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UN TEXTE D’AZMI BISHARA
Une pure tragédie
mardi 1er août 2006


C’était le 21 septembre 2004 que le président Bush a usé pour la première fois du terme de Grand Moyen-Orient. Il s’exprimait aux Nations-Unies à propos de la campagne américaine pour promouvoir la liberté et la démocratie et dans la foulée combattre le terrorisme, cette campagne devant selon lui transformer l’Afghanistan et l’Irak en modèles de démocratie qui inspireraient les autres pays de la région.

Le 22 juillet 2006, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a refusé d’appeler à un cessez-le-feu au Liban, confirmant ainsi qu’Israël mène contre le Liban une guerre pour le compte des Américains et poursuivra son offensive jusqu’à ce que les objectifs politiques de Washington soient atteints. Washington a fixé les objectifs et déterminera quand il sera temps d’arrêter, tandis que Rice jouant au médecin voulant réconforter le patient, conseille à la victime d’endurer les souffrances qui sont, selon elle, les douleurs de l’accouchement d’un nouveau Moyen-Orient ; une autre façon de reconnaître qu’il s’agit là d’une guerre américaine. Et tandis que les forces terrestres israéliennes se préparent à envahir le Liban, certains ministres israéliens ont commencé à se demander si réellement Israël ne menait pas une guerre pour le compte des Américains.

Mais attendons un instant. Avant de se joindre à la floppée d’analystes et de commentateurs qui se jettent sur chaque phrase éructée par un officiel américain et la décortique de façon à ce qu’elle se conforme à leurs propres théories et justifie leur volubilité, ne se pourrait-il pas que Rice ait simplement à venir présenter ses excuses pour le refus criminel de son gouvernement d’insister pour que s’applique un cessez-le-feu ?

N’a-t-elle pas cherché à suggérer que ce le Moyen-Orient serait un « meilleur » endroit après cette guerre sauvage ? Si c’est ce qu’elle a fait, alors elle a voulu défendre un acte indiscutable de sadisme dont les buts sont la mort et la destruction, au seul profit de la mort et de la destruction elles-mêmes.

Il n’est pas question de théories. Quelle que soit la façon dont vous preniez le problème, il n’y a rien de neuf, rien qui remplacerait le vieux rêve israélien du « nouveau Moyen-Orient » écrit il y a bien longtemps par Shimon Péres qui durant la période d’Oslo en était arrivé à considérer que les Arabes « modérés » normaliseraient leurs relations avec Israël même s’ils ne collaboraient pas de façon directe avec l’état hébreu contre les autres Arabes qualifiés « d’extrémistes ».

Un nouvel état d’esprit règne maintenant parmi les néo-conservateurs à Washington. Ils ont abandonné l’idée d’exporter la démocratie à la pointe de leurs canons, mais uniquement parce que de telles tentatives ne pouvaient empêcher le mouvement d’horreur des peuples Arabes devant le modèle irakien. Comme cela s’est produit durant la Guerre Froide, Washington s’est réconcilié avec l’idée de s’allier avec des états non-démocratiques qu’il qualifie de « modérés » -- en d’autres mots il s’agit des états qui suivent les diktats américains -- aussi longtemps que ces alliances servent ses intérêts. Et à la différence des administrations précédentes, Washington n’éprouve aucune gêne à coopérer directement avec Israël pour frapper les Arabes et vouloir faire chuter un régime afin de le remplacer par un autre.

Tout ceci survient pas très longtemps après que Bush senior ait demandé à Israël, lorsque des Scud irakiens tombaient [sur le territoire israélien], qu’il se réfréne et que les choses soient laissées sous la responsabilté de la coalition menée par les Américains, parce que l’ajout d’un cuisinier israélien aurait alors gâché le bouillon. Quel long chemin Bush junior a parcouru depuis ! Après que les plans américains pour le Liban soient allés de travers, il a fait en sorte qu’Israël lance la guerre contre l’axe irano-syrien, lequel est allié à la résistance palestinienne et libanaise. Washington couvre maintenant Israël au niveau international, non seulement en empêchant l’adoption d’une résolution pour un cessez-le-feu mais en présentant aussi l’agression brutale israélienne comme un moyen d’implémenter la résolution 1559 du conseil de sécurité des nations unies.

