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UN TEXTE DE MUSTAPHA BENCHENANE
Islam et islamisme
vendredi 20 mai 2005


M. Mustapha Benchenane sera à l’université de St-Etienne le lundi 23 mai à 19h, amphi E01 site Tréfilerie, pour une conférence débat sur le thème « Quel partenariat entre l’Europe et les pays du pourtour méditerranéen ? Le processus de Barcelone, les rapports avec le monde arabe. » Des enjeux qui sont aussi liés à l’actualité avec les débats autour du traité constitutionnel pour l’Europe (Voir aussi).

Dans le texte ci-dessous, Mustapha Benchenane consacre tout un développement pour dé-diaboliser l’Islam, démontrer qu’il n’est pas une tare, un vecteur d’intolérance, de violence et de terrorisme, ni un obstacle à la modernité. Ni l’Islam ni les musulmans ne constituent une menace pour l’Occident.
Il propose un partenariat avec l’Europe dans « une stratégie de développement solidaire », car « si le Sud de la Méditerranée en particulier continue d’aller mal, le Nord ne pourra pas aller bien ». Et aussi de régler les problèmes tragiques (Palestine, Irak, Afghanistan, Tchétchénie) qui « donnent aux musulmans, et pas seulement aux « islamistes », des raisons légitimes d’en vouloir au « monde occidental » et à Israël. »
 Georges Gunther.  


Islam et islamisme

L‘islam, qui signifie à la fois « soumission à Dieu » et paix, est la religion d’un milliard trois cents millions d’êtres humains. Religion monothéiste, elle est apparue en Arabie à partir de 612, les révélations - parole de Dieu - étant communiquées au prophète Mohamed jusqu’à sa mort en 632.
90 % des musulmans sont sunnites, les autres sont chiites. Les sunnites sont censés être attachés à la « tradition du prophète » à laquelle ils auraient témoigné leur fidélité à la mort de ce dernier pour régler le problème de succession. Les chiites sont ceux qui ont soutenu la candidature d’Ali, cousin et gendre du prophète. Les chiites affirment qu’il y a un sens caché des versets du Coran que Mohamed a transmis à Ali. Au-delà de la controverse religieuse, il s’agit d’une querelle pour le pouvoir « habillée » par un discours religieux visant à camoufler les ambitions des uns et des autres.
Il est important de souligner que si les musulmans sont nombreux, le « monde musulman » n’est pas un monolithe. Il est caractérisé par une extrême fragmentation.
L’islam ne se limite pas au « monde arabe » peuplé de 240 millions de personnes. Il convient de rappeler que tous les arabes ne sont pas musulmans. Plusieurs millions d’arabes sont chrétiens : les coptes d’Egypte, la moitié de la population libanaise, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, plusieurs centaines de milliers d’irakiens. Le « monde musulman » dépasse très largement les frontières du « monde arabe » qu’il englobe. Le « monde arabe » commence à l’Atlantique et s’arrête aux frontières de la Turquie et de l’iran, ces deux pays étant musulmans mais non arabes. Le pays musulman le plus important au plan démographique n’est pas arabe. Il s’agit de l’Indonésie. Appartiennent également au « monde musulman » des pays d’Afrique noire tels le Sénégal, le Mali et le Niger, d’ex-républiques de l’Union soviétique. La Malaisie est musulmane. Il existe des minorités musulmanes en Chine -20 millions - en Europe occidentale - 18 millions - et dans bien d’autres pays ou régions comme les Philippines, les États- Unis, l’Amérique latine.
L’approche musulmane désigne le « monde musulman » par une métaphore, « Dar-el-Islam » qui signifie « maison de l’islam » au singulier car l’islam ne connaît pas la notion d’ « États-Nation », il ne connaît que la « Umma Islamiya », la « communauté des musulmans » vivant sur le même territoire englobant la totalité du « monde musulman ».
Selon cette approche, un Marocain pourrait, en partant d’Agadir ou de Tanger, aller jusqu’à Kaboul sans avoir à passer une frontière. Il est chez lui partout, car les musulmans sont « frères », unis qu’ils sont dans la même foi et liés les uns aux autres par un devoir de solidarité ayant un caractère sacré. Dieu est Un et les musulmans ne doivent connaître ni différence ni discrimination à raison de la couleur de la peau, de l’appartenance ethnique ou de l’endroit où ils sont nés. L’islam fonde une nouvelle Alliance qui se substitue à l’ordre ancien de l’Arabie polythéiste légitimé par les liens du sang, l’appartenance tribale ou clanique.
Une question mérite d’être clarifiée, celle du « statut » des minorités musulmanes. Les pays dans lesquels elles vivent appartiennent-ils au « Dar-el-Islam » ? La réponse est clairement négative. La France, par exemple, n’appartient pas au « Dar-el-Islam » sous prétexte que cinq à six millions de musulmans y vivent. Au plan religieux, c’est-à-dire tout ce qui concerne le rituel et le respect des valeurs morales, ils sont tenus aux mêmes obligations que tous les autres musulmans. Pour le reste, ils doivent respecter l’ordre public des pays où ils vivent et dont, de plus en plus souvent, ils ont la nationalité.
À ce stade, on peut se demander : « À quoi reconnaît-on un musulman ? ». Qu’est-ce qui autorise une femme ou un homme à dire : « Je suis musulman(e) » ? Deux conditions cumulatives doivent être remplies : le respect, à travers une pratique, des « cinq piliers » de l’islam, ainsi que l’intériorisation et la pratique des valeurs morales.
Les cinq piliers de l’islam sont la « Shahada » ou « profession de foi » qui consiste à dire : « Il n’y a qu’un seul Dieu et Mohamed est son messager » ; les cinq prières par jour à des moments précis de la journée, mais que l’on peut déplacer à raison de ses obligations professionnelles, d’une maladie, d’un accouchement ou d’un déplacement pénible ; le ramadan qui consiste à jeûner un mois par an du lever au coucher du soleil, cette obligation devant être interprétée avec une relative souplesse au même titre que les prières ; le « Zakat », qui signifie un devoir de solidarité matérielle à hauteur de 10 % de ses revenus annuels ; le pèlerinage à la Mecque, mais seulement pour ceux qui en ont la possibilité. Le « Djihad » dont il sera question plus loin ne constitue en aucun cas un « sixième pilier », contrairement à ce qu’affirment les extrémistes qui se réclament de l’islam.
Aux « cinq piliers », il convient d’ajouter l’intériorisation et la pratique dans tous les actes quotidiens de valeurs morales fondamentales - celles que l’on retrouve dans toutes religions monothéistes -, qui permettent aux hommes de vivre en paix au sein de sociétés organisées.
Le musulman se reconnaît donc à l’observance des « cinq piliers » de l’islam et à la traduction en actes des valeurs morales, ces deux conditions étant cumulatives et non alternatives.
On peut donc, d’ores et déjà, percevoir que l’islam bien compris et bien pratiqué peut être une pédagogie de la paix.
Mais depuis toujours, les hommes, quelles que soient leurs origines, leurs croyances, la couleur de leur peau, ont instrumentalisé soit les religions, soit les idéologies, ou se sont servis de la religion comme idéologie, pour légitimer leur combat, leurs ambitions, déguiser leurs arrière-pensées et parfois, faire accepter l’inacceptable.
Les musulmans n’échappent pas à ces dérives et à ces perversions, cela se traduit par l’« islamisme ».
Si l’islam peut être une pédagogie de la paix, certains versets du Coran sont instrumentalisés par des extrémistes qui prospèrent sur une réalité faite de désespoir et d’humiliations.

