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Réseau national des habitants du Cameroun : de la construction d’un puits à l’élaboration d’un projet politique alternatif.
mercredi 13 octobre 2004, par Estelle Granet


Initiée à la fin des années 1990, la mise en réseau des associations locales du Cameroun a permis aux organisations de base de prétendre à des financements dans le cadre des programmes de coopération internationale. Mais elle a surtout engagé les habitants dans une démarche d’échanges et d’élaboration commune de plans d’action. Le principal objectif du Réseau national des habitants du Cameroun est aujourd’hui d’inverser la tendance dans un pays aux traditions centralisatrices, en faisant émerger, de la base, un projet politique collectif et une vision commune exigeant de s’exprimer par des mécanismes de démocratie participative.

Nkogbikok : un quartier de Yaoundé poussé sur un flanc de colline où serpentent des chemins de terre entre de petites maisons souvent construites de bric et de broc. Le visage que présente la capitale rappelle à chaque pas que le Cameroun est classé parmi les pays pauvres très endettés. Les rares avenues goudronnées sont criblées de trous. Au centre, seuls quelques immeubles, grands hôtels ou bâtiments d’Etat, dressent leurs façades arrogantes tandis que sur l’une des collines le Palais du Congrès domine une ville souvent plongée dans le noir depuis que la privatisation de l’énergie électrique s’est traduite par des coupures de courant quotidiennes. Plus de 80 % de la population de Yaoundé survit dans les bidonvilles, dans des quartiers de fortune construits avec les moyens du bord. Nkogbikok est l’un de ces quartiers, où habitent quelques 4 000 personnes. C’est là que le Réseau national des habitants du Cameroun plonge ses racines.

Tout a commencé en 1997 avec la création d’une association baptisée ASSOAL, les Amis du livre. Pour les vingt-sept jeunes à l’origine du projet, -étudiants, stagiaires, enseignants-, il s’agissait simplement de proposer cours et animations dans le quartier. Un projet déjà ambitieux dans un pays où les bourses d’étude ont subi des coupes sombres et où, outre des droits d’inscription universitaire faramineux, les étudiants doivent s’acquitter d’une taxe chaque fois qu’ils prétendent franchir le seuil d’une bibliothèque. Les groupes de lecture créés à Nkogbikok ont très vite dérivé en groupes de parole, espaces de débat et de communication des informations aux habitants du quartier. ASSOAL s’est rapidement transformé en relais des habitants face aux autorités, puis en partenaire de divers bailleurs internationaux pour le développement local.

Mais là n’est peut-être pas la plus grande réussite des Amis du livre. Reprise dans d’autres quartiers de Yaoundé, puis dans d’autres villes, l’idée des groupes de lecture a en effet donné naissance à un formidable tissu d’association et de groupes locaux, engagés dans des actions autonomes et alternatives de développement économique et social. Face à ce mouvement, ASSOAL s’est repositionné comme organisation sociale d’appui aux acteurs et aux organisations locales du développement. La création, au siège de l’association, d’un centre de ressources, en 1999, a largement favorisé la mise en réseau de ces différents groupes locaux. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, ce sont aujourd’hui près de 1 500 associations qui composent ce qui est désormais connu comme le Réseau national des habitants du Cameroun.

Travail de terrain et réflexion collective

Ainsi, à Bafoussam, dans l’Ouest du pays, une association baptisée le GAID (Groupe d’appui aux initiatives de développement) réalise un travail de formation et d’information des jeunes. Par le biais du football et de cours de majorettes, sont en fait menées des actions de prévention contre le sida. Le GAID développe également un volet d’aide à la création d’activité professionnelle en soutenant les artisans d’art locaux par la commercialisation de leurs œuvres et en accompagnant les femmes de Batcham, un village voisin, dans l’organisation d’une coopérative de production et de vente de semences de maïs. A Yaoundé, également, les initiatives sont nombreuses. C’est par exemple l’association Jevolec qui, avec un groupe de jeunes, organise la collecte des ordures et la production de compost sur le quartier de Mendong. C’est aussi l’association Sopocinto qui a su motiver les habitants pour creuser des égouts et paver une rue traversant le quartier Cité Verte Nord.

Tout est à construire dans un pays ou la récente décentralisation des pouvoirs publics n’a pas rimé avec amélioration des conditions de vie et où l’aide internationale arrive rarement jusqu’aux quartiers, se perdant plus souvent dans les méandres d’un système administratif copié sur le modèle français et d’une opacité à toute épreuve. Alors, de la construction d’une piste ou d’un puits à la création d’une coopérative de production en passant par des associations de santé communautaire ou d’encadrement et de formation des jeunes, partout, la population camerounaise prend son avenir en main, palliant par sa mobilisation quotidienne aux failles de l’Etat et de la coopération internationale. Chaque association, chaque groupe local dispose d’une autonomie d’action mais chacun apporte sa pierre à l’édifice par le jeu des échanges d’expérience et de formation réciproques qu’a permis et développé le Réseau national des habitants du Cameroun.

Ce réseau a commencé à se structurer en 1998, à la suite d’une rencontre d’habitants organisée au Sénégal et à laquelle participait Jules Dumas Nguebou, l’actuel coordinateur de l’association ASSOAL et président international du réseau Démocratiser radicalement la démocratie. En s’impliquant dans le collectif interafricain des habitants, ASSOAL découvrait alors la " philosophie réseau ". La première expérience a été menée à Yaoundé, où existait un terrain propice en raison de la présence du cercle des organisations de base, une première tentative de regroupement. Les différentes associations ont d’abord été fédérées à l’échelle de trente quartiers sur lesquels des responsables ont été désignés. Ces derniers communiquent entre eux par le biais de six pôles dont ils désignent à leur tour deux responsables destinés à établir la communication au niveau de l’ensemble urbain.