Ce qui rend aussi tout cela possible, c’est le fait que les régimes Arabes sont paralysés depuis la chute de l’Irak. Ils ne peuvent plus dire une chose et faire son contraire en affichant une rhétorique radicale anti-israélienne et pro-résistance tout en implorant secrètement les Etats-Unis de parvenir à un règlement quel qu’il soit. En résumé, ils ont marchandé leurs prises de positions officielles sur la cause Arabe à condition que Washington détourne les yeux de leurs abus domestiques sur la question des droits humains.

Entre le Grand Moyen-Orient et l’ignoble Nouveau Moyen-Orient imbibé de sang, les villes d’Irak et du Liban s’écroulent, les cadavres sont répandus le long des routes, les gémissements des blessés, les cris perçants des mères affligées et les pleurs des enfants ayant perdu leurs parents emplissent l’air. Ainsi sont les douleurs de l’accouchement du Nouveau Moyen-Orient, comme nous l’explique calmement et de façon dépassionnée une dame mauvaise dont le calme pathologique et la voix hystériquement froide n’évoquent en rien le bruit des bombes intelligentes ou autres qui détruisent les tympans, ni les cris perçants des survivants qui ont leurs coeurs brisés, ni le silence de ceux qui sont morts sous les décombres. La femme-médecin spécialisée en bombardements et en exodes, la ministre de la mort et de la destruction, l’envoyée de la désolation et de la peine, parle sans une once d’émotion sur sa figure ou sur ses lèvres qui bougent à peine.

Bien évidemment, ce qui est réellement derrière tout ce charabia sur le Nouveau Moyen-Orient est un projet conjoint israélo-américain, l’idée d’infliger un coup dur à la résistance qui est une force locale comme régionale et qui représente un obstacle au projet américain de disposer d’une complète hégémonie sur le Liban. L’Amérique et ses alliés ont grincé des dents en constatant qu’un mouvement siocio-politique se dressait face au souhait de Washington de transformer son ambassade à Beyrouth en résidence de Haut Commissaire.

Leur frustration n’a cessé d’augmenter en même temps que la situation en Irak atteignait un point où un incident est considéré comme digne d’être diffusé si au moins 30 personnes sont tuées, et même dans ce cas cela ne mérite qu’une brêve mention bien en retrait après les autres titres.

Les envoyés internationaux font maintenant des pieds et des mains pour venir au Liban. Les visites des européns, qui ont évidemment lieu avant les visites d’envoyés du monde Arabe, ont pour objectif de faire croire que les buts européens sont différents de ceux des Américains. Il est sûr que certains hommes politiques européens en campagne électorale veulent saisir l’opportunité d’avoir leur photo lorsqu’ils aident leurs concitoyens à quitter le Liban. D’autres viennent témoigner de la symptahie pour le sort des Libanais, en critiquant en premier la résistance et en second les bombardements israéliens - les premiers devant être d’après eux la cause et les seconds les effets.

L’attitude européenne envers les Arabes est tellement déprimante qu’elle me remet en tête les observations faite par des théoriciens de gauche à la fin de la deuxième guerre mondiale disant qu’Hiroshima, l’Holocauste, les Goulags staliniens et l’annihilation des Indiens d’Amérique n’étaient que les aspects obscurs d’une civilisation qui se voulait lumineuse. Ce côté obscur est en cours actuellement au Liban à travers de délicats comportements diplomatiques faisant le maximum pour éviter quelque mot qui ait du sens. Le racisme qui sous-tend les préjugés concernant les Musulmans est une autre raison de se sentir déprimé. Si Israël déclare que le Hezbollah prend pour cibles des civils et menance les villes israéliennes, les européens inclinet de la tête et sont d’accord avec l’idée que cela justifie amplement la guerre, sans tenir compte du fait que dans son histoire récente le Hezbollah s’est interdit d’attaquer des civils même en cas de représailles lorsqu’Israël prenait des civils pour cible au Liban.

Que le Hamas se soit interdit d’avoir recous aux attaques-suicide contre des civils depuis un an ne fait non plus aucune différence. Ni le fait que le Hezbollah et le Hamas soeint comme le jour et la nuit avec une organisation comme Al-Qaeda. Ils seront de toute façon à la fin de la journée mis dans le même panier terroriste, alignés tous deux dans le rapport calme et dépassionné d’un diplomate européen. Puis la caméra découpera les propos d’un reporter s’exprimant de Beyrouth, réitérant les mensonges israéliens malgré les immeubles en ruine, apparemment inconscient du fait qu’il justifie les crimes israéliens, réduits dans sa terminologie à une usage disproportionné de la force.

