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RACISME ET ANTISÉMITISME.
Rapport Rufin : le monde à l’envers
mercredi 3 novembre 2004, par Michèle Sibony


Nous publions à notre tour et avec son autorisation ce texte de Michèle Sibony, vice-présidente de l’Union Juive Française pour la Paix, que nous remercions.

"Le rapport sur la question du racisme en France remis par J.C. Rufin au ministère de l’intérieur, est un rapport de commande qui s’inscrit dans le droit fil de la politique gouvernementale à laquelle il apporte une caution d’expert et il propose des armes.

On aurait pu croire, naïvement, que la volonté politique était de s’adresser d’une même voix à toutes les victimes du racisme dans un souci d’égalité, et de mettre en œuvre une politique qui garantisse à tous sécurité et respect.

Le rapport Rufin distingue l’antisémitisme des autres formes de racisme, il en fait une catégorie hors norme, et lui accorde une prépondérance absolue. Ce faisant il contribue à isoler les juifs du collectif national et les désigne comme un groupe privilégié bénéficiant d’une protection spéciale : une distinction éminemment dangereuse, parce que créatrice d’antisémitisme. L’antisémitisme commence toujours par distinguer - exclure - les juifs du corps social en leur conférant des travers ou des vertus particuliers.

On aurait pu croire, naïvement, que pour désamorcer l’infernale stratégie antisémite qui consiste à assimiler juif, israélien et sioniste - C’est la stratégie notamment de l’extrême droite révisionniste, mais visiblement cette dernière n’intéresse guère J.C. Rufin, ni le gouvernement malgré sa progression certaine et ses actions antisémites récentes - il fallait précisément définir ces notions et les séparer.

Non seulement le rapport choisit en assimilant clairement antisémitisme et antisionisme de renforcer ce lien qui associe inexorablement le sort des Juifs qui sont Français et choisissent tous les jours de le rester à celui des Israéliens, mais il crée en outre un nouveau concept « l’antisionisme radical » apanage dit-il des courants d’extrême gauche et alter mondialistes. Sans doute s’inspire-t-il des déclarations de R. Cukierman, président du Crif qui dénonçait lui, les alliances « vert brun rouge ». Ainsi tous ceux qui ont besoin d’asseoir leur antisémitisme sur de nouvelles bases pourraient en s’appuyant sur les termes de ce rapport se déclarer antisémites en arguant de la conduite de l’armée israélienne dans les territoires occupés ? Beau travail !

Rufin pousse l’amalgame jusqu’à expliquer la situation politique israélo-palestinienne d’aujourd’hui, par le comportement exclusif des Palestiniens et de leur direction et conclut ainsi : « la thématique nouvelle du « droit au retour » des réfugiés palestiniens remet en question la survie même d’un Etat où les juifs du monde entier puissent trouver la sécurité ». Sans nul doute notre rapporteur a pris des cours du soir au CRIF, mais surtout comment ne pas lire dans ces derniers mots surlignés par nos soins qu’il ne prétend plus que la république puisse garantir être le lieu ultime où ses citoyens juifs puissent trouver la sécurité, et que le choix de vivre en Israël pour certains des juifs français pourrait un jour ne plus en être un, mais une obligation ! Tout un programme inscrit en filigrane de ce texte...

Enfin le rapport propose une loi qui sanctionnerait « ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, institutions ou Etats, des accusations de racisme, et utiliseraient à leur propos des comparaisons injustifiées avec l’apartheid ou le nazisme ».

Les ridicules atours d’objectivité dont cette prose se pare cherchent à peine à dissimuler de quels Etat ou Institutions il est question. (Une autre loi récente d’ailleurs procède de la sorte, visant un public très particulier en se donnant l’apparence de sanctionner les signes religieux ostensibles en général.) Il s’agit en fait d’un costume taillé sur mesure pour les juifs de France, utilisés dans un combat global d’une ampleur qui les dépasse largement. En effet dans le monde qui est devenu le nôtre depuis le 11 septembre, l’ennemi a été désigné clairement : l’Islam, et sont clairement nommées les forces du bien : l’Occident et ses valeurs dont le leader est l’Amérique. L’idéologie bushienne dominante est celle du clash des civilisations assorti de la recolonisation du monde.

