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EMBALLEMENT DU DÉLIRE SÉCURITAIRE ?
Le Président du TGI et le Procureur de la République outragés à St-Etienne
Emeute de quartier contre la création d’un centre de semi-liberté.
lundi 28 mars 2005, par Roger Dubien


Il s’est passé quelque chose d’extrêmement grave mercredi soir 23 mars 2005 à l’Amicale Laïque de la Chaléassière. Surtout, c’est ce que cela révèle qui est très préoccupant...
Pour résumer : cette réunion de quartier avait lieu pour discuter de l’implantation d’un centre de semi-liberté (*) dans le bâtiment et le parc de l’actuelle résidence municipale pour personnes âgées "L’Ensoleillée", 34 rue André Ruel, à Montaud, qui va fermer. Le Ministère de la Justice et les magistrats stéphanois tiennent à créer un tel centre de semi-liberté à St-Etienne. D’autant que la prison de la Talaudière est surpeuplée. Et qu’on sait que la prison sans travail de réinsertion est souvent le plus court chemin vers la récidive...
Discuter de l’installation de ce centre dans un quartier, c’est bien légitime. Mais là, on n’était pas dans le registre de la discussion raisonnable...
Mercredi, plusieurs centaines de personnes chauffées à blanc de peur et - pour un nombre certain - de haine et de racisme, y ont hué notamment le Président du Tribunal de Grande Instance et le Procureur de la République. Rien de moins. Et applaudi le député Artigues. Il y a eu de la délinquance caractérisée.
Est-ce qu’on se rend compte que les ennuis de certains jeunes qui sont aujourd’hui à La Talaudière ont commencé parce qu’ils ont refusé un jour de baisser les yeux devant une patrouille de police, ou qu’ils ont "mal répondu" à un magistrat devant le Tribunal ? Le 23 mars à La Chaléassière ce sont des "sentiments" d’un tout autre degré qui se sont lâchés, et des outrages d’une toute autre gravité qui ont été osés.
On n’en déduira pas qu’il faut agrandir la prison. Mais il est clair qu’on a là le résultat empoisonné de la politique sécuritaire menée toutes ces dernières années, au nom de la gauche comme au nom de la droite, par Chevènement et Vaillant et leur "Loi sur la sécurité quotidienne" comme par Sarkozy et sa "Loi sur la sécurité intérieure".
Il faut réfléchir à ce qui s’est révélé là. C’est ce genre de choses qu’on a reçu en pleine figure un certain 21 avril 2002 au soir, et qui est toujours là, 3 ans après. Nous ne devons pas banaliser ça !
Est-ce qu’on va avoir le courage de regarder cette réalité en face, d’en parler et de réagir, ou bien de nouveaux gages seront-ils donnés à ceux qui font de la montée de la haine leur fonds de commerce ?

Oui, un Centre de semi-liberté à St-Etienne, c’est une très bonne chose.

Roger Dubien
conseiller municipal
et membre du Comité local de sécurité et de prévention de la délinquance.



Il se trouve que j’ai été témoin direct d’une partie de cette émeute, et j’ai pu écouter plus tard le reste, la première partie retransmise sur Radio Dio jeudi 24. Je vais donc ci-dessous brièvement raconter ce que j’ai entendu lors de la rediffusion par Radio Dio, et ce que j’ai vu de mes yeux...
Le compte-rendu du Progrès du jeudi 24 (qui fait quand même sa une sur l’affaire, mais ne dit rien du traquenard réservé en particulier au nouveau Procureur de la République - nommé à St-Etienne depuis deux mois - et au Président du TGI) est bien "soft", il reflète mal la gravité de ce qui s’est passé.
Je suis arrivé à cette réunion en retard, en sortant de réunion du CA du CCAS. La salle était bourrée, je n’ai pu accéder à l’intérieur, et encore seulement près de la porte, que vers la fin. Il devait y avoir 300 personnes...
Etaient présents à la "tribune" de cette réunion des élus de la majorité municipale (UMP-UDF), le Directeur de la prison de la Talaudière, le Procureur de la République, Le Président du Tribunal de Grande Instance et deux juges de l’application des peines, le directeur du SPIP : service pénitentiaire d’insertion et de probation...

