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Villages solidaires
dimanche 19 février 2006, par Jean Chabannes


Depuis un an, je suis installé dans ce quartier "TBS - Tardy Beaubrun Séverine" en plein projet de restructuration urbaine, au coeur de cette ville profondément marquée par son histoire vert-noir-rouge, dont il ne faudrait pas écraser le caractère populaire et chaleureusement social. Il est vrai que ce passé est porté par des vieux qui s’en vont en silence, un par un, laissant la place aux plans aussi grandioses qu’utopiques d’un futuriste prolongement de la capitale lyonnaise. Dans ce contexte, je suis amené à rencontrer des gens, à échanger avec mes voisins, à me faire des amis, à participer à l’activité associative qui fait la richesse de la vie stéphanoise, notamment dans ce vieux quartier en pleine effervescence.
Le principal sujet de préoccupation est précisément la rénovation urbaine et ses conséquences sur la population existante. St Etienne est l’une des rares villes de France qui ne souffre pas d’une crise de l’offre de logement. Mais la rénovation des vieux quartiers du centre ville, si l’on n’y prend pas garde, risque de démanteler le tissu social existant, constitué majoritairement de familles aux revenus très modestes, et de personnes âgées souvent isolées, témoins de l’histoire ouvrière. Cette population est pour une bonne part issue des vagues d’immigration successives et très diverses du siècle dernier. C’est le contraire d’un ghetto ou d’une cité de banlieue : c’est une vraie expérience de mixité sociale et culturelle en plein centre ville, certes pas facile à gérer tous les jours, mais vivante.
Ces gens sont pour la plupart locataires d’appartements qui ne sont pas encore des taudis, en des immeubles vétustes qui ne vont pas tarder à tomber en ruine - et ils se contentent tant bien que mal de la seule solution qui existe à la mesure de leurs moyens financiers. Quant aux propriétaires, qu’ils soient résidents ou bailleurs, ils sont souvent eux-mêmes très âgés, et n’ont pas les moyens ou pas la volonté d’entreprendre les travaux nécessaires.
Depuis mon arrivée voici à peine un an, j’ai l’impression d’assister à la mort lente d’un quartier qui voit disparaître un à un ses commerces de proximité, tandis que sonne à mes oreilles l’écho d’une publicité tapageuse sur de vastes projets pour lesquels il semble qu’on n’ait pas demandé l’avis des simples habitants, notamment des plus pauvres d’entre eux. Grâce à ce que j’ai pu savoir du fait de mes activités associatives de retraité, j’en sais un peu plus, quelques mois après mon installation que mes voisins d’immeuble, qui pourtant vivent dans ce quartier depuis plusieurs dizaines d’années.
Je me suis volontiers associé à un double travail entrepris par des "militants" et des animateurs bénévoles, notamment au sein de l’amicale laïque de Beaubrun, d’une part pour réunir l’information auprès des instances responsables sur ce qui se trame et de l’autre pour recueillir les questions, demandes et inquiétudes des personnes et des familles qui habitent ici. Il s’agit de savoir si le grand programme qui commence à se réaliser et va se dérouler sur une dizaine d’années, grâce aux énormes masses d’argent obtenues en subventions d’Etat, va servir à l’amélioration de notre vie ou simplement au prestige d’une municipalité ambitieuse, au prix du démantèlement de la structure sociale de ce quartier populaire, au nom d’une "mixité sociale" mal comprise.

Au lieu de nous contenter de dénoncer et de nous plaindre, nous avons entrepris une démarche positive. Nous avons cherché à proposer des solutions concrètes à des questions précises : voir où il est possible de se saisir de l’opportunité d’un plan de réaménagement pour améliorer effectivement la vie et l’environnement des gens qui habitent déjà ici.
Il se trouve que j’avais, voici quelques années, proposé mes services comme bénévole à Habitat et Humanisme. C’est une association d’origine lyonnaise qui existe dans la Loire depuis dix ans. Elle se donne pour mission de permettre à des familles ou personnes pauvres d’être logées décemment moyennant des loyers très faibles. Pour cela, elle acquiert des immeubles et y aménage des appartements qui sont attribués et gérés par une agence de logement social (l’ASL). Nous avons rencontré les responsables ; avec eux nous sommes en train de monter un projet sur ce quartier, à l’intention de personnes âgées, isolées ou en couple, pour lesquels les projets en cours ne prévoient pas de solution à la mesure de leurs moyens.
Il ne s’agit pas de construire une vaste opération parallèle à la rénovation officielle, mais de faire modestement la preuve, à l’aide d’un petit programme exemplaire, qu’il est tout à fait possible de produire dans ce quartier une offre d’appartements corrects, confortables, aux normes et de bel aspect, en débouchant sur des loyers qui permettront aux habitants actuels les plus pauvres de rester dans le quartier, comme c’est le souhait de la plupart d’entre eux. A charge ensuite aux organismes publics de logement social de généraliser le modèle ; du moins, s’il y avait mauvaise foi ou mauvaise volonté quelque part, l’expérience serait là pour la mettre en évidence.

