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UN LIVRE D’ACTUALITÉ
Les prisons de la misère
Loïc Wacquant décortique la politique de criminalisation de la pauvreté.
jeudi 5 janvier 2006, par Sophie Darneix


On assiste aujourd’hui en France à un durcissement incroyable de la répression et du contrôle des libertés. Ce phénomène ne cesse de s’amplifier depuis une dizaine d’années et la situation actuelle est véritablement alarmante.

La « tolérance 0 », réponse choc visant à solutionner le problème « d’insécurité » soit disant grandissante, est un des outils de la logique sécuritaire. Elle s’accompagne de tout un ensemble de mesure qui sont de réelles armes mises en place pour assurer le contrôle d’une grande partie de la population. Le monde des gouvernants politiques brandit ces concepts au nom de la paix sociale. Mais comment peut-on prétendre vouloir la paix alors que dans le même temps on détruit par des pressions économiques, sociales, culturelles, policières, carcérales, judiciaires, quotidiennes, des familles entières. De quelle paix s’agit-il ?

Les conclusions de l’analyse de Loïc Wacquant apportent justement une réponse à cette interrogation : cette paix s’applique uniquement à la bonne marche du système économique.

 Les prisons de la misère , met en avant que les doctrines politiques s’exportent, telles de vulgaires marchandises. La « tolérance 0 » a été pensée et construite aux Etats-Unis pour être ensuite importée par des hommes politiques de tous bords et de toute l’Europe.

Le Manhattan Institute, institution néo-conservatrice fondée en 1984, regroupe des intellectuels qui ont pour mission de fabriquer les idées nouvelles de la droite américaine. C’est sous l’influence de ces « think tanks » que le système sécuritaire va devenir une composante de l’idéologie libérale. A partir des années 90, le Manhattan Institute devient le référence principale des décideurs et des personnages politiques new-yorkais, avec à leur tête Rudolph Giuliani, alors procureur vedette de la ville. Loïc Wacquant écrit à propos de ce laboratoire que « l’idée force en est que le caractère sacré des espaces publics est indispensable à la vie urbaine et, à contrario, que le désordre dans lequel les classes pauvres se complaisent est le terreau naturel du crime. » (p.17).

Le gratin du monde médiatique, politique et intellectuel multiplie les conférences et les publications sur cette conception de la ville et du maintien de l’ordre. Ils alimentent tout un discours sur l’insécurité des espaces publics, sur l’augmentation de la violence urbaine, la peur du délinquant et la nécessité d’apporter une réponse forte pour faire régner le calme et la paix.

C’est sur la base de cette argumentation que Rudolph Giuliani est élu maire en 1993. Il nomme William Bratton à la tête de la police municipale. Le budget affecté à la police augmente de 40% et 12 000 agents supplémentaires sont embauchés. Naturellement le secteur social se situe du mauvais côté de la balance et les moyens tant humains que financiers sont réévalués à la baisse. Le harcèlement des couches les plus pauvres de la population est alors mis en place : augmentation des patrouilles et des interventions policières ainsi que le développement rapide des moyens de contrôle et de répression (vidéo-surveillance, équipement des brigades, fichiers signalétiques et cartographiques facilement utilisables et élargis, construction de prisons...

LES CONSEQUENCES DE CE SYSTEME

1- L’augmentation incroyable du taux d’emprisonnement : il passe de 380 000 détenus en 1975 à 2 000 000 en 1998, avec une progression de 8 % dans les années 90. « Le triplement en quinze ans de la population pénitentiaire est un phénomène sans précédent ni équivalent dans aucune société démocratique, d’autant qu’il s’est opéré durant une période ou la criminalité restait globalement constante puis déclinait. »

2 -Près de 5,7 millions d’américains sont sous l’emprise de la justice, soit en liberté conditionnelle ou sous probation, soit répertoriés dans la banque de données centralisées qui contient 55 millions de fiches criminelles (12 Etats ont mis ces fiches en libre service).