 Ecouté ou ré-écouté sur Radio-Dio  

M. Argoud ouvre la soirée, il promet "des explications directes, claires, et précises".
Huées.
- Un cri dans la salle :"on n’en veut pas !"
- "(...) si du moins vous voulez bien qu’un dialogue s’instaure..."
- Un cri : "vendu !"

On passe aux présentations :
Les élus de la majorité municipale, d’abord :
- "Gilbert Argoud, je suis 1er adjoint au maire de st-étienne ...
Huées.
- "Je suis Gilles Artigues, député...". Mélange d’applaudissements et de cris. Tout le monde n’est pas encore au courant...
- "Josette Schériani ..."
- "Robert Karulak ..."
Huées nourries.
- "Guy Giraud..."

- "Philippe Juillan, directeur de la Maison d’arrêt (...) On sera là pour vous apporter des réponses concrètes... on ne peut pas parler de ce que l’on ne connaît pas...".
La suite montrera qu’on peut par contre gueuler sur ce que l’on ne connaît pas...

- "Yves Perrier Directeur du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Loire...". Ce seront là les seuls mots qu’il pourra prononcer de la soirée. Dommage, il aurait pu expliquer ce qu’est un centre de semi-liberté : c’est son boulot...

- "Jacques Pin, nouveau Procureur de la République". Un certain nombre d’applaudissements... "D’habitude les magistrats ne participent pas à ce type de réunion (...) on est là pour répondre à toutes vos questions".
La suite de la soirée risque de convaincre M. le Procureur que les habitudes ont du bon.

- "Michel Gaget, Président du Tribunal de Grande Instance (...) On est là pour amorcer un dialogue (...) Ce sont les magistrats de mon Tribunal qui envoient des gens en prison ou en semi liberté...". Il explique qu’il est venu "avec deux magistrats juges de l’application des peines", Mme Allais et Mme Cléda

- "Mme Allais. En tant que Juge de l’application des peines, je veux vous dire qu’il y a besoin d’un Centre de semi liberté sur St-Etienne (...) Le positionnement est autre chose (...) Il y en a besoin aussi pour les JAP de Montbrison et de Roanne. Car sortir en fin de peine, c’est créer l’insécurité."

- "Mme Cleda : on a besoin de l’outil de réinsertion que représente le centre de semi-liberté..."

Quelqu’un de la salle prend la parole :
- "On est bien d’accord qu’il en faut des centres, madame, mais pas chez nous !".
Applaudissements nourris.

La parole au Directeur de la prison, pour apporter quelques explications sur ce qu’est un centre de semi-liberté.
Une femme l’interrompt rapidement :
- "Vous êtes un peu jeune, monsieur !".
Il explique qu’il est père de famille. Il dit qu’il veut "essayer de rendre les choses objectives". Il parle des prisonniers, demande "qui est à l’abri d’une erreur de parcours ? (...) Je vais vous expliquer le projet qui a été fait pour être implanté dans votre quartier (...) vos questions sont légitimes"...
Il est interrompu à chaque bout de phrase.
- "Soit j’ai la parole et je peux parler, soit effectivement..."
Il essaie d’expliquer "Un CSL, c’est (...) un pôle de service de l’administration pénitentiaire... un service de l’Etat avec un service de formation pour les fonctionnaires de l’Etat..."
- Un cri dans la salle : "on s’en fout de ça !"
- (...) des travailleurs sociaux (...) un quartier de semi-liberté..."
- Quelqu’un : "Pour combien de personnes" ?
- "centre de formation + travailleurs sociaux : 70 fonctionnaires (...) le CSL : 40 à 50 personnes en foyer hébergement"
- Dans la salle : "Et qu’est-ce que vous faites de la population qui va être autour de ce CSL " ?
- Le Directeur de la prison, qui a bien compris : "dans un CSL les gens se trouvent déjà à l’extérieur. Ce sont des gens complètement insérés dans la société."
Sa phrase est couverte par les huées.
Il reprend, et explique qu’il "y a déjà aujourd’hui dans St-Etienne une vingtaine de personnes en semi-liberté". Qu’"il y a aussi des gens avec des bracelets électroniques", et que "dans un CSL, il n’y a pas de "visites"...."
Protestations...
Quelqu’un dit qu’a Lyon le centre de semi-liberté est dans un bâtiment situé à coté de la police municipale. Le Directeur de la prison précise et rectifie : pas au départ, au contraire, c’est la police municipale qui est venue s’installer bien après...
Il indique qu’à Grenoble, la création du CSL date de 1971. "Il n’y a jamais eu de problème de voisinage".
Il reçoit un concert de huées.

