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UNE INTERVIEW DE SAMIR FRANGIÉ À L’ORIENT LE JOUR :
" Le Printemps de Beyrouth a commencé, plus personne ne peut l’écraser par les chars"
mercredi 16 mars 2005


Cette interview réalisée par Michel Hajji Georgiou a été publiée le 5 mars par L’orient Le jour. Samir Frangié, Journaliste et enseignant à l’Université Saint Joseph, est membre de la gauche libanaise. Il a participé à l’élaboration de l’accord de Taëf, est co-fondateur du Congrès permanent du dialogue libanais, du Rassemblement de Kornet Chehwane et du Forum démocratique.

"Le processus est irréversible, et nul ne peut plus aller à contre-courant"

"Il plane désormais sur la ville une odeur de printemps. L’espoir d’en finir avec cette chape de plomb qui nous étouffe est aujourd’hui possible. La peur, qui a été jusque-là le principal instrument de pouvoir, commence à s’estomper." Il ne pensait pas si bien dire, Samir Frangié, le 26 janvier dernier, dans son texte de présentation de Walid Joumblatt à l’USJ. Il ne pouvait pas savoir que Rafic Hariri, qui était l’absent omniprésent à cette conférence, allait être sauvagement arraché à la ville qu’il s’est acharné à reconstruire durant des années. Il ne pouvait pas non plus prévoir, nul ne pouvait le faire, que les Libanais rejetteraient avec autant de fermeté et de détermination ce "crime sorti d’un autre temps" avant de prendre d’assaut la rue pour balayer tous les tabous. Mais il avait déjà pressenti, avec ce sixième supersens politique qui le caractérise, l’extrême urgence d’un changement dépassant tout, et qui emporterait tout sur son passage.
"La mort de Hariri a marqué la fin de la guerre civile libanaise. Cette extraordinaire réponse islamo-chrétienne qu’il y a eu autour de la sépulture a marqué une réconciliation au niveau populaire. Les Libanais ont fait leur travail de deuil. Ils ont pleuré le Liban, mais ils ont aussi pleuré ensemble, pour la première fois, tous leurs morts. Quelque part, cette image des Libanais réunis autour de cette sépulture est venue dire au monde que toutes les analyses selon lesquelles les Libanais allaient de nouveau s’entre-tuer sont tombées à tout jamais. Mais cet assassinat marque aussi la fin de l’ère syrienne, de la tutelle syrienne ", affirme Samir Frangié, se livrant en profondeur à une analyse sociologique, anthropologique et politique de l’acte.
Le phénomène est incontestablement remarquable dans son unicité, mais il dépasse les barrières locales. "Ce phénomène allie deux sensibilités : l’une s’est exprimée par la prière sur la sépulture, et l’autre, plus moderne, par ce sit-in unique, pour la première fois non violent et démocratique dans le monde arabe. On voit à la fois des chrétiens et des musulmans, des jeunes et des moins jeunes, des hommes et des femmes participer ensemble à un mouvement pacifique."
Samir Frangié met l’accent sur le fait qu’il s’agit également d’un "phénomène de vie". "Ce courant de contestation marque une nouvelle période de l’histoire du Liban. En 1943, l’indépendance était le fait d’un compromis entre les élites politiques. Aujourd’hui, elle est le fait du peuple, des jeunes, des moins jeunes, des gens du Nord et du Sud. Chacun pourra dire demain qu’il a participé à la dynamique de l’indépendance. La voilà, la formidable leçon de vie, de non-violence des Libanais, pourtant ébranlés par des secousses sismiques à répétition. Le Liban a été pour le monde arabe un modèle de violence. Nous sommes en train de donner une autre vision du pays, qui fera boule de neige, un autre modèle, celui d’un pays capable d’assurer sa diversité et d’enterrer collectivement ses morts", indique-t-il.

"Le Hezbollah participe à sa manière"
Lorsqu’on lui rappelle qu’en 1936, la communauté chiite avait proclamé, en manifestant, son attachement au Liban, en réponse à un mouvement de contestation sunnite à Tripoli réclamant le rattachement à la Syrie, et qu’aujourd’hui, paradoxalement, les représentants les plus importants de la composante chiite sont absents de la dynamique populaire, Samir Frangié marque un temps, et sourit, serein.
"En 1936, la Syrie était sunnite, et elle ne l’est plus. L’opposition est très consciente de ce problème, et sait qu’une participation chiite est nécessaire à son mouvement. Dans notre dialogue avec le Hezbollah, nous étions d’accord sur le fait qu’il a déjà contribué à la lutte pour l’indépendance, en libérant le Sud, et qu’il est maintenant appelé à participer, à sa manière et avec ses conditions, à cette nouvelle bataille, dit-il. Les Libanais ont des sensibilités différentes, cela se ressent dans la rue et il faut apprendre à vivre avec, à reconnaître à chacun le droit de participer à la refondation de ce pays. Le Hezbollah a un comportement neutre. Il a refusé de répondre à l’appel à la contre-manifestation lancé par les loyalistes le 28 février. Il n’a pas utilisé le rassemblement religieux de Achoura pour prouver qu’il a une légitimité populaire, et il a lancé un appel au dialogue", indique-t-il. Et M. Frangié d’ajouter : "Je pense qu’il est possible d’aboutir à une forme d’accord politique avec lui. Le Hezbollah jouit d’une influence considérable sur la scène régionale, il peut jouer un rôle dans une évolution en profondeur de l’islam. C’est là un des apports à cette caisse commune qu’est le Liban. Nous ne sommes pas semblables, mais ce qui nous unit est considérablement plus important que ce qui nous sépare, et cela peut être une véritable source de richesse pour le pays. Chacun de nous est en contact avec 17 communautés dans ce pays. Or l’individu se forme à travers ses contacts avec l’extérieur. Plus ses contacts sont vastes, plus cela l’oblige à se développer, à enrichir ses concepts, ses manières de voir. Notre richesse provient de notre diversité."

