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Pourquoi Porto Alegre a décidé de changer ?
vendredi 5 novembre 2004, par Sérgio Amaral


Ce texte présente une réflexion sur quelques unes des raisons pouvant éclairer la défaite du Front populaire à la mairie de Porto Alegre. Il n’a pas la prétention de représenter une analyse exhaustive mais plutôt de soulever quelques questions importantes.

Un contexte politique global a généralement des répercussions sur les villes brésiliennes comme sur toutes les villes des pays où les gouvernements ne peuvent pas ou ne veulent pas assumer des positions contraires aux intérêts du capital international. Des questions comme, entre autres, le paiement de la dette extérieure, la soumission aux règles du commerce international, l’intérêt des multinationales, amènent les gouvernements à privilégier les subventions aux grandes entreprises, au détriment des investissements dans des initiatives locales pour l’emploi et la création de revenus, suffoquant ainsi les alternatives cherchant à renverser l’ordre capitaliste. La réforme agraire reste un défi qui, contrairement à ce qui avait été promis, n’a pas été relevé par le gouvernement Lula qui, en ce sens, a frustré les attentes du MST, ce dernier préférant durcir chaque jour ses politiques d’occupation plutôt que d’attendre une action du gouvernement. Le paiement des intérêts de la dette ne permet pas d’investir de façon importante dans le domaine social et la faim, le travail infantil où les politiques de l’enfance et de l’adolescence, par exemple, ne dépassent pas le stade des discours pleins d’émotion du président. Les réponses en terme de santé, d’emploi ou de sécurité sont en deçà des besoins de la population et les politiques sociales ne répondent pas et ne compenseront peut-être jamais les conséquences nocives d’un système qui doit être combattu à la base.

Porto Alegre n’est pas la seule ville inscrite dans ce contexte et, malgré d’importants acquis sociaux et des avancées en terme d’infrastructure obtenues grâce à la participation aux décisions d’une grande partie de la population, elle n’a pas réussi, au cours des seize années passées, à trouver des réponses aux problèmes structurels qui affectent notre société. Des rues ont été goudronnées, des maisons ont été construites, les indices d’assainissement ont augmenté, autant de progrès ayant contribué à l’amélioration de la qualité de vie. Mais la population vit toujours plus des ordures et des restes. A titre d’exemple, la ville comptait douze postes de santé avant la gestion du Front populaire, et elle ne disposait pas de crèches communautaires. Aujourd’hui, il existe à Porto Alegre 144 postes de santé et 129 crèches. Mais les files continuent dans les services de santé où les personnes attendent parfois jusqu’à un an pour obtenir une consultation spécialisée et de nombreux enfants vivent dans la rue (pour le seul arrondissement du Centre, plus de 240 enfants vivaient dans la rue en septembre 2004, selon les données du service social), exploités sexuellement ou professionnellement. L’accès à l’éducation est une obligation légale et on peut dire que la structure éducative remplit cette fonction, même si la qualité peut être questionnée alors que les professeurs ne bénéficient pas d’une reconnaissance salariale proportionnelle à l’importance de l’éducation. Toutefois, l’intérêt des jeunes pour les études est minime car le marché du travail ne les intègre pas et, dès 16 ans, ils se débattent dans une dure réalité, privés d’avenir. Aujourd’hui, Porto Alegre compte 114 000 jeunes au chômage. Seule une minorité de jeunes entre 16 et 18 ans parvient à intégrer le marché du travail. Cette situation s’aggrave dans les classes populaires où les jeunes doivent travailler pour aider la famille au lieu d’être une "bouche à nourrir". Privés d’alternative, ils sont des révoltés potentiels, plongés dans une société de consommation qui les incite à consommer sans leur donner les conditions de le faire. Ils ont alors des problèmes à l’école, au sein de leur famille ; ils cherchent souvent un épanouissement dans une relation amoureuse précoce, devenant parents dès l’adolescent ou la pré-adolescence, aggravant encore les problèmes familiaux. Quand ils ne plongent pas dans la drogue ou la criminalité. Peut-être est-ce pour cette raison que, comme l’indiquaient les sondages, la majorité des jeunes prévoyait de voter pour l’opposition. Parce qu’ils voulaient un changement dans leur vie et parce qu’ils n’ont pas connu la ville avant le Parti des Travailleurs.

Cependant, ceux qui ont connu la ville seize ans plus tôt, ont peut-être aussi cru à la nécessité d’un changement, surtout alors que le candidat de l’opposition a construit sa campagne autour d’un slogan de changement. Pour simplifier, il a promis de "maintenir" ce qui fonctionnait et de "changer" ce qui ne fonctionnait pas, autrement dit : l’idéal. La nouveauté, ce qui a peut-être eu un impact dans l’inconscient des électeurs, est d’avoir osé reconnaître et s’engager à poursuivre les avancées du Front populaire, ce qui n’est pas quelque chose de courant en politique. Traditionnellement, c’est l’idée de rupture qui est en jeu dans une élection, l’idée d’un nouveau modèle de gouvernement qui viendrait remplacer l’ancien modèle. Mais le candidat de l’opposition promettait de "maintenir" le Budget participatif et de réaliser les chantiers en retard, un dilemme pour les responsables associatifs qui ont mobiliser leurs communautés pour qu’elles participent et n’ont pas encore vu leurs conquêtes se concrétiser. Une grande partie de la population qui a toujours voté pour le Front populaire n’a pas encore, en raison des urgences quotidiennes, développé un niveau de conscience politique lui permettant de réfléchir et de se rappeler que les partis qui aujourd’hui soutiennent le candidat de l’opposition n’ont jamais, quand ils étaient au pouvoir, réalisé un programme de gestion en faveur des plus défavorisés. Est-il possible d’attendre un vrai changement de ce nouveau gouvernement ? L’histoire et les circonstances de la politique nationale nous disent que non. Peut-être que certains éléments dans la façon de gouverner pourront représenter des changements, mais seul le temps nous dira s’ils seront positifs. Finalement, qu’est-ce qui pourrait garantir une avancée pour la démocratie à Porto Alegre, poursuivant le processus de participation populaire ?