Une femme prend à partie personnellement le directeur de la prison :
- "Vous habitez où, Monsieur ?" "Vous venez d’où, monsieur ?"
La même continue et s’emballe : "monsieur Artigues est avec nous ! il est là pour le Non à ce centre à Montaud !"

Un homme prend la parole. Il "habite le quartier", il est "architecte urbaniste" (...) "si on est contre le Centre de semi-liberté, c’est pas qu’on est contre les Centres de semi-liberté, c’est qu’on est contre un Centre de semi-liberté dans ce bâtiment". Il explique qu’"il est architecte", lui, il "sait ce qui est bon". Il ne dit cependant pas pourquoi installer ce CSL dans le Parc de l’Ensoleillée est mauvais. Mais il est catégorique : il peut le dire !

Le directeur de la prison réussit à reprendre la parole :
"Cela fait 3 ans que je suis directeur (...) je réside dans St-Etienne, centre ..."
- Des dizaines de cris : "Où ? ? ! !" "Où ? ? ? ! ! !"...
Terminé avec le Directeur de la prison.

Une dame de la rue JF Revollier (c’est la rue où a lieu la réunion) surprend tout le monde en prenant le micro : "Je veux dire que dans le quartier, tout le monde ne s’oppose pas à ce centre"... De quoi elle se mêle, celle-là ? "Elle habite même pas la rue ! ! !" où va être mis le centre (pensez : la rue Revollier, c’est presque à 800 mètres de la rue Ruel !).
Elle devra développer son idée un autre jour.

Le député UDF Artigues prend alors le micro.
- "Je vous donne mon point de vue en tant que député de la circonscription". Il explique qu’il est allé voir à Lyon et à Grenoble les autres CSL. "Je n’irai pas par 4 chemins, je ne suis pas favorable à l’implantation de ce centre à cet endroit..."
Applaudissements nourris. Ensuite, on boit ses paroles.
M. Artigues est "pour les CSL" (...) mais il faut un choix judicieux (...) le parc de l’Ensoleillée ne répond pas au minimum de critères".
On ne saura cependant pas lesquels.
Il va donc "en parler au Maire, au Préfet, au garde des Sceaux". Il "veut bien réfléchir à un autre lieu d’implantation...". Et conclut : "J’ai passé de bons moments à Montaud (...) actuellement le quartier est en difficulté, en crise. J’ai décidé de ne pas l’abandonner."
Applaudissements nourris.
On a compris que face à l’adversité, M.Artigues fait don de sa personne.

M. Argoud reprend la parole : "L’installation d’un centre de semi-liberté à st-étienne n’est pas une décision de la municipalité (...) C’est l’application d’une loi votée en 2004 par les députés (...) Le ministère public a recherché des lieux possibles. Il s’est prononcé pour l’Ensoleillée...".
Sa voie est couverte par les huées.
-"Vous avez beau protester..."
- Quelqu’un : "Pourquoi l’Hôtel des arts a été refusé ?"
- "Parce qu’il présente une surface de 1800 m2 à peu près. Et c’était insuffisant pour héberger ce centre administratif..."

M. Giraud, conseiller municipal et Président de l’OPAC, prend alors la parole, pour "tout dire". Il se confirmera plus tard que cette soirée ne l’attriste pas trop, tous comptes faits...
- "Il y a eu une décision du Ministère de la Justice d’implanter sur St-Etienne ce centre de semi-liberté (...) Le Ministère a décidé d’acquérir l’Hôtel des Arts sans en faire part d’aucune manière au Maire (...) On a découvert que le Ministère de la Justice s’était porté acquéreur (...) c’est même moi qui l’ai découvert ! ! (...) Notre première réaction a été comme la vôtre aujourd’hui : "nous ne voulons pas de ce centre de semi-liberté à St-Etienne !" (...) Et MM Thiollière, Artigues, Cabal sont intervenus auprès de M. Perben (...) Malgré cette démarche, le Garde des Sceaux a maintenu (...) Alors la ville, pour s’opposer, a préempté. Je vous dit tout !"
Pas joli-joli tout ça...
"Donc on a préempté (...) mais (...) détermination du Ministère de la Justice". Et voilà : "On peut pas préempter tout St-Etienne !". M. Giraud le regrette, croyez bien...
"Le Ministère a demandé quelles étaient les autres opportunités sur St-Etienne..."
Et voilà pourquoi l’Ensoleillée.