L’assassin a un nom...
"Ils sont le Liban qui s’en va, vous êtes l’avenir du Liban." Prié de commenter cette phrase de Michel Aoun, datant de 1989, un graffiti qu’on peut lire aujourd’hui sur l’un des murs dans le périmètre de la place des Martyrs, Samir Frangié se dit d’accord, avant de rappeler que ce qui s’en va, c’est la mafia financière, la justice vindicative, la répression, les scandales des carrières, des médicaments, de la pollution, de l’essence, de la cigarette, du whisky trafiqués." Il n’est pas normal qu’un Libanais ne puisse pas s’exprimer sans craindre d’être constamment surveillé, soumis aux écoutes téléphoniques, qu’il ne puisse envoyer un colis postal sans se faire fouiller, qu’il ne puisse avoir un libre commerce de CD et de films sans échapper aux censeurs, ou acheter une carte de portable sans donner sa carte d’identité. Nous avons vécu ces 15 dernières années dans l’obscurité. Maintenant, c’est la première fois que les Libanais peuvent s’exprimer librement, se rencontrer sans que cela ne provoque une rafle dans les rangs des jeunes. C’est cela qui est tout nouveau. Et il y a là quelque chose d’irréversible."
Quant au sort qui doit être réservé à la classe politique qui gouverne le pays depuis 15 ans, "c’est aux Libanais d’en décider, en choisissant leurs représentants par le biais d’élections libres et démocratiques" . "Il n’y a plus de retour an arrière, il n’y a plus de possibilité de rejouer les mêmes rôles. Il n’y aura pas d’élections avant le retrait total syrien. Le nouveau gouvernement ne sert à rien s’il ne vient pas pour nettoyer les écuries d’Augias", souligne-t-il. "Nous voulons prouver qu’on ne peut plus tuer au Liban impunément. Nous avons déjà eu 150 000 morts, et ça suffit. Avant, à chaque fois que quelqu’un était tué et que nous réclamions la vérité, on nous répondait par une analyse de la situation régionale et locale. Assez. L’assassin a un nom, et nous voulons le connaître. Nous sommes unanimes, dans l’opposition, à ce sujet : celui qui a tué Hariri, qui qu’il soit, devra être jugé. C’est ce mort de trop qui devra rendre justice à tous les autres morts", note-t-il.
Pour Samir Frangié, "le gouvernement qui va être formé ne sera qu’une façade, et le véritable pouvoir est celui des patrons des SR ". "Nous allons poursuivre notre mouvement jusqu’à ce qu’ils partent. Un nouveau gouvernement ne sera valable que lorsque la Syrie aura proclamé son intention de se retirer du Liban et que la lumière aura été faite sur l’assassinat de Hariri. Il est hors de question qu’un officier des SR syriens puisse exercer encore la moindre pression sur un paysan du Akkar ou de la Békaa. C’est fini. Il n’y aura pas d’élections avant un retrait total et définitif des forces syriennes. Les Libanais doivent pouvoir décider souverainement qui ils veulent pour représentants. Et, dans le même état d’esprit, la décision de garder Émile Lahoud ou de le renvoyer chez lui devrait appartenir à la nouvelle Chambre", dit-il.
Qu’en est-il de cette "odeur de printemps", qui, pour Walid Joumblatt, a déjà commencé ? N’est-ce pas une formule malheureuse, dans la mesure où tous les "Printemps" se sont terminés par des chars écrasant les manifestants ? La réponse est lapidaire : "Je persiste dans ma formule. Les chars sont déjà passés, c’est la différence avec Prague et Tian’anmen. Ceux qui pouvaient faire passer les chars ne le peuvent plus aujourd’hui."

