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VERS L’INSTAURATION D’UN REVENU DE VIE ?
Salaire, l’injuste prix
mardi 23 mars 2004, par Alain Bertho


Cet article d’Alain Bertho, que nous reproduisons avec son accord, a été publié dans "Regards" de mars 2004. Il apporte des propositions de réponses nouvelles à des questions pointées lors de la journée de travail du Forum des droits sociaux de février dernier...
Le site web du mensuel Regards

Toute peine mérite salaire, disait le vieil adage. Le salaire, à l’origine, se payait donc à la pièce ou à la journée : moins de pièces, moins de salaire ; à journée vide, salaire nul. Les choses ont changé avec la lutte ouvrière. Le salaire s’est institutionnalisé et socialisé ; il intègre de plus en plus le temps libre, la formation, les soins, en bref la reproduction de la force de travail. Cette socialisation n’est plus dans l’air du temps pour tous. Le salaire institutionnalisé apparaît comme une rigidité pour le capital qui le tient pour un coût. Et dans les processus modernes du travail, la part qui échappe à la contrainte - le travail autonome ou le « hors-travail » - occupe une place de plus en plus stratégique. Le salaire va-t-il ainsi se désinstitutionnaliser ? Ce n’est pas évident, dans le cas européen tout au moins. Mais ses formes et ses normes évoluent, souvent loin du contrat originel entre le possesseur de la force de travail et celui qui se l’approprie en la louant. Retrouvera-t-on alors l’utopie de naguère, celle qui rattache le salaire à la liberté et donc au besoin ? À chacun selon ses besoins... Marx rattachait la formule au communisme. Cela signifierait que l’on garde le salaire, mais en se portant au-delà du capitalisme et de la sphère marchande. Est-ce à dire au-delà du salariat historiquement constitué ?

Le monde n’est pas une marchandise ? Et si on commençait par les efforts et la fatigue des femmes et des hommes qui, au jour le jour, produisent ce monde dans ses moindres détails ? Car, ne l’oublions pas, notre modernité politique, économique, sociale s’est fondée il y a plus de deux siècles sur cette nouveauté radicale : le travail humain peut être l’objet d’un contrat marchand. Et si, avec l’abolition (somme toute tardive) de l’esclavage, le corps et l’esprit humain ne peuvent pas se vendre, du moins peuvent-ils se louer et en se louant donner des pouvoirs exorbitants aux « locataires ». Car si au départ la rémunération paie la tâche, elle autorise aussi la discipline : discipline de la machine, discipline de l’usine, discipline marchande. La femme ou l’homme qui se « loue » ainsi perd une part de sa dignité : n’est-ce pas au nom de ce principe qu’on a mis des décennies pour donner aux domestiques ne serait-ce que le droit de vote ?

Toute l’histoire sociale et politique qui conduit aux formes contemporaines du salariat est traversée par un effort collectif et opiniâtre pour sortir la créativité humaine de cet étau purement marchand. Le salaire a été déconnecté de la tâche par l’introduction du salaire horaire, jusqu’à la mensualisation introduite dans la seconde moitié du XXe siècle. Une vraie reconquête de la fameuse plus-value a été engagée par l’élargissement progressif de la part du salaire indirect dont l’usage est socialisé : ce que, très justement de son point de vue d’ailleurs, le patronat nomme les « charges sociales ». Enfin, la législation entourant le contrat salarial s’est considérablement complexifiée.