A un autre moment de la soirée, M. Giraud fera encore "monter la température" en "expliquant" que contrairement à ce que pensent les présents, "le centre-ville de St-Etienne n’est pas plus sûr". Il le sait bien, lui, puisqu’il "y travaille, comme chacun sait". Tiens, "à propos de la drogue" par exemple, on en trouve tous les jours, comme on veut, à deux pas de l’Hôtel de ville, "rue Gérentet, en plein centre". Cette "information" soulève bien sûr un tollé : c’est bien la preuve qu’il n’y a plus de sécurité nulle part, hein !...
Une question : à quoi joue M. Giraud ? Et une autre question : s’il dit vrai, à quoi sert donc la caméra de vidéo-surveillance de la Police municipale qui couvre la rue Gérentet ? Cette caméra qui semble avoir déjà tellement de mal à se souvenir de comment un policier a frappé le jeune Ichem, le 26 février vers 18h, devant le n°4 de la rue Gérentet...
Oui, c’est bien possible qu’on se foute de nous...

 La suite ci-dessous, je la raconte de mémoire et à partir de quelques notes  

La salle est toujours bourrée. J’entends de loin, depuis le couloir d’entrée, M. Karulak, adjoint au Maire et "élu référent" pour le quartier, se faire copieusement huer. Surtout qu’il termine en en appelant à "un minimum de dignité".
Visiblement, c’est beaucoup trop demander.

Une femme prend la parole. Elle est contre le centre. Elle dit qu’"il y a des sauvageons. Parce que la répression n’a pas été assez forte". "D’ailleurs M. Chevènement lui-même l’a dit"...

Le Président du Tribunal de Grande Instance, le juge Michel Gaget, prend la parole pour essayer d’expliquer ce qu’est un centre de semi-liberté.
Comme il a du mal à en placer une, il précise à un moment que sa "mission est d’administrer la Justice", et que lui "n’est pas candidat à des élections, et donc n’a pas à prendre des positions pour gagner des voix."
Il parle donc en en appelant à la responsabilité de chacun. "Il y a 3 100 condamnations par an au Tribunal de St-Etienne (...) beaucoup des condamnés vont en prison (...) A La Talaudière ou à St-Quentin Fallavier." (...) "Dans la Loire, il n’y a pas de Centre de semi-liberté"
- "Y’en n’a pas besoin" hurle quelqu’un.
- "Pas ici, le quartier ne convient pas" dit quelqu’un d’autre, qui prend la parole au micro. Lui ne dit pas non plus pourquoi le quartier ne convient pas.
Autour de moi, ça gueule contre les "trafiquants de drogue". Et "les détraqués sexuels" qui vont avec ce centre "investir le quartier", c’est sûr.

Le Président du TGI essaie de continuer : "La loi oblige à la réinsertion après l’accomplissement des peines. Or on n’en a pas les moyens aujourd’hui". Il faut donc un centre de semi-liberté. C’est l’administration pénitentiaire qui gère un tel centre.
Pourquoi pas à l’Hôtel des Arts ? "La ville a dit que l’Hôtel des Arts n’était pas un bon choix à cause de la restructuration du centre-ville"... (Là, c’est bien vrai que la Mairie a aidé à ouvrir la porte au pire : en expliquant que ça ne faisait pas bon effet d’avoir un tel centre au centre-ville...)
Et ça recommence :
- "A Montreynaud !"
- "A La Ricamarie !"
On entend même un "A Saint-Victor !", car on voit loin.

Le Président du TGI essaie de poursuivre et explique que ce centre "comportera aussi un centre de formation" (pour les personnels, en fait)...
- "Ah ben bien sûr, on va les former à voler !".

