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La piscine de la Marandinière : exemple à suivre et ne pas suivre

samedi 23 septembre 2006, par Marie-Anne Sablé

Le Comité des quatre Quartiers, collectif d’habitants et d’associations des quartiers sud-est de Saint-Etienne, a porté fin juin en mairie une pétition de plus de mille signatures en faveur d’une piscine couverte, alors que le projet municipal prévoyait une piscine chauffée, entièrement découverte toute l’année. Victoire : début septembre, le Comité apprend que c’est le choix des habitants qui est retenu. Par contre, il devra compter avec un report de délai d’un an et une image d’immobilisme gracieusement offerte par la municipalité.

Rappel des évènements

La piscine de la Marandinière est fermée depuis décembre 2002. Sa réhabilitation est inscrite au Grand Projet de ville (GPV) financé par l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) depuis octobre 2004 : elle fait partie de la première tranche devant être réalisée entre 2004 et 2008. La convention du GPV est prévue pour gérer la réactivité et l’adaptabilité des actions en concertation avec les habitants, en gardant la préoccupation de rester en interface avec leurs aspirations, les réponses à apporter à leurs problèmes de vie quotidienne et l’exigence du développement social du territoire.

L’adjoint aux sports avait annoncé début 2005 la réouverture d’une piscine pour fin 2007. Quelle piscine ? Un petit bassin à l’intérieur, et un bassin de vingt-cinq mètres à l’extérieur. Uniquement dehors, dans un quartier de dix mille habitants, situé à six cents mètres d’altitude. La municipalité suppose donc que ces habitants sont des sportifs de haut niveau, qui viendront s’amuser là en toutes saisons en bravant les rigueurs de l’hiver, après s’être entraînés de façon classique dans d’autres piscines plus conventionnelles. Elle oublie que les autres piscines de la ville, d’entraînement et de loisirs (Grouchy, Raymond-Sommet et Cotonne) sont déjà saturées. Lors de la fermeture de la piscine de la Marandinière, les familles, les clubs et classes qui s’y entraînaient ont certes été recasés ailleurs, mais ils ont beaucoup perdu au change, en termes de proximité, de choix des horaires, de nombres d’heures et de lignes d’eau. La municipalité sait qu’un bassin extérieur ne convient pas aux entraînements, n’a pas vocation à accueillir les associations et que, depuis fin 2002, c’est vint-cinq mille personnes des quartiers sud-est qui attendent une piscine : les habitants de la Métare, du Rond-Point, de Montplaisir et des quatre quartiers : la Palle, la Marandinière, Beaulieu et Montchovet. Dans ces quartiers populaires, nombreux sont ceux qui ont besoin d’un équipement de proximité, pour apprendre à nager et pratiquer ensuite la natation sportive en club ou la baignade "détente" en famille. Il y a trente ans, ils s’étaient déjà battus pour l’avoir. Si le planning actuel est tenu, elle aura été fermée six ans.

Quand les habitants ont pris connaissance du projet de bassin extérieur, ils ont exprimé par écrit et à plusieurs reprises, par la voix du Comité des quatre quartiers, leur besoin de bassin couvert, pouvant être largement ouvert sur l’extérieur quand le temps le permet. Ils n’ont obtenu un rendez-vous qu’un an et demi plus tard, et appris à ce moment-là qu’on allait écouter leur demande mais que, de ce fait, un report de délai d’un an était inévitable. Un problème de budget ? Non, répond Gilbert Massart, adjoint aux Sports. Les habitants se prennent alors à envisager que les deux solutions soient retenues ensemble : un grand bassin à l’extérieur, pour son côté innovant et attractif, et un autre aussi grand à l’intérieur, adapté aux classes, aux clubs, aux familles et au climat stéphanois.

Sur la voie de la concertation

A réception des mille signatures, le maire accepte la concertation et convoque une délégation des signataires pour une réunion en juillet avec les techniciens municipaux. Début septembre, il informe que c’est a priori le choix des habitants et des usagers qui sera retenu. Il invite la délégation à une dernière entrevue au cours de laquelle il fait clairement sentir qu’il est déçu par ce choix, mais qu’il s’y résoud "car ce sont les habitants qui ont raison". L’enveloppe budgétaire sera d’environ 5,2 millions d’euros, car, selon la mairie, "il faudra réaliser un beau projet, quelque chose de pas banal". A la question d’une signataire : "Pourra-t-on compter sur de larges baies ouvrantes, comme par le passé, et une partie du toit ouvrant, pour profiter du beau temps ?" il est répondu : "on l’étudiera, mais ce n’est pas assuré. C’est plus coûteux." Quand le secrétaire du Comité des quatre quartiers souligne que "la concertation a été insuffisante, c’est pourquoi le projet a perdu du temps", l’équipe municipale rappelle, dans son communiqué officiel, "son souci constant de concertation".

Une leçon à en tirer ? La municipalité semble avoir seulement entendu le "non" formulé par la pétition. Elle n’a pas pris le temps d’écouter ce que les habitants avaient à proposer de constructif (parties ouvrantes, parkings, insonorisation, gestion écologique etc.) La prochaine fois, c’est donc dans deux directions que les habitants devront progresser pour être de vrais interlocuteurs de la ville. D’une part dans l’anticipation des projets, en faisant des propositions d’investissement, ou en examinant les projets municipaux dès leur inscription à la convention. D’autre part dans leur capacité de proposition, en formulant, dessinant et chiffrant leur projet. La piscine de la Marandinière, c’était donc juste pour s’exercer !

Marie Anne Sablé