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INVITATION À LIRE MIGUEL BENASAYAG
Abécédaire de l’engagement
C’est l’action restreinte qui porte loin...
samedi 2 avril 2005


 Alternative - Bonheur - Capitalisme - Dénonciation - Engagement - Fatigue - Globalité - Histoire - Intellectuel - Justice - Liberté - Manifestation - Nihilisme - Opinion - Promesse - Radicalité - Sécurité - Utopie - Violence... 

Cet abécédaire voudrait redonner aux mots de l’engagement un peu de substance. Il voudrait pour cela les mettre en rapport avec ces nouvelles pratiques qui émergent aujourd’hui un peu partout. Face à l’immobilisme ou aux grands discours moraux, il nous invite à rompre avec ce sentiment d’impuissance qui nous conduit à la résignation permanente, à "entrer en résistance", à créer, à exister.

"Une foule de personnes se demandent aujourd’hui "que faire ?". Il est urgent de rompre avec cette vision tout à fait imaginaire de nos vies : être un sujet devant une panoplie d’engagements possibles. L’aporie est alors indépassable : en tant que sujet sans lien aucun, je ne peux jamais agir. C’est aussi là que débute la militance triste. J’ai de l’argent, du temps, la santé, je pourrais aider tel parti, telles personnes... L’individu croit compter les forces dont il dispose pour ensuite s’investir dans la société. La vie est tout autre. Nous sommes toujours déjà engagés".

Miguel Benasayag est psychanalyste et philosophe. Ancien combattant guévariste, il est aujourd’hui un membre actif de la nouvelle radicalité en Amérique latine et en Europe et il anime le collectif "Malgré tout".

"Abécédaire de l’engagement" est paru en octobre 2004 chez Bayard. 270 pages. 20 euros. ISBN 2.227.47414.9.

Nous reparlerons de ce livre. Miguel Benasayag réfléchit sur, discute, définit, met en réseau près de 100 mots et/ou concepts que nous utilisons souvent pour parler de la vie, de la société, de l’engagement... Il aide à comprendre et peut-être à dépasser ce sentiment d’impuissance qui pèse si lourdement.
Pour invitation à lire ce livre, voici le tout début : ce que dit Miguel Benasayag de l’

ACTION RESTREINTE

L’action restreinte constitue une véritable révolution anthropologique très difficile à assumer. Elle signifie ni plus ni moins : « Occupe-toi de ton action. » Elle balaie une idée que nous avons tous à l’esprit : on s’engagerait toujours pour quelque chose qui nous dépasse, le parti, le pouvoir, une •théorie qui finira par englober la diversité de nos actions.C’est pourtant là l’échec de toutes les révolutions. Tenter d’englober des actions multiples ne peut que les séparer. Il est une différence fondamentale, dont ma génération a fait l’expérience douloureuse, entre ce qui nous unit de façon abstraite et ce qui nous est commun ontologiquement. Ma génération a vécu les dangers de l’universel abstrait, contenu dans tous ces grands récits qui prétendaient savoir comment le monde devait être. Pour être applicable, il doit s’opposer au réel, forcément multiple, et entraîne avec lui tyrannie et massacres. Pour unir ceux qu’il a érigés en individus, il ne peut utiliser que la discipline et la répression. L’action restreinte s’oppose à cette prétention de quelques-uns à représenter une globalité transcendante à la situation. Elle refuse cette position supérieure inexistante.