L’ISLAM, UNE PÉDAGOGIE DE LA PAIX

L’islam peut être une pédagogie de la paix par ses valeurs et par son rapport aux autres religions monothéistes.

Une pédagogie de la paix par ses valeurs

Les sources de l’islam sont prioritairement le Coran et secondairement la Sunna ou tradition constituée par les « hadith » ou propos tenus par le prophète ainsi que l’exemplarité de ses comportements. Par ailleurs, au plan méthodologique, il est recommandé aux musulmans d’avoir recours à l’« Idjma » ou consensus, au Tafsir ou explication textuelle, au Qiyes ou raisonnement analogique et à l’Idjtihad ou effort doctrinal personnel de compréhension et d’interprétation du texte sacré.
L’ensemble des sources et des méthodologies indiquent à l’homme le chemin du Bien qui est celui de la paix.
La condamnation de la violence est explicite : « Vous ne viderez plus vos querelles dans le sang comme à l’ère de l’ignorance ». L’ « Ère de l’ignorance », ou jahilyya, désigne la période d’avant la révélation. Jahilyya est un mot très fort en islam et signifie l’ignorance absolue qui est l’ignorance de l’existence de Dieu.
Le prosélytisme est permis et même recommandé, mais aucune contrainte ne doit être exercée pour amener un non-musulman à se convertir à l’islam : « Nulle contrainte en la religion » (1)
Cette attitude pacifique à l’égard du non-musulman est prescrite de nombreuses fois. C’est le cas dans la sourate « Les abeilles » : « Appelle au chemin de ton Seigneur par la sagesse et la belle exhortation ! Discute avec eux de la meilleure manière ! Ton Seigneur connaît bien ceux qui se sont égarés loin de Son Chemin et Il connaît bien ceux qui sont dans la bonne direction » (2).
L’interdiction du recours à la contrainte, à la violence, est rappelée de nombreuses fois et de différentes manières dans le Coran, y compris à Mohamed lui-même. Dieu le met en garde contre la tentation de l’impatience et de l’intolérance en s’adressant directement à lui : « Si ton Seigneur avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre, en totalité, auraient cru. Eh quoi ! Peux-tu contraindre les hommes à être des croyants, alors qu’il n’est donné à une âme de croire qu’avec la permission d’Allah et alors que Allah abat le courroux divin sur ceux qui ne raisonnent point ? » (3).
Ayant entendu cette mise en garde, Mohamed s’est efforcé de la traduire en actes, comme, par exemple, lorsqu’il fait cette recommandation à ses représentants qu’il envoie au Yémen porter la « bonne parole » « Pratiquez une politique d’accommodement et non d’intransigeance, soyez avenants et non farouches » (4).
L’islam recommande fortement aux hommes l’amour du prochain, l’entraide, la solidarité. Selon le Coran, Dieu a clairement indiqué les « deux voies », celle du Bien et celle du Mal. La voie du Bien doit être choisie par le musulman. Elle est désignée par une métaphore : la « voie ascendante ». Mais qu’est-ce à dire ? Le Coran précise : « Et qu’est-ce qui t’apprendra ce qu’est la voie ascendante ? C’est affranchir un esclave ou bien, par un jour de disette, nourrir un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement. C’est être, en outre, du nombre de ceux qui ont la Foi, se conseillent mutuellement la constance, se conseillent mutuellement la douceur. Ceux-là seront les « gens de la droite » (5).
Si l’islam n’a pas aboli l’esclavage, l’affranchissement des esclaves est fortement recommandé puisque celui qui agit de la sorte se situe dans la « voie ascendante ». À cet égard, Mohamed a donné l’exemple et le premier « muezzin » (6), Billal, est un esclave racheté à son maître par Mohamed et aussitôt libéré.
Faut-il pour autant idéaliser l’islam et ses adeptes en en faisant une humanité à part, meilleure que les autres hommes ? Il n’en est pas question. Pas plus que ne correspond à la vérité le discours de ceux qui ont toujours un regard négatif sur les musulmans et qui présentent l’islam comme une « religion de l’épée et de la violence ».
Au commencement, les premiers musulmans ont été victimes de la violence exercée contre eux par les arabes polythéistes. Ils ont été persécutés, pourchassés, au point qu’ils ont été obligés de quitter La Mecque, de traverser 350 km de désert (622) pour se réfugier à Yathrib, devenue plus tard Médine. Ce fut l’ « hégire » ou « immigration ».
Il y a dans le Coran des versets agressifs et même violents dirigés contre les polythéistes désignés souvent sous le terme « associateurs ». Ces derniers ont mené une guerre totale contre les musulmans, car le message révélé avait un contenu révolutionnaire par rapport à l’ordre établi, dans tous les domaines.
En effet, l’islam ne s’occupe pas uniquement du salut des âmes dans l’au-delà, il s’intéresse au plus près à l’ordre du monde et, en particulier dans le « Dar-el-Islam », il établit des institutions, élabore un code civil et un code pénal, éduque les croyants en fonction de ce qui est prescrit. Cette dimension de la vie collective, communautaire au sens positif du terme, constitue une partie du Coran et une composante importante de ce que l’on appelle la « Charia ». C’est la raison pour laquelle, la « Charia » est présentée comme « loi divine ». D’où aussi la quasi-impossibilité de l’abroger, puisque ce qui est dans le Coran est, pour les musulmans, « parole de Dieu ».
Au commencement donc, ce sont les musulmans qui sont victimes de la violence et se trou vent dans un état de légitime défense. Pendant cette période, les rapports sont excellents avec les « gens du Livre », juifs et chrétiens.

Un regard positif sur les « gens du Livre »