Une telle organisation a favorisé la circulation des informations mais aussi des alliances ponctuelles ou plus durables de soutien et d’entraide. A Yaoundé, le réseau urbain des habitants est aujourd’hui fortement structuré avec quelque 300 associations participantes. Et l’expérience a été élargie à d’autres villes, d’autres zones. Aujourd’hui, le Cameroun compte vingt-sept réseaux urbains, fédérés entre eux sur une base géographique : grâce aux pôles d’animation qui, au nombre de six, sont chargés de structurer les réseaux de quartier, d’identifier les acteurs locaux, de les mettre en relation et d’encourager les habitants à créer des associations où il n’en existe pas. Mais ces réseaux sont également fédérés au niveau national par le biais de chantiers thématiques, comme celui portant sur les questions de l’eau, de l’assainissement et de l’environnement, constitué en 2003 et rassemblant l’ensemble des associations œuvrant dans ce domaine pour réfléchir collectivement à l’élaboration de plans d’action.

Du local au global

Ni le Réseau national des habitants du Cameroun, ni les chantiers thématiques ne bénéficient d’une existence formelle, légalisée. C’est Assoal qui représente la structure porteuse officielle et seule une charte assure l’engagement de chacun sur des valeurs communes de développement soutenable et alternatif, d’auto-organisation et de solidarité. Toutefois, " nous réfléchissons à élaborer un règlement interne ", explique Jules Dumas Nguebou. Ne serait-ce, par exemple, que pour gérer les financements. En effet, les pôles d’animation du réseau, au-delà de l’aspect organisationnel, sont rapidement devenus des espaces de médiation avec les pouvoirs publics et les responsables de la coopération internationale. C’est ainsi que le réseau national des habitants du Cameroun, par le biais d’ASSOAL, est aujourd’hui le support sur lequel se développe le programme européen d’appui aux micro-projets de développement local, Foumi 2. Concrètement, le réseau et ASSOAL définissent, avec les responsables du programme, les projets et associations susceptibles d’être financés.

Une telle situation est porteuse de tensions et de conflits potentiels entre les différentes associations du réseau. Elle exige une organisation toujours plus stricte et la construction collective de critères et de règles d’attribution des financements. Une mission qui ne va pas de soi alors que le mode de fonctionnement et de relations des organisations de base ne coïncide pas toujours avec les procédures de mise en œuvre des programmes de coopération. Quand l’argent européen peut permettre d’embaucher un permanent, de creuser de nouveaux puits, de monter une coopérative, ne pas perdre son âme, ni le sens de son action, maintenir son autonomie est un défi permanent. Le réseau national des habitants du Cameroun, comme ASSOAL, en font l’expérience, avec parfois des désillusions et des faiblesses. Mais "le micro-projet est aussi la carotte pour intéresser les gens ", analyse Jules Dumas Nguebou. " Il est difficile de mettre en réseau les associations, surtout dans des pays comme le Cameroun où les gens ne se déplacent que s’il y a ensuite une collaboration, un résultat concret. C’est la grosse difficulté. L’association ne voit pas tout de suite l’importance du réseau. Alors les appels à candidature pour micro-projets les motivent à participer et ensuite ils comprennent la démarche ".

Une démarche qui va bien au-delà des réalisations ponctuelles, même si celles-ce sont essentielles. En effet, la diversité des associations, la circulation des informations et des expériences menées sur le terrain, contribue peu à peu à faire émerger, d’abord au plan régional puis au niveau du pays, une vision commune de l’avenir, un projet politique pour un développement équitable et soutenable. C ‘est essentiellement dans les chantiers thématiques que se construit une telle démarche, avec l’élaboration de plans d’action qui, liés les uns aux autres, forment à l’échelle du Cameroun un véritable programme politique de développement. Un programme que le Réseau national des habitants exige désormais de faire valoir en revendiquant tant au niveau local que global l’implantation et le renforcement de mécanismes de démocratie participative.

ASSOAL et le Réseau national des habitants, membres du réseau international Démocratiser radicalement la démocratie, sont aujourd’hui les premiers promoteurs du développement de budgets participatifs. En décembre 2003, la troisième édition du sommet des maires et des collectivités locales africaines, " Africités ", leur a permis d’inciter cinq municipalités camerounaises à signer une lettre d’intention pour la mise en place du budget participatif : Yaoundé VI, Mfou, Sa’a, Batcham et Edzendouan. Cinq mois plus tard, seules les deux dernières avaient concrètement progressé vers la mise en œuvre du budget participatif. Ces deux communes rurales, la première située dans les montagnes de l’Ouest, et la seconde enclavée dans la forêt à quelque 50 km au nord de Yaoundé, en sont aujourd’hui à l’élaboration d’un règlement interne de fonctionnement du dispositif. Le premier cycle du budget participatif devrait pouvoir être lancé dans l’année 2005.

Estelle Granet

Estelle Granet a participé à plusieurs rencontres au Cameroun début 2004 avec le réseau "Démocratiser radicalement la démocratie". Elle est co-auteur du livre "Porto Alegre : les voix de la démocratie" 




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