Pour nous, de l’ONG Solidariedade, c’est là que réside le point crucial : diffuser l’information, la citoyenneté, en donnant aux citoyens les conditions de réfléchir, au-delà des artifices de la politique de partis. Les partis politiques veulent le pouvoir afin de réaliser leurs plans politiques. Après être arrivé au pouvoir, un autre besoin se fait sentir, celui d’y rester. Les efforts en ce sens augmentent a chaque élection car les autres partis, qui veulent récupérer le pouvoir, se montrent implacables dans l’opposition et se renforcent sans cesse en utilisant l’essouflement naturel de l’équipe en place. En ce sens, les ressources qui devraient être utilisées pour réaliser le programme d’action sont toujours plus destinées à la tâche consistant à se maintenir au pouvoir. Une autre priorité s’établit et l’objet de travail, qui devrait être la ville et le citoyen, devient la propre structure gouvernementale avec ses fiefs ou ses tendances et ses luttes internes et externes. Il n’y a pas de grand investissement dans le fait d’approfondir la relation avec les citoyens, d’investir dans un véritable partenariat où les bénéficiaires de l’action gouvernementale puissent comprendre profondément les limites du gouvernement, sans artifices électoraux et sans restriction au contrôle des citoyens. Quand le front populaire a remporté pour la première fois la mairie de Porto Alegre, la situation financière de la municipalité était chaotique mais la transparence a été telle que la population a pris à son compte les difficultés et, même sans obtenir de grands résultats à court terme, a su comprendre et supporter cette situation, engagée dans un véritable partenariat avec le gouvernement. Récemment, le fait, par exemple, de retarder la réalisation de certaines demandes a par contre représenté une décision exclusive de la municipalité qui, comptant sur la confiance de la population, a trop avancé dans son intervention financière et a déséquilibré la cogestion. Le partenariat, après que l’une des deux parties ait subi ce préjudice, a été rompu ; la relation, pour avoir été infidèle, s’est terminée peu à peu et le divorce se reflète maintenant dans les urnes. Le défi de la citoyenneté est alors le suivant : la société civile, indépendemment de l’intérêt ponctuel du gouvernement à établir ou non une cogestion, doit se qualifier de façon autonome et indépendante des intérêts politiques de partis pour garantir un équilibre dans la relation avec les élus qu’elle a choisi pour la représenter au gouvernement.

Il y a deux ans, quand l’ONG Solidariedade a écrit son livre, avant les élections pour le gouvernement de l’Etat du Rio Grande do Sul dont Porto Alegre est la capitale, les problèmes de politique locale et les limites du budget participatif avaient déjà été soulevés et les résultats de l’élection pour l’Etat avaient confirmé que quelque chose n’allait pas dans le bon sens. Des critiques et de nombreuses discussions ont été réalisées pour tenter de corriger les problèmes mais il semble que les voix de la démocratie n’aient pas été entendues et les résultats des élections municipales à Porto Alegre ont malheureusement confirmé les prévisions. En effet, la proposition de changement de l’opposition a été plus convaincante auprès de la population que la capacité de changement du gouvernement de participation populaire.

Sérgio Amaral.

L’ONG Solidariedade est membre du réseau international Démocratiser radicalement la démocratie. Invité par ce réseau, Sérgio Amaral sera en France jusqu’à la fin du mois de novembre, afin de travailler à la construction de partenariats autour de plusieurs projets : éducation citoyenne, évaluation des pratiques populaires de mobilisation et de participation, formation à la démocratie participative. Contacts auprès du réseau Démocratiser radicalement la démocratie ou au 06 63 66 88 22.

Sérgio Amaral, ex-conseiller du budget participatif et président d’une association d’habitants, est coordinateur de l’ONG Solidariedade. Fondée à Porto Alegre en 2000, cette organisation composée de citoyens impliqués dans le budget participatif et dans le mouvement populaire développe une action d’éducation à la citoyenneté auprès des communautés les plus défavorisées de la ville et anime une réflexion autour des acquis et des limites des processus de démocratie participative. Solidariedade travaille à renforcer l’auto-organisation du mouvement social pour approfondir et qualifier la participation populaire. L’ONG a, entre autres actions, publié, au Brésil et en France, un livre de témoignage et d’analyse du budget participatif de Porto Alegre, écrit avec la collaboration de la journaliste française Estelle Granet : "les voix de la démocratie", éditions Syllepse et Charles-Léopold Mayer. Ce livre sera prochainement traduit en Italien et en Anglais.




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