Le principe est très simple : pour que cela soit possible et généralisable, il suffit de rencontrer un certain nombre de propriétaires qui ne souhaitent pas se dessaisir de leur patrimoine, mais qui n’ont pas les moyens ou l’énergie d’entreprendre de lourds travaux de restauration. Habitat et Humanisme prendrait en charge en leur nom la réfection totale des appartements à louer, moyennant que pendant 9 ans au moins ils acceptent que l’attribution et la location soit confiée à l’ASL. Au bout du compte, ils récupèrent en toute liberté un bien entièrement rénové et mis aux normes. Pour le propriétaire, il ne s’agit pas nécessairement d’un acte de générosité gratuite ; à terme, il y trouve son compte. On peut assimiler cela à un placement d’épargne solidaire : l’intérêt social s’allie au rapport financier.
Cela peut également intéresser de nombreux jeunes (et moins jeunes) candidats à l’achat pour la constitution d’un capital locatif en complément de retraite. Notamment des artisans et petits commerçants qui ont un peu d’argent maintenant, sans nécessité de toucher immédiatement des revenus complémentaires, mais de faibles perspectives pour les vieux jours. L’achat d’immobilier en très mauvais état, donc à bas prix, dans un quartier tel que le nôtre, peut être une aubaine si l’aspect travaux est entièrement pris en charge et géré par un organisme extérieur tel Habitat et Humanisme.
L’intérêt de travailler avec une association qui porte un tel nom, c’est qu’on ne se contente pas de prendre en charge le bâtiment : il ne s’agit pas simplement de "loger" quelqu’un dans un espace, encore faut-il qu’il "l’habite" bien. On cherche aussi à favoriser la convivialité et le bon fonctionnement humain de l’habitation et de l’environnement social. Par exemple, combattre ces fléaux modernes que sont l’individualisme et la solitude. En ce sens, dans la conception de l’habitat, on se défend à la fois du modèle "communautaire" des années 70, et du "chacun pour soi" de la fin du siècle dernier. Chacun a besoin de jouir d’un espace privé, et aussi d’être inclus dans une vie sociale de voisinage qui ne laisse plus jamais l’employé du gaz découvrir un jour le cadavre d’un vieillard abandonné de tous.
Le projet de rénovation urbaine prévoit explicitement un programme d’accompagnement social. Dans le cadre de notre micro-projet, notre proposition est plutôt de travailler au renforcement des liens sociaux naturels existant à l’échelle du quartier que de multiplier les superstructures d’encadrement. Certes il ne faut pas négliger les besoins réels en postes d’animateurs, travailleurs sociaux, formateurs etc... à la charge des pouvoirs publics. Mais nous pensons que ce qui manque d’essentiel ici est en réalité quelque chose de très peu coûteux. Il suffit de soutenir et de renforcer les services spontanés de voisinage, la veille sociale continue instituée par les lieux naturels de rencontre de quartier : le commerce de proximité, les bistrots. Il faudrait accueillir des initiatives d’enrichissement de ce tissu naturel : ici un écrivain public, là un projet de café-théâtre, ou un cybercafé de voisinage, ailleurs une permanence de service social dans un magasin aménagé en lieu d’accueil...

Au-delà de ce premier projet, qui concernera une vingtaine de logements pour des retraités vieillissants isolés touchés par les démolitions à venir, je pense qu’il faudrait étudier un processus analogue pour les gens (familles, jeunes couples, étudiants, personnes âgées isolées souhaitant rester à domicile) qui vivent dans des logements mal entretenus, pas nécessairement à l’intérieur du périmètre des rénovations prévues, et qui souhaitent être maintenus sur place (quitte à envisager un transfert provisoire durant les travaux). Les agences auxquelles est confiée la gestion semblent guère se soucier de l’état avancé des dégradations et de l’insalubrité qui s’ensuit. Les propriétaires, pas davantage : parfois par inconscience, parfois à cause du grand âge ou pour des raisons plus ou moins complexes de succession. Pourtant je ne désespère pas de rencontrer certains d’entre eux qui seraient intéressés à étudier avec nous de telles solutions qui seraient bénéfiques pour toutes les parties.

Et puis, je pense égoïstement à mes vieux jours. Mes revenus de retraité me permettent de vivre à ma convenance parce que je n’ai pas de gros besoins et que j’ai trouvé à me loger à petit prix, et parce que je suis à peu près en bonne santé. L’expérience de la vie me montre que cela peut changer d’un instant à l’autre, et que ce risque augmente d’année en année. Je n’aurai alors pas les moyens d’accéder à l’une de ces maisons qui fleurissent un peu partout pour les heureux retraités des trente glorieuses, et d’ailleurs je n’en éprouve pas la moindre envie. En tout état de causes, je ne veux pas davantage faire peser cette responsabilité sur mes enfants.
C’est d’ailleurs aussi à eux que je pense pour plus tard, et en attendant, à tant d’amis rencontrés en chemin, plus particulièrement à ceux et celles qui n’ont pas devant eux la perspective d’une retraite viable : artistes, chômeurs de très longue durée, recalés du marché de l’emploi, anciens artisans, paysans ou éleveurs aux fond de vallées difficiles...
C’est donc le moment de soulever le voile d’un rêve que je caresse depuis de nombreuses années. Je vais d’ailleurs le raconter comme un rêve d’enfant, même si je reste convaincu que c’est une utopie tout à fait réalisable.
Cela s’appellerait "le village solidaire". Des gens de toutes conditions et de tous âges décideraient un jour de mettre en commun la part de leurs moyens d’existence qu’ils peuvent consacrer au logement, non pour enrichir un promoteur (ou une de ces sociétés de logement qui ont depuis longtemps perdu sa qualité de bailleurs sociaux) mais pour "habiter" - au sens plein du terme - un ensemble d’habitations qui ne serait pas regroupées en ghetto de français moyens, ou pire, en foyers-logements pour "pauvres" ou pour retraités, mais répartis "en diffus" dans la ville (ce peut aussi bien être dans un village, ou dans un pays rural), tout en participant de façon naturelle et heureuse à l’animation conviviale du voisinage. Et la mutualisation des moyens permettrait de produire des loyers à la portée de chacun sur la base d’une vraie mixité sociale.

Jean Chabannes.

jean.chabannes@wanadoo.fr




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