L’islam est, dans l’ordre chronologique, la troisième religion monothéiste. Une certaine logique aurait pu dicter de faire table rase du passé en déclarant fausses et caduques les autres religions monothéistes afin d’imposer un « message » radicalement nouveau. Or, cette approche n’a été adoptée qu’à l’encontre du polythéisme.
À l’égard du judaïsme et du christianisme, l’approche a été subtile, avec une composante positive et, plus tard, une composante négative.
La composante positive a consisté à affirmer, par des révélations (Paroles de Dieu) la continuité du message divin. Mohamed n’a pas été désigné par Dieu pour annuler, contredire ou démentir, mais pour confirmer les messages révélés aux prophètes qui l’ont précédé depuis Abraham jusqu’à Jésus. Dans ce domaine, plusieurs versets du Coran sont explicites, comme par exemple :
« Dites : « Nous croyons en Allah, à ce qu’on a fait descendre vers nous et à ce qu’on a fait descendre vers Abraham, Isma Isaac, Jacob, et les douze tribus, à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, à ce qui a été donné aux prophètes venant de leur Seigneur. Nous ne distinguons point l’un d’entre eux. Au Seigneur nous sommes soumis » (7). La référence à la Thora est claire : « Nous avons fait descendre la Thora où se trouvent Direction et Lumière » (8). Moise est souvent cité : « Certes Nous avons envoyé Moïse avec Nos signes et un pouvoir évident » (9). Et encore : « Certes, Nous avons apporté à Moïse l’Écriture » (10).
L’authenticité et la véracité des Écritures antérieures est rappelée à maintes reprises comme dans la sourate (chapitre) V : « Prophète ! Nous avons fait descendre vers toi l’Écriture chargée de Vérité, déclarant véridique ce qui, dans l’Écriture, est antérieure à elle et en proclamant l’authenticité » (11)
Il y a dans le Coran la reconnaissance d’une chaîne des prophètes depuis Abraham jusqu’à Mohamed sans qu’il y ait de hiérarchie entre eux : « Et nous avons accordé à Abraham, lsaac, Jacob. Nous avons dirigé chacun d’eux. Et Noé, Nous l’avons dirigé auparavant ainsi que, parmi sa descendance, David, Salomon, Job, Joseph, Moïse, Aaron. Ainsi Nous récompenserons les Bienfaisants, Zacharie, Jean, Jésus, Elie, chacun d’eux fut parmi les Saints... Nous avons dirigé aussi Isma Elisée, Jonas et Loth. Nous avons placé chacun d’eux au-dessus du monde et une partie de leurs ancêtres, de leur descendance et de leurs frères, et Nous les avons choisis et conduits vers une voie droite » (a).
Le Coran est particulièrement virulent à l’égard des « associateurs » qu’il voue aux gémonies. Les « associateurs » sont ceux qui associent à Dieu d’autres « divinités » alors que l’islam est fondé sur l’unicité de Dieu. Certains, c’est-à-dire les extrémistes dits « islamistes » et, par ailleurs, ceux qui sont hostiles à l’islam et aux musulmans, soutiennent que les chrétiens sont parmi les « associateurs ». Or, il ressort du Coran que 99 % des versets qui traitent de cette question ne comptent pas les chrétiens au nombre des « associateurs ».
Après avoir établi la chaîne des prophètes d’Abraham à Jésus, le Coran affirme de la façon la plus claire que ces prophètes n’ont pas été des « associateurs » : « Voilà la direction d’Allah. Il dirige par elle qui il veut parmi Ses serviteurs. Si ces prophètes avaient été « associateurs », vain pour eux aurait été ce qu’ils avaient fait » (13). S’agissant plus particulièrement de Jésus, le Coran le place de façon définitive hors de portée de ce type d’accusation (14).
De nombreux versets du Coran sont consacrés à Jésus et à Marie dont la virginité est reconnue. « Rappelle quand les anges dirent : « Ô Marie ! Allah t’annonce un Verbe émanant de Lui, dont le nom est le Messie, Jésus fils de Marie, qu’il sera illustre dans la vie immédiate et dernière et parmi les proches du Seigneur » (15). Ceci est confirmé à de nombreuses reprises : « Et fais mention de celle restée vierge en sorte que nous soufflâmes en elle de Notre Esprit et Nous fîmes d’elle et de son fils un signe pour le monde »
Si le mariage avec les « associatrices » est strictement interdit - « N’épousez point les associatrices avant qu’elles ne croient ! Ne donnez point vos filles en mariage aux associateurs avant qu’ils ne croient ! » (7) -, en revanche, le mariage inter-religieux avec les « gens du Livre » est autorisé : « L’union avec les femmes croyantes et de bonne condition, et avec les femmes de bonne condition faisant partie du peuple auquel le Livre a été donné avant vous, vous est permise, si vous leur avez remis leur douaire, en hommes contactant une union régulière et non comme des débauchés, ou des amateurs de courtisanes » (Un musulman peut donc épouser une juive ou une chrétienne sans que celle-ci soit contrainte à se convertir à l’islam. On ne trouve aucune contre-indication dans le Coran au mariage d’une musulmane avec un homme appartenant aux « gens du Livre », contrairement à ce qui est généralement affirmé.
À la lumière de tout ce qui vient d’être rappelé et qui correspond à la référence la plus sacrée pour les musulmans - le Coran -, non seulement rien ne s’oppose à l’établissement d’excellentes relations avec les juifs et les chrétiens - également avec le reste de l’humanité -, mais tout y incite.
Cela n’empêche cependant pas l’extrémisme de se développer dans le « monde musulman ». Pour se légitimer, cet extrémisme adopte un déguisement, la religion, qu’il instrumentalise en même temps qu’il se sert du désespoir et de l’humiliation des peuples musulmans pour se développer et faire avancer son projet politique totalitaire.

L’ISLAMISME, UNE INSTRUMENTALISATION DE LA RELIGION ET D’UNE RÉALITÉ TRAGIQUE

Les islamistes procèdent à une interprétation perverse de certains versets du Coran en même temps qu’ils se servent habilement des difficultés et des échecs des peuples musulmans.