Le Liban, une éternelle préfiguration
Le Liban ne va-t-il pas toujours à contre-courant de la tendance universelle ? Au moment où le mur de Berlin s’effondrait, qu’il y avait la libération de tous les pays de l’Est, le Liban tombait sous la tutelle syrienne. Aujourd’hui, à l’heure où le monde est en proie à la folie furieuse du choc des civilisations, le Liban offre un modèle de contestation plurielle. Comment l’expliquer ?
"Je crois que le Liban, à cause de sa composition plurielle, est une préfiguration des années à venir. Nous avons préfiguré la violence dans le monde arabe, donnant un exemple de déchéance dans le monde arabe. Après la guerre du Vietnam, dernière guerre nationale, la guerre du Liban a été la première guerre postnationale. Ce type de guerre devait ensuite s’étendre au Caucase, dans les Balkans et dans une partie de l’Afrique. Durant 15 ans, Beyrouth est devenue le symbole de la folie humaine", affirme Samir Frangié.
"Or nous sommes aujourd’hui la préfiguration d’un monde où les gens pourraient apprendre à coexister ensemble égaux et différents, où l’État ne gère plus seul les citoyens. Nous sommes un laboratoire de démocratie, et nous sommes en train de développer le monde arabe. Nous ne sommes pas une démocratie importée, nous sommes à la recherche d’une voie propre à nous vers la modernité, le développement et la démocratie, fondée sur le droit à la différence, et sur une tout autre approche des relations entre la société et l’État", souligne-t-il.
Cela passe-t-il par le rejet de ce qu’on appelle "le terrorisme d’État" ?
"Nous sommes la première expression de refus de ce terrorisme d’État. Jusque-là, le refus de ce terrorisme entraînait des réactions armées, les mouvements intégristes. Les gens n’avaient d’autre ressort, d’autre issue que la politisation de la religion, transformée en instrument de destruction. Aujourd’hui, nous sommes en train de montrer que le refus de ces régimes peut se faire d’une autre manière", répond Samir Frangié.

Celui qui devait mourir...
Concernant la similitude, dans la forme de contestation gaie et vivante, entre ce qui se produit à la place des Martyrs et ce qui se produisait à Baabda en 1989, Samir Frangié acquiesce, en notant toutefois que durant les quinze dernières années, les Libanais ont fait entre eux et chacun sur soi, inconsciemment, un travail important. Il note que les barricades sont tombées, que les événements ne peuvent plus être interprétés ou ressentis de différentes manières, comme cela était le cas durant la guerre. "Dans la pratique, cela se traduit par cette incroyable discipline chez les jeunes, qui ont abandonné leurs slogans particuliers, qui ont unifié leur drapeau, qui ont adopté la photo de Hariri comme symbole de ralliement. Il faut dire que c’est la sépulture qui a permis aux Libanais de se retrouver. Dans sa mort, Hariri s’est transformé en une véritable machine à recréer des liens. Il a rendu au centre-ville, le seul emplacement qui n’appartienne à personne et qui soit à tout le monde en même temps, le rôle que ce lieu a toujours joué : celui d’un espace public", dit-il.
Rafic Hariri était-il un pharmakon, "celui qui doit mourir", pour reprendre le titre d’un ouvrage de Nikos Kazantzakis ?
"La peine, la douleur des gens sont énormes. Mais c’est vrai que Hariri a été une sorte de victime sacrificielle, pour utiliser un terme anthropologique. C’est sa mort qui a permis de réconcilier. C’est presque un phénomène religieux, qui dépasse même le religieux. On peut dire que Hariri, dans sa mort, a même incarné tous les morts de la guerre. Chacun s’est souvenu de sa propre tragédie. Et quand les tragédies personnelles se rencontrent avec la tragédie nationale, il s’ensuit une œuvre de fondation", répond-il.
Il évoque dans ce cadre "l’immense portée symbolique" du geste "d’un jeune homme dont le père a été tué", Nadim Béchir Gemayel, déposant une couronne sur la tombe de Hariri, avec, derrière lui, un calicot portant la mention : "Du martyr du 14 septembre au martyr du 14 février".
"Nous ne sommes plus dans le politique. Le mouvement de contestation n’est d’ailleurs pas le fait des politiques. L’opposition n’a fait que le traduire sur le plan politique. Le phénomène en lui-même est beaucoup plus important. Tout le monde sait que nous ne pouvons pas aller à contre-courant de ce mouvement. Toute personne qui tenterait de le faire se verrait expulsée de la société. L’opposition est devant un défi très sérieux, le fait de ne plus rechercher sa légitimité dans le passé, dans la guerre, mais dans le futur. Joumblatt a donné une leçon admirable en ce sens, en désamorçant le passé de la guerre. Il a eu le courage de reconnaître ses erreurs, et je souhaite que le reste de l’opposition le fasse aussi. Ce qui est en train d’arriver au sein des partis politiques est important. Les partis qui n’ont pas participé à ce mouvement sont en train d’exploser, comme le Parti communiste ou les Kataëb. Et un parti comme la Jamaa islamiya a quitté immédiatement le Rassemblement de Aïn el-Tiné après l’attentat. Même certains leaders clientélistes et loyalistes sont mis en mal, Sleimane Frangié entre autres. Un fait est sûr : nul au Liban ne peut plus être neutre par rapport à la tragédie", ajoute-t-il.




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