Le Président du TGI commence à en avoir assez. "Si St-étienne ce n’est pas possible, ce centre ira ailleurs, mais vous ne viendrez plus nous demander d’assurer la sécurité dans la rue !". Le juge Michel Gaget en a visiblement marre de ce qu’il voit, là. Et chacun de ses bouts de phrases est interrompu, il ne peut parler qu’en pointillés.
Les juges de St-Etienne ont dû en envoyer un certain nombre à la Talaudière pour le dixième de ce qu’il entend ici ce soir. Outrage à magistrat, ça ne rigole pas d’habitude. Le pire est pourtant devant : c’est un flot de haine et d’insultes qui répond à l’appel à la responsabilité de chacun pour la justice et la sécurité que vient de lancer le Président du Tribunal de Grande Instance.
Le Président du TGI est hué, le Procureur est hué. La foule qui est là veut les mettre dehors, et leur intime l’ordre de sortir. Des centaines de cris : "dehors ! ! !", "dehors ! ! !". C’est hurlé en slogan des dizaines de fois. Une violente explosion de haine et d’insultes. ça dure plusieurs dizaines de secondes. Probablement plus d’une minute. Une émeute. Pendant quelques secondes, on se demande s’ils vont les cogner.
Une femme, témoin atterré de cette scène a formellement entendu, depuis l’endroit où elle se trouvait, le cri : "Y’a qu’à les pendre ! !".
Quelqu’un d’autre, qui était devant, dans la salle, m’a dit que le Président du Tribunal de Grande Instance s’est levé, qu’il tremblait, mais il a fait face à la meute. Il n’avait sans doute encore jamais vu ça. On était loin, là, tout de suite, du problème du centre de semi-liberté. C’est autre chose qui a percé.

Il y a, entre autres, outrages à magistrats. A moins de penser que "le nombre" et le "rapport de forces" suppriment le délit...
A la tribune, qui fait quoi ? Il y a pourtant un député, qui s’est fait copieusement applaudir par cette assistance quelques minutes plus tôt. Mais le député de la Loire Gilles Artigues ne dit pas un mot, il laisse faire, il laisse huer longuement des magistrats et le Procureur. M. Artigues vient de prouver ce soir qu’il n’a pas de courage. C’en est même indigne. On n’est pas prêt d’oublier ça.

Il faut plusieurs minutes - fatigue physique après les hurlements - pour que ça se calme. Le Procureur Jacques Pin réussit à prendre la parole. Et il essaie à son tour, calmement, de reprendre les explications : "Un centre de semi liberté ne doit pas induire des faits supplémentaires de délinquance. Ce sont des gens qui ont un travail..."
Il explique que dans la Loire la Justice est particulièrement sévère. Qu’au niveau réponse pénale, "on est à 60-70% des faits de délinquance." (...) "On a la délinquance de voie publique la plus basse de Rhône-Alpes".(1)
Toujours le brouhaha et les interruptions...
Il parle ensuite du "sentiment d’insécurité". Pour l’enlever "on doit mettre en place des moyens (patrouilles, sanctions...)", et c’est ce qu’il fait...
En permanence, des Non sont brandis sur des pancartes.
Le Procureur ne peut parler qu’en pointillés et demande dix fois qu’on le laisse finir sa phrase.

La question de la sécurité autour de ce centre ? Il dit que "oui, ça répond à des critères techniques", et il veut bien regarder le problème. A Grenoble, il y a des caméras, tout est sous surveillance...
ça gueule dans la salle. Le Procureur demande : "C’est un mauvais choix ?" La foule crie : "Oui ! ! !", "Oui ! ! !...

Le Procureur recommence : "Pourquoi y aurait-il un afflux de délinquance" avec ce centre ?
Hurlements.
- Quelqu’un : "Parce que la délinquance appelle la délinquance !"
Le Procureur : "on ne pourra jamais, c’est regrettable, arriver à New York, avec une tolérance zéro, mais..."
ça se termine pour le Procureur de la République.