L’instrumentalisation de la religion

Une lecture du Coran qui consisterait à le parcourir de la première à la dernière page serait aléatoire et pourrait même être dangereuse.
En effet, il convient d’avoir à l’esprit que les sourates du Coran n’ont pas été classées selon l’ordre chronologique des révélations, mais par ordre de grandeur décroissante, de la plus longue à la plus courte. Cette organisation du Coran a été décidée sous le califat d’Othman (644-656) troisième calife, les deux précédents ayant été Abu-Bakr (632-634), Omar (634-644), le quatrième calife étant Ali (656-661), cousin et gendre du prophète Mohamed (19).
Or, il est impossible de comprendre le Coran si on ne situe pas les révélations dans le contexte de l’époque. Plus que d’une méthodologie, il s’agit d’une science et cette science existe en islam. Très peu de musulmans s’y sont consacrés. En principe, les oulémas (20) censés être des « savants » en ce domaine, peuvent procéder à ce type de lecture et expliquer aux musulmans le sens des versets du Coran. Mais la « science » des oulémas s’arrête là où commence la rationalité critique. En effet, tenir compte du contexte de l’époque signifie non seulement connaître les acteurs, les enjeux, les rapports de force, mais avoir également à l’esprit les dimensions politique, sociale, économique, culturelle, les ambitions de pouvoir et de puissance des uns et des autres, y compris du prophète qui, s’il était un homme exceptionnel, n’en était pas moins homme. C’est d’ailleurs ce qui lui est rappelé dans le Coran (sourate XVII).
Les relations entre les musulmans et les « gens du Livre » ont été très bonnes durant quelques années au point que la prière était dirigée vers Jérusalem. En particulier à Médine il y a eu plus qu’une coexistence pacifique. Une véritable alliance s’était nouée entre les musulmans d’une part, les « gens du Livre » d’autre part (622). La situation commença à se dégrader à partir de 625-626 lorsque les conflits d’intérêt apparurent. L’islam s’étant structuré, il aspirait à se développer dans le contexte de la guerre qui l’opposait aux polythéistes. Il s’est alors heurté aux intérêts des religions déjà établies dont les membres n’entendaient ni se convertir ni lui apporter leur soutien inconditionnel dans la guerre qui l’opposait aux Mecquois. Les premières divergences apparurent en 624 avec la tribu juive des Banu Qaynuqa, en 625 avec celle des Banu Nahîr et elles ont culminé en 627 avec la tribu des Banû Qurayza dont les membres connurent un sort tragique.
C’est pendant et après cette période que des révélations seront agressives à l’égard des juifs. Ces derniers sont accusés par les musulmans d’avoir rompu le pacte qui les liait à eux pour s’allier aux pires ennemis de l’islam, les arabes polythéistes. L’hostilité sera moins vive à l’égard des chrétiens, mais il leur sera reproché de dire « Trois » et non « Un ».
Quelques versets viennent habiller des querelles et des antagonismes éminemment « terrestres » : « Combattez ceux qui ne croient point en Allah ni au dernier Jour, qui ne déclarent pas illicite ce qu’Allah et Son Apôtre ont déclaré illicite, qui ne pratiquent point la religion de Vérité, parmi ceux ayant reçu l’Écriture ! Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient la Jizya, directement, et alors qu’ils sont humiliés »
Les « gens du Livre » sont accusés d’avoir « altéré » la révélation qui leur a été transmise par Abraham, Moïse et les autres prophètes : « Parmi ceux qui pratiquent le judaïsme, sont ceux qui détournent le discours de ses sens et disent : « Nous avons entendu et avons désobéi », ou bien : « Entends sans qu’il te soit donné d’entendre ( ?). Considérons-nous ( ?) « Ils disent cela par gauchissement de la prononciation et attaque contre la religion » (22).
