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Tract politique

Agir - manifester, faire grève - c’est s’accorder le droit de faire ou de ne pas faire.

vendredi 17 mars 2006

Ce droit procède de ce qui est permis au corps et donc de ce qui se donne à penser,
car personne ne connaît ou du moins ne maîtrise les causes de sa volonté (curieuse
inversion de la conscience qui prend l’effet - la volonté -pour sa propre cause).

Ce qui se donne à penser c’est le discours dominant, qui ne se réduit pas à ce qui est
simplement dit ou écrit mais résulte à un moment donné de la longue histoire culturelle,
géographique et anthropologique. Il régit la place et la décision des corps, des actes et des
mouvements. Il traverse et pénètre toute la société parce qu’il tire son évidence de son
existence (mimétisme social et effet de réalité : « ce qui apparaît est (accepté comme) bon,
ce qui est (accepté comme) bon apparaît » ).

Les concepts adaptationnistes (néo-darwiniens et finalistes) importés dans le
discours dominant depuis 25 ans modélisent la flexibilité, la concurrence et la précarité.
Le rôle positif du prédateur retrouve une légitimité dans une « nécessité naturelle ». Le
droit de commettre l’injustice sociale au nom de la « loi de concurrence » est donné à
admettre car peu importe comment le capital nécessaire à la prédation est advenu (la
contrainte des corps, la cause), mais pourquoi (au nom de quoi, la finalité). Est ainsi
fondé un discours d ’autorité, c’est à dire auto référant : il contient sa propre nécessité.

Parallèlement au « laisser faire » libéral, le contrôle social s’étend à toutes et tous.
Les limites du mythe de l’individu (mythe du libre jeu de l’initiative individuelle)
apparaissent dans la défiance faite aux corps, défiance validée par la technique. En
prenant la place des corps - « au nom de ... » l’efficacité gestionnaire par exemple
(finalisme) - la bio-technique (technologie de contrôle des corps - vidéo surveillance sur
les lieux de travail - psychologie comportementale - fichage des déviances -, etc.) nous
sépare les uns des autres.

Ainsi paralysés dans le pire déterminisme, tels des rats de laboratoire, nous suivons
une servitude que nos yeux réprouvent.

Le courant idéologique de l’époque, expression du discours dominant en tant que
générique du sens commun, trace des frontières à l ’intérieur de la société. Sont ainsi
définis les droits de ceux qui sont exclus ou inclus, et donc tout autant factices que ses
marques de partages sont les faux débats qui en résultent par nécessité idéologique
(foulard, caricatures, crime crapuleux ou raciste, manifestants ou casseurs, etc.).

La réduction à une série d’individus séparés, induite par le libéralisme, potentialisé par sa
technique, brise le lien social.

Ce qu’il y a à reconstruire c’est donc bien les conditions d’établissement du lien
social qui seul actualise la société. Et la société est le lieu d’émergence de la personne, c’est
à dire ce qui fonde l’identité de notre être.

Il n’ y a pas un grand manipulateur derrière le système qui ordonne les actes de chacun.
Mais ce sont les actes de chacun et l’ensemble de ces actes qui, vus d’un hypothétique
observateur, font sens.

Agir n’est pas espérer (l’espoir est toujours passif), mais poser un acte, mettre le
corps, « faire le chemin en marchant », et nous serons alors en droit de nous permettre de
penser la nouveauté - ce qui n ’était pas - l ’impossible. Abandonner la certitude d’une
finalité efficace et maîtrisée mais finie, fermée et close, pour la certitude du devenir infini
dont seul le mouvement ouvre la voie. Et peu importe « au nom de quoi » car si naître c’est
déjà mourir, c’est avant tout participer à la vie qui, elle, est éternelle.

Signature :« Qu’importe qui parle » s’ils sont éveillés...