Un "habitant de la rue André Ruel" prend la parole, il est "inquiet". "J’ai envie que ce quartier reste tel qu’il est"... Il parle de "lien social" (...) "si on implante ça, je crains fortement qu’on foute beaucoup de choses en l’air. Il y aura appréhension, des jeunes couples ne viendront pas y habiter...".

A un moment, M. Giraud reprend le micro. Il n’a pas perdu sa bonne humeur et fait comprendre qu’il n’y tient pas plus que ça, à ce centre de semi-liberté. Et d’ailleurs, "rien n’est encore signé ! !" Et si l’OPAC ne vend pas cette résidence au Ministère de la Justice, et bien lui, président de l’OPAC, la vendra à quelqu’un d’autre, pour faire des logements par exemple.
-"Pas un foyer Sonacotra ! !" hurle quelqu’un pas loin de moi.
Y a-t-il un rapport entre un foyer Sonacotra et un centre de semi-liberté ? Oui, le même que, dans tout esprit lepénisé, entre délinquants et immigrés. Cette fois, l’ennemi est plus que suggéré. Pas d’arabe chez nous ! C’est ça qu’il y a dans un certain nombre de têtes ici.

Il y a du brun dans cette salle. Il y a aussi du rouge-brun. Un responsable de ce qui reste de la section du PCF, membre du conseil de quartier, prend le micro et s’adresse "à l’administration pénitentiaire et aux élus de st-étienne (...) le maire dit souvent sa volonté de mettre en place une démocratie locale. Avec ce qui se passe avec ce centre, c’est balayé !"
Applaudissements.
Il continue. "On a mis la charrue devant les boeufs (sic). Et on a la réunion de contestation d’aujourd’hui." Après quoi, s’adressant à la meute qui vient d’insulter des magistrats, il dit : "Vous avez amené des arguments pour défendre notre quartier qui sont légitimes". Il parle d’une proposition de commission, de comité de quartier, de conseil de quartier, "laissons travailler pour essayer de trouver une solution digne". Il est "dignement"applaudi par cette salle ivre de haine et de racisme.
Si les mots ont un sens, honteux !(2)

Bon, maintenant il faut bien finir...
Quelqu’un du conseil de quartier rappelle qu’il y a 5 000 signatures contre ce CSL. Quelqu’un rectifie : "5 647 ! !". Tiens, au fait : il est en train de se révéler beaucoup plus peuplé qu’on ne le pensait, ce quartier de Montaud... Il appelle à "rester mobilisés". Car "on est en train de nous endormir".
A ce moment dans la salle, on entend d’autres cris : "Et la Manu ? !"...
Quelqu’un d’autre appelle à continuer le combat : "Artigues est avec nous, complètement. Merci M. Artigues ! Continuez !".
Le député sourit, il est content.
Le 1er adjoint M. Argoud lève la séance, estimant sans doute que ça suffit.

C’est une certaine "identité" de St-Etienne qui vient de s’exprimer là ce soir...

Peut-être faut-il ajouter que ce qui vient de se passer ne délégitime pas la "démocratie directe" ou la "démocratie participative".
Pas plus que le thermomètre ne fait monter la fièvre...
Cette réunion désastreuse n’a fait que rendre visible une certaine réalité, qui existe bel et bien dans la société. La question est maintenant : est-ce qu’on va laisser le champ libre à ceux qui pensent pouvoir tirer profit de cette dégradation ? Est-ce qu’on va affronter cette situation, ou bien roupiller jusqu’à la prochaine prise de température, à la prochaine élection, par exemple ?
Il ne faut pas qu’on en reste là !



(1) Officiel : "les chiffres de la délinquance en baisse dans la Loire, tant du côté de la police que de la gendarmerie."
Pas plus tard que ce 21 mars, Le Progrès publiait les derniers chiffres de la Préfecture "sur les crimes et délits dans la Loire".
Il s’agit d’une comparaison de février 2005 / février 2004...
En bref : -nombre total de faits constatés : 2 660, soit -7,45 %. -Délinquance de voie publique : 1 359, soit -8,18 %. -Vols : 1 503, soit -11,95 %. Dont cambriolages : 264 soit -22,35 % et vols d’automobiles : 190, soit -15,93 %. ...
Lors de l’audience de rentrée du Tribunal de St-Etienne, en janvier 2005, il avait déjà été indiqué une tendance à la baisse de la délinquance pour toute l’année 2004 par rapport à 2003.