Le Coran est plus sévère à l’égard des juifs qu’à l’égard des chrétiens : « Tu trouveras certes que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les juifs et les associateurs et tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient, par l’amitié, sont ceux qui disent : « Nous sommes chrétiens », c’est que, parmi ceux-ci, se trouvent des prêtres et des moines et que ces gens ne s’enflent point d’orgueil » (23) Dans ce verset comme dans beaucoup d’autres, la distinction est nette entre d’un côté les « associateurs », de l’autre les juifs et les chrétiens.
Il n’en demeure pas moins que les versets hostiles aux juifs et aux chrétiens sont utilisés par les « islamistes » qui les détachent de leur contexte pour mobiliser des peuples analphabètes, désespérés et humiliés, dans des combats douteux.
Au coeur de la propagande « islamiste » il y a le mythe du retour à la « pureté du message originel ».
Malheureusement, ce mythe est contenu dans le Coran puisque les révélations communiquées par Mohamed visent justement à rétablir cette « vérité » du message que les juifs et les chrétiens ont « altérée ».
Ce thème sera repris très vite après la mort du prophète contre le troisième calife, Othman (644-656) à qui il fut reproché de « changer les choses et de les altérer » par rapport à la « pureté » du modèle prophétique prolongé par les deux premiers califes, Abu-Bakr et Omar.
Les « islamistes » d’aujourd’hui n’ont donc pas innové. Le mythe de la « pureté du message originel » rejoint - et se confond avec - le mythe du « paradis perdu ».
Qu’il s’agisse du wahhabisme, des Frères musulmans, du Front islamique du salut (FIS) algérien, du Jama at-iIslami pakistanais, du Hezboullah libanais, du Hamas palestinien, etc., tous se réclament du même idéal. Tout en ayant recours à des moyens différents, tous ont pour objectif l’État islamique s’inspirant de l’État islamique originel, celui de Mohamed à Médine. Ce « modèle » est idéalisé, magnifié, fantasmé. Cette référence et ce discours servent à combattre les États musulmans actuels qui sont, aux yeux des « islamistes », illégitimes et même « apostats ». S’agissant plus particulièrement du wahhabisme - du nom de Mohamed b.Abd al-Wahhab (1703-1792) - son but était de « restaurer l’islam dans sa pureté première, en luttant contre toutes les innovations suspectes ou les superstitions populaires et en se laissant de larges possibilités d’expansion comme au temps des Compagnons » ( Il a été le conseiller de Mohamed b.Saûd et de son fils Abd al-Aziz, ce dernier ayant été le véritable fondateur du premier État wahhabite (1803- 1814). Il s’empara de Médine en 1805 et de la Mecque en 1806.
Aujourd’hui, les « islamistes » utilisent les mêmes arguments que Mohamed b.Abd al-Wahhab pour contester la famille Séoud au pouvoir en Arabie. Ils veulent la renverser, y compris par l’usage de la violence.
Quant aux « Frères musulmans », c’est un mouvement fondé en Égypte en 1928 par Hassan Al-Banna. Leur slogan, qui leur sert de programme est dans une phrase : « Le Coran est notre constitution ». Pour eux, l’islam apporte la solution à tous les problèmes.
La plupart des « islamistes » prétendent avoir recours au Djihad pour libérer les musulmans de l’oppression interne - celle des régimes en place - et externe - celle du monde « judéo-chrétien ». Or, cette notion est détournée de son vrai sens. Djihad signifie « effort en vue d’atteindre un but ». Au sens religieux, il faut distinguer le « petit Djihad » qui est la légitime défense et le « grand Djihad » ou Idjtihad qui est le devoir pour chaque musulman de lutter, non pas contre les autres, mais contre lui-même pour devenir meilleur grâce à l’islam.
Le Djihad n’est donc pas la « guerre sainte » comme on le traduit systématiquement.
L’ « islamisme » existe dans l’ensemble du monde musulman, parce que dans toute cette zone on trouve les mêmes causes.

