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Comment construire un avenir commun ?
lundi 3 octobre 2016, par Josiane Günther


« Dans le temps de leur impuissance, la folie meurtrière est l’inconscient des colonisés.... Cette furie contenue, faute d’éclater, tourne en rond et ravage les opprimés eux-mêmes. Pour s’en libérer, ils en viennent à se massacrer entre eux : le frère levant le couteau contre son frère, croit détruire une fois pour toutes, l’image détestée de leur avilissement commun. »
Frantz Fanon « les damnés de la terre ».

C’était l’époque de la colonisation en Algérie. Frantz Fanon y décrit la brutalité, la barbarie du colon et analyse les conséquences dévastatrices sur le peuple colonisé. « ... le frère levant le couteau contre son frère... ». C’était ailleurs, dans un contexte très précis de territoire occupé, c’était il y a longtemps.

1. Au fil des années, une situation qui s’aggrave


Sur notre territoire, à notre époque, on constate des prémices de tendances semblables. Les colonisés, les dominés, un même destin ? C’est toujours compliqué, c’est toujours risqué les analogies, mais c’est l’occasion de chercher à comprendre, à mettre en évidence les dangers.
Dans certains quartiers populaires, les relations de voisinages se délitent, la tension s’aggrave, les personnes de même condition s’opposent, se jalousent, se vivent comme concurrentes les unes vis-à-vis des autres.
Dans certains quartiers populaires, on manque de tout, et surtout de l’essentiel. Des logiques de survie se développent. La vie est pour beaucoup une bataille sans fin, et souvent perdue. Les familles consacrent l’essentiel de leur énergie pour s’efforcer de boucler le mois, payer les factures, éviter les découverts sur le compte...On sort de chez soi, on sort du quartier juste pour tenter de régler des problèmes. La plupart du temps ce sont les relations avec les administrations qui deviennent source de problème. Un nouveau papier est réclamé pour compléter le dossier qui conditionne l’accès à l’allocation qui auparavant ne nécessitait pas cette nouvelle contrainte. Ou bien le service relève un trop perçu, qui bien souvent est une erreur administrative. Ou bien le dossier a pris du retard, parfois même, il a été perdu ! ! ! et l’allocation est suspendue... entrainant des conséquences en chaine avec des impayés, des dettes... qu’il faudra tenter de résoudre, encore et encore.

A St Etienne, la CAF ne propose plus un accueil libre, les usagers doivent prendre rendez-vous. II faut attendre souvent plus d’une heure pour espérer obtenir un rendez-vous dans les 3 jours. Il n’y a plus de salle d’attente, les sièges ont été supprimés. Dans un grand hall, les gens font la queue, des mères avec des bébés, des femmes enceintes, des personnes handicapées, des personnes âgées. Souvent la tension monte, les remarques, les disputes, les mauvaises paroles volent. « Le frère levant le couteau contre son frère croit détruire une fois pour toute l’image détestée de leur avilissement commun ».


Il n’y a pas si longtemps, quand on parlait des quartiers populaires c’était pour mettre en évidence cette capacité à construire des liens d’entraide et de solidarité, où « il suffisait de frapper à une porte pour qu’elle s’ouvre ». Aujourd’hui, beaucoup de portes sont fermées, et quand on se risque à sortir, il y a bien souvent des conflits qui opposent les voisins entre eux. Les mères s’accusent entre elles d’avoir des enfants mal élevés... Certaines explosent et se battent. « Elle m’a cherchée, je l’ai envoyée à l’hôpital ! ! ! ».
Certains enfants, certains jeunes ont effectivement des comportements irrespectueux, voire même manifestent, entre eux, une grande brutalité, de la cruauté parfois. Nous savons depuis longtemps expliquer ce phénomène. On parle d’enfants « insécures ». Des enfants qui semblent avoir un besoin permanent d’attention et de reconnaissance. Ces phénomènes violents ont été suffisamment analysés : l’insatisfaction du besoin de sécurité provoque l’addiction à la violence. La dévalorisation de soi entraine des symptômes anxieux, dépressifs.
Pour rendre supportable cette anxiété, l’enfant ressent le besoin de chercher à rendre l’autre faible, pour se sentir ainsi plus fort lui-même. La délinquance, c’est la tentative du traitement de la dépression. Le passage à l’acte produit du plaisir et du soulagement, mais juste dans l’instant. D’où cette notion d’addiction à la violence.

Alors certaines familles pauvres n’arrivent pas à subvenir suffisamment aux besoins profonds de leurs enfants ? Comment peut-on imaginer qu’il en soit autrement ? Comment ces adultes malmenés et découragés pourraient-ils donner à leurs enfants ce qui est essentiel, cette nécessaire sécurité affective, qui permet d’envisager l’avenir avec confiance, alors qu’ils sont eux-mêmes dans l’incertitude du lendemain ? Alors que notre système actuel ne leur manifeste que mépris, déni, défiance ?