Bref, il y a quelque temps déjà que le rapport salarial n’est pas un simple rapport marchand, mais plutôt une des pièces maîtresses de l’organisation sociale et collective, de l’institutionnalisation de la société... Il y a bien longtemps que le salaire ne paie pas seulement le travail au sens de la reproduction de la force de travail mais se trouve au cœur d’une législation et d’un usage collectif des richesses créées. Au cours d’un débat sur les minima sociaux, un dirigeant d’un grand parti de gauche m’a un jour lancé : « on ne va quand même pas payer les gens à rien foutre ! ». J’ai dû lui faire remarquer que, de ce point de vue, ce qu’on appelle depuis des décennies le progrès social concernant le salariat consistait justement à multiplier les occasions de payer les gens « à rien foutre » : congés payés, congés de maladie, congés de maternité, retraites, assurances chômage... Tout simplement parce que, tendanciellement, le salaire, de plus en plus, a payé beaucoup plus que le travail, il a payé des pans entiers de la vie sociale. En fait, il serait plus juste de dire : le salaire a payé plus que le travail contraint, l’emploi. Car il est de plus en plus évident que le travail, au sens de l’activité créatrice des femmes et des hommes, activité matérielle mais aussi immatérielle, déborde de plus en plus largement le cadre et le temps du travail contraint et de l’emploi. Que serait la productivité et la rentabilité d’un enseignant, d’un intermittent du spectacle ou d’un technicien de maintenance sur des robots industriels durant son « temps de travail » répertorié s’il n’avait pas ces heures, ces jours de temps libre, d’activité libre durant laquelle les uns et les autres engrangent compétence et créativité nouvelle ?

Individuellement et collectivement, nous sommes aujourd’hui tous producteurs de richesses sociales et culturelles. Seule une partie de ces richesses passent dans le circuit marchand et sont solvabilisées par des entreprises. Car si la marchandise a tendance aujourd’hui à envahir tous les aspects de nos vies, c’est parce qu’il y a partout de l’argent à faire. Mais c’est aussi parce qu’il y a partout des lignes de fuite, des échanges gratuits, de la créativité libre...

La dynamique portée par le rapport salarial qui est de payer la vie sociale et non plus la tâche individuelle trouve ici une justification plus grande qu’elle ne l’a jamais eue. Le salariat comme logique de renversement du rapport marchand est donc censément d’une actualité criante.

Il connaît néanmoins un élément de fragilité certain : son assiette de calcul reste adossée au temps de travail contraint dans des formes d’emploi héritées de la période fordiste. Tout l’intérêt et l’exemplarité de la situation des intermittents du spectacle tiennent dans la mise en valeur de cette contradiction. Poussée au bout, cette contradiction est intenable au meilleur sens du terme : non que le rapport salarial soit obsolète mais parce qu’il doit, pour répondre à la situation d’aujourd’hui, aller jusqu’au bout de ses propres logiques. Parce que se pose aujourd’hui concrètement, socialement, économiquement, la question de l’instauration d’un revenu de vie...

Cette perspective divise le monde salarial et ses organisations notamment syndicales : irréaliste, immorale, socialement dangereuse... Les objections sont nombreuses pour assumer cette mutation nécessaire du rapport salarial. Il y a pourtant fort à parier que c’est cet horizon-là qui génère les offensives patronales actuelles : celui d’une richesse humaine non mesurable, non quantifiable et non marchandisable. Il faut aussi lire la stratégie de remise en cause des acquis sociaux comme une stratégie défensive contre leur devenir possible. Cette stratégie est d’ailleurs d’une pauvreté remarquable. Que se cache-t-il sous les vocables modernistes ? Un contrat temporaire lié à un projet, dans sa philosophie, n’est guère autre chose qu’un retour au salaire aux pièces. En ne voulant payer que la finalisation rentable de la créativité humaine, le capital dévoile ainsi de façon crue son vrai visage : celui d’un prédateur prêt à tout pour capter des richesses qui se produisent en dehors de lui, au risque de tuer la poule aux œufs d’or, de ravager les sociétés humaines et de remplacer la solidarité par la police. Au salaire de la vie, le capital oppose une logique mortifère. Comme le dit Antonio Negri, « ce qu’on appelait la plus-value dans l’économie moderne n’est plus seulement une extorsion de travail » mais « avant tout un blocage de la téléologie du commun », « un blocage et une réduction à la mesure de la puissance biopolitique ouverte sur l’avenir ».

Alain Bertho




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