L’instrumentalisation d’une réalité tragique

Les musulmans, à des degrés différents, connaissent un double échec, au plan intérieur et au plan international.
Au dedans, ces pays, bien qu’étant indépendants depuis plusieurs décennies, ne parviennent pas à amorcer une dynamique de développement. Qu’ils se soient inspirés du « modèle » soviétique - Égypte de Nasser, Syrie, Algérie, Libye, Irak - ou de l’économie de marché - Maroc, Jordanie, Arabie, Pakistan, etc., les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances.
Certains de ces pays ne sont pourtant pas dépourvus d’atouts. À cet égard, l’exemple de l’Algérie est éclairant puisque ce pays est celui qui a connu la plus extrême des violences « islamiste » alors même qu’il n’était pas privé de moyens financiers grâce au pétrole et au gaz qu’il exportait vers l’Europe, le Japon, les Etats-Unis. Aujourd’hui encore, malgré l’abandon du système socialiste depuis la fin des années 80 et l’existence de réserves en devises d’un montant de 35 milliards de dollars, 40 % des Algériens vivent avec moins de 2 dollars par jour. Le chômage atteint 35 % de la population dite « active », les villes sont surpeuplées, etc. À quoi cela est-il dû ? Il y a pluralité de causes : une indépendance acquise après plus de sept années de guerre, une classe dirigeante que rien ne préparait à diriger, l’adoption du système du parti unique et donc la dictature, une stratégie de « développement » erronée, un système éducatif inadapté, une arabisation mal conçue et mal pratiquée, la bureaucratie, la corruption, etc. L’Algérie est actuellement en train d’essayer de s’adapter aux réalités complexes du XXIe siècle, mais elle souffre de toutes les pesanteurs qui se sont accumulées depuis 1962. Le voisin marocain ne se porte pas mieux. L’« islamisme » s’y développe car la misère, les inégalités, les injustices, l’absence d’État de droit sont, comme partout ailleurs, le terreau sur lequel prospère l’extrémisme. L’Égypte est une poudrière et « tient » essentiellement grâce aux subsides américains. Mais jusqu’à quand ?
L’Arabie et les pays du Golfe, qui regorgent de pétrole, ne sont pas pour autant parvenus à se développer. Leurs villes et leursaéroportspeuventfaireillusionmais là, comme au Maghreb, comme en Afghanistan ou au Pakistan, il n’y a ni créativité, ni innovation et de grandes inégalités existent ausein de ces sociétés.
Ce qui est commun à l’ensemble de cette zone arabo-musulmane concerne les mentalités tant des peuples que de leurs dirigeants. Il s’agit de mentalités d’un autre temps, d’un autre siècle, caractérisées, pour l’essentiel, par une difficulté à assimiler, à intégrer, à intérioriser la rationalité sous toutes ses formes, la rationalité théorique, la rationalité critique, la rationalité autocritique. Cela se traduit pas des comportements impulsifs, des démarches approximatives, du mauvais bricolage, l’incapacité de se doter de méthodologies dans tous les domaines. L’une des manifestations de cette réalité est, aujourd’hui, l’incompétence généralisée et dramatique dans le management de la phase de transition dans laquelle se trouve le « monde musulman ».
La nature des régimes en place n’est donc pas la seule cause de l’échec de ces peuples, car ces régimes sont le reflet des réalités matérielles mais aussi et surtout des mentalités.
Un début de solution pourrait être un partenariat avec l’Europe qui commencerait, en amont, par l’élaboration commune d’une stratégie de développement solidaire et par la cogestion de tout le processus, depuis l’audit jusqu’à l’évaluation des résultats. Développement solidaire car si le Sud de la Méditerranée en particulier continue d’aller mal, le Nord ne pourra pas aller bien. Encore faudrait-il que les dirigeants du Sud acceptent de faire leur autocritique, ce à quoi, jusqu’à présent, ils ont été incapables de procéder. L’histoire de ces dernières décennies est là pour démontrer que ces pays ne parviendront pas à s’en sortir tout seul et s’ils ne s’en sortent pas, leurs difficultés rejailliront sur le Nord, comme c’est déjà le cas avec le terrorisme, l’immigration clandestine, le trafic de drogue, etc.
Au dehors, c’est aussi l’échec, car le « monde musulman » ne parvient à être un acteur ni dans sa propre région ni dans le reste de la planète.