(2) souvenirs...
C’est dans cette salle de la Chaléassière qu’a eu lieu le 15 mars 2003 la conférence de la section de st-étienne du PCF au cours de laquelle un petit putsch bien monté a permis de virer (et d’ailleurs, quand ils ont mesuré de quoi il s’agissait, ces militants sont sortis et ne sont plus revenus) une équipe très engagée notamment dans le travail antiraciste. On y a ce jour là entendu certaines choses non équivoques sur un parti communiste FRANCAIS. Le collectif d’animation du pcf à st-étienne a été nettoyé (entre autres) des 10 camarades maghrébins proposés alors pour en être membres. La direction du pc est maintenant totalement blanche. Mais pas comme neige.
Certains des initiateurs de ce coup là étaient dans la salle ce 23 mars 2005.


(*) OUI à un Centre de semi-liberté à St-Etienne !

 

La prison
Jamais il n’y a autant eu de prisonniers en France depuis la Libération en 1945.
Les 188 prisons en France comptaient à mi-2004 61 000 détenus.
La maison d’arrêt de La Talaudière, créée en 1969 et agrandie en 1990 a une "capacité théorique" de 285 places. En 2003, elle a compté en moyenne 450 détenus, "chiffre sans précédent qui représente un taux d’occupation de 170 %". (Dixit F. Rochebloine, autre député UDF et membre de la commission de surveillance de cet établissement).
Oui, il faut faire ce Centre de semi-liberté à St-Etienne. Et pas dans un quartier déjà stigmatisé !

Centre de semi-liberté : De quoi parle-t-on ?
Lu sur le site du Ministère de la Justice

 "Un Centre de semi-liberté 
Reçoit des condamnés admis au régime de la semi-liberté ou du placement extérieur sans surveillance.

 Semi-liberté 
Modalité d’exécution d’une peine permettant à un condamné d’exercer, hors d’un établissement pénitentiaire, une activité professionnelle, de suivre un enseignement ou une formation, ou encore de bénéficier d’un traitement médical. Le condamné doit rejoindre le centre de semi-liberté à l’issue de ces activités.

 Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) 
Créé par le décret n°99-276 du 13 avril 1999, il a pour mission, auprès des établissements pénitentiaires et du milieu ouvert, de favoriser l’accès aux droits et aux dispositifs d’insertion de droit commun des détenus et des personnes placées sous son contrôle par les autorités judiciaires. Il existe un SPIP par département.

 Milieu ouvert  
Le milieu ouvert regroupe l’ensemble des mesures alternatives à l’incarcération qui répondent à une démarche axée sur la responsabilisation du condamné. Les personnes faisant l’objet de ces mesures sont placées sous contrôle du juge de l’application des peines et suivies à sa demande par des services pénitentiaires d’insertion et de probation, soit dès le jugement (contrôle judiciaire), lors du jugement (sursis avec mise à l’épreuve) ou suite aux modalités d’exécution de la peine d’emprisonnement (semi-liberté)..."




> Le Président du TGI et le Procureur de la République outragés à St-Etienne
30 mars 2005

Bonjour,

Je tiens tout d’abord à vous féliciter, M Dubien, pour votre engagement.

J’ai lu avec attention votre message, et j’en partage les préoccupations.

PAR CONTRE, j’ose une remarque : A mon avis il ne faut pas -- bien entendu -- négliger la "critique" de ce responsable de la section du PCF (...) le maire dit souvent sa volonté de mettre en place une démocratie locale. Avec ce qui se passe avec ce centre, c¹est balayé !"/(...)"On a mis la charrue devant les boeufs (sic). Et on a la réunion de contestation d¹aujourd¹hui."/

En effet, POURQUOI appelle-t-on démocratie les débats qui viennent toujours après la prise de décision, ou bien qui sont escamotés, et proposés in extremis, ce qui ne laisse pas le temps du tout aux gens de préparer les projets, leurs projets, plutôt que d’entériner des décisions venues d’en haut qui ne correspondent pas forcément à leurs réalités ? ? ! !
— Désolé, même en cherchant, je ne connais pas bcp d’ex de "démocratie participative" officielle digne de ce nom, en France --

Ca me fait penser au référendum sur la constitution européenne, vous ne trouvez pas ? ?