Cet affrontement se joue aussi, bien sûr, en Europe et en France. Et sur un plan extérieur le gouvernement français, s’il a certes pris ses distances avec la guerre d’Irak, n’échappe pas cependant à la dérive qui le rapproche des Etats-Unis que ce soit dans le traitement de la question palestinienne progressivement abandonnée aux mains de Sharon et celui de la Tchétchénie : motus et bouche cousue.

La dérive est sensible aussi sur un versant intérieur et social où le mode de confrontation est progressivement organisé en termes ethnico religieux autour de cet axe.
Le gouvernement ultra libéral qui est le nôtre s’applique avec la détermination et la brutalité que l’on sait à casser tous les systèmes sociaux français : droit du travail, santé, éducation, logement, privatisation et disparition progressive des services publics ce qui frappe prioritairement les périphéries aujourd’hui largement arabo-musulmanes et largement abandonnées à leur sort (où sont passées les réformes sociales pour les banlieues, annoncées comme le corollaire obligé de la loi contre les signes religieux ostensibles ?). Il s’applique aussi à redéfinir les rapports sociaux en France en termes communautaires ethniques et religieux, et non plus citoyens, cultivant le particulier et non plus l’universel. Ainsi le rapport accompagne cette dérive, et positionne les antagonistes : au cœur d’un centre occidental blanc et judéo chrétien, les juifs, victimes d’un antisémitisme défini comme un racisme unique et fondé aujourd’hui sur une analyse politique partisane et imposée du conflit du moyen orient :

-  Page 16 : "Néanmoins ce problème reste posé : les Juifs sont admirablement intégrés dans la société française ; la République a su sécréter quand il le fallait les anticorps nécessaires pour combattre l’antisémitisme. Cela ne signifie pas pour autant que les préjugés aient disparu. La nouveauté est que ces préjugés n’ont plus à s’exprimer directement par des propos, des écrits ou des actes. Il suffit de laisser agir les jeunes irresponsables des banlieues difficiles ».

Dans les périphéries, un magma trouble informel constitué par tous les autres, immigrés, pauvres et se battant entre eux. Les victimes des autres racismes sont elles tout à fait marginalisées et relativisées, dangereuses parce qu’arabo-musulmanes, menaçantes pour un centre respectable occidental et judéo chrétien parce que susceptibles de rejoindre l’axe du mal, elles sont d’ailleurs à peine présentes dans ce rapport et n’existent que par leur relégation au second plan, ou leurs responsabilités évoquées dans l’antisémitisme.

-  Page 19 : « Lorsqu’on aborde la question du racisme "général", on entre dans un domaine plus vaste et plus mal défini que celui de l’antisémitisme. La première cause de ce flou tient d’abord à la grande variété des groupes concernés, chacun héritant d’une histoire particulière. L’élargissement mondial des sources de migration a ces dernières années multiplié les origines et les communautés, complexifiant d’autant plus la question de leurs relations. »

Enfin il définit l’enjeu de cet affrontement et le rôle attribué aux juifs dans ce qu’il appelle : « la bataille d’Europe ».

-  Page 15 : « Il ne faut évidemment pas mettre sur le même plan des insultes ou des agressions mineures et les attentats suicides de grande envergure qui se multiplient sous l’impulsion de mouvements islamistes radicaux. Entre les deux, il y a toute la différence entre criminalité organisée et délinquance désorganisée. On sait cependant qu’il est possible de passer de l’un à l’autre. Les parcours de certains jeunes Français d’origine arabe arrêtés en Afghanistan en sont la vivante démonstration. Il y a tout lieu de penser que cette influence est encore rare.
Pourtant, ce sujet est au coeur de notre avenir le plus immédiat. C’est ce que Gilles Kepel appelle la bataille d’Europe. Soit les jeunes issus de l’immigration font le choix des valeurs républicaines et participent pleinement à la vie citoyenne, à travers les instruments éducatifs et culturels, qui favorisent l’ascension sociale et accompagnent l’émergence de nouvelles élites, soit ils rejoignent divers mouvements radicaux qui prêchent la guerre contre l’Occident et le rejet de ses valeurs. L’antisémitisme nous fournit un baromètre de ces évolutions. »

Dans ce modèle d’affrontement il semblerait que les juifs soient placés - instrumentalisés avec la participation de certains d’entre eux, mais pas tous, loin de là - en première ligne et servent de bélier, ...avant de pouvoir servir de bouc émissaire."

Michèle Sibony
Vice-présidente de l’Union Juive Française pour la Paix.




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