Mais contrairement au mythe répandu, Israël vise et frappe les civils. Il a placé ses objectifs sur le meurtre et le déplacement forcé de tout un segment de la société libanaise parce qu’il croit que ce segment constitue la base de Hezbollah. Il vise aussi d’autres segments de la société libanaise afin de les effrayer et les maintenir loin du Hezbullah. Il répand la terreur contre des civils afin d’atteindre des buts politiques spécifiques.

Mais la culture occidentale raciste refuse de voir cela, ce qui explique que son corps diplomatique et ses médias n’aient qu’une seule pensée : qu’Israël doit détruire le Hezbollah, le seul souci étant que la « chirurgie » nécessaire pour supprimer ce « cancer » risque aussi de tuer le patient, à savoir le Liban.

Tout est fait dans la précipitation par les diplomates et les envoyés pour créer un consensus international et arabe contre la résistance et pour s’assurer ainsi qu’elle disparaîtra du Liban. Tandis qu’ils y sont, les diplomates occidentaux aideront à organiser un blocus régional contre la Syrie si celle-ci refuse de coopérer, ainsi que de l’Iran. Ce n’est pas une surprise que Damas et Téhéran n’aient pas été invités lors de la conférence internationale à Rome pour discuter de la situation au Liban. La raison n’en est pas que ces deux pays n’aient pas d’intérêts en jeu au Liban, mais parce que la conférence est un autre front de l’offensive israélo-américaine.

Les fruits de la guerre, après tout, se recueillent sur la plan politique. Un des fruits voulus par Washington est la fin de l’alliance entre la Syrie et l’Iran, mais pourquoi la Syrie croirait-elle la moindre promesse que poyrraient faire les Etats-Unis à cet égard ? Washington a expliqué à loisir ce qu’il tenait en réserve pour le régime de Damas.

Toutes ces visites servent aussi à accréditer l’idée que l’Amérique soutient le gouvernement libanais - un soutien qui s’apparenterait à une étreinte mortelle [une étreinte d’ours - N.d.T]. L’objectif de cette étreinte est de propulser le gouvernement libanais vers un accord avec les Etats-Unis sur un cessez-le -feu, à condition qu’il fasse la preuve de sa maturité pour prendre certains sujets en main. Au contraire d’une Autorité Palestinienne appelée à l’origine à se tranformer en état souverain, un état souverain serait ici transformé en autorité libanaise sous tutelle américaine.

Je suis persuadé que nous verrons bientôt un nouveau dessin des frontières aux alentours des fermes de Shebaa, l’objectif étant de couper l’herbe sous le pied du Hezbollah. Des idées flottent dans l’air au sujet d’une nouvelle force internationale, de préférence de l’OTAN, bien que chacun sache que la résistance considérerait cette force comme une force occupante et agirait en conséquence. Mais les Etats-Unis n’ont pas de problème avec un Liban éclatant dans la guerre civile - le « chaos créatif » étant les mots utilisés par la femme même qui a précipité tant de grattages de stylos en parlant du Nouveau Moyen-Orient.

Au milieu de tout cela, la libération des deux soldats israéliens a été totalement oubliée, mais nous savons qu’ils n’ont jamais été la raison de cette agression militaire. Il s’agit seulement d’un accident de second plan, d’un affichage, dans le cadre de la recherche d’une solution définitive de la part des israéliens.

Si complète est la solution proposée qu’elle ne fait pas mention des problèmes libanais, ni de la cause palestinienne ni des hauteurs du Golan syrien sous occupation, mais ne parle que d’éliminer la résistance en frappant des états souverains et en renversant des gouvernements en place. Après cela, que l’inondation vienne, ou le chaos créatif, ou le Nouveau Moyen-Orient -- appelez-le comme vous voudrez, il s’agira toujours de la même chose pour les cyniques qui sont aujourd’hui occupés à mettre en œuvre et à rationaliser une campagne de mort et de destruction.

Azmi Bishara

Azmi Bishara est député "arabe israélien" à la Knesset.

Ce texte a été publié le 29 juillet 2006 par Al Ahram Weekly

Il a été publié en france par le site de la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien : www.protection-palestine.org
Traduction : Claude Zurbach




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