.

Les moteurs de ce mécanisme sont bien connus : tendance à augmenter l’offre de terrains pour attirer les entreprises dans un contexte de mise en concurrence des territoires, tendance à lutter contre le dépeuplement et la baisse des ressources fiscales des villages en créant des lotissements, pression liée à l’augmentation considérable du coût des terrains lorsqu’ils passent du statut de terrains agricoles à celui de terrains à bâtir. A cela s’ajoute la tendance à considérer les terrains agricoles comme des réserves foncières pour le développement infini de la croissance des villes. Cette tendance semble aujourd’hui paradoxalement stimulée par le besoin de fuir les nuisances, les pollutions, les dangers et le mal vivre générés par ces mêmes villes.

Mais la spécificité de notre agglomération est que ces mécanismes fonctionnent dans un contexte où le relief fait que les mêmes espaces intéressent la ville et l’agriculture.

Or, de 1975 à 1990, l’étalement urbain de l’agglomération stéphanoise à été spectaculaire : la consommation foncière à été identique à celle de la communauté urbaine de Lyon, et cela sans augmentation de population, au contraire (on connaît le résultat des recensements), et une forte diminution des emplois.

Pour ces raisons, les spécialistes parlent pour notre agglomération de sur-étalement urbain.

Il y a donc chez nous un problème particulier et aigu de pérennité de l’agriculture périurbaine : l’agriculture est une activité qui nécessite de l’espace dans la durée.

D’un autre coté, la proximité entre la ville et l’agriculture est un atout pour l’agriculture notamment lorsqu’il y a vente directe (on parle de 10 % du chiffre d’affaires de notre agriculture départementale et c’est une tradition qui ne demande qu’à être développée à Saint-Étienne), mais aussi en regard des nouvelles activités d’accueil que développent les agriculteurs (découverte nature, accueil scolaire, hébergement touristique...).

Mais c’est aussi un atout pour nos villes en matière d’emplois (dans 26 communes les emplois agricoles représentent le quart des emplois), de potentiel de création d’emplois, de production du paysage naturel, en matière de défense de la culture alimentaire, de la qualité de notre alimentation, qui représente un enjeu de santé publique aujourd’hui bien connu.

La qualité de notre vie dépend en fait en grande partie des qualités multiformes de l’espace agricole et de ses activités.

Ces questions importantes ont d’ailleurs fait l’objet d’un intéressant colloque (organisé par Saint-Étienne Métropole) intitulé "L’agriculture périurbaine facteur d’aménagement et de développement économique du territoire" qui a eu lieu le 10 septembre 2004.

Plus généralement, de l’agriculture dépendent des droits humains les plus légitimes : l’accès à l’eau et à la nourriture de façon équitable dans nos villes et sur la planète, notre droit de choisir ce que nous mettons dans notre assiette, notre aspiration à respecter et protéger la vie sous toutes ses formes aujourd’hui plus que jamais menacées. L’agriculture est donc notre problème, même si les agriculteurs, dans nos sociétés représentent une "minorité". Nous ne pouvons pas les laisser se débattre seuls face à un étalement urbain qui mange la campagne, seuls face aux énormes lobbies de l’agroalimentaire.

Souvent, disent les agriculteurs, des citadins vont habiter la "campagne" en restant citadins et parfois créent des conflits en considérant comme des nuisances les bruits, les odeurs produits par l’activité des agriculteurs. Nous devons donc travailler et veiller à développer tous les éléments positifs de la coexistence ville campagne.

Les débats sur ces questions ont permis de mettre à jour quelques propositions :

-  Stopper le sur-étalement urbain par des dispositions d’aménagement. Il n’est pas seulement destructeur de l’espace rural, il est source de gaspillage. Par exemple : on ferme des écoles en ville et il en manque ailleurs, les déplacements et les transports générateurs de pollution et de fatigue explosent, les surfaces imperméabilisées augmentent et cela a des conséquences sur le débit et les crues des rivières, les problèmes de ramassage des ordures se compliquent, etc...

-  La rénovation des quartiers centraux de nos villes doit être l’occasion de produire et de restaurer des formes d’habitations variées, prenant en compte le besoin de rapports avec des jardins, des espaces extérieurs offrant une alternative au développement des lotissements de pavillons dans les périphéries.

-  On peut introduire dans l’aménagement de nos villes des éléments favorisant la coexistence avec la campagne comme les vergers pédagogiques conservatoires destinés à la redécouverte par les enfants des écoles des espèces, des saveurs, des techniques de greffes etc...

-  Certaines villes s’emploient avec succès à promouvoir la restauration "bio" dans les cantines scolaires. Cela afin que les enfants - notamment ceux issus de familles défavorisées - puissent avoir accès à une nourriture saine, à un goût authentique, et donc à une culture non uniformisée. Cela dans l’objectif, à terme, de favoriser une agriculture respectueuse de la santé, de la qualité de la vie.

-  On peut aussi soutenir et développer des circuits et des espaces pour la distribution des produits de l’agriculture et d’une manière plus générale la considérer comme un "gisement d’emplois" d’avenir.

Certains pays du Sud refusent l’idée (qui fut chez nous hégémonique pendant les trente glorieuses) que la dépopulation de la campagne soit le critère absolu du développement.

Nous commençons de percevoir que le milieu rural n’est pas uniquement un espace de réserve pour la croissance des villes, mais un espace de vie à part entière qui concerne tout le monde.




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