2. Comment comprendre cette évolution ?


Cette époque obscure, où l’avenir semble encore plus inquiétant que ce que nous traversons déjà, nous sommes de plus en plus nombreux à la ressentir. La condition de vie dans les milieux populaires, avec son lot de précarité généralisé et global, semble annoncer ce qui attend le plus grand nombre. Ne serait-ce que sur la question des conditions de travail, elles se dégradent dans tous les secteurs, privé et public confondus. La loi travail va provoquer une concurrence encore plus sauvage dans chaque entreprise et entrainer des conditions de travail de plus en plus dures et injustes, irrespectueuses des lois qui protègent les salariés, avec une menace permanente de licenciements. Les conditions de travail des fonctionnaires sont également profondément remises en question. Dans ces secteurs, il est question de gestion, la gestion des coûts, et de rentabiliser chaque poste de travail.
Partout on parle du coût du travail. Un travail qui conditionne des droits sociaux toujours remis en question. Un travail dont la - pénurie est organisée et dont le manque met en cause des droits qui sont devenus vitaux.
Donc aujourd’hui la société est divisée entre une immense majorité de laissés pour compte et une caste de nantis qui dominent, décident sans partage. C’est ce que traduit le mouvement Podémos en Espagne, quand il parle de la situation du peuple face à l’oligarchie, la caste. Dans son analyse politique et sociale, il encourage à politiser les conditions individuelles de vie pour permettre à tout un chacun de comprendre le système, et se donner ainsi les moyens de sortir ensemble de l’impuissance et de l’impasse.

3. Des acteurs sociaux se mobilisent pour construire, produire, transformer


Aller à la rencontre de ces quartiers délaissés, offrir une présence régulière, c’est l’engagement tenu dans la durée des pédagogues sociaux, et de Terrain d’Entente à St Etienne. Cette forme de présence dans l’espace public permet de voir, de comprendre et de mettre en lumière ce qui nous est caché. Ce scandale des injustices sociales, des rapports d’inégalités qui détruisent des vies entières. C’est également l’occasion de comprendre ensemble notre condition commune. Il est temps de multiplier ces initiatives, de construire des espaces de rencontre où on fait les choses ensemble.
« Il faut inventer des tables rondes, à la manière du roi Artur, où les gens peuvent abandonner les armes en entrant », suggère Philippe Meirieu. Il poursuit : « C’est par le faire ensemble qu’on retrouve le commun qui permet de se parler, de rétablir la confiance. « Faire », plutôt que « vivre ensemble », retrouver ainsi un intérêt commun autour duquel les gens s’investissent. Notre société a perdu le sens du faire ensemble. Il faut reconstruire une écologie de l’attention collective. »

Politiser les expériences de vie de chacun, construire des tables rondes, occuper l’espace public et faire sortir les gens de chez eux.
L’espoir est ténu, il disparait parfois. Pour les familles des milieux populaires, l’espoir c’est surtout de pouvoir offrir un avenir meilleur pour leurs enfants. Alors certains arrivent à se mobiliser par exemple, autour de rencontres avec des enseignants pour parler de la scolarité des enfants, pour organiser des sorties... Nous mesurons chaque fois l’effort fourni par ces adultes qui trouvent l’énergie de s’arracher à leurs préoccupations du quotidien pour réfléchir avec d’autres et mieux comprendre, pour trouver des solutions. Un effort qui met en évidence la volonté de dépasser, d’échapper à cette condition intenable et indigne. Une ressource qui permet de continuer à croire que c’est possible.

Depuis près de 3 ans, les rencontres au « café des femmes » permettent de mettre en évidence les préoccupations. Chaque vendredi, nous nous retrouvons parfois à 25 autour de la table pour évoquer des questions de société, nos inquiétudes face à l’avenir de nos enfants, nos besoins d’aide concrète, notamment autour des démarches administratives, nos envies. Nous faisons ainsi de la politique à hauteur d’homme, en développant nos capacités à nous parler, à nous efforcer de comprendre et de respecter le point de vue de chacun. Nous nous organisons ensemble pour construire et réussir des projets. Nous rions beaucoup, nous pleurons aussi, souvent ! ! !
Nous arrivons de plus en plus à nous organiser pour prendre soin des enfants, pour exercer collectivement notre responsabilité dans leur éducation et leur protection. Nous construisons une communauté éducative pour assurer au mieux ce besoin de sécurité affective.
C’est un immense chantier qui se construit pas à pas, avec des retours en arrière, avec des doutes et des frustrations. Si des solidarités se construisent, elles ne suffisent pas à combler les besoins, à régler les problèmes qui s’accumulent et s’aggravent pour beaucoup. Parce qu’il semble que chaque fois que nous arrivons à prévoir et réaliser quelque chose, ça met en évidence tous les besoins insatisfaits et nous nous sentons souvent seuls, trop seuls pour tenir cet engagement dans la durée. Ce qui nous met en danger, le danger de ne pas arriver à poursuivre cet effort, faute de moyens nécessaires.
Mais il n’y a rien d’autre de possible, face à cette situation inquiétante, que de construire cette démarche particulière. Une démarche où nous construisons du commun. Où chacun est pris en compte dans son combat, ce qui donne une chance de lui permettre de sentir possible de le mener avec d’autres. Il s’agit d’être très attentif à ce qui se manifeste, et ouvrir chaque fois que possible des espaces pour mettre en évidence des questions qui sont communes à beaucoup. Nous allons par exemple engager prochainement une réflexion sur les conditions de travail des femmes de ménage et tenter d’éviter que pour ces salariées, les liens de subordination ne deviennent des liens de soumission à des conditions inacceptables et indignes. Nous allons également développer des espaces de création artistique avec les enfants, grâce à la présence d’une comédienne professionnelle.

Nous sommes tous concernés parce que nous sommes le peuple.
Il est urgent de construire des collectifs, une communauté d’intérêt et de conditions. A l’échelle de chaque territoire, nous pouvons mutualiser nos compétences et nos expertises. Ce que souffrent aujourd’hui les familles les plus fragiles des quartiers populaires, nous concerne tous totalement. Si nous ne nous mobilisons pas tous ensemble sur ces questions urgentes, nous nous retrouvons dans la même impasse terrible que décrivait Frantz Fanon : « Le frère levant le couteau contre son frère... »

 Pour l’association Terrain d’Entente, Josiane GUNTHER

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