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Mitterand : une culture politique dépassée.
lundi 16 janvier 2006, par Raymond Vasselon


L’anniversaire de la mort de François Miterrand a donné lieu à d’innombrables commentaires au sein du microcosme médiatico-politique. Certains ont parlé de retour en grâce. Selon l’historien Michel Winock : "Il y a aujourd’hui en France une demande d’Etat et, à gauche, un besoin de leader". D’autres, perfides, laissent entendre que ce retour en grâce est largement facilité par "la médiocrité de son successeur à l’Elysée". La droite a donné l’impression de ne pas trop savoir par quel bout attraper l’affaire.

Au PS, les candidats à la candidature revisitent les multiples talents de leur maître. Chacun(e) conserve précieusement un petit extrait de sa leçon de politique :

Laurent Fabius : "Je cite, sans hiérarchiser : le primat de la culture sur l’économie, la prééminence de la vision historique et stratégique de la France sur une démarche de "coups" médiatiques"

Ségolène Royal : "La politique, pour Mitterrand, ne séparait jamais l’action ici et maintenant d’une ample perspective aux dimensions de la planète".

Jack Lang : "Il a prouvé que l’alliance d’une volonté déterminée et d’une conviction forte déplaçait les montagnes et bougeait toutes les lignes frontières".

François Hollande : "D’abord la ténacité : garder son cap, au-delà des caprices du vent"

Dominique Strauss-Kahn : "Au-delà des phrases convenues, de l’encensoir habituel, François Mitterrand a appris à l’universitaire militant que j’étais "la détermination de l’intelligence".

D’autres évoquent les renoncements, les reculs sur le front de l’emploi et du social, les mensonges, le parfum de scandales qui a pollué le second septennat, la conversion au social libéralisme.

D’autres encore considèrent que Miterrand, confronté à la déferlante néo-libérale a fait "ce qu’il a pu" dans un environnement politique mondial globalement opposé à sa vision du monde.
Ceux là disent aussi que son génie réside dans sa compréhension de l’enjeu européen : la Nation a perdu des pans entiers de souveraineté, il faut les restaurer au niveau européen pour que les institutions publiques puissent à nouveau, et à la bonne échelle, maîtriser les objectifs de l’action collective et réguler les forces du développement économique.

Toute une série de commentaires, plus ciblée sur le caractère de l’homme, font état d’une capacité de séduction, d’un "ascendant" sur les autres voire d’un magnétisme ( !) hors du commun. Mais à l’inverse, pour d’autres, le personnage fit preuve d’une capacité d’adaptation à toutes sortes de situations peu glorieuse.

L’ensemble de ces appréciations forme un bilan souvent qualifié de chaotique, "complexe et contradictoire", sans lignes de force ni perspectives. Pris de vertige, on peut en conclure comme Max gallo, expert en homme providentiel, que "le pays a besoin de trouver un personnage qui puisse le rassembler, le rassurer". Mais ce chemin mène droit au populisme.

Heureusement d’autres analyses apparaissent. Moins hexagonales, plus universelles, plus modernes, elles sont libérées de l’extraordinaire et trouble fascination qu’exerce la question du pouvoir sur beaucoup de responsables politiques traditionnels.

Ces analyses, moins médiatisées mais plus profondes, cherchent à refonder la fonction et les pratiques de la politique. Elles regardent le problème de la gauche bien en face : nous héritons de l’expérience d’un siècle dans lequel les révolutions ont toujours réalisé le contraire de ce qu’elles voulaient mettre en place. Avec les sociaux démocrates qui sont parvenus au pouvoir plus pacifiquement, la déception a été toute aussi grande.

"Quiconque arrive au pouvoir et croit qu’il peut, depuis cette place, mener la société, n’a plus le choix qu’entre reculade ou dictature" ! conclu Miguel Benasayag en examinant cette période historique.

C’est toute une conception de la transformation sociale qui est à revoir : celle qui ne conçoit la transformation de la société que par le biais de la conquête et de l’exercice du pouvoir par une avant-garde professionnalisée.

Il faut se souvenir que la candidature de François Mitterrand, à l’époque, s’est inscrite, du point de vue des communistes français, dans leur stratégie de "démocratie avancée ouvrant la voie au socialisme". Dans cette stratégie, l’impulsion décisive ne pouvait venir que d’en haut, que du centre et du cœur des institutions. Et après 83, les critiques "de gauche" des communistes sur la politique mitterrandienne ont porté sur les reculs, les renoncements, sans remise en cause de la démarche programmatique de sommet.

Il est très significatif que la gauche traditionnelle se soit durablement accommodée des institutions de la cinquième république qui sont un modèle de centralisation, de confiscation, de personnalisation extrême et de concentration du pouvoir à tous les niveaux. Aujourd’hui, on trouve même des responsables de gauche qui soutiennent la proposition de renforcement des pouvoirs présidentiels de Nicolas Sarkozy !