Sans cesse, les militants me mettent en garde contre l’individualisme. Si je décroche de cet universel abstrait, certes historiquement mortifère, je me retrouve seul, individu égoïste et impuissant. Cette représentation faussée conduit à ce que j’appelle l’engagement triste. Ils sont nombreux à se rendre ainsi à diverses réunions de l’alternative, à tenter d’adhérer par pur volontarisme aux idées abstraites qui leur semblent les moins bêtes ou les moins dangereuses. Le militant va plus loin encore, d’où son caractère irréel. Il se pense comme un individu séparé mais prétend être inclus dans l’abstraction de la Cause. Rien ne peut paraître moins réel que cette vie-là et c’est là la force des dispositifs capitalistes par rapport au militantisme. Celui qui s’engage tristement oublie tout simplement que, au-delà de l’individu et de l’universel abstrait, il existe un troisième niveau, le commun. La question est alors très différente. Comment en tant que singularité se détacher de l’individu et aller vers des couches de plus en plus profondes de soi-même qui seules donnent accès au commun ? Comment trouver le monde dans nos singularités ?

L’action restreinte ne vise pas un universel abstrait mais me permet d’aller vers ce commun. Elle ne peut jamais être jugée sur son extensivité. Qu’elle regroupe trois ou des millions de personnes ne fait pas sa valeur. Elle parle à tout le monde parce qu’elle ne prétend pas parler de tout le monde. Dans la profondeur de ma singularité, je trouve une expression du même. Je peux alors m’approcher de l’autre, non dans le but d’une alliance de surface mais en découvrant ce qui dans sa singularité exprime la même chose que dans la mienne. Dans mes rencontres avec les intermittents, les magistrats, les psychiatres, les squatteurs, les chômeurs..., il n’est question que de leurs expériences singulières. Au début des années 1990, j’écrivais dans Cette douce certitude du pire : « Chacun agit en situation. Il peut y avoir affinité entre les situations mais il ne faut pas parler de coordination trop vite. » Je pourrais reprendre exactement ces mots aujourd’hui. Le commun, contrairement à une certaine pensée de gauche, ne se donne pas dans l’affrontement mais dans la résistance active à l’utilitarisme et à sa forme actuelle, l’économisme. On ne peut jamais lutter globalement contre le capitalisme car sa force est justement de ne pas occuper un lieu central mais chaque situation. La question de notre époque est celle-ci : que signifie la justice sociale dans nos situations ? Un médecin doit se poser la question de la médecine comme modèle disciplinaire, de la signification d’un acte médical, de l’autorité médicale. Le psychanalyste se préoccupera du sens d’une prescription, du rapport à l’autre. Tous deux en viendront à des questions qui touchent l’humanité entière : Qu’est-ce que l’homme ? Au nom de quelle humanité je dis à l’autre ce qu’il doit faire ? L’homme s’identifie-t-il à sa conscience ? Tous deux iront vers l’universel en s’interrogeant sur leur propre expérience. Dans les situations que nous habitons, à nous de trouver les actions qui nous conduisent à l’universel. Celles qui prétendent dépasser l’action restreinte nous condamnent toujours a l’impuissance, ou au totalitarisme. Il n’y a pas de raccourci vers Ithaque.

II ne s’agit donc pas, comme certains militants le pensent, de justifier une politique de bon père de famille qui s’occupe de ses affaires et de rien d’autre. Une action restreinte ne signifie pas des effets restreints. L’action restreinte prétend bien s’occuper de l’universel mais du seul qui ne soit pas une illusion destructrice, l’universel concret.

Renvois : Altermondialisme, Capitalisme, Commun, Militant.

Pour contacter Miguel Benasayag et le collectif Malgré tout : malgre-tout@wanadoo.fr


 D’autres livres récents de Miguel Bensayag :   

-  "Résister, c’est créer " - Florence Aubenas et Miguel Benasayag 
La Decouverte - 2002.

-  "La fragilité" - Miguel Benasayag 
La Decouverte - 2004.

-  "Du contre-pouvoir " - Miguel Benasayag Diego Sztulwark 
La Decouverte - 2004.

-  "La fabrication de l’information - Les journalistes et l’idéologie de la communication" - Florence Aubenas Miguel Benasayag 
La Decouverte - 1999.

-  "Le mythe de l’individu" - Miguel Benasayag 
La Decouverte - 2004




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