Quels sont les indicateurs de cette impuissance ?
On présente généralement le « monde musulman » comme étant un ensemble de pays ayant achevé leur processus de décolonisation. On oublie que, bien qu’étant au XXIème siècle, deux pays musulmans sont victimes de guerres coloniales : la Palestine (25) et la Tchétchénie. La nature coloniale de ces deux guerres est évidente. Mais le « monde arabo-musulman », à travers ce qu’il a d’officiel, c’est-à-dire les États et ceux qui les dirigent, est absent à tous les égards. Quant à la « communauté internationale », elle laisse faire Israël et la Russie, ces deux pays étant des puissances nucléaires, surarmées et s’acharnant sur deux peuples qui essaient de résister quasiment à mains nues. Ce vide et cette injustice alimentent le sentiment de désespoir et d’humiliation non seulement chez les Palestiniens et chez les Tchétchènes, mais aussi sur l’ensemble du monde de l’islam. Les « islamistes » ont dès lors beau jeu de dénoncer le « complot judéo-chrétien » contre les musulmans et peuvent appeler au Djihad comme combat de légitime défense puisque ces deux peuples sont agressés chez eux, sur leur propre terre dont ils sont dépossédés petit à petit par la violence illégale et illégitime.
L’agression américaine contre l’Irak à partir de mars 2003 est ressentie de la même manière. Une fois de plus, le « monde judéo-chrétien » agresse un pays musulman sans aucune raison. Là encore, les « islamistes » appellent au Djihad et ils sont en train de se renforcer alors que l’Irak gouvernée par le Baas était un pays laïque.
L’occupation militaire de l’Irak qui est la poursuite de la guerre sous une autre forme, les nombreuses victimes civiles, la torture des prisonniers irakiens par l’armée américaine, sont autant de composantes d’une réalité qui devrait être inacceptable pour l’ensemble de la « communauté internationale » et qui, pour l’heure, sert de thèmes de mobilisation aux « islamistes ».
Le massacre, dans les années 90, de dizaines de milliers de musulmans bosniaques par les Serbes a profondément marqué les consciences et la mémoire collective musulmanes. Le fait qu’au Kosovo des troupes « chrétiennes » soient venues au secours d’un peuple musulman a été effacé par les événements de Palestine, de Tchétchénie, d’Irak, d’Afghanistan.
Les musulmans constatent leur impuissance et se sentent humiliés par l’arrogance des puissants du moment. Les « islamistes » leur disent que grâce à un retour au « vrai » islam, à la « pureté » du message originel, il sera possible de renverser le rapport de force.
La conjonction des politiques menées par Bush, Sharon, Poutine et l’instrumentalisation par les « islamistes » de la situation tragique que connaît le « monde musulman » fournit des candidats de plus en plus nombreux au « martyre », les uns étant des terroristes, les autres étant des résistants prêts à mourir pour libérer leur pays. L’ « islamisme » n’est pas seulement un « fascisme vert », il présente également et indéniablement une dimension « résistance nationale » dans la plupart des cas.

* * *

Les musulmans comme les autres êtres humains aspirent à la paix et au bien-être. Ils n’ont ni l’une ni l’autre. La situation dans laquelle ils se trouvent n’est pas due à l’Islam. Ils ont subi une défaite historique à partir du Xllle siècle - destruction de Bagdad par les Mongols - et du XlVe siècle - la chute de Grenade -, ce qui a entraîné d’abord leur décadence puis l’anéantissement de leur civilisation et de leur puissance. Pour renaître à l’histoire, les musulmans doivent tout reconstruire sur des prémisses radicalement nouvelles. À cet égard, les « islamistes » se trompent dramatiquement en croyant que cette reconstruction peut se faire à partir de l’islam, comme au VIIème siècle. Leur « recette » simpliste et dangereuse est une défaite de l’intelligence. Le monde du XXIe siècle n’est plus celui de l’Arabie polythéiste du VIIème siècle.
Contrairement à ce qu’affirment des hommes politiques et des « experts » occidentaux, ni l’Islam ni les musulmans ne constituent une menace pour l’Occident. Mais pour exister, certains, en Occident, ne peuvent se passer d’un ennemi. Les États-Unis quant à eux ont besoin d’une menace grave et immédiate d’une part pour assurer la cohésion de leur peuple, d’autre part pour faire peur au reste du monde occidental afin de continuer à le dominer. C’est ce que résumait en une phrase, en 1988, Grégory Arbatov, directeur de l’institut pour les études nord-américaines à l’Académie soviétique des sciences : « Nous sommes en train de vous faire quelque chose de terrible : nous sommes en train de vous priver d’ennemi ». Ce n’est donc pas par « hasard » si le mur de Berlin étant tombé en 1989 et l’Union soviétique s’étant disloquée en 1991, les États-Unis ont fait passer Saddam Hussein pour « Hitler » et ont déclenché la première guerre du Golfe. L’une des conséquences de cette guerre a été l’attaque contre les États-Unis le 11 septembre 2001, car avant le conflit de 1990-1991, Ben Laden et les Américains étaient des alliés.
Aujourd’hui, pour les mêmes raisons qu’ils ont instrumentalisé la menace soviétique, les Américains en font de même avec la menace terroriste qu’ils veulent substituer à la première. Ils refusent de voir qu’ils sont en partie responsables du désordre du monde, et que le terrorisme est l’une des conséquences de ce désordre en même temps qu’il en est l’un des indicateurs.
Désigner l’islam et les musulmans comme étant une « menace » est le plus sûr moyen de faire en sorte que l’ennemi fantasmatique devienne un ennemi réel - c’est ce que l’on appelle les « prophéties autoréalisatrices ».
On ne luttera efficacement contre I’ « islamisme » que si on a une démarche solidaire avec les peuples musulmans et si l’on règle les problèmes tragiques - Palestine, Irak, Afghanistan, Tchétchénie - qui donnent aux musulmans, et pas seulement aux « islamistes », des raisons légitimes d’en vouloir au « monde occidental » et à Israël. La plupart de ces problèmes peuvent être résolus par la stricte application du droit. Le retour au multilatéralisme réclamé par la plupart des États n’est pas autre chose que le respect du droit, prioritairement par les États-Unis et par Israël.
C’est ainsi que l’on rassurera les musulmans qui ne demandent qu’à vivre en paix.

Mustapha Benchenane

Article publié en 2005 par le Centre d’études diplomatiques et stratégiques dans "Enjeux diplomatiques et stratégiques" - Economica 49, rue Héricart, 75015 Paris

(1) - Coran, sourate Il, La Genisse », verset 256.
(2) - Coran, sourate XVI, L.es Abeilles », verset 126.
(3) - Coran, sourate X, Houd », verset 99.
(4)- Ah Abdoul Razik, « L’Islam et les bases du pouvoirs », Revue d’études islamiques, 1932, p 166.
(5) - Coran, sourate XC, « La Ville », verset 12 à 18.
(6) - L’homme qui, du minaret de la mosquée, appelle à la prière cinq fois par jour.
(7) - Coran, sourate « La Genisse », verset 130/136.
(8) - Coran, sourate « La Table servie », verset 48 /44.
(9) - Coran, sourate « Houd », verset 99/96.
(10) - Ibid. V 112/110.
(11) - Coran, sourate - « La Table servie », verset 52/48.
(12) - Coran, sourate Les Troupeaux », versets 84,85, 86, 87.
(13) -Ibid. verset 88.
(14) - lbid, verset 116.
(15) - Coran, sourate « La famille de Imran », verset 40/45.
(16) - Coran, sourate XXI, Les Prophètes », verset 91.
(17) - Coran, sourate II, « La Genisse », verset 220/221.
(18) - Coran, sourate V, « La Table servie », verset 7/5.
(19) - Calife signifie successeur du prophète.
(20) - Oulémas vient du mot arabe « aalm » qui signifie savoir, science. Oulémas « est le pluriel de aalam » c’est-à-dire « savant ».
(21) - Coran, sourate IX, L’immunité », verset 29.
(22) - Coran, sourate « Les Femmes », verset 48/46.
(23) - Coran, sourate « La Table servie », verset 85/82.
(24) - Henri Laoust, Les Chismes en Islam, Paris, Payot, 1965. p. 323.
(25) - En Palestine, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens sont chrétiens et ils vivent avec la même intensité que les Palestiniens musulmans la tragédie de la dépossession et de la colonisation.




> Islam et islamisme
22 mai 2005

Je ne partage pas l’enthousiasme pour ce texte qui n’est après tout qu’une médiocre dissertation sur la diversité des lectures d’un texte fut-il sacré. Il vaudrait mieux renvoyer ceux qui s’interrogent sur les rapports spéficiques de l’islam et de la politique aux analyses autrement pertinentes de Maxime Rodinson.

Christophe Gaudier

Répondre à ce message

> Islam et islamisme
23 mai 2005, par Omar BA

Il n’ y a pas d’enthousiasme particulier pour ce texte. Il ya simplement que chacun est libre d’en faire l’appréciation qu’il voudra. Chose que vous venez de faire si vaillamment bien que je ne partage pas l’acharnement avec lequel vous jugez ce texte.

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