Pourtant, on sait maintenant que les "programmes de promesses" ne parviennent pas à déclencher et à favoriser des dynamiques positives pour combattre et surmonter l’explosion des situations d’injustice, pas plus qu’ils ne parviennent à faire reculer les tensions liées à la montée des égoïsmes sociaux, pas plus qu’ils ne parviennent à prendre en compte concrètement les enjeux de la crise écologique.

Les analyses politiques nouvelles se sont largement émancipées de la logique qui fait de l’arène politique traditionnelle le lieu unique et clos des débats. A l’inverse, elles situent le "moteur" de la transformation sociale au cœur de la société civile, ce qui implique la reprise en main par les citoyen(ne)s du fonctionnement d’ensemble de la société.

On voit alors poindre une nouvelle fonction pour le politique située à l’opposé de l’avant-gardisme et de la professionnalisation : le rôle du politique n’est pas de prendre des décisions à la place des citoyens, mais de rendre possible, légalement et institutionnellement, les aspirations, les objectifs, les projets qu’ils conçoivent dans la solidarité et le respect de leur environnement commun.

Contrairement donc au fondement de la culture politique traditionnelle, dont Mitterrand fut sans doute un expert, le problème n’est pas de confisquer le pouvoir, mais de travailler à construire de nouvelles institutions qui permettent à toutes et à tous de s’approprier le fonctionnement de la société. Il faut mettre en place, sur tous les territoires, à toutes échelles, des mécanismes, des outils et des canaux garantissant une participation effective de tous à l’action publique, notamment des plus pauvres.

Il faut que les exigences et projets transformateurs puissent non seulement investir les espaces institutionnels existants, mais surtout les transformer et en créer de nouveaux.

Sur tous ces aspects, pour reprendre une formule mitterrandienne, "les lignes bougent".

En France, en Europe, dans le monde, beaucoup de travail a été fait pour repenser la démocratie délégataire, pour développer des formes de démocratie participative à tous les niveaux, pour développer le contrôle citoyen, sur la définition des priorités et sur l’allocation des budgets publics.

Cette recherche est animée et portée par de nombreux collectifs, mouvements, des responsables administratifs, des élus. Des expériences prometteuses sont en cours. Dans des villes, des quartiers, des territoires de niveau de développement et de traditions très divers, on commence à imaginer des instances nouvelles permettant de débattre, d’expérimenter, afin de mettre en oeuvre les projets issus de "l’art de faire" de la société.

Au cœur de ces expériences progresse une nouvelle manière de construire socialement et solidairement les intérêts communs, l’action et les politiques publiques.

Ces démarches sont pleines de promesses pour renouveler la démocratie car elles s’opposent radicalement à la dangereuse conception qui prétend que seul un pouvoir fort et autoritaire peut imposer l’intérêt général.

Lors d’une conférence prononcée au Forum de DIAL en 2004 à Lyon, évoquant les grandes évolutions de l’Amérique latine, Plinio de Arruda Sampaio avait conclu son propos sur ce thème : "Aujourd’hui, dans tous les pays latino-américains, presque toutes les couches sociales sont organisées ou sont en train de s’organiser. Même les segments les plus marginalisés - ceux qui n’ont pas de place dans l’économie formelle - commencent à créer leurs propres organisations économiques, sociales et de pression politique. Les barrios en pie (banlieues sur ses pieds) à Buenos Aires, les sans-logis à Rio de Janeiro et Sâo Paulo ; les cercles bolivariens à Caracas, les peuples de la forêt, les cortadoras de castanhas, le mouvement contre la privatisation des services d’approvisionnement d’eau en Bolivie, et beaucoup d’autres, sont tous des phénomènes de ces dernières années. Ils manifestent une prise de conscience des droits des citoyens et de l’efficacité de la pression organisée des masses populaires."
(...) "On peut imaginer le poids qu’aura cet ensemble d’organisations populaires dans l’organisation de l’économie et du pouvoir politique des pays du continent pour les deux prochaines décennies. Les masses populaires de l’Amérique latine commencent à discerner leurs vrais ennemis, leurs vrais problèmes, les vrais solutions à ces problèmes et le prix à payer pour elles. C’est cela sans doute la plus grande évolution : révolution de la conscience des masses - certainement encore embryonnaire mais effective.
Les semences de libération sont maintenant des petites plantes. Bientôt, ce seront de grands arbres à l’ombre desquels s’abriteront les peuples de l’Amérique latine."

Mitterrand a été un acteur de premier plan de l’histoire de la gauche en France, honni par certains, idolâtré par d’autres.

Mais la gauche qui cherche le fait en rupture avec sa vision de la politique.




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