MAIS ne prenons pas argent comptant non plus, bien sûr les autres leurres de démocratie qui semblent être proposés par ce même responsable pcf, qui voudraient faire prendre des vessies pour des lanternes .... "Il parle d¹une proposition de commission, de comité de quartier, de conseil de quartier, /"laissons travailler pour essayer de trouver une solution digne"/.

Pour le dialogue, contre la haine, le racisme, les affrontements sociaux, je vous rejoins

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> Le Président du TGI et le Procureur de la République outragés à St-Etienne
30 mars 2005, par Françoise Pasteur-Brouiller

NON ! Tout Montaud n’est pas hostile au centre de semi liberté

Je suis "la dame de la rue Révollier" qui a pris la parole à la réunion du 23/03/05.
A la suite de cette soirée, j’ai été partagée entre peur de cette haine qui s’est exprimée et colère devant cette démocratie bafouée. Après avoir discuté avec de nombreuses personnes, j’ai compris que tous les participants à cette réunion n’étaient pas hostiles à priori à ce projet mais venaient chercher une information que dans cette ambiance de foire d’empoigne, ils n’ont pas pu obtenir.
Le climat de psychose qui règne depuis dans le quartier est exécrable et certains se voient vivement critiqués car ils ne souhaitent pas céder à une panique irréfléchie et se voir manipuler par des personnes peu soucieuses de démocratie
A l’issue de cette réunion, j’ai mis par écrit les réflexions que cela m’a inspiré....

J’habite Montaud et j’ai appris la création d’un centre de semi liberté dans notre quartier.
Désireuse de m’ informer sur ce service pénitentiaire que notre quartier doit accueillir, je suis allée à la réunion d’information du 23 mars.

J’ai été scandalisée par la caricature de démocratie locale à laquelle j’ai assisté. S’il semble indéniable que la municipalité de Saint-Etienne a singulièrement oublié l’information et la consultation des riverains et des habitants, montrant un manque de clairvoyance et de pédagogie politique sur un dossier sensible comme tout ce qui touche au sentiment d’insécurité, il n’en reste pas moins que l’ambiance hystérique de la réunion était choquante.

Il est pour le moins paradoxal que des citoyens soucieux de démocratie ne respectent pas les représentants de l’Etat que sont des magistrats, un procureur de le République ou un directeur d’établissement pénitentiaire et ne laissent pas s’exprimer ces personnes qui étaient venus pour nous informer sans considération pour leur fonction et sans la moindre courtoisie et politesse pour les personnes qu’ils sont.

Beaucoup dans la salle, n’étaient pas hostiles à ce projet contrairement à ce que hurlaient les opposants et sont repartis sans avoir pu ni s’exprimer, la parole leur étant confisquée, ni s’informer correctement.

Avec d’autres habitants de Montaud , nous avons donc du consulter sur ce sujet magistrat, avocat, visiteur de prison.
Maintenant nous pouvons dire en toute connaissance de cause que les inquiétudes des habitants du quartier semblent exagérées.

Il ne nous appartient pas de décider si le site de l’Ensoleillée est le plus à même sur Saint-Etienne, de répondre aux critères techniques de l’administration pénitentiaire.
En revanche, nous pouvons affirmer que le Centre n’abritera que des personnes condamnées à de courtes peines et pas de dangereux pédophiles comme il a été dit par les opposants au projet. Ces personnes seront au centre en dehors de leurs heures de travail sous surveillance du personnel pénitentiaire. Et puisque le bien-être de nos enfants a été mis en avant par ce comité de défense, nous préférons pour notre part leur apprendre que dans la vie on a droit à une 2ème chance et que notre quartier peut se montrer accueillant envers des personnes qui ont dérapé face à la loi et qui s’acquittent de leur dette envers la société.

Il conviendrait également que la municipalité s’engage à tout faire pour que les résidents actuels de l’ensoleillée soient relogés en tenant compte de leur ressources financières et de leur souhait de rester ensemble. C’est là une expression du respect que nous devons aux personnes âgées.

Françoise Pasteur-Brouiller.

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