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A propos d’ "intégration"

mardi 3 février 2004, par Raymond Vasselon

Lors du récent FSL, le débat "Islamophobie, judéophobie, discriminations : quelle égalité, quelle citoyenneté ?" a connu une forte participation : plus de 80 personnes. Et une discussion vive... Nous reviendrons sur ce débat, pour contribuer à ce qu’il se poursuive et s’approfondisse.
Voici un point de vue de Raymond Vasselon...

Selon Marc Ferro, "elle, (la France) abrite une très forte communauté maghrébine, dont elle a cru, à tort, qu’elle pouvait tendre la main aux extrémistes, alors que la colonie nord-africaine s’est fortement engagée dans l’intégration, même si on refuse de le voir... Les Français continuent de fantasmer sur la pénétration d’un Islam hostile. Cet aveuglement est un premier élément paralysant de notre politique".

Cette appréciation, confirmée par de très nombreuses études, est précieuse pour éclairer le débat sur " l’intégration ".

Dans la région stéphanoise, on constate chez les jeunes "français issus de l’immigration" un grand dynamisme qui se traduit, entre autre, par une importante capacité à créer des entreprises. Cette attitude est d’ailleurs repérée par le MEDEF qui envisage la possibilité, dans un proche avenir, d’une représentation importante de ces jeunes entrepreneurs dans ses organisations professionnelles.

Dans le même temps, ces jeunes sont quasi systématiquement confrontés à des attitudes ségrégatives lorsqu’ils recherchent un emploi. Des artisans, certaines entreprises de services hésitent à les engager, malgré leur bon niveau de formation, par crainte de subir une réaction de méfiance de leurs clients. On rencontre sans cesse des attitudes ambiguës, empreintes de défiance chez les gestionnaires de logements, qu’ils soient publics ou privés, dès lors qu’ils traitent une demande émanent de personnes ou de familles d’origine maghrébine. Il est incontestable que la ségrégation existe aussi au niveau de l’accès à des responsabilités associatives, syndicales, politiques.

On est donc dans une situation totalement paralysante :

- On reproche à la "communauté" des français "d’origine maghrébine" (comme il faudra bien un jour s’arrêter de dire) de ne pas vouloir s’intégrer.

- Eux, notamment les plus jeunes et les plus qualifiés, dépensent une énergie considérable à surmonter les obstacles qu’ils rencontrent dans leur volonté de construire leur vie dans notre société et dans leur désir de promotion sociale, professionnelle et citoyenne.

Il nous faut donc rediscuter tous ensemble de la notion d’intégration pour en finir avec des politiques publiques aux mains d’argile. Il est urgent de débloquer l’accès des jeunes, notamment ceux "issus de l’immigration", aux responsabilités économiques, sociales, politiques en fonction de leurs compétences, de leurs affinités. La région stéphanoise, pour projeter son avenir, a besoin de l’énergie de toute sa jeunesse.

Une étude d’évaluation de la situation départementale commandée par le conseil générale traite, entre autres points, de cette question. On y lit : "Aujourd’hui, il existe un véritable déficit d’analyses quantitatives et qualitatives pour bien évaluer les problématiques liées à l’immigration et à la question de l’intégration, même si des études ponctuelles mais partielles donnent des constats préoccupants sans pour autant, à contrario, souligner l’apport positif dans l’évolution démographique et économique".

Il faut donc travailler à la solution des vrais problèmes.
Pour cela, il faut être responsable et raisonner sur des données socio-politiques sérieuses et à partir d’un bon diagnostic.