3 - Le « big government » carcéral : la privatisation de l’enfermement offre un souci de rentabilité, par conséquent, on ampute les budgets dédiés à l’aide sociale pour gonfler celui que l’on octroie au fonctionnement des prisons.

4 - Développement de toute une industrie privée de l’emprisonnement : 17 firmes cotées en bourse se partagent environ 140 établissement pénitentiaire dans tout le pays.

5 - Cette politique s’applique prioritairement sur les classes pauvres, dans lesquelles on compte une majorité de noirs. Le « noircissement continu de la population détenue engendre que depuis 1989, et pour la première fois de l’histoire, les afro-américains sont majoritaires parmi les nouveaux admis dans les prisons d’Etat, alors qu’ils ne représentent que 12 % de la population du pays. » (p.86).  

Les prisons de la misère. Collection Raisons d’agir. 1999. 5,80E - 1.9 ko
Les prisons de la misère. Collection Raisons d’agir. 1999. 5,80E
 
Loïc Wacquant parle « d’une politique de criminalisation de la misère » qui va de pair avec l’imposition de la précarité de l’emploi et des conditions de travail et le retrait des budgets destinés au secteur social qui sont ensuite basculés du côté de la répression et du système punitif. Les premières victimes de cet état de fait sont d’une part la proportion la plus socialement défavorisée de la population et d’autre part, cette catégorie est majoritairement composée d’afro et de latino américains, d’où un maintien de l’ordre racial.

Si le gouvernement américain nie les droits des prisonniers, il ne renie aucunement leur capacité à travailler et n’oublie donc pas qu’ils sont une force productive. Les prisons mettent à disposition une main d’oeuvre qu’il est possible d’exploiter à souhait et dans le même temps génère des emplois (souvent précaires) dans le secteur des biens et services carcéraux. De plus, il est aussi important de noter que les millions de personnes emprisonnées ne figurent pas dans les bulletins statistiques concernant le chômage. C’est autant de demandeurs d’emploi en moins. Durant les années 90 les prisons justifient 2 points en moins sur l’indice du chômage américain.

« LA MONDIALISATION DE LA TOLERANCE 0 »

La construction du discours de Rudolph Giuliani suit le même schéma que ceux de messieurs Blair, Aznar, Berlusconi, Schroeder, et en France Chirac, Jospin, Sarkosy, et tant d’autres décideurs politiques qui ont la volonté de récupérer leur électorat sur la base d’une peur injustifiée et non celle d’une réflexion éclairée.

Nous parlons ici de construction d’un discours car la sphère politico-médiatique, à partir des thèses défendues par les « think tanks » a crée des artefacts dénués de contenu sociologiques et donc vide de sens. La « violence urbaine », « l’insécurité », « les jeunes de banlieues », « l’incivilité », ont masqué une réalité beaucoup plus complexe afin de donner du relief aux discours de campagne électorale. La peur et la panique sont en effet les meilleures armes contre l’esprit critique.

Chacun est concerné. L’Etat nous surveille et en appelle à notre responsabilité individuelle afin que les « bons citoyens » exercent un contrôle social sur le monde qui les entoure. La délation est alors érigée en vertu.

Mais pourquoi est-il nécessaire de maintenir sous haute surveillance toute une partie de la population dans une sphère de contrôle, que l’on montre du doigt et que l’on manipule au gré des exigences électorales ?

Loïc Wacquant explique que ce choix est intrinsèquement lié à un choix politique clair : le libéralisme économique à outrance n’a de cesse de creuser un fossé entre une population aisée, qui profite des apports de ce système et une population défavorisée, qui subit l’effondrement du secteur social et du marché du travail. Il faut « plus d’Etat pour masquer et contenir les conséquences délétères, dans les régions inférieures de l’espace social, de la dérégulation du salariat et la détérioration de la protection sociale » (p.13)

Ainsi, la criminalisation de la pauvreté est une manière de faire taire ceux qui ne sont pas invités aux réjouissances du libéralisme effréné, ceux qui ne doivent pas ébranler le tableau que s’évertuent à peindre les discours politiques démagogiques.